Mimizuku et le roi de la nuit, de Iduki Kôgyiku et Yû Suzuki


Le premier tome de Mimizuku et le roi de la nuit, de Iduki Kôgyiku et Yû Suzuki, est paru début juin aux éditions Vega-Dupuis (Le Batheau de Thésée, Deep Sea Aquarium Magmell, Kakushigoto…). Un shôjo fantastique à la couverture intrigante, il ne m’en fallait pas beaucoup plus pour tenter la lecture !

Qui a fait de Mimizuku cette esclave marquée et enchaînée, qui s’enfuit au fond de la forêt chercher un démon qui pourra la libérer de cette vie qu’elle ne peut plus supporter ? Mimizuku se croit exaucée en croisant le chemin du Roi de la nuit, le monstre qui doit la dévorer. Sauf qu’il n’en a aucune intention. Les monstres sont les humains qui ont affligé Mimizuku, le Roi de la nuit est le monstre qui va la sauver !

Un drôle d’oiseau

Mimizuku est un personnage détonnant. La jeune fille est franche mais naïve… Et elle a envie de mourir ! Nul doute qu’elle cache un secret très lourd, en plus d’avoir un passé d’esclave particulièrement difficile dont elle semble être détachée*. Le trait peut sembler inégal par moment, mais il retranscrit parfaitement l’aspect sombre et mystérieux du récit (événements, caractères des personnages…). Le tout est très intriguant pour un premier tome d’exposition (beaucoup de choses restent non expliqués), et on se laisse facilement porter par la lecture.

Ce premier tome de Mimizuku et le roi de la nuit mêle ainsi habilement drame et mystère, tout en ébauchant rapidement le monde fantastique dans lequel les personnages évoluent. Un manga qui pourra plaire à tout le monde grâce à ces thèmes difficiles aborder de manière accessible… pour le moment tout du moins. La série comporte 4 tomes et est terminée au Japon, je suis donc assez curieuse de lire la suite !

*Je suis pas psy, mais ça ressemble à un choc post-traumatique quand même.
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Nina du royaume aux étoiles, Rikachi

Nina du royaume aux étoiles est la première nouveauté de l’année des éditions Michel Lafon. Ou plus exactement, de leur récent label manga « kazoku ». Les bons shôjo deviennent de plus en plus rares avec le nombre croissant de sorties. Et comme nous sommes dans un univers fantasy, j’avais très envie de le découvrir.

Nina est une jeune orpheline aux très rares yeux bleu azur qui se fait passer pour un garçon afin de ne pas attirer l’attention des esclavagistes qui seraient prêts à la vendre pour un bon prix. Elle essaie tant bien que mal de survivre dans les bidonvilles avec Corin et Saji, ses amis qui, comme elle, ont tout perdu dans une épidémie qui a ravagé le royaume.
Lorsque Corin meurt de maladie, Saji, désespéré, vend la mèche à propos de Nina.
Rapidement, la fillette se retrouve face à un homme au regard froid qui lui annonce qu’en cet instant elle n’est plus Nina l’orpheline mais la princesse Alisha. Et elle a trois mois pour apprendre à parler et se comporter comme la vraie princesse, disparue en secret dans un accident, et dont elle partage les yeux bleus.

Désormais, il n’y a plus personne… qui pourrait m’appeler par mon prénom

La couverture est vraiment chou : l’utilisation des couleurs et le trait de Rikachi sont un bon combo. Le résumé, même s’il ne présage pas d’une grande originalité dans le scénario, se tient. J’ai donc décidé de donner sa chance à ce shôjo.

Je suis une grande lectrice de shôjo, mais il est vrai qu’à force (de sorties et d’années qui passent…) j’en trouve de moins en moins qui me vont vibrer comme lorsque j’étais ado. Normal, j’ai évolué, et je ne suis pas la cible principale.

Le premier tome offre un bon rythme, et dans l’ensemble dessin de Rikachi est maîtrisé – même si côté background/décors et tenues, on a le minimum de détails nécessaires à l’immersion dans les aventures de Nina. Je pense que Nina du royaume aux étoiles plaira aux jeunes ados d’aujourd’hui : grâce au dessin rond et doux de Rikachi, on découvre des personnages attachants dans cet univers fantasy.

Pour les habitué·es de shôjo, le thème de la princesse « de substitution » et du prince taciturne n’est pas nouveau, donc j’espère que la suite de la lecture apportera un peu plus d’originalité. Mais sans être la sortie de l’année, pour un premier tome d’exposition, les ingrédients sont réunis et la lecture agréable.

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© Rikachi / Kodansha Ltd.

A sign of Affection, Suu Morishita

A sign of Affection de Suu Morishita (un duo d’autrices) est une nouveauté d’Akata. La maison d’édition est réputée pour éditer des titres forts, où l’inclusion et les émotions sont mises en avant. D’abord proposé en numérique, le manga A sign of Affection est sorti au format papier au mois de mai.

Yuki est une étudiante qui, comme beaucoup d’autres, construit son quotidien autour de ses amis, des réseaux sociaux et de ce qu’elle aime. Mais quand un jour, dans le train, elle croise un jeune homme qui voyage à travers le monde, son univers va être chamboulé : ce dernier, bien que trilingue, ne connaît pas la langue des signes. Pourtant, très vite, il manifestera pour elle un intérêt bien particulier… Comment réagira-t-elle face à ce camarade d’université entreprenant et communicatif ?

Perfect World, Eclat(s) d’âme, Le Marie de mon frère, Nos temps contraires (chroniqué ici, d’ailleurs) ne sont que quelques unes des séries proposées par Akata que je vous invite à découvrir !

L’ouverture au monde
« Fais-moi entrer dans ton monde, Yuki. »

Si le scénario part d’un postulat assez simple*, l’intérêt survient de leurs différences. Yuki est sourde de naissance, alors qu’Itsuomi aime voyager et apprendre des langues étrangères.
Dans A sign of Affection, bienveillance et délicatesse sont les mots clés. Il s’en dégage une certaine poésie. Les personnages sont vites attachants. Le manga montre un peu « ce que c’est de vivre avec un handicap » sans tomber dans le pathos.
C’est un sujet encore trop peu abordé. En France, nous avons Comme les autres (Kana) et bien sûr A Silent Voice (Ki-oon), ou encore Hidamari ga kikoeru (BL édité par IDP). Ca m’a aussi rappelé le drama Orange Days (et m’a donné envie de le re-regarder !).

Je trouve le dessin magnifique. Le trait est rond, doux et léger et s’accompagne d’un découpage épuré qui permet une lecture lisible mais entraînante. Le duo ne lésine pas sur les plans rapprochés (mains, visages) pour faire passer les sentiments. Cela sert aussi, bien sûr, à exposer les difficultés de communication que peuvent rencontrer ceux-ci.

Doux dans le trait et dans le fond, A sign of Affection met en avant l’importance de la communication avec une réelle sensibilité. Le seul point négatif, pour moi, est l’esquisse d’un triangle amoureux. Ceci dit, grâce à cette atmosphère bienveillante et douce, je n’ai aucun doute sur le fait que je vais aimer la série. J’ai vraiment hâte de pouvoir lire la suite (parution du 2e tome début juillet !) mais ne vous y trompez pas : A sign of Affection est déjà un coup de cœur.

*La rencontre entre Yuki et Itsuomi, la découverte de leur quotidien, la romance qui s’installe entre eux.
Vous pouvez lire un extrait sur ce lien ; d’autres articles mangas sont disponibles ici. J’attends avec impatience le 2e (et dernier) tome d’Analog Drop pour vous écrire une chronique – vous savez donc qu’elle sera la prochaine chronique Akata !

Dans l’ombre de Creamy, Emi Mitsuki


Dans l’ombre de Creamy, de la mangaka Emi Mitsuki, met en scène Creamy – évidement – mais surtout sa rival, Megumi Ayase. La jeune femme est devenue arrogante et n’apprécie pas l’arrivée d’une nouvelle venue qui lui vole sa place sous les spotlights… Édité par Kurokawa, le premier volume est sorti le 8 avril.

Creamy, l’idole mystérieuse, est apparue telle une étoile filante. Sa popularité devient très vite un phénomène de société. À l’opposé, Megumi Ayase, la vedette de la même maison de disques, est traitée avec de moins en moins d’égards… Le cœur rempli de jalousie, Megumi passe alors à l’action pour redevenir la star !!

Creamy Mami est l’une des magical girls les plus connues des années 1980. Véritable succès pour le Studio Pierrot, Creamy fut leur première magical girl ! L’anime a ensuite été diffusé en France (La Cinq, TF1…) ; il se concentre sur Yû, 10 ans, une jeune fille qui se transforme en ado de 16 ans grâce à un pendentif, des formules (bien que les chats extra-terrestre qui l’accompagne n’en connaissent qu’une) et une baguette magique.

Le monde impitoyable des idols

Idol à succès, star du label Parthenon Productions, Megumi a travaillé dur pour en arriver là où elle est. Lorsqu’elle surprend Shingo, le patron de son label et son manager Kidokoro discuter de son déclin imminent, elle réalise avec effroi qu’ils cherchent déjà la prochaine star – celle qui a la « magie », qui sera capable de mettre des étoiles dans les yeux des fans.

Dans l’ombre de Creamy propose un panel de personnages, dont Megumi, qui ressort plus réaliste. Ils ont leurs défauts, leurs caractères pas toujours faciles. Kidokoro par exemple travaille d’arrache-pied mais se fait maltraiter autant par son patron que par sa chanteuse. Le manga reste assez léger sur les thèmes abordés mais démontre quelques notes plus sombre. On effleure donc dans ce premier volume une petite partie des coulisses du milieu des idols au Japon : travail acharné (sport, régime, vie privée interdite…), hyper médiatisation, stress, déloyauté, jalousie…

Le point de vue de Megumi

Tout est centré autour de Megumi, de son point de vue, et malgré les déconvenues (et certaines actions peu reluisantes), la star n’est pas montrée comme « la méchante » de l’histoire. On ne peut pas dire non plus que ce soit un personnage hyper attachant – pour le moment tout du moins. Bien qu’elle ne soit pas montrée sous son meilleur jour (arrogance, jalousie…), au moins elle ne baisse pas les bras et ne se laisse pas faire !

Le graphisme est vraiment beau et colle parfaitement à l’ambiance shôjo/magical girl. Le dessin est d’ailleurs franchement magique lorsqu’il s’agit de Creamy – comme si Emi Mitsuki voulait nous ensorceler au même titre que les fans alors qu’ils découvrent l’étoile montante de Parthenon.

Vous n’avez pas besoin de connaître Creamy, merveilleuse Creamy sur le bout des doigts pour lire cette nouveauté, mais il est sûr que vous apprécierez d’avantage votre lecture en connaissant l’œuvre originale. Le petit plus : entre chaque chapitres, des petites scénettes sur la vie dans les années 1980. J’attends avec impatience les apparitions de la secrète Creamy Mami. Prochain tome prévu en juillet !

Vous pouvez lire un extrait sur ce lien. Et pour plus de chroniques manga, c’est par ici !

© 2019 by EMI MITSUKI AND STUDIO PIERROT/COAMIX

Nos temps contraires, je ne te laisserai pas mourir, Gin Toriko

Aujourd’hui, je souhaite vous faire découvrir une pépite de science-fiction éditée par Akata (ça fait quelques mois que nous n’avions parlé de mangas Akata sur Error404 !). Nos temps contraires, je ne te laisserai pas mourir de Gin Toriko fait partie de ces nouveautés de fin octobre qu’il ne faut pas rater.

L’humanité, ne pouvant plus vivre sur Terre, s’est réfugiée dans l’espace, cloîtrée dans des « Cocoons ». Arata, Tara, Caesar et Louis sont des enfants précieux : des « néotènes », ces êtres qui, malgré leur apparence prépubère, possèdent la maturité d’adultes. Leurs corps se sont adaptés à la vie dans l’espace et, à ce titre, ils incarnent l’espoir et l’avenir de la race humaine. Quand un jour, ces quatre-là rencontrent une mystérieuse femme aux longs cheveux verts, atteinte de la « maladie de Daphné », leurs destins basculent à jamais…

Si j’ai été attiré par Nos temps contraires, c’est pour plusieurs raisons – bien sûr pour les thèmes abordés (une société où toutes les interactions sont codifiées mais où le genre n’a pas l’air d’avoir de l’importance, le rapport à l’autre…). Aussi, le fait qu’il s’agisse d’une série courte (8 tomes). Une autre des raisons qui m’ont poussé à m’intéresser au manga de Gin Torik : la science-fiction, tout simplement. Un genre trop mal-aimé ici. Finalement, la lecture de l’extrait m’a convaincu !

Un manga à part

Le shôjo de science-fiction est assez rare dans le paysage manga pour attirer à lui seul toute mon attention. Dans Nos temps contraires, les relations humaines sont au centre du récit, avec des personnages complexes et variés. Les néotènes sont des êtres qui ne grandissent et ne vieillissent pas comme les humains. Même s’ils vivent dans des cocons différents (Japon, Amérique, France et Inde), ils se réunissent régulièrement. Leurs interactions sont possibles parce qu’ils ont été liés les uns aux autres par un contrat durant leur enfance. La population des cocons semble extrêmement mélancolique de leur vie sur Terre, et nostalgique des époques passées (les tenues de Tara et de Louis, le masque d’Arata, la simulation de l’été 1975 qu’ils passent ensemble au début du récit…).

J’ai beaucoup aimé cette diversité, et j’espère qu’elle sera développée par la suite également. Ce premier volume promet une aventure intelligente, et j’ai hâte d’en apprendre plus. Les chapitres sont fluides et le côté futuriste crédible. L’univers est expliqué au fur et à mesure de la lecture, sans aucune lourdeur. Les relations entre nos quatre héros est d’emblée ficelée de manière efficace et attendrissante. La rencontre avec Gion ne laissera personne indifférent ; elle chamboulera nos héros et fera terriblement avancer l’intrigue. Je suis curieuse de voir si la maladie prendra une place encore plus importante dans la suite de l’histoire. Nos temps contraires, je ne te laisserai pas mourir est à découvrir de toute urgences !

© 2017 Gin Toriko (AKITASHOTEN)  

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