Grrre games, les petits nouveaux du secteur

Je vais commencer par vous parler de l’éditeur Grrre Games, sorti de nulle part en 2019 et à l’origine du jeu dont on va parler aujourd’hui : Nidavellir. Ils ont sorti un ovni ludique : Dany (que Cléophas et moi avions mis dans la sélection de Noël). Mécaniquement, c’est un Dixit avec un traître pour un public adulte. On pourrait se dire que c’est pas si original que ça. C’est en fait dans son approche artistique et sa thématique que le jeu se démarque et qu’on peut le considérer comme un ovni. En effet, Dany évoque le trouble de la personnalité multiple : les joueurs incarnent chacun une personnalité au sein d’un même corps. C’est pour cela ainsi que pour ses illustrations qu’il se démarque clairement des autres jeux du même genre. Premier jeu et direct un coup de maître en terme d’édition : il fallait oser l’éditer et ça marche. Un deuxième jeu d’ambiance sort vers le début de l’été 2019 : Super Cats, un jeu de la team Kaedama (Antoine Bauza, Ludovic Maublanc, Théo Rivière, Corentin Lebrat) accompagnée d’un nouveau (je dis nouveau car je ne le connais pas) Nicolas Oury et, aux pinceaux, Naïade. L’artiste a suivi une direction artistique complètement différente de son style et le rendu est comme toujours original et très efficace. Un matière de gameplay, c’est un chifoumi grandement amélioré, avec un twist très malin. J’ai longtemps hésité à le mettre dans la sélection de Noël mais il faut faire des choix… Bref, il s’agit pour moi d’un deuxième coup de maître de Grrre games. Je vais donc suivre cette petite maison d’édition de très près. Un troisième jeu sort peu de temps après, c’est Octorage n’ayant pas pu y jouer, je ne pourrais pas dire si c’est un autre coup de maître mais la direction artistique est attirante.

L’auteur:

Mi-décembre 2019, je vois apparaître sur la toile ce trailer:

Puis, je vois apparaître le nom de l’auteur : Serge Laget. (Petite parenthèse : Pour beaucoup, ce nom n’évoque pas grand chose mais pour ceux qui suivent de près le secteur du jeu, il fait partie de la légende, du Graal des auteurs selon certains. On lui doit, notamment, Les Chevaliers de la Table Ronde avec Bruno Cathala, et Mare Nostrum en solo. Le monsieur n’est certes pas des plus productifs mais chaque jeu est une perle ludique. Fin de la parenthèse). Il commence à poster des articles et des vidéos que vous pourrez retrouver sur le site de l’éditeur et sur Tric Trac:

https://www.trictrac.net/actus/jean-marie-minguez-raconte-nidavellir-article-6 (n’hésitez pas à cliquer sur les liens pour tout découvrir) et là, je deviens impatient de découvrir Nidavellir.

Nidavellir, Nida quoi ? C’est un jeu avec des nains 

Dans Nivadellir, on est plongé dans le monde des nains de la mythologie nordique. 

Votre roi vous confie la mission de réunir le meilleurs nains de chaque clan ainsi que des héros pour se défendre contre Fafnir (un dragon de la mythologie nordique). Vous devrez donc écumer les tavernes (dans la fantasy : taverne = Pôle Emploi, je pense qu’il y a un créneau à prendre…) pour recruter votre équipe de nains. En échange de quelques piécettes, ils vous suivront mais attention les autres chefs de clans sont là aussi et risquent de faire une meilleure offre. 

Le coin-building, c’est quoi? 

On est ici face à un nouveau type de mécanique ludique et c’est suffisamment rare pour être signalé. Le coin-building, c’est un peu comme le deck-building (il faut améliorer son paquet de cartes). Vous allez me dire que c’est la même chose, eh bien oui et non. Plutôt non d’ailleurs. On va commencer par expliquer le jeu dans ses grandes lignes : pour recruter ces fameux nains, tous les joueurs vont miser face cachée des pièces ( 0, 2,3,4 et 5 dans un premier temps) sur chacune des trois tavernes. Puis tous les joueurs vont retourner leur pièce sur la première taverne : celui qui a mis la valeur la plus forte choisira un personnage en premier et ainsi de suite, et en cas d’égalité un système extrêmement bien pensé se déclenche et permet d’éviter une domination du joueur avantagé (chaque joueur a une gemme avec une valeur et la plus grande valeur aura la priorité mais pour les prochaines tavernes la gemme sera échangée avec le joueur étant à égalité mais avec la plus petite valeur de gemme). Puis on passe à la taverne suivante et ce jusqu’à épuisement du paquet de cartes du premier âge. En fin d’âge, on en profitera pour récupérer des bonus liés aux majorités des différentes famille de nains (5 au total), et on passera ensuite au deuxième âge. A la fin du deuxième âge (et épuisement du paquet) on enchaîne avec le décompte des points grâce à une application (j’y reviendrai plus tard). 

Je ne vous ai toujours pas expliqué ce qu’est le coin-building ni comment ça marche. Souvenez-vous : on a 5 pièces à placer dans 3 tavernes et les deux autres sont remis dans notre bourse. Si vous avez mis votre pièce 0 sur une taverne, il y a de grandes chances pour que vous soyez le dernier à choisir le nain dans la taverne active (puisqu’il s’agit de la valeur la plus petite) mais vous allez pouvoir échanger la pièce de plus grande valeur qui est dans votre bourse par le total de la valeur vos pièces dans celle-ci. 

Ex: j’ai un 8 et 4 dans ma bourse je repose la 8 sur son support et je prend la 12 (8 + 4). 

Il y a quelques subtilités bien vues : si la pièce que vous deviez récupérer n’est plus disponible, vous prenez automatiquement une pièce de la valeur supérieure. A certains moments, vous pouvez récupérer non pas des nains mais des améliorations de pièces bien utiles. Bref un nouveau mécanisme qui est juste génial et qu’on risque de revoir dans d’autre jeux.

 

C’est bien beau, les nains, mais on gagne comment?

Chaque clan de nains que vous récupérez compte différemment ses points. Il y a 5 clans (Forgerons, Mineurs, Explorateurs, Guerriers et Chasseurs), et dès que vous réussissez à avoir un nain de chaque famille vous avez le droit de récupérer un héros avec un pouvoir spécial et vous rapportant des points. Un jeu de collections de nains avec un scoring complexe en fin de partie, certes c’est un peu fastidieux mais absolument pas complexe et Grrre games a eu la bonne idée de développer une application (sous iOs et Android)  simple et efficace pour accélérer le décompte des points. Un plus non négligeable. 

L’édition en elle-même

J’ai souvent tendance à parler de la forme avant le fond dans mes chroniques car c’est pour moi le premier vecteur d’achats de la grande majorité des gens. Un jeu mal édité a de grandes chances de rester sur les étals voire de ne jamais les atteindre. Avec le nombre impressionnant de sorties, il faut de nos jours se démarquer. On peut dire qu’avec Nidavellir, c’est réussi. On peut ne pas aimer le style graphique mais il faut reconnaître qu’avec ce noir et blanc, la couverture attire forcément l’oeil et c’est déjà énorme. Une fois la boîte ouverte et la première partie jouée on comprend que tout à été pensé pour servir l’ergonomie du jeu : le support de pièces, les supports de cartes héros, le noir et blanc qui facilite la vision des pictogrammes. Les simples “étalages” de cartes est dépassé : toutes les cartes et pièces sont visibles de tous où qu’ils soient assis autour de la table, c’est beau, c’est pratique, ça simplifie le jeu et ça permet de mettre en place des stratégies selon ce qu’il reste à prendre.

 

L’égalité des sexes

J’entend déjà gueuler les réfractaires aux avancées sociales, mais c’est par ses choix qu’on change en mieux la société. Merci à Grrre games de prendre la décision d’écrire une règle de façon inclusive. Alors oui, on va peut-être avoir plus de mal à la lire sur les premières lignes car on n’est pas habitués. Mais qu’est-ce que représentent quelques minutes pour participer à l’évolution de la société. Je salue la difficulté car moi je n’ai pas réussi à écrire cette chronique de façon inclusive. Ils auraient pu s’arrêter mais non, ils ont été beaucoup plus loin : même nombre de naines que de nains et un seul Nain·e sur la couverture de la boîte (impossible de distinguer le genre du personnage car il a une cape sur le dos, mais est-ce vraiment important ?). A l’attention de Grrre games : continuez en ce sens ! Et j’espère que d’autres éditeurs suivront…

Avis

J’ai joué à trois des quatre jeux édités jusqu’à présent par Grrre games, et j’ai vu trois coups de maître en terme d’édition. Il s’agit là de ma première claque ludique de l’année. Je pensais même qu’il serait nommé à l’As d’Or. Le choix du jury de Cannes n’est pas à remettre en question mais Nidavellir aurait eu grandement sa place que ce soit par la qualité intrinsèque de ses mécaniques ou pour ses qualités éditoriales. Je recommande ce jeu qui rentre dans tous les critères de ce que recherche la majorité du public : si vous aimez l’accessibilité de Splendor, Azul et autres gros succès de ces dernières années, foncez vous le procurer. 

 

  • Les règles en écriture inclusive 
  • Le coin-building, ce nouveau mécanisme
  • Les choix éditoriaux pour la lisibilité du jeu et son ergonomie
  • La petite documentation sur les héros nains de la mythologie nordique

  • L’adéquation entre l’illustration de la boîte et les mécaniques : on pourrait s’attendre à une aventure, mais le jeu est plus mécanique que thématique.
  • Le fait que les supports de cartes soient en plastique.
  • Un style graphique qui ne plaira pas à tous, c’est un mal pour un bien car les jeux ont tendance à s’uniformiser graphiquement (à mon grand désespoir). 
  • L’application qui manque d’une petite instruction (à moins que je ne l’aie pas trouvée) : il faut penser à mettre les pièces de valeur 0 si vous voulez voir apparaître le bouton Total (ce sera peut-être ajouté lors d’une mise à jour de l’appli).

En une phrase

Un must-have pour moi, et j’espère qu’il s’installera dans la durée car il le mérite amplement.  

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :