La découverte

J’ai découvert, comme beaucoup, les jeux de combat en jouant à Street Fighter II sur Super Nintendo (SNES) mais le premier jeu qui m’a fait mettre une piécette (en franc), était un jeu de combat du studio SNK : World Heroes Perfect 2. Il avait un casting (où roster : ensemble des personnages jouables) complètement fou, bien loin de ce à quoi j’avais pu jouer jusqu’à présent.

Quelques mois plus tard, une nouvelle borne débarque dans un café miteux avec un jeu – le Jeu – qui m’a fait dépenser plein d’argent : Samurai Shodown, un jeu dont je n’en avais alors jamais entendu parler.

Pour se remettre dans le contexte : Internet n’existait pas, on avait certes des magazines qui parlaient d’une nouvelle console : la Neo Geo. Elle faisait tourner plein de jeux auxquels j’avais joué en arcade : Samurai Shodown 2, mon Graal, était arrivé en France dans les salons. Malheureusement, son prix prohibitif et ses jeux au prix hallucinant de 1600 Fr en moyenne (si on convertit en tenant compte des salaires actuels, le jeu aurait aujourd’hui une valeur de près de 350€, soit le prix d’une console pour un seul jeu), inaccessible pour nombre d’entre nous. J’ai eu accès à la Neo Geo par un copain et j’y ai passé des heures, à la sortie de chaque jeu de la série.

 

Le manque d’ouverture culturelle de la France de la fin du siècle dernier 

ll faut savoir que, dans les années 90 (avant l’ère Internet), nous ne savions pas grand-chose de la culture des autres pays, car peu représentées dans la société de l’époque et notamment la culture japonaise. Nos parents voyaient cette culture d’un très mauvais oeil. Pour ceux qui n’auraient pas suivi : certains ont même tenté de faire arrêter la diffusion de Dragon Ball Z, entre autres.  

C’est par le jeu vidéo notamment Sonic, Mario et le Club Dorothée que se forgeait en nous nous l’image de la culture japonaise, pas l’once d’un Miyazaki à l’horizon et peu de mangas accessibles en librairie. 

C’est donc cette série, avec les Last Blade (autres jeux de combat du studio SNK), qui ont forgé dans mon esprit l’image du Japon féodal teinté de fantasy.

 

L’arrivée de l’internet a ouvert l’accès aux autres cultures

Vers la fin des années 90 et début 2000, Internet se démocratise et l’accès à la culture japonaise est devenu beaucoup plus simple d’accès (film, manga, jeux vidéo…). Les débuts d’internet, c’est un peu n’importe quoi : on ne se rend compte de rien (et surtout pas de l’illégalité). On télécharge des émulateurs qui donnent, évidemment,  accès à tous les jeux Neo Geo. Comment résister à l’envie de replonger dans la série des Samurai Shodown ? Je découvre alors les nouveaux épisodes IV et V. Les années finissent par passer, on devient des adultes responsables, nos priorités changent, la série s’essaie à la 3D et je finis par la délaisser un peu. 

La nostalgeek attitude

Il y a  3 ou 4 ans environ, la mode des mini consoles apparaît (des consoles pour les vieux geeks nostalgiques). On m’offre la version de ma première console : la Super Nintendo Mini. Quel plaisir de rejouer à F-Zero, Super Mario, Yoshi‘s Island… ! Quelque temps plus tard, la Neo Geo Mini est annoncée. Je continuais à jouer au jeux de combat surtout en 2D sur des machines plus récentes mais la flamme nostalgeek de la mode des mini consoles me laissait entrevoir une Neo Geo enfin abordable. Comble de la chance, on me l’a offerte et j’ai eu une fois de plus l’occasion de retomber dans les Samurai Shodown, les Last Blade, les King Of Fighter et autres… Quel plaisir, après avoir rejoué au jeux Super Nintendo, de me relancer avec la Rolls-Royce des jeux de combats. 

 

En 2018 Internet est bien là et j’apprend qu’un nouveau Samurai Shodown va sortir fin 2019 sur PS4 et XBOX One. Une fois le jeu sorti, il me fait de l’oeil mais une version Switch est annoncée plus pour plus tard, je me dit que le côté portable de la machine sera top pour ce jeu. J’ai donc passé mon tour pour les versions des firmes Sony et Microsoft : j’attendais la version pour ma nouvelle console de chez Nintendo. La boucle de ma jeunesse s

era enfin bouclée : je jouerai à Samurai Shodown sur une Nintendo, constructeur de ma première console . 

 

2019/2020 bon cru pour le remake?

La première chose qui saute aux yeux, c’est la qualité des graphismes qui n’est pas au niveau des jeux de combat actuels, surtout pour cette version Switch. Est-ce grave ? Non, pas du tout et je vais vous expliquer pourquoi. 

Dans un jeu, le plus important n’est pas les graphismes. Il y a 20 ans c’était pixelisé,  moche et on s’amusait sans souci. Dans les jeux de combat, le vrai challenge c’est les FPS (Framerate Per Second : en (très) gros, le nombre d’images par seconde) cela permet une bonne réactivité entre les commandes que vous avez envoyées avec la manette et l’affichage de cette action dans le jeu. Je trouve que c’est un exploit d’avoir un jeu de combat en 60 FPS sur Switch qui soit stable, sachant qu’il y en a peu dans ce style (les brawl (type Super Smash Bros) c’est sympa mais ce n’est clairement pas le même type de jeu).
Le jeu vidéo en général est pour moi une oeuvre d’art (pas forcément toujours un chef-d’oeuvre, d’ailleurs). Dans Samurai Shodown, au-delà du gameplay, il y a une patte graphique, un univers, des musiques qui permettent de s’immerger dans le lore (l’univers du jeu).

J’ai lu ici et là que les graphismes faisaient penser à Street Fighter IV. C’est vrai, mais un peu, peut-être, dans le fond, de dos et dans le brouillard. Il y a, de mon point de vue, surtout un crayonné, une patte s’inspirant des estampes japonaises : c’est beau, coloré et ça renforce grandement l’univers que je recherchais dans cette série. Le character design des personnages est tout simplement exceptionnel, on retrouve les anciens personnages et les nouveaux s’intègrent plutôt bien (à l’exception d’un ou deux personnages féminins qui sont ultrasexualisés et ça passe moins en 2020 qu’il y a trois décennies : il faut que les concepteurs de jeux vidéo fassent des efforts pour que les femmes ne soient pas que “ça”)

L’univers du Japon féodal fantastique est encore une nouvelle fois mis en avant via les décors, les musiques et autre bruitages.

Le casting (ou roaster, c’est-à-dire les différents personnages jouables) de ce reboot est certes plus grand que celui de l’original, mais 17 personnages cela fait un peu pâle figure aujourd’hui, les jeux faisant souvent de la surenchère de ce côté à chaque nouvel opus. En vrai, ce n’est pas bien grave car les personnages sont bien différents, en revanche ce qui m’énerve au plus haut point c’est la politique des personnages en DLC. J’ai quand même l’impression que depuis la dernière génération de console, on nous vend les jeux en kit. J’aimais devoir débloquer du contenu en jouant et pas en payant, ça ajoutait au challenge. Je comprends les éditeurs et la logique de profit, mais c’est rageant et je pense que beaucoup n’achètent pas les jeux de combat à la sortie pour attendre la sortie d’une version ultime avec tous les personnages déjà débloqués. Le problème pour Samurai Shodown est plus important pour moi que sur d’autres jeu : en effet les versions PS4 et Xbox One ont eu le droit d’avoir le premier character pass (4 personnages en plus) en bonus de précommande. Alors que, sur Switch, nous avons eu  droit à Samurai Shodown 2 Pocket Fighting Series. Alors oui, c’est rigolo de jouer à un jeu d’antan, une version de la Neo Geo Pocket, mais pourquoi celui-ci et pas l’original (vu que c’est un reboot) ou une de ses suites ? Ce bonus n’est pas à la hauteur, le character pass (à 19,99 €) avait un contenu récent, sachant que le jeu sort plusieurs mois après les autres versions, c’est presque incompréhensible.

Le plein de modes !

Les différents modes de jeux sont très classiques, je ne m’attarderai que sur le mode Histoire et versus qui sont ceux qui m’intéressent (ancienne école oblige, l’online (qui nécessite un abonnement donc encore un surcoût ) ne m’intéresse pas, un bon vieux combat assis dans le canapé, il n’y a que ça de vrai). 

Le mode versus est des plus classiques mais permet de rentrer dans les mécanismes : c’est l’essentiel des jeux de combat. Les affrontements s’enchaînent les uns après les autres  et il est difficile de savoir qui l’emportera tellement le jeu est nerveux et accessible. Vous deviendrez familiers avec les mécanismes de contre et d’esquive avec la pratique. Les rounds peuvent ne durer que quelques secondes et c’est là que les temps de chargement longuets entachent un peu le rythme du jeu. 

Le mode Histoire est, quel que ce soit le jeu de combat, de loin mon mode préféré : il permet de me plonger dans l’univers, via ses cinématiques, dialogues et/ou interludes. La trame de cet opus manque un peu de contenu, les liens entre les personnages sont inexistants, le scénario tient sur un post-it, il manque d’explication, de fond. On enchaîne les combats, l’histoire ne varie pas ou peu et ce, quel que soit notre personnage, qui de surcroît n’a pas vraiment de lien avec les autres protagonistes. Cela ne gênait pas dans les années 90 mais maintenant, en  comparant avec d’autres jeux (les Injustice, les Guilty Gear…), c’est trop juste. On se console avec les magnifiques fins dans le style des estampes japonaises, mais qui sont malheureusement très similaires de l’une à l’autre visuellement (une succession d’une poignée d’images légèrement animées et une histoire contée et sous-titrée).

Le dernier souci de cette version est l’ergonomie des joycons : ils ne sont pas du tout adaptés. Si vous jouez de manière un peu intensive, vous aurez mal aux doigts. De plus, il est difficile de déclencher les super attaques ou de contrer l’ennemi. Pour ma part, n’ayant pour l’instant que peu de jeux nécessitant une manette pro, je me suis procuré une manette sans fil de Game Freak (qui offre un bon rapport qualité/ prix). Le jeu prend alors une autre dimension, notamment en mode docké. 

 

Le vrai plus de cette version Switch réside dans sa portabilité, qui vous permet de faire quelques combats dans le métro, dans le lit, dans le jardin ou tranquille aux toilettes… 

Avis 

Il manque un peu de contenu (notamment solo) par rapport à la concurrence, mais le plaisir de retrouver cette série emblématique de la Neo Geo et des salles d’arcade me fait passer outre ce léger défaut. La version Switch n’est pas la version optimale, certes mais la portabilité de la machine en fait un argument de poids. Les combats sont à la fois brutaux, élégants et avec une finesse qui se dévoile au fur et à mesure que vous battez vos adversaires. J’aimais les jeux Samurai Shodown des années 90 et début 2000, je peux dire que j’aime aisément ce reboot de 2019-2020 qui est une réussite. Et j’espère voir une suite, autre que des DLC, et pourquoi pas d’autres reboots de la Neo Geo (Last Blade, Fatal Fury, Art of Fighting, World Heroes Perfect ….).

 

  • Le bonus de précommande différent sur Switch et sur consoles de salon, du coup le roster est un peu faible
  • Les joycons vraiment pas adaptés aux jeux de combat, ma wireless de chez Geek and Freak est bien plus ergonomique (moins chère qu’une officielle et avec quelques fonctionnalités en moins, mais si comme moi vous avez besoin d’une manette pro pour peu de jeux, c’est un très bon choix) 
  • Les temps de chargements 
  • La recherche systématique d’un abonnement Nintendo Online au lancement d’une partie du mode histoire (hors-ligne) tient du “forcing” pour pousser à l’abonnement (19,99€ par an) alors que cet abonnement n’est pas nécessaire dans ce mode. 

 

  • L’univers féodal et folklorique du Japon. 
  • La direction artistique du jeu
  • Des personnages vraiment variés
  • Le gameplay proche des originaux, qui en fait un jeu relativement stratégique à base d’esquives, contres et attaques dévastatrices

 

Au final :

Samurai Shodown est un jeu de combat nerveux et accessible, avec un univers, une direction artistique et des musiques qui vous feront voyager au Japon féodal fantastique. Si vous aimiez le Samurai Shodown original des années 90 pour son gameplay d’attaque/esquive à l’arme blanche, vous adorerez la nouvelle mouture fidèle à la série. Et si vous ne connaissiez pas la série, je vous la recommande grandement pour son univers et son gameplay qui ne fera pas doublons avec d’autres jeux de combat. 

 

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