Four Dead Queens, Astrid Scholte


Les histoires « royales » de manquent pas dans le young adult (surtout que j’avais lu Rule peu de temps avant). La couverture de Four Dead Queens est jolie. Mais pour une fois le résumé de la 4e de couverture qui m’a intrigué en premier. Le roman d’Astrid Scholte est sorti en juin dernier chez Casterman.

Keralie est une voleuse douée, jusqu’au jour où elle vole le mauvais objet et tombe sur des informations compromettantes. Si elle arrive à déchiffrer ce qu’elle a vu, elle pourra déjouer le complot et demander une récompense. La jeune femme devra tout faire pour éviter Mackiel, le malfrat qui lui a tout appris avant de la trahir. Elle trouvera un allié inattendu en la personne de Varin…

Une narration unique

Four Dead Queens allie habilement fantasy et enquête policière. L’héroïne découvre que les quatre reines de Quadara ont été assassinées, et elle n’aura que trois jours pour déjouer le complot.
Si on oscille dans les chapitres entre Keralie et les reines, l’élément le plus intelligent mis en place par l’autrice est la différence de temporalité entre ceux-ci. Tout en suivant le cheminement de Kéralie, on découvre la vie (et le passé) des différentes reines jusqu’à leur assassinat respectif. La chronologie choisie est donc d’une importance capitale, et elle vraiment bien amenée dans le récit. J’ai adoré qu’Astrid Scholte brouille les pistes malgré le fait que l’on connaît (ou croit connaître) d’emblée le destin funeste des reines.

Un univers riche

Si le pitch indique un rythme soutenu, l’autrice commence par mettre en place le background de sa dystopie : histoire du royaume, personnages… J’ai trouvé la séparation de Quadara et l’explication des spécificités des quadrants (Archia, Eonia, Toria et Ludia) vraiment intéressants. On en apprend plus sur les reines au pouvoir, et on prend le temps de s’attacher à elles. On découvre les inégalités sociales des habitants des quadrants. En plus, les personnages féminins sont vraiment mis en avant dans ce récit. Keralie est une jeune femme qui s’est perdue et se retrouve au fil des pages. Varin, quant à lui, finira par dépasser sa condition de messager Eolien.

Une fin que vous ne devinerez jamais

C’est cette phrase du résumé qui m’a incité à lire Four Dead Queens. Et c’est vrai, on découvre avec surprise le meurtrier. Ceci dit, je réfléchis toujours pour décider si j’ai apprécié ce retournement de situation ou non ! Je ne nie pas l’originalité du procédé, mais la révélation n’est finalement pas amenée par « grand-chose ». Très peu d’indices sont disséminés dans le récit, et de manière à ce que ça ne ressorte pas de celui-ci : si on ne donne pas les clés nécessaires, il est sûr que les lecteurs ne pourront pas deviner de qui il s’agit. Par contre, les révélations sur le personnage de Mackiel ne m’ont pas surprise du tout : dès le départ, j’ai eu le sentiment que Keralie était plus attachée à lui que lui à elle. Et comme souvent, je trouve la romance inutile (celles des reines sont, à mon sens, bien plus attrayantes).

Au final, Four Dead Queens ressort comme une lecture agréable dont l’intrigue et le rythme sont efficaces, démontrant que c’est possible même pour un « one-shot » (de plus en plus de YA sont des duologie ou trilogie).

Vous pouvez en lire un extrait sur Amazon.

Rule, d’Ellen Goodlett


Encore une fois, c’est la couverture du livre qui m’a attiré (comme c’était le cas avec Grace and Fury). La promesse d’un roman à trois voix, aussi. Édité chez Bayard Jeunesse, Rule est le premier roman d’une duologie. L’autrice est nouvellement traduite en France.

Trois jeunes filles filles en provenance des différentes contrées du royaume de Kolonya. Une convocation auprès du roi… Chacune cache un lourd secret. Persuadées qu’elles courent à leurs pertes, Zofi, Florencia (Ren) et Akeylah se rendent auprès de celui-ci.
Le roi, mourant, révèle être leur père biologique. L’héritier ayant été assassiné, le roi compte sur ses filles cachées pour prendre sa place sur le trône. Très vite, les trois filles comprennent qu’une personne connaît leurs secrets. Elles devront s’unir pour trouver l’identité du maître-chanteur.

Un trio gagnant

Le point fort de Rule vient de ses personnages, et des trois héritières en particulier. Ce récit à trois voix dans les chapitres se passe sans difficulté. Les voix s’alternent parfois, ce qui ajoute également du rythme. Utiliser plusieurs voix pour un même roman est devenu un trope du genre young adult. Ça permet d’éviter quelques longueurs, même si c’est parfois amené maladroitement.
Zofi, Ren et Akeylah ont vécu et évolué dans des contrées éloignées, dans un univers familial et social différent. Trois personnages distincts, avec leurs forces, leurs faiblesses, leurs caractères. J’ai mis du temps à m’attacher, mais j’ai beaucoup aimé Zofi. Voyageuse, elle a grandi en marge des autres, sans réellement appartenir à une seule contrée. De manière globale, à part quelques nobles interchangeables, j’ai croisé des personnages secondaires variés et développés de manière raisonnable. Je n’ai pas été convaincu par les histoires d’amours amenés dans le récit, par contre.

La patience est de mise

Les riches descriptions et l’histoire des contrées (j’adore ça !), c’est super. Mais parfois, l’autrice reste un un peu vague. Je regrette que les Arts, leurs créations et leurs histoires ne soient pas plus exploités. On apprends que les Arts fonctionnent avec le sang : les personnages doivent donc se mutiler pour utiliser les sorts. Les Arts Vulgaires semblent extrêmement intéressants. Seulement voilà, comme les trois héritières, on en sait très peu à leurs sujets ! Ainsi, la magie, qui tient une part important de l’histoire, n’est expliquée qu’en surface. Il faut attendre presque la moitié du livre pour avoir de plus amples explications.

Les intrigues ne manquent pas, entre les tensions, les complots, les rumeurs à la cour… Pourtant, il m’a rapidement semblé évident que je n’aurai pas les réponses à mes questions à la fin du livre. Eh oui ! Il faudra attendre la suite. Rule d’Ellen Goodlett est une lecture divertissante mais qui laisse sur sa faim.

BABEL CORP 11 : GENESIS, de Scott Reintgen


Auteur jusque-là inédit en France, Scott Reintgen est pourtant connu outre-atlantique avec sa trilogie Nyxia. En Français, les éditions Milan ont choisi d’appeler ce premier volet Babel Corp. 11 : Genesis. Sur la couverture de la version française, disponible depuis le 10 juin, on découvre le personnage principal, Emmett. Il faut avouer que l’illustration dénote sur les tables des librairies (les couleurs rendent beaucoup mieux « en vrai »). Cela accentue la volonté de l’éditeur de placer Babel Corp en jeunesse, contrairement à la couverture de la version originale, plus conceptuelle. Le titre n’a rien à voir non plus, donc, puisque nyxia est traduit par noxolyte en français, et ça n’aurait pas été très accrocheur comme titre !

Le résumé de Babel Corpp 11 : Genesis affiche des airs de Hunger Games (avec la compétition et la survie, bien qu’ici ce soit moins violent) et de La Stratégie Ender : Emmett embarque sur Genesis 11, un vaisseau de la compagnie Babel Corp., avec d’autres ados défavorisés. Leur mission : récolter sur la planète Eden une substance fossile surpuissante, la noxolyte. Or seuls meilleurs éléments seront autorisés à débarquer. A bord, les épreuves cruelles et biaisées succèdent aux entraînements violents, et Emmett se méfie de plus en plus de Babel Corp.

Babel Corp., le sauveur des ados désespérés ?

Le postulat de départ est plutôt simple. Les dix ado sont soumis à un entraînement rigoureux et difficile, tous les jours. À bord du vaisseau spatial, ils ont des cours et des quiz sur Eden (faune, flore, habitants, etc.) puis des combats, des cessions d’endurance… Bien sûr, ils doivent également apprivoiser la noxolyte, cet étrange minerai extraterrestre ! Ils sont notés quotidiennement sur ces entraînements, et les deux derniers du classement seront éliminés. Ces épreuves vont mettre à mal nos héros, autant physiquement que mentalement.

Il est rapidement évident que Babel Corp. ne dit pas tout, et ça a attisé ma curiosité. Plusieurs événements démontrent une certaine maturité dans le récit. Ils agissent comme un rappel à l’ordre sur le fait qu’il y a bel et bien une sélection, même si elle ne semble pas drastique. Ainsi, n’importe qui peut se faire éjecter ; mais hormis un retournement de situation vraiment inattendu, on ne s’inquiète pas réellement pour le sort d’Emmett. La deuxième partie, à bord de la station Tower, se déroule sur un temps plus court. Elle se lit « un peu trop vite » à mon goût. On repart sur un schéma similaire : les règles du jeu évoluent, mais la combativité est toujours de mise.

Ils ne seront plus que 8

Il m’a fallu un peu de temps à rentrer dans l’histoire de Babel Corp 11 : Genesis. Emmett m’apparaissait faussement rebelle, et formulait trop souvent des conclusions hâtives ; heureusement le développement de son personnage est bien mené. Il se questionne, finit par se remettre en question. Le personnage de Kaya y est pour beaucoup, je pense. J’ai apprécié la diversité culturelle (bien qu’elle ne soit pas développée : ne comptez pas en apprendre plus sur la vie au Pakistan ou au Japon !). Ça n’apporte pas une réelle différence de contenu, mais ça a le mérite de changer de mes autres lectures YA.

Tous les personnages ne sont donc pas aussi développés qu’Emmett. Je les ai apprécié tout de même (même ceux qu’on essaie de nous faire détester). On n’évite pas non plus les tropes des romans young adult, les personnages secondaires pouvant être relayés à de simples adjectifs (Bilal le gentil, Longwei le méchant, Kaya l’amicale, Katsu le clown…). La romance (non centrale au récit) n’est pas essentielle selon moi. Point positif : les romances n’apparaissent pas systématiquement dès que des liens se forment entre deux personnages.

Aux réfractaires de la SF, celle-ci n’est pas poussée dans le récit. Oui, nos héros sont sur un vaisseau spatial et se rendent sur une planète peuplée d’extraterrestres… Mais ça reste abordable, du YA en somme, pas du Arthur C. Clarke ou Peter Hamilton. Un premier tome qui se lit vite et bien, malgré quelques longueurs dues à la répétition des exercices, à cette obsession pour le classement. Pris dans sa globalité, j’ai passé un bon moment, et je suis curieuse de lire la suite !

Grace and Fury, de Tracy Banghart


Après mon blocage de lecture, à l’automne 2019 (ça commence à dater), j’ai craqué sur Grace and Fury. Je ne lisais plus pour le plaisir, mais uniquement pour le travail. Ça ne m’empêchais pas de traîner régulièrement dans les rayons de mes librairies préférées ! C’est dans ce contexte que j’ai découvert Tracy Banghart, éditée chez Hachette Romans. Ces dernières années, la dystopie est particulièrement appréciée en young adult. Je ne suis pas fan du genre, mais j’ai craqué à cause de la couverture (où l’on aperçoit une partie du visage des deux héroïnes).

Un titre prometteur ?

À Viridia, les femmes vivent pour servir les hommes. Elles n’ont pas le droit de lire, de choisir leur mari ou de travailler. Serina est une Grâce, une jeune fille qui a été éduqué dans l’espoir de devenir une des favorites du roi. Elle est douce, docile, soumise ; éduqué pour plaire et procurer du plaisir. Sa jeune sœur Nomi a appris à s’occuper d’elle : la coiffer, la maquiller… Elle sera sa suivante lorsqu’elles iront au palais. Nomi, elle, a l’esprit rebelle : elle a même appris à lire en secret ! Elle ne comprends pas pourquoi elle ne peut pas agir et vivre comme son frère jumeau.

Lors du bal de la sélection des Grâces, Nomi est choisie par l’Héritier au lieu de sa sœur… qui, accusée d’un crime qu’elle n’a pas commis, finit sur l’île-prison pour femmes : le Mont Destruction. L’une comme l’autre, elles vont devoir survivre dans un monde dont elles ne connaissent pas les règles.

Le scénario est classique, et prévisible. J’ai deviné très vite qui était l’antagoniste. Grace and Fury ne révolutionne le genre, mais j’ai tout de même beaucoup aimé suivre Serina et Nomi dans leurs aventures. J’avais d’ailleurs acheté le deuxième (et dernier) volume lors d’un week-end à Londres, et j’ai profité de l’été pour relire le premier tome (en VF) et enchaîner sur sa suite, Queen of Ruin*.
Lorsque j’ai découvert Grace and Fury pour la première fois, l’alternance de point de vue (un chapitre du point de vue de Serina, puis un de Nomi, etc.) m’a surprise. Je n’ai pas été dérangé par le procédé, surtout que les chapitres sont courts. Depuis, j’ai réalisé que c’était utilisé souvent dans les YA…

(Re)lecture en demi teinte

La relecture m’a d’ailleurs fait changer d’avis sur certains événements du roman, par rapport à ma première lecture. Nomi, que j’avais beaucoup aimé la première fois, m’a agacé. Elle rejette tout en bloc, sans avoir tous les faits, sans connaître les gens. Je me suis plus intéressée à Serina, à son parcours et sa découverte de soi – son affirmation, ses batailles, ses révélations. Nomi n’évolue pas vraiment dans Queen of Ruin, à mon grand désespoir, mais il se passe tellement de choses que je me suis laissée porter par les événements.

J’aurai beaucoup à dire sur l’Héritier, Malachi, son jeune frère Asa (et pas que « en bien », loin de là). Je ne dirai rien parce que je ne peux pas le faire sans spoiler les 3/4 du premier roman ! Le personnage de Malachi est clairement plus intéressant et plus développé dans Queen of Ruin ; je l’aimais déjà bien dans Grace and Fury, avec son air taciturne et renfrogné. Malheureusement, on ne peut pas dire que les autres personnages, masculins ou féminins, soient réellement développés dans cette duologie. La fin est un peu rapide. Après tout ce qu’il s’est passé, je l’ai trouvé trop facile. Une lecture coup de foudre qui s’est transformée, pour moi, en lecture divertissante mais mitigée. Si vous aimez les happy ends, vous serez comblé·e·s !

*Le titre est prévu chez l’éditeur, mais on ne connaît pas la date de publication ni le titre français choisi : je mettrai à jour cet article quand j’aurai les informations !

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