Cette histoire prend place dans un pays lointain, perdu aux confins de l’Orient, lieu où le soleil se lève sur le monde. Nous sommes au Japon en l’an 1 de l’ère Genji, le shogunat Tukogawa, qui règne en maître sur l’île depuis plus de 250 ans connus sous le nom d’époque Edo, est actuellement en plein règne de son 14e Shogun : Tokugawa Iemochi. Le monde ne le sait pas encore, mais le régime du shogunat en place depuis le XIIe siècle est sur le point de s’effondrer pour laisser place à l’Empire du Soleil Levant, changeant radicalement le visage de ce pays aux valeurs traditionnalistes et renfermé sur lui-même. C’est dans ce contexte tourmenté que débute l’intrigue de Samouraï Comeback.

Ce manga, paru il y a presque 20 ans au Japon et arrivant seulement aujourd’hui en France, débute donc en l’an 1 de l’ère Genji (correspondant grossièrement à l’année 1864 du calendrier grégorien) pendant la fête de Gion alors que quatre samouraïs isolés s’apprêtent à déjouer une tentative d’attentat visant à incendier Kyôto fomentée par une vingtaine d’hommes originaires du fief de Chôshû. Le but de cet attentat est de détruire partiellement la ville (mais surtout de créer une gigantesque diversion) et permettre à l’empereur de s’échapper jusqu’au fief de Chôshû d’où il pourra fonder un nouveau régime qui mettrait fin à 700 ans de domination shogunale. Cet épisode est un évènement historique réel appelé Affaire Ikedaya, mais nous y reviendrons.

Au même moment en 2001 (?) un groupe de terroristes cherche lui aussi à incendier Kyôto et à renverser le régime en place afin de restaurer l’ordre et anéantir la décadence qui s’est emparée du pays au nom du Tout-Puissant (tout un programme). Après une lutte acharnée des deux côtés les samouraïs parviennent à massacrer leurs opposants et les terroristes prennent le contrôle d’une station de télévision. Mais, alors que tout semble aller pour le mieux à l’ère Genji, les samouraïs se retrouvent malencontreusement frappés par la foudre et transportés dans le Kyôto de 2001. Comment ça marche ? Aucune idée, mais ce n’est que le début du tome 1 mes lurons, gardons notre calme.

Pas décontenancés pour un sou, nos samouraïs échangent une bande de comploteurs incendiaires voulant changer la face du Japon de manière violente au nom d’une entité religieuse contre une bande de terroristes incendiaires voulant changer la face du Japon de manière violente au nom d’une entité religieuse. Le choc initial passe donc bien vite et les quatre compères s’en vont au combat, et triomphent. A partir de là l’intrigue est lancée et le manga se présente comme une course-poursuite entre les samouraïs coupable de meurtres légitimés par une autorité disparue depuis 150 ans et la police de Kyôto.

Le gimmick de l’étranger perdu dans un pays ou une époque lointain.e n’est pas neuf. Mais résumer Samouraï Comeback à cela serait un peu réducteur. Ce premier volume balaie d’un revers de la main toutes les situations vues et revues de ce type d’histoire par une prouesse scénaristique inattendue : les héros sont idiots. Car oui, si la description que j’ai fait d’eux les montre comme de fiers guerriers nobles prêts à tout pour leur shogun, en réalité on a plus l’impression de se retrouver face à une bande d’ados un peu attardés en armure avec des manières grandiloquentes et un code d’honneur strict. Et c’est ce qui fait toute la saveur de ce manga, la réaction des protagonistes est extrêmement sereine, les samouraïs se prennent grave au sérieux mais ne sont juste pas dans le bon environnement (ce qu’ils n’ont même pas l’air de réaliser), créant des situations absurdes pouvant devenir hilarantes.

Le dessin est par ailleurs assez original et très inspiré de l’art traditionnel japonais, notamment dans le design des personnages ne ressemblant pas vraiment à ce qu’on a l’habitude de voir dans du manga. Les scènes de combat et le mouvement de manière gérérale sont très dynamiques et efficaces, un sans faut à ce niveau-là.

Difficile de se faire une idée précise de l’œuvre avec seulement un volume sur les cinq japonais mais le style semble presque parodique, une affaire de voyageurs du temps bloqués dans le futur mais où rien ne semble grave, laissant place à l’humour situationnel créé par le décalage entre l’époque moderne et ces guerriers au code d’honneur strict appartenant à une caste supérieure.

Le seul bémol qu’on pourrait relever serait l’aspect culturel, le lecteur occidental étant un peu perdu face à l’anecdote historique qui nous est présentée et aux multiples noms qui la suivent. Mais même cela ne reste pas longtemps un problème puisque l’auteur a pris soin de laisser quelques pages à la fin du volume pour nous renseigner sur l’Affaire Ikedaya et le Shinsen-Gumi. On découvre donc l’anecdote de l’intérieur avant de se la faire expliquer en détail une fois la lecture terminée.

Intrigante curiosité de la collection WTF?! d’Akata, Samouraï Comeback est un manga d’apparence assez légère, laissant une belle part à l’humour là où le drame semblerait plus de rigueur. La barrière culturelle peut être un frein et c’est probablement à cause d’elle que l’œuvre n’avait jamais été importée en France malgré ses 19 ans d’âge, mais les quelques rappels historiques de l’auteur et un peu de bonne volonté suffisent à outrepasser cet aspect. Malgré cela il reste difficile d’établir un jugement précis après la lecture d’un seul tome, et on attend donc avec impatience la sortie des quatre autres en version française afin d’avoir le fin mot de cette histoire, prochain rendez-vous le 28 mai pour la sortie du tome 2 !

Crédits illustrations : SHIPPU JINRAI © 2001 Tsuru MORIYAMA / SHOGAKUKAN

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