Bientôt vous devant le film.

                                                                   

                                                                      Volenkahn’s Reviews #7 : Tetsuo

 

Bonjour, bonsoir et bonnes condoléances à tous, ici VolenKahn, et ceci est ma septième review cinéma. Et aujourd’hui, un film expérimental japonais (encore un ! Mais vas-tu donc arrêter de recycler tes sujets VolenKahn, nous voulons du sang neuf !). Mesdames et messieurs, un des chefs-d’oeuvres du mouvement cyberpunk crée de toutes pièces par un visionnaire : je vous présente Tetsuo.

 

Cet OVNI (pour Objet Visuel Non Identifié) raconte l’histoire d’un conducteur percutant un homme qui était en train de s’enfuir. Après s’être débarrassé du corps, le conducteur découvre qu’un bout de métal sort de sa joue. Après cela, son corps se transformera petit à petit en être de chair et de métal.

Un rapport plus que corporel entre la machine et l’homme.

 

Tetsuo fut réalisé par Shinya Tsukamoto et sorti en 1989, et a fait l’effet d’une bombe dans la communauté cinéphile. Pourtant, il est encore assez méconnu de nos jours : aux USA, il ne fut diffusé que de l’édition de 2016 New York Asian Film Festival ! C’est souvent grâce à des festivals qu’il sera diffusé, mais cela peut traduire la réticence de certaines cultures face à ce genre d’oeuvres cinématographiques.

Le réalisateur a passé près de deux ans pour réaliser son film, car au fur et à mesure de l’avancement de son projet, les investisseurs prenaient peur, et partaient (on peut les comprendre). Ainsi, vers la fin, il était quasiment tout seul pour finir le montage.

 

Je l’ai vu lors d’un festival, donc dans une salle avec du monde et sur un grand écran. Or, selon le réalisateur, il faudrait regarder le film sur une télévision, se rapprocher de l’écran et mettre le son plus fort. Est-ce que je regrette pour autant de l’avoir vu dans ces conditions ? Certainement pas.

Mais alors, pourquoi Shinya Tsukamoto nous propose-t-il ces conseils ? Pour deux raisons je pense : premièrement, pour mieux « apprécier » l’expérience (les guillemets sont ici plus que relatifs) ; deuxièmement, car il met implicitement en exergue l’un des thèmes principaux de son long-métrage, dont je vais vous parler bientôt.

Le « Métal Fetichist », dans son habitat « naturel ».

Tout d’abord, parlons de ce qui saute aux yeux : les violences du film. Et si je met un pluriel, c’est parce qu’il n’y pas que le sujet de douloureux : le film EST douloureux. Si Tsukamoto conseille d’augmenter le volume du film, c’est pour nous faire une blague : le volume sonore est incroyablement élevé sur ce film ! De plus, l’action à l’écran est quasi-ininterrompue, le répit est une notion étrangère dans ce métrage. Pendant plus d’une heure vous serez scotché à l’écran, en vous demandant quel morceau de bravoure technologique viendra vous frapper la rétine.

Mais n’oublions pas la violence du sujet, oui : la transformation de notre protagoniste en monstre cronenbergien est lente, douloureuse, et étrangement sexuelle. Notre héros va rencontrer deux personnages lors de son périple : une femme, et le « Metal fetichist », incarné par le réal lui-même. A travers ces relations, Tsukamoto arrivera à traiter des différentes sexualités existantes, notamment homosexuelle, lors d’un final grandiose et d’une certaine manière porteur d’un espoir mortifère.

Le noir et blanc est un choix plus que judicieux pour le film : il met ainsi dans le même panier l’homme et les machines, différenciables uniquement par leurs formes. Car à travers cette transformation, Tsukamoto traite, comme Cronenberg le fera dans son Crash, de la possible fusion entre l’homme et la machine en une entité parfaite, qui ne craindrait ni la même ni les maladies, mais aussi de la pression sociale qui oblige le citoyen moderne à s’adapter à un environnement toujours de plus en plus étouffant et conditionné par le système (ne parle-t-on pas de jungle urbaine, où la loi non pas du plus fort mais du plus ambitieux règne ?), ainsi que du rapport tendu entre les deux sexes dans la société japonaise contemporaine.

 

Je ne vais pas disserter plus longtemps sur les propos sous-jacents du film, tant ils sont riches et nombreux. Normalement, au stade où l’on en est, vous vous dites sûrement que ce film est un pur chef-d’oeuvre, une oeuvre fondatrice que tout le monde devrait voir. Et la réponse est oui, mais tout le monde justement ne le verra pas, et ce pour plusieurs raisons, en plus du sujet.

Ce qui fait principalement de ce film une expérience hors norme, c’est la bande-son. Crasseuse, industrielle au sens propre du terme, violente, rageuse, elle complète parfaitement l’état d’esprit de Tetsuo. Dès que la musique commence, l’on devient comme habité par la musique, comme si l’on était le héros de cette « aventure ».

Le jeu des acteurs est aussi important dans l’immersion : tout le monde a l’air de se déchaîner dans son rôle, notamment Shinya Tsukamoto en être hybride, à mi-chemin entre une créature de H.R.Giger (il a crée le Xénomorphe d’Alien) et un personnage d’un manga de Hideshi Hino (pour la folie).

Je me demande dans combien de décharges Tsukamoto a fouillé pour trouver les composants nécessaires à la création de cette… armure ?

 

Mais alors, quels sont les défauts de ce film ? Eh bien… L’excès de métal et de sang ? Car notre héros se transforme véritablement en Transformers Leader Price (un Transformux en gros), prêt à partir à l’assaut du monde, ce que le film nous montrera grâce à quelques scènes mémorables, que je ne dévoilerai pas. Mais mis à part ça, le film est quasi sans défauts.

 

En conclusion, Tetsuo est un film transcendantal, puissant, granuleux, violent, complexe, hystérique et riche d’interprétations, comme vous pouvez le voir. En gros, un film expérimental quoi ; certes plus accessible qu’un Eraserhead, mais quand même. Amateurs de sensations fortes, voici votre came, qui devrait vous rassasier pour un moment, et même plus, car il y a 2 suites à ce grand 8 filmique, que je vous laisserai chercher, si vous en avez le courage…

 

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