Live Report : Sabaton @Zénith de Paris – 07/02/2020


Chère Lucienne,

Cela fait maintenant 3 mois que je n’ai plus quitté la ligne de front. Les journées sont longues ici, et les distractions rares. Tout suinte la crasse, les rats ont envahi jusqu’au moindre recoin de tranchée et continuent de se multiplier. La nuit le froid nous glace jusqu’aux os tandis que nous sommes obligés de dormir à même la terre. Enfin, quand les préparations d’artillerie nous permettent de trouver le sommeil.

La guerre n’est pas telle qu’on nous l’avait décrite. Ici nulle gloire, que de la crasse et du sang en abondance, et des frères d’armes tombés vite oubliés dans la fureur des combats. La seule chose qui me raccroche encore à la raison est l’espoir de vous revoir un jour et de tenir ma promesse. Il me tarde de rentrer à Villemont-sur-Orge et de revoir votre sourire, loin de ces champs de mort dévastés que sont devenues les verdoyantes terres de l’Est de notre belle France.

Vendredi dernier nous avons tout de même eu droit à une journée de permission impromptue offerte par le commandement, à l’issue de laquelle une troupe de comédiens est venue nous présenter un spectacle de leur cru en trois actes dans une petite salle communale appelée « Zenith ». Ils étaient tous musiciens mais jouaient une musique que je n’avais jamais entendue avant, quelque chose de très rythmique, presque tribal. Les anglais de la tranchée 17 m’ont expliqué que cela venait de chez eux, ils appellent cela le « Rock n’Roll ». Peu de chances que cela ait le moindre succès avant un siècle au moins selon moi, mais c’était une distraction bienvenue.

Il me reste tant de choses à vous dire Lucienne, mais le temps me manque car il me faut repartir à l’assaut dans l’heure. Je pense à vous à chaque instant de ce calvaire et garde espoir que nous nous reverrons.

Tendrement,

Votre Edmond

Edmond perdit la vie dans l’assaut qui suivi l’écriture de cette lettre. Dévastée par le chagrin, Lucienne s’enferma dans un mutisme pendant des années. Quand elle revint à elle-même en 1924 elle ne parlait plus que le suédois (qu’elle n’avait pourtant jamais appris) et était convaincue d’être la réincarnation suédoise de son défunt fiancé. Elle partit donc vivre en scandinavie et se lança dans la musique sous le nom de Joakim Brodén, identité sous laquelle elle fonda le groupe Sabaton (vous voyez bien que j’allais quelque part avec cette intro) dans le but de reproduire la musique qu’Edmond avait entendue avant de mourir bien des années plus tôt. Voici son histoire (ou du moins la partie de son histoire s’étant déroulée le 7 décembre 2020 entre 19 et 23h).

 

– AMARANTHE –

Amaranthe Zenith de Paris 7 février 2020 @Kikevist_Thierry

La soirée commence doucement avec un groupe beaucoup trop énergique pour l’heure. Amaranthe met le paquet dès l’intro avec son power sympho / eurodance devant un Zénith déjà aux trois-quarts plein malgré la relative jeunesse de la nuit.

La prestation livrée par les suédois impressionne par sa qualité technique : le son est d’une clarté impressionnante (qu’on ne retrouvera malheureusement pas dans la suite de la soirée) et le lightshow est une véritable démonstration de maîtrise. Les patterns sont bien choisis, dynamiques, les changements fréquents et toujours précisément dans les temps. L’équipe technique d’Amaranthe est d’une précision chirurgicale, et le groupe a visiblement bien su s’entourer.

Dommage donc que la prestation ne soit pas forcément à la hauteur de ce cadre exceptionnel. Le groupe a la lourde tâche d’ouvrir pour les géants du live que sont Sabaton et peine malheureusement à rentrer dans ses bottes malgré la présence de trois (!!!) chanteurs lead sur six musiciens.

 

Belle allégorie de ceci, le décor de Sabaton étant déjà en place Amaranthe doit jouer sur une scène réduite entourée de sacs de sable, et malgré les efforts louables d’un des frontmen pour chauffer la foule l’ambiance peine à décoller.

Amaranthe Zenith de Paris 7 fevrier 2020 @Kikevist_Thierry

Il faut dire aussi que l’ambiance EDM de certaines compos du groupe peut rebuter la foule de metalleux présente ce soir-là, associant plutôt ces sons de claviers kitsch à une partie de la musique qui la rebute habituellement. Mais ne soyons pas mauvaise langue, Amaranthe nous présente un show tout à fait honnête et aussi plaisant à la vue qu’à l’écoute, et la réaction du public est tout à fait proportionnée pour une ouverture de soirée comme celle-ci. Un show technique parfaitement maîtrisé donc, pour un groupe qui mériterait peut-être d’arrêter d’ouvrir pour des groupes bien plus importants et qu’on aimerait voir en tête d’affiche pour une fois.

Setlist :

  • Maximalism Intro
  • Maximize
  • Digital World
  • Hunger
  • Amaranthine
  • GG6
  • Helix
  • That Song
  • Call Out My Name
  • The Nexus
  • Drop Dead Cynical

 

– APOCALYPTICA –

Apocalyptica Amaranthe Zenith de Paris 7 fevrier 2020 @Kikevist_Thierry

Le show d’Apocalyptica se révèle vite à l’opposé de celui d’Amaranthe. Le lightshow est ici tout en sobriété et en fonctionnalité, ne se permettant quelques fantaisies que sur certains breaks de batterie, l’idée est avant tout de montrer les musiciens et pas d’ajouter une plus-value à la musique par la lumière. Une démarche différente mais tout aussi louable qui laisse en plus la place à une gigantesque projection plutôt travaillée sur tout le fond de scène, alternant entre simple backdrop et animation plus poussée.

A l’opposé d’Amaranthe aussi, la qualité sonore se dégrade beaucoup, notamment dans les basses qui deviennent beaucoup trop agressives (notamment sur la reprise de Seemann où c’en était carrément douloureux). Mais à côté de cela, Apocalyptica maîtrise bien mieux son sujet, et sans artifices.

La première partie du concert est dédiée aux compositions originales du groupe et reçoit un accueil assez mitigé de la part du public, malgré la présence galvanisante de quelques fans disséminé ça et là. Puis le frontman revient aux premiers amours du groupe en lançant la reprise de Seek & Destroy, et tout le monde devient fou. Toute la fosse semble s’éveiller d’un seul coup et déborde soudain d’énergie sur ce classique. Mais le groupe ne s’arrête pas en si bon chemin et décide de remonter encore plus loin en interprétant une version modernisée et bien plus rock du Hall of the Mountain King d’Edvard Grieg, entrecoupée des intros de Thunderstruck (après tout pourquoi pas) et de la Marseillaise reprise en cœur par le public (un ardent patriotisme qui m’a toujours procuré un frisson de gêne mais bon, vu la tête d’affiche ça n’était guère surprenant).

Les trois violoncellistes mettent le feu le plus naturellement du monde, notamment Perttu Kivilaakso, véritable shredder du groupe dont on peine parfois à reconnaître l’instrument tant il en joue vite (et avec une pédale de distortion). Le set s’achève sur une autre classique de Metallica : Nothing Else Matters. Drôle de fin pour un concert si endiablé, la coupure dans le rythme est tout de même brutale, mais le public est réceptif et après s’être déchaîné, il fait silence. J’ai rarement eu l’occasion de voir une salle aussi grande aussi silencieuse, cela relève de l’exploit (enfin c’est ce que je pensais avant le set de Sabaton, mais nous y reviendrons).

Apocalyptica Amaranthe Zenith de Paris 7 fevrier 2020 @Kikevist_Thierry

Les techniciens d’Apocalyptica maîtrisent visiblement moins leur sujet que ceux d’Amaranthe, mais le gouffre qui sépare les musiciens en terme de chauffe de salle est bien plus impressionnant et le quatuor Finlandais n’usurpe pas sa réputation ce soir. Le groupe termine son set en nous promettant un concert en tête d’affiche à Paris dans les mois qui viennent, à surveiller.

 

Setlist :

  • Ashes of the Modern World
  • Path
  • En Route to Mayhem
  • Seemann (Rammstein Cover)
  • I Don’t Care
  • Grace
  • Seek & Destroy (Metallica Cover)
  • Hall of the Mountain King (Edvard Grieg Cover)
  • Nothing Else Matters (Metallica Cover)

 

– SABATON –

Sabaton Zenith de Paris 7 fevrier 2020 @Kikevist_Thierry

Telle une armée perdue dans le calme avant la tempête, la foule du Zénith retient désormais son souffle. Le moment tant attendu est arrivé… ou pas, car avant de commencer son set Sabaton prend le temps de se faire attendre. On a tout d’abord droit à une série de versions orchestrales de leurs morceaux en guise de musique d’attente pendant la préparation du plateau, puis la musique s’éteint alors que la scène est cachée par une immense toile aux couleurs du groupe et s’entame alors une LONGUE attente alors que le morceau In Flanders Fields est diffusé en intégralité devant la foule en délire plongée dans le noir.

 

Mais nous voici déjà arrivés au bout de ce préambule, et il est désormais temps pour Sabaton de nous interpréter leurs plus beaux textes tous basés sur ce thème qui leur est si cher et qui fait la fierté de notre chère humanité :

 

LA GUERRE.

Et le set commence fort avec le classique et explosif Ghost Division. Il ne faut pas plus de deux mesures à ce morceau pour me rappeler à quel point Sabaton est une véritable machine de live. La salle semble exploser littéralement sous les coups de boutoir de la batterie et les claviers/chœurs à eux seuls suffisent à faire entrer la fosse en transe. La mise en scène n’est pas en reste puisque la pyrotechnie donne tout ce qu’elle a dès ce premier titre avec feux d’artifice, explosions, lance-flammes sur le TANK servant de pratos à la batterie, on a vraiment la sensation que la 7e Panzerdivision est sur le point de raser le Zénith. En termes d’introduction de concert, on a rarement fait plus efficace.

Sabaton Zenith de Paris 7 fevrier 2020 @Kikevist_Thierry

Dès le troisième morceau joué (The Attack of the Dead Men) Sabaton nous montre que sa mise en scène a encore augmenté d’un niveau. Ce morceau, issu du dernier album, parle des soldats mutilés ayant survécu à une attaque au gaz de combat. On voit donc les membres du groupe monter sur scène noyés dans la fumée et affublés de masques à gaz, le chanteur étant même en tenue complète avec bonus gazeuse sous le bras et interprètera tout le morceau sans se défaire de son costume.

Et ce ne sera pas la seule audace de mise en scène, le point culminant étant pour moi une simulation de bombardement de tranchée à base de fusées de détresse et détonation complètement crédible. J’avais beau savoir que j’étais dans une salle de concert face à un décor de scène, ce court passage avait une portée presque cinématographique. C’est à cet instant précis que le groupe m’a fait comprendre qu’il ferait à l’avenir partie des grands.

Le début du concert est surtout consacré au dernier album. Il est en fait peu surprenant de le voir si représenté étant donné qu’il donne son nom à la tournée et que tout le décor de scène lui est dédié. Le groupe s’offre une petite excentricité sur Red Baron en apportant une reproduction à l’échelle ½ du fameux triplan du pilote éponyme dans laquelle est incrusté un orgue Hammond, faisant officiellement de cet objet l’orgue le plus metal du monde. Joakim se permet même une petite boutade en pianotant les notes de Swedish Pagans sur le clavier (en faisant passer cela pour un air traditionnel suédois dont les paroles seraient « Ikea » répété en boucle), trollant ainsi la foule qui passera tout le concert à entonner cette mélodie comme pour invoquer le morceau (mais qui ne viendra qu’en clôture de setlist, avec les tubes).

Sabaton Zenith de Paris 7 fevrier 2020 @Kikevist_Thierry

Mais il est déjà l’heure d’un nouveau rebondissement quand Apocalyptica remonte sur scène pour interpréter pas moins de six morceaux avec le headliner à commencer par la magnifique collaboration Angels Calling sortie conjointement par les deux groupes à l’automne dernier. Juste derrière suit le puissant Fields of Verdun que Joakim semble tout fier d’interpréter en France, et qui reste pour moi une des moments les plus intenses de ce concert (plus encore que l’intro).

Mais si intense que soit ce titre il n’est rien, mais alors RIEN du tout face à la monumentale claque qui suit : l’immense, le solennel, la majestueux The Price of a Mile. Ce morceau est à lui seul devenu une de mes meilleures expériences de live, une marche lente mais inarrêtable, appuyée par une débauche de chœurs, les hurlements de la foule et les violoncelles d’Apocalyptica. Un moment qui restera gravé dans ma mémoire pour longtemps.

Le groupe continue sur sa lancée, se permettant un petit clin d’œil au Hellfest/Knotfest de l’été dernier (bouffez ça les Kings of Metal), et enchaîne ses tubes jusqu’à arriver au rappel. Primo Victoria est suivi de près par Bismarck lui-même trainant dans son sillage le tant attendu Swedish Pagans que la foule n’en pouvait visiblement plus d’attendre. Et là se produit l’ultime prodige de ce concert : alors que tout le monde attend avec regret que le groupe dise au revoir à cette foule en adoration et quitte la scène pour un repose bien mérité, Joakim fait taire le Zénith D’UNE SEULE MAIN en se contentant de la baisser progressivement entraînant le volume sonore de 6000 personnes avec, puis pointe du doigt la sono à cette assemblée médusée. Et dans le silence de 6000 âmes retenant leur souffle, le petit sifflet de Hell & Back se fait entendre.

Sabaton Zenith de Paris 7 fevrier 2020 @Kikevist_Thierry

Puis vient l’explosion, foule et groupe donnent tout ce qu’ils ont sur ce dernier titre jusqu’à l’épuisement, et les artistes finissent par se retirer un grand sourire aux lèvres.

Ce concert était assez similaire à ceux donnés à Clisson l’été dernier, mais c’était comme si tout avait été monté d’un cran. La mise en scène n’a clairement rien à envier aux plus grands, chaque membre du groupe semble plus heureux d’être là que son voisin, les décors sont toujours aussi travaillés… J’ai personnellement du mal avec Sabaton en studio (que ce soit pour le message belliqueux délivré par leurs textes ou leur musique peut-être un peu trop épique à mon goût), mais il faut bien se rendre à l’évidence : ce concert est une expérience de live que je souhaite à tout le monde. Joakim est une bête de scène qui pourrait emmener tout le groupe à lui seul, mais tous les membres y vont de leur petite intervention sur tous les morceaux. Peu importe ce qu’on pense de Sabaton, il suffit de les voir en concert pour réaliser qu’ils ont leur place parmi les plus grands groupes de live de leur génération, à la manière d’un Maiden ou d’un AC/DC à leur époque (fight me).

Setlist :

  • In Flanders Fields (intro)
  • Sun Tzu Says
  • Ghost Division
  • Great War
  • The Attack of the Dead Men
  • Seven Pillars of Wisdom
  • Diary of an Unknown Soldier
  • The Lost Battalion
  • The Red Baron
  • The Last Stand
  • 82nd All the Way
  • Night Witches

Avec Apocalyptica :

  • Angels Caliing
  • Fields of Verdun
  • The Price of a Mile
  • Dominium Maris Baltici
  • The Lion From the North
  • Carolus Rex

Encore :

  • WWII Intro
  • Primo Victoria
  • Bismarck
  • Swedish Pagans
  • Hell & Back
  • Dead Soldier’s Waltz
  • Masters of the World

Live Report : Dropkick Murphy’s @Zénith de Paris – 09/02/2020


Aaaaah, le mois de février… Les jours qui se rallongent, le 29 une fois tous les 4 ans, la St Valentin, et bien évidemment les concerts annuels des Dropkick Murphy’s au Zénith de Paris. Depuis des années les compères de Boston répondent présents à l’invitation de la capitale tous les ans aux alentours de la même date pour une paire de concerts dans la fameuse salle de la Villette. Cette année ils venaient défendre leur dernier single Smash Shit Up paru quelques jours plus tôt en interprétant une savante sélection de leurs meilleurs titres.

Mais après toutes ces années à tourner, cela vaut-il encore la peine de se déplacer pour ce rendez-vous réglé comme une horloge ? C’est ce que nous nous sommes demandé en plongeant dans cette verte et houblonnée soirée.

 

– JESSE AHERN –

Cette soirée placée sous le signe de la joie de vivre et de la camaraderie commence par un artiste complètement à l’opposé de ces deux tendances. Seul sur scène avec sa guitare et son harmonica pour seuls compagnons, Jesse Ahern nous conte ses « récits de la vie moderne » sur un ton mélancolique, presque triste parfois.

Le chanteur semble un peu perdu tout seul sur cette grande scène mais cela n’empêchera pas l’oreille avertie d’apprécier son très beau grain de voix, renforcé par une égalisation dans les bas mediums faisant résonner ses textes à travers les poitrines. On sent une réelle intention de bien faire chez l’artiste, en plus d’une cohérence avec l’imagerie et les thèmes du headliner (je l’ai distinctement entendu chanter « Give me some alcohol » en jouant de la guitare avec un béret, tout y est), mais malheureusement les circonstances ne sont pas de son côté.

Pour un interprète visiblement plus habitué à jouer dans l’ambiance intimiste de pubs irlandais la scène du Zénith paraît beaucoup trop grande, et on sent dès le départ qu’il est intimidé par la foule. Une foule qui, rappelons-le, est ici pour un concert de punk et ne s’attendait donc pas vraiment à être accueillie par un simple guitare/voix. De plus la salle est alors à moitié vide et se remplit petit à petit de gens pas forcément très concentrés sur ce qui se passe sur la scène.

Le chanteur se décrispe petit à petit, notamment après que sa reprise de Redemption Song de Bob Marley ait rencontré un certain succès, et ose enfin s’adresser au public, mais très brièvement. Jesse Ahern semble être un artiste intéressant mais placé ici dans un décor démesuré lui faisant perdre ses moyens et sa prestance, et on espère avoir l’occasion de le revoir passer sur Paris dans une salle plus réduite, voire un bar, où il serait plus dans son élément.

 

– FRANK TURNER & THE SLEEPING SOULS –

Prenant le contrepied total de cette première prestation, le britannique Frank Turner et ses Sleeping Souls (ou SS en abrégé) révèle bien vite ses qualités de showman. D’entrée de jeu la performance est explosive et vient réchauffer la foule laissée sur sa faim après Jesse Ahern. La particularité de la formation est d’inclure un organiste utilisant des sons très typés années 50-60, et on note en effet une certaine influence du rock de cette époque dans les compositions du groupe.

Et ce n’est pas la seule influence que l’on décèle dans cette prestation. Sur une base de rock à tendance pop à la Feeder (dont nous avions couvert le concert en novembre dernier) Frank Turner et la SS rajoute des éléments de country, de folk, de punk… pour créer un mélange énergique à base d’hymnes entraînants enchaînés sans répit.

Le set est porté par un lightshow ne prenant pas trop de risques mais toutefois efficace. Mais ce n’est pas ce qui frappe le plus. Ce qui frappe le plus c’est que Frank Turner n’est en fait pas du tout venu pour faire un concert, mais bien un one man show. Fait notable, le chanteur parle dans un français imparfait mais parfaitement compréhensible (bien plus que celui de Bruce Dickinson en tout cas) tout le long du concert avec un enthousiasme sans faille.

Et tout le concert sera ponctué de petits moments humoristiques et totalement barrés comme la reprise d’un des morceaux de l’artiste traduit mot à mot en français, ou un autre morceau sur Ressuci Anne (si vous ne savez pas qui c’est, voici de la culture, c’est cadeau, me remerciez pas). Ce concert va à 100 à l’heure, alternant ses interludes humoristiques avec les hymnes du groupe, le toute dans une ambiance très pop avec quelques très beaux moments comme le slam chanté débordant de punkitude sur la fin du set. Frank Turner semble être un frontman à l’égo surdimensionné, mais force est de constater que son talent de showman est indéniable et que la durée du set (une heure, exceptionnel pour une première partie) n’est pas de trop tant on ne se lasse pas de l’énergie qui irradie depuis la scène.

Setlist :

  • Get Better
  • 1933
  • The Lioness
  • Try This at Home
  • If I Ever Stray
  • Photosynthesis
  • Polaroid Picture
  • Long Live the Queen
  • Rescue Annie
  • Eulogy (version française)
  • The Next Storm
  • Sons of Liberty
  • Out of Breath
  • Recovery
  • I Still Believe
  • Four Simple Words

 

– DROPKICK MURPHY’S –

C’est après cette première partie longue (près de deux heures) et éclectique que le public des Dropkick Murphy’s quelque peu sceptique face à cette introduction perçue comme interminable par certains finit par obtenir ce pour quoi il est venu.

La salle plongée dans l’ombre est bercée par une mélodie traditionnelle irlandaise faisant encore monter l’impatience générale suivie du titre The Lonesome Boatman, et le set démarre en trombe sur le classique The Boys Are Back. Entrée en scène impactante et rudement efficace, seulement entachée par sa lumière (les spots blancs à hauteur de visage qui m’empêchaient presque d’ouvrir les yeux, j’éviterai à l’avenir). Heureusement elle se calme bien vite, et ce début de set continue sur sa lancée jusqu’à un interprétation magistrale et jouissive de Blood.

Fun fact, de longs serpentins sont envoyés au-dessus de la foule sur le début de ce morceau selon un angle bien trop grand… et restent coincés dans la structure du plafond, hors de portée de main. Petite erreur de la part des techniciens du groupe, étrange quand on sait que l’effet avait sûrement déjà été utilisé deux fois la veille, et réinterviendra plus tard dans le set.

Mais le set suit son cours avec la même énergie. Le tout est enveloppé par les projections sur l’écran géant du fond de scène dont on apprécie la diversité. Paroles des chansons, clips, animations originales… le soin apporté à cet élément principal de la mise en scène fait plaisir à voir.

Le public semble enthousiasmé par cette prestation, et l’ambiance est à l’image de l’explosivité du show. Mais malgré tout quelque chose me dérange dans ce set : je l’ai déjà vu, plusieurs fois, et depuis des années.

Entendez-moi bien : Dropkick Murphy’s est toujours au top de sa forme, le lien avec le public est bien présent, les musiciens ont l’air de passer un aussi bon moment que le public. Mais le groupe semble avoir du mal à se renouveler dans sa mise en scène. La sortie de 11 Short Stories of Pain and Glory il y a quelques années avait renouvelé un peu tout ça, mais pas fondamentalement, et j’ai un peu l’impression que le groupe se repose sur ses acquis et stagne.

Malgré cela la performance est tout à fait appréciable, et certains morceaux fonctionnent parfaitement bien en live comme par exemple le nouveau single Smash Shit Up ou le quasi-final Until the Next Time tout en émotion alors que la moitié de la fosse se retrouve sur scène, et bien sûr le mythique Shipping Up to Boston.

Ce concert était bon. Mais il était bon comme l’avait sûrement été son jumeau de la veille, et comme l’ont été tous ceux ayant eu lieu au même endroit à la même époque depuis quelques années. Malgré cela les afficionados du groupe y trouvent toujours leur compte, et c’est bien là le plus important pour ce groupe qui peut compter sur une fanbase forte et inépuisable.

AHHHHH un photographe !

Setlist :

  • Foggy Dew
  • The Lonesome Boatman
  • The Boys Are Back
  • Famous for Nothing
  • Blood
  • The State of Massachusetts
  • The Bonny
  • The Walking Dead
  • The Fields of Athenry
  • Rocky Road to Dublin
  • Citizen C.I.A.
  • The Black Velvet Band
  • First Class Loser
  • Smash Shit Up
  • Cruel
  • The Warrior’s Code
  • Amazing Grace
  • Prisonner’s Song
  • Sunday Hardcore Matinee
  • Caught in a Jar
  • Johnny, I Hardly Knew Ya
  • Out of Our Heads
  • Worker’s Song
  • Rose Tattoo

Encore:

  • Going Out in Style
  • Until the Next Time
  • I’m Shipping Up to Boston
  • My Way (Frank Sinatra)

Live Report : Mass Hysteria @Zénith de Paris – 06/12/2019


Un vendredi soir pluvieux, Paris paralysée par la grève, tous les voyants n’étaient pas au vert pour faire de cette soirée du 6 Décembre une réussite. Mais il en fallait plus pour arrêter la Grande Famille du Métale venue célébrer avec Mass Hysteria la fin du Maniac Tour, et plus officieusement les 25 ans du groupe. Annoncée comme anthologique, encore plus que leur show titanesque du Hellfest déjà présenté comme « le plus grand concert de leur carrière », cette soirée faisait briller les yeux des fans de région parisienne mais également de partout ailleurs en France venus assister à ce moment unique. Partagé entre la déception de devoir laisser une partie de son public sur le carreau et son soutien à la protestation, le groupe a néanmoins pu compter sur un Zénith quasi plein et une armée de fans déchaînés. Retour sur ce concert aux allures de célébration.

 

– POGO CAR CRASH CONTROL –

L’affiche 100% française de ce soir est ouverte par les jeunes franciliens de Pogo Car Crash Control et leur post-grunge-punk-metal-larsen-ultraviolence pour leur tout premier Zenith, devant une salle très peu remplie du fait de la grève, retardant l’arrivée de nombreux spectateurs. La formation a déjà taillé au fil du temps une petite réputation à sa musique située à mi-chemin entre BB Brunes et Cannibal Corpse, à la fois violente et criarde, notamment grâce à quelques performances lives très remarquées au Hellfest 2018 et à la Flip Party. Et les voici, jeunes et fringants, prêts à enflammer la Villette en ce pluvieux soir de grève.

Le public de Mass Hysteria semble d’abord dubitatif face à ce déferlement, mais le groupe ne se laisse pas démonter par cette apparente frilosité et donne tout ce qu’il a. Et avec succès, puisque la foule commence peu à peu à réagir face à l’énergie qui émane du quatuor. La bassiste Lola est comme à son habitude une bête de scène, visiblement totalement transcendée à l’idée de jouer dans une salle à cette échelle. Petit à petit la mayonnaise prend avec le public, et la fosse se déchaine définitivement quand le frontman appelle un wall of death à l’aide d’une blague foireuse sur le divorce de tes parents (du génie, je vous jure), la violence allant alors crescendo jusqu’au titre final, le déjà classique Crève.

PCCC nous offre une performance digne de sa réputation et prouve sa capacité à retourner une grande scène avec autant d’efficacité qu’un petit bar. Ce petit groupe de potes de Lésigny (77) (une super ville, pas forcément hyper animée) a su convaincre ce Zenith et commence à se tailler une place sur la scène metal française à la manière d’un Rise of the Northstar quelques années plus tôt, et on leur souhaite le même succès dans les années à venir.

« Grunge is not dead »

SETLIST

  • Déprime Hostile
  • Rires et Pleurs
  • Paroles/M’assomment
  • Je Suis Un Crétin
  • Hypothèse Mort
  • C’est pas les Autres
  • Chômedu
  • Conseil
  • L’odeur de la Mort
  • Crève

 

– HANGMAN’S CHAIR –

Alors là, je n’étais clairement pas préparé à ce qui m’a percuté de plein fouet quand Hangman’s Chair a commencé à jouer. Pensant avoir affaire à un groupe de Stoner/Doom quelconque je ne me suis pas méfié de l’impact psychotrope que pouvait avoir la musique du groupe sur son auditeur, et quelle ne fut pas ma surprise quand dès les premières notes je me suis retrouvé hors du Zénith et de mon propre corps.

Le set des Essonniens était planant avec un P majuscule. Une suite ininterrompue de mélodies envoûtantes propulsées par des basses d’une lourdeur profonde, chaque coup de grosse caisse faisait trembler les poitrines, chaque note de guitare détruisait un peu plus les neurones. Cette formidable performance transcendante a-t-elle duré deux minutes ou deux jours ? Impossible à dire tant la musique vous absorbe et vous entraine dans le voyage de votre choix.

Le stoner de la formation jure un peu avec le côté plus punchy du reste de l’affiche, mais sans pour autant dénoter totalement. Une excellente surprise de la part d’une soirée où je ne pensais pas pouvoir prendre mon pied ET rester parfaitement immobile pendant plusieurs dizaines de minutes, Hangman’s Chair a su faire voyager la salle, alors en train de se remplir petit à petit, et a détendu les esprits et les corps avant la mêlée qui les attendait face au headliner.

 

– MASS HYSTERIA –

Et voici venue l’heure de faire trembler les murs. Juste le temps de passer True Survivor de David Hasselhoff tandis que les techniciens achèvent le changement plateau, cachés derrière un gigantesque drap blanc frappé du logo du groupe, et les furieux sont enfin rassasiés. Le chanteur Mouss s’adresse à la foule derrière ce drap, la haranguant une dernière fois avant de donner le coup d’envoi. Les premières notes de piano de Reprendre Mes Esprits résonnent dans le Zénith, couvrant avec peine les hurlements du public, puis les guitares se lancent sur le temps exact où le drap tombe, et nous voici lancés dans deux heures pendant lesquelles le groupe n’aura jamais aussi bien porté son nom.

La setlist ressemble comme promis à une version étendue de celle du Hellfest, avec presque tous les titres de celle-ci. On a ici pelle-mêle des titres provenant de toute la discographie du groupe sans discrimination pour un concert anniversaire construit comme un best of de ces derniers 25 ans. La mise en scène est aussi très semblable à celle du Hellfest, même si on regrettera l’absence du gigantesque mur de LEDs de la Mainstage 2 dont les projections donnaient une tout autre dimension à la performance. Mais même quasiment à vide l’ambiance est folle furieuse. Deux heures de pogos ininterrompus face au metal industriel martial du quintet, le tout entrecoupé d’un dialogue entre le chanteur et les fans, comme de vieux amis venus célébrer cette grande occasion.

Au bout d’une dizaine de morceaux, le groupe se permet un petit trait d’humour meta en allumant un système pyrotechnique tout à fait honorable sur le morceau Se Brûler Sûrement (hilarant dîtes donc). La mise en scène monte alors d’un niveau, galvanisant encore un peu plus la foule en délire, avec l’arrivée de ces langues de flammes dispersées un peu partout sur la scène.

Le plaisir que prennent les membres du groupe et le public est palpable. Tout le monde saute en tout sens autant sur scène que dans la fosse, les circle pits et wall of death s’enchaînent, on peut reprocher bien des choses à Mass Hysteria mais il est strictement indéniable que leur aura en live est prodigieuse. Le point culminant étant l’hommage que le groupe rend aux victimes du terrorisme à chaque concert, L’Enfer des Dieux. La lumière s’éteint presque pour laisser place à une rangée de gros braseros alignés sur scène, et les spectateurs allument à l’unisson les lampes de leurs smartphones jusqu’à illuminer la scène entière. L’interprétation est impeccable, et les frissons vous parcourent au son de cette marche mid-tempo d’une lourdeur à couper le souffle, semblant toujours plus violente au fil de l’écoute.

S’ensuit une série de tubes dont le cringe mais néanmoins extrêmement efficace Plus que du Metal sur lequel la foule donne tout ce qu’elle a dans des wall of death dont je ressens encore les conséquences, puis vient le moment d’un petit rappel, et la magie finit par s’éteindre sur l’inévitable et classique Furia.

Avec cette performance de plus de deux heures sur les 1h40 prévues, Mass Hysteria remplit parfaitement son pari. L’hystérie collective est bien là, accompagnée de la passion des fans, et parfois de la nostalgie à l’écoute de certains titres plus joués en live depuis des années. L’idée était de faire de cette soirée une célébration de la carrière du groupe, et l’effet produit est exactement celui recherché. Si la formation décidait de se séparer ici, ils ne pourraient pas rêver d’un meilleur final, mais l’aventure continue pour Mass Hysteria qui n’a pas fini de dispenser sa furie aux quatre coins de l’hexagone.

SETLIST

  • Reprendre Mes Esprits
  • Vae Soli !
  • Notre Complot
  • Une Somme de Détails
  • Babylone
  • Vector Equilibrium
  • Positif à Bloc
  • Failles
  • Même Si J’explose
  • Se Brûler Sûrement
  • Nerf de Boeuf
  • Derrière la Foudre
  • P4
  • Contraddiction
  • Aimable à Souhait
  • L’enfer des Dieux
  • Plus que du Métal
  • Tout est Poison
  • Chiens de la Casse

Encore :

  • Arômes Complexes
  • Donnez-vous la Peine
  • Knowledge is Power
  • Furia
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