Kronik : Bring Me The Horizon – Post Human : Survival Horror


Bien le bonjour amis ! Il y a maintenant deux mois que nous nous sommes quittés sous de joyeux auspices, en vous souhaitant la bonne santé et un prompt retour des concerts. Alors, comment trouvez-vous ce rétablissement du monde ? Oui vous avez bien raison, la prochaine fois je ferais mieux de souhaiter qu’une météorite nous tombe dessus, ça augmenterait peut-être nos chances de partir en festival l’été prochain. Mais alors que la société s’écroule, que tout est chamboulé, que nous sommes une fois de plus assignés à résidence et que les Etats Unis sont définitivement en train de prouver à la Terre entière qu’ils sont un pays sous développé, certains choisissent de prendre le revers de cette médaille. La scène musicale actuelle foisonne comme jamais, les artistes étant bloqués à la maison sans possibilité de tourner, et les EP produits en quelques mois en réponse à l’actualité fusent. Je vous propose de découvrir l’un de ces enfants de l’épidémie, Mesdames et Messieurs, pour la dernière Kronik avant la fin du monde, Bring Me The Horizon nous emporte par-delà l’apocalypse avec une sortie tombant à point nommé, Post Human : Survival Horror.

 

Le moins qu’on puisse dire c’est que cet EP aura su se faire attendre. Il avait été tacitement annoncé par la sortie de son premier single Ludens il y a un an déjà puis suivi d’une période de noir total pendant plus de sept mois jusqu’à la sortie du génialissime Parasite Eve en juin dernier. Mais le voici enfin, avec pas moins de quatre singles déjà disponibles à une semaine de sa sortie (soit ni plus ni moins que la moitié de l’EP).

La sortie d’Amo en 2019 avait globalement été bien accueillie, BMTH continuant la paisible transformation entamée au début de sa carrière d’un groupe de Deathcore sale au possible en la formation plus pop que l’on connait aujourd’hui. Mais l’arrivée surprise d’un second album en 2019, le très mal compris Music to listen to […] GO TO (vous saurez me pardonner de ne pas avoir inséré le nom entier ici), avait décontenancé le public. Ce patchwork expérimental à mi-chemin entre à peu près tout et en même temps rien nous avait tous laissés avec un gigantesque « what the fuck » tatoué sur le front. Peut-être BMTH avait-il un brillant avenir dans la musique concrète, nous n’en saurons fort heureusement jamais rien car le groupe est bien vite rentré dans le rang avec la sortie de Ludens (mais réécoutez-le quand même, ça vaut le coup).

Mais même si ce premier single restait dans la veine d’Amo, on a bien vite découvert une nouvelle facette du groupe avec les suivan

ts. Mais alors, PH:SH, retour aux sources ? nouvelle étape dans la carrière du groupe ? compilation de hits ? Et bien, un peu tout ça à la fois, mais développons voulez-vous ?

Tracklist :

  1. Dear Diary,
  2. Parasite Eve
  3. Teardrops
  4. Obey
  5. Itch For The Cure (When Will We Be Free ?)
  6. Kingslayer
  7. 1×1
  8. Ludens
  9. One Day The Only Butterflies Left Will Be In Your Chest As You March Towards Your Death

 

Cet opus a été conçu comme une émeute sonore, afin de faire écho aux évènement récents liés à la pandémie et aux mouvements de contestation qui fleurissent un peu partout dans le monde depuis des mois. Il s’agit en fait du premier volet d’une future tétralogie intitulée Post Human ayant pour ambition de réfléchir sur les changements brutaux que traverse actuellement notre société et qui devrait voir le jour dans les temps à venir.

Cette sortie sonne presque comme une confidence, une des œuvres les plus authentiques de BMTH. Enregistré en grande partie à la maison pendant le confinement, c’est un cadeau fait aux fans, une nouvelle manière de produire la musique, et il ne faut pas creuser bien loin pour deviner que les membres du groupe se sont fait plaisir à écrire ces morceaux. J’en veux pour preuve l’impressionnante liste d’invités avec pas moins de quatre featurings. La moitié de la tracklist bénéficie donc de la présence d’une voix extérieure, et quelles voix ! Dans l’ordre nous avons donc le jeune mais néanmoins extrêmement talentueux Yungblud, MK-METAL de Babymetal, Amy Love des Nova Twins et, revenue d’entre les morts spécialement pour nous crever le cœur, Amy Lee d’Evanescence.

Musicalement l’ensemble se montre très riche et varié. On a droit à un retour bienvenu du scream d’Oli dès les premières mesures de Dear Diary,. A côté de cela des synthés pratiquement indus parfois viennent agrémenter à peu près toute la tracklist qui oscille entre hymnes metalcore assez classiques comme 1×1 et échantillons de groove teintés de sauvagerie à peine voilée. Dans cette catégorie on retrouve les singles Obey dont la simple section rythmique du refrain me donne envie de faire tout un tas de choses que la loi réprouve, et Parasite Eve.

Premier single de cet EP (en excluant Ludens sorti tout de même un an auparavant et qui a sûrement été mis là parce qu’on ne voulait pas laisser un morceau se perdre dans la nature comme ça), Parasite Eve est inspiré du jeu vidéo du même nom, mais difficile de ne pas voir dans son texte un parallèle avec la pandémie que nous traversons actuellement. Je n’ai pas réussi à déterminer si le morceau dénonçait avec cynisme la situation actuelle ou s’il soutenait ouvertement la thèse d’un complot gouvernemental, et en même temps je ne suis pas sûr de vouloir connaître la réponse à cette question, alors je me contenterai de vous parler de ses montées aux accents prédateurs, de ses explosions monumentales, le tout entrecoupé de moments groovy sortis de nulle part.

Les guests apportent aussi leur pierre à l’édifice, renforçant encore le côté hétéroclyte de l’œuvre. Le tant attendu Kingslayer ayant bénéficié de la participation de MK-METAL, l’influence du Japon s’y fait clairement ressentir. Je veux dire par là que le refrain est digne d’un morceau de J-Rock et donne envie soit de poser son cerveau pour aller sautiller joyeusement dans tous les sens comme un demeuré, soit de prendre un abonnement à ADN sur le champ.

De la même manière, Amy Lee vient conclure cet album avec un morceau totalement hors du canon qu’on avait cru suivre jusque-là. One Day The Only Butterflies Left Will Be In Your Chest As You March Towards Your Death (reprenez votre souffle) est une balade commençant par un très bel arrangement, puis devenant de plus en plus sombre à mesure que l’instru perd de son harmonie et que les voix se déchirent. Une conclusion bien loin de tout ce qui la précède, sauf sur son côté magistral qui vient apporter une touche de douceur pour finir cet enchaînement frénétique.

 

Vous l’aurez compris, PH:SH n’est ni plus ni moins qu’une compilation de tubes. Absolument rien n’est à jeter dans sa tracklist. J’ai parlé plus haut d’émeute auditive, et l’analogie est on ne peut mieux choisie. Dans toute la progression on ressent la colère, mais aussi la détresse, le dégoût, et par-dessus tout le cynisme, les paroles d’un survivant désabusé regardant le monde s’écrouler pièce par pièce autour de lui, attendant simplement la fin en maudissant ceux qui récoltent désormais le fruit de leur orgueil.

Bien loin de ce à quoi on pouvait s’attendre après des années passées à adoucir de plus en plus son son, BMTH revient à un Metalcore plus violent, n’hésitant pas à donner la part belle à des instrus rappelant les plus grandes heures de sa carrière. Les synthés utilisés se marient parfaitement avec le son des guitares, le tout porté par la basse afin de créer un mur sonore diaboliquement efficace et totalement jouissif.

Le groupe de Sheffield frappe fort avec cette sortie venant du cœur. Des morceaux exprimant l’état d’esprit des membres du groupe face à un monde qui se délite de plus en plus, un pamphlet politique parlant autant de présent et de passé que d’avenir. BMTH revient à un son plus brut, plus sauvage, mais toujours aussi travaillé et même parfois beau. Vous l’aurez compris, ce bijou est à considérer comme une des meilleures sorties de 2020, et même de la discographie de BMTH. Pour les plus curieux d’entre vous, deux petites séries de vidéos sobrement intitulées BMTH8 et BMTHS2.mp4 relatant la production si particulière de musique en plein confinement est disponible sur la chaîne youtube du groupe. Comme quoi, même un arrêt quasi-total du monde peut pousser à la créativité, je vous souhaite donc de survivre au votre et peut-être même de réussir à en tirer quelque chose ! Même si rester à glander en se reposant est une option tout à fait valide. Alors à très bientôt pour un nouvel épisode de l’apocalypse, et d’ici là portez-vous bien !

Crédit photo : site internet de Bring Me The Horizon

Kronik : Avatar – Hunter Gatherer


Ah, chers amis, quel plaisir de vous savoir en bonne santé ! Ainsi vous aussi avez survécu à l’épidémie qui ravage le monde depuis des mois. Enfin l’épidémie, ce n’est pas le pire… Tout le monde semble avoir perdu la tête ces derniers temps. Les théories les plus folles s’amoncellent sans aucune forme de cohérence ni même de plausibilité, mais qu’importe, il faut bien que les gens s’occupent n’est-ce pas ? N’ayez crainte, tôt ou tard tout sera revenu à la normale et nos vies reprendront leur cours immuable. Tout le monde n’aura pas cette chance, fort malheureusement. Et bien oui, vous n’avez pas entendu parler de la chute du Pays de l’Avatar ? Malgré la poigne d’acier de son roi, les émeutes n’ont pas tardé à tout emporter. Peu importe l’esprit original de la protestation aujourd’hui, la population s’est dispersée, et la terreur règne maintenant. Tout le territoire tremble désormais à la seule mention du clown et de son groupe de renégats, usant de technologies interdites pour s’en prendre à quiconque croise leur route. L’information vous a échappé ? Et bien laissez-moi donc vous expliquer toute cette affaire en détails…

 

Le 7 Août dernier paraissait le dernier opus du quintet suédois Avatar, Hunter-Gatherer. Faisant suite, après deux ans de tournées quasi ininterrompus et un long-métrage, à Avatar Country, ce nouvel album arrivait avec la lourde tâche de redresser le niveau après le passage mitigé de son prédécesseur. Celui-ci avait en effet quelque peu déçu, souffrant forcément de la comparaison avec son propre prédécesseur, le mastodonte qu’avait été Feathers & Flesh, lui aussi un album concept mais présentant un récit bien plus captivant et dense (en retirant les interludes et instrumentaux d’Avatar Country on descendait à seulement six morceaux narratifs, assez pour présenter un univers, trop peu pour y construire une intrigue intéressante). La carte de l’album concept n’était donc pas forcément gage de qualité chez Avatar, et ce nouvel album adopte donc une forme plus classique, un enchaînement de titres vaguement liés, mais nous y reviendrons.

      Tracklist :

  1. Silence in the Age of Apes
  2. Colossus
  3. A Secret Door
  4. God of Sick Dreams
  5. Scream Until You Wake
  6. Child
  7. Justice
  8. Gun
  9. When All But Force Has Failed
  10. Wormhole

A la première écoute cet album déroute. C’est une constante dans la carrière d’Avatar, dès que l’on pense avoir réussi à cerner leur style l’album suivant se charge d’un mélange d’influences complètement aléatoires et d’innovations personnelles et laisse l’auditeur un peu perdu dans un maelstrom en apparence incohérent. On avait vu ça sur Feathers & Flesh et la charge de cavalerie venue tout droit du far west de House of Eternal Hunt, la country de The King Welcomes You to Avatar Country, ou encore la musique circassienne dispersée de-ci de-là un peu partout depuis Black Waltz. Mais il est important de savoir dépasser les premières impressions, et cet album en particulier se bonifie grandement au fil des écoutes.

L’album débute sur un sound design futuriste que l’on retrouvera un peu partout en ouverture/clôture de morceaux dans une tentative peut-être un peu artificielle de lier l’ensemble. Puis vient le premier single, Silence in the Age of Apes. Le morceau n’est pas si mal, une rythmique effrénée interrompue seulement pour être dédoublée dans les refrains, un break/solo hautement accrocheur, mais je m’interroge tout de même sur sa place en introduction. L’ensemble manque un peu de substance pour parvenir à accrocher l’oreille instantanément. Difficile de dire précisément où est le problème, l’ensemble du morceau semble avoir un goût de pas assez. Peut-être que le refrain trop en rupture avec le reste du titre et bien moins catchy brise un peu l’entrain, ou peut-être est-ce le manque d’épaisseur du son de guitare sur ce même refrain qui manque de punch et fait retomber le soufflé. Quoiqu’il en soit, même si Silence in the Age of Apes reste tout à fait écoutable on l’aurait plutôt vu en milieu de tracklist qu’en introduction où il peine à créer l’intérêt à partir de rien.

Mais bien heureusement la tendance s’inverse bien vite avec le second titre et second single, Colossus. Le fameux sound design futuriste trouve bien plus sa place ici, dans cette espèce d’ersatz de metal indus, une marche régulière et ininterrompue croisée avec la patte distinctive d’Avatar et ornée d’un refrain plus lyrique menant à une retombée brutale. Ce titre s’agrémente de la présence de Corey Taylor, que je n’hésiterai pas à appeler COUrey Taylor désormais (nan mais sérieux, regardez-moi cette nuque ! On dirait un genre de Corpsegrinder en moins difforme) malheureusement relégué aux chœurs du refrain.

Une vie de headbang, ça forge une nuque

Difficile de dire ce que sa voix aurait pu faire d’autre ici, mais quand on voit ses dernières collaborations (comme l’excellent Drugs de Falling in Reverse, où l’entrée de son couplet compte bien pour 50% de l’intérêt du morceau à elle seule) on est tout de même en droit de regretter qu’il n’ait pas eu droit à sa place ailleurs dans l’album. Quoiqu’il en soit Colossus reste tout à fait efficace et relève sans problème le niveau du morceau d’introduction. Le son de guitare qui péchait sur Silence in the Age of Apes est toujours présent ici mais bien plus adapté au ton du morceau et même simplement aux riffs, globalement beaucoup plus dans les graves. L’alternance couplet/refrain, avec une montée puis une redescente toutes aussi brusques, s’avère parfaite dans l’aspect martial et mécanique de ce morceau, et le tout est encore sublimé par le solo. Les parties solistes sont en effet un gros point fort de cet opus, parvenant à donner un intérêt même aux titres les plus oubliables.

Et puis vient le troisième titre, A Secret Door, et la plaisante perplexité qui agite forcément à l’écoute d’un album d’Avatar. Débutant sur une partie sifflée pouvant rappeler le classique Wind of Change de Scorpions, la tranquillité apparente est vite brisée par l’entrée d’un riff death mélodique ultra efficace faisant penser à du Amon Amarth période Jomsviking. Le morceau tout entier est un patchwork de riffs sans trop de rapport apparent, cette partie sifflée et ce riff donc, des riffs en guitare clean devenus partie intégrante du style d’Avatar depuis Feathers & Flesh, une montée épico/dramatique en guise de refrain aboutissant à une version encore plus efficace du premier riff, le tout enveloppé par une mystique nappe de clavier assez inédite… A Secret Door est une preuve de plus qu’Avatar sait encore innover et s’aventurer dans des styles inconnus, le tout donnant un genre de power ballad revisitée, à la fois mélancolique et inquiétante, de l’Avatar pur jus parvenant tout de même à mêler de nouvelles influences à sa musique déjà assez hétéroclite.

Cette patte Death Melo/Amon Amarth continue d’avoir la part belle sur la plupart des morceaux suivants, jusqu’à presque devenir la quintessence du style de cet album. Dommage alors d’avoir débuté l’album sur deux titres qui, au-delà de leur qualité intrinsèque, sont finalement en rupture avec le ton général de l’album. God of Sick Dreams continue sans soucis de relever le niveau, une influence Feathers & Flesh très marquée, notamment sur le refrain entraînant mais agrémenté d’harmonies quasi dissonantes, juste assez pour créer un début de malaise sans jamais briser le plaisir de l’écoute.

Venant clore cette première moitié de tracklist, Scream Until You Wake est l’une des pépites de cet opus. Comme une version améliorée de Silence in the Age of Apes, une rythmique effrénée jamais interrompue, des riffs toujours plus efficaces s’enchaînant sans faille, même les riffs principaux semblent étrangement similaires (et très inspirés de choses entendues avant chez Avatar, come A Statue of the King). Le point culminant de toute cette frénésie est le refrain en chant clair montant en intensité pour finir dans un hurlement, l’ensemble appuyé par les coups de caisse claire marquant chaque temps. Le seul moment où le morceau s’autorise une pause est le solo, illustration parfaite de ce que je disais sur Colossus, rythmé par un riff donnant envie d’envoyer ses rangers à hauteur de mâchoire, avant de reprendre sur un ultime refrain sans jamais perdre d’énergie dans les transitions. Ce titre est un tube instantané, au-delà de sa place au sein de l’album ou même de la qualité générale de celui-ci, et frappe presque aussi fort que l’avait fait Paint Me Red à son époque, présageant des performances lives dantesques.

Le morceau suivant pourrait être l’hymne du groupe tant il est à la fois dérangeant et efficace. Le titre alterne entre plusieurs composantes toutes très différentes. Le couplet entraînant façon Disney est entrecoupé de moments dont la violence détonne totalement et finalement conclu par un refrain plus lent, majestueux. Celui-ci fait la part belle aux chœurs et réussit à donner l’illusion qu’un orchestre symphonique entier est en train de vous rouler dessus alors qu’il ne s’agit que des 5 membres du groupe accompagnés d’une discrète nappe de clavier en arrière-plan. La structure même du morceau est conçue pour surprendre (du moins au début) avec ces changements brutaux, mais rien de bien surprenant venant d’Avatar. Le texte n’est pas en reste avec une histoire sordide décrivant une mère enterrée vivante dont les appels à l’aide sont cachés par la liesse populaire due à ses funérailles, et l’enfant de cette mère laissé livré à lui-même, devenant progressivement fou connaissant le sort de sa mère. On peut supposer que la voix tentatrice du refrain est entièrement située dans sa tête, alors que la folie le gagne entièrement. Ce morceau est une grande réussite de l’album, passionnant de bout en bout, à la fois efficace dans ses riffs et prenant dans ses parties lyriques.

La suite de l’album reste globalement dans la même veine, revenant aux origines Death Melo du groupe avec un son plus gras qu’à l’ordinaire tout à fait délectable. Mention spéciale cependant au morceau de clôture, Wormhole, semblant très inspiré de l’album The Stage d’Avenged Sevenfold, tant dans son texte que dans son instrumental.

Surprise également une fois arrivé au titre Gun, tout à fait inédit dans la discographie du quintet. Un piano/voix sans artifice, à part une légère distorsion du chant, bien plus doux que ce qu’Avatar avait pu nous montrer jusqu’ici. Et ça marche, contre toute attente, la voix fragile de Johannes peine parfois à trouver sa justesse, mais cela ne fait qu’ajouter au côté déchirant de la chose.

 

Mais alors que dire de cet album ? Le résultat reste tout de même inégal. Certains morceaux sortent clairement du lot, Scream Until You Wake et Colossus sont des tubes instantanés, Gun accroche immédiatement l’auditeur malgré la surprise qu’il suscite. Et globalement même si tout l’album n’est pas immédiatement accrocheur, il se bonifie sans aucun problème au fil des écoutes, comme tous ses prédécesseurs. Avatar n’a jamais fait de musique immédiatement efficace mais plutôt des expérimentations. Et cet opus ne déroge pas à la règle, même on constate un certain retour en arrière dans son son très Death Melo, plutôt caractéristique des débuts du groupe.

Mais malgré ces qualités, le vrai problème de cet album, c’est que je n’ai pas eu l’impression d’écouter un album. Je l’ai signalé plus haut, la présence de Silence in the Age of Apes en introduction me laissait dubitatif, et même si Colossus vient relever le niveau juste après, il reste quand même à part dans la tracklist, avec un son très différent du reste. De même, Child se démarque totalement par son ampleur, pour notre plus grand plaisir, mais sa sortie en fade out au beau milieu de l’album casse totalement le rythme d’enchaînement des morceaux. La tendance est tout de même inversée avec Gun placé suffisamment tard, et Wormhole remplissant parfaitement sa fonction de morceau de clôture.

Hunter Gatherer est donc plus un enchaînement de titres qu’un véritable album. Peut-être cette impression est-elle due au fait que ce ne soit pas un album concept, contrairement à ses deux derniers prédécesseurs ? Probablement, mais pas que. Le fait que de nombreux morceaux définissent un style mais que les autres s’obstinent à en sortir laisse une impression étrange. On a réellement l’impression qu’en réarrangeant l’ordre des morceaux aléatoirement (à l’exception notable de Gun) on aurait toujours l’impression d’écouter le même album. Mais ce n’est pas pour autant qu’il faudrait bouder son plaisir, cet opus contient de véritables perles que j’ai citées plus haut, et même ses morceaux plus oubliables restent parfaitement au niveau que ce à quoi Avatar nous avait habitués au fil des sorties.

Hunter Gatherer est en fait probablement une manifestation d’une manière plus moderne de sortir de la musique, et nous pose une question : à l’heure où la plupart des gens écoutent leur musique en jouant un mix aléatoire sur spotify, est-il encore pertinent de voir les albums comme des œuvres plutôt que comme des collections de titres ? Oui, certainement, mais il est aussi bien possible de s’affranchir de cette notion sans problème. Peut-être l’industrie musicale moderne est-elle en train de paisiblement revenir à son fonctionnement de base de la même manière qu’Avatar revient à ses sonorités premières, préférant une multitude de singles à quelques albums. Avec le développement des home studios et de la diffusion par internet on voit beaucoup de petits artistes indépendants diffuser leurs titres un par un avant de les compiler dans des ersatz d’albums, il n’est donc pas inenvisageable que les gros labels s’emparent de ce mode de fonctionnement, laissant les albums aux artistes les plus ambitieux, portant un concept. Difficile de se projeter si loin évidemment, mais depuis l’avènement d’internet notre manière de consommer de la culture ne cesse d’évoluer, on est donc en droit de se demander à quoi ressemblera ce paysage d’ici quelques années.

Quoiqu’il en soit et malgré ce facteur Hunter Gatherer reste un album d’Avatar digne de ses prédécesseurs, sachant réinventer son style tout autant que puiser dans ses origines. L’ensemble des morceaux semble se bonifier au fil des écoutes, et nul doute que certains d’entre eux figureront bientôt parmi les résidents permanents des setlists des lives toujours aussi dantesques du groupe. Alors en attendant que lesdits lives ne reviennent, lavez-vous bien les mains, mettez des masques, prenez soin de vos proches, et rendez-vous très bientôt pour la reprise des concerts !

Crédit photos : chaîne youtube d’Avatar et Entertainment One Music

Kronik : Trivium – What the Dead Men Say


Aaaaaah, vous avez donc réussi à braver le confinement et vous voici arrivés dans mon humble demeure. Il y a bien longtemps que je ne vous avais pas conviés pour parler musique il est vrai, mais quelle plus belle occasion que cette immobilisation forcée pour découvrir ensemble ce que l’année 2020 a à nous offrir de bon au milieu de tout ce chaos ? Vous l’avez compris, le vieux Kärscheras relance la machine à Kronik. Et pour bien redémarrer, en avant-première, nous allons parler d’une des sorties les plus attendues de cette année : What The Dead Men Say de Trivium.

Le quatuor floridien a su, au fil des ans, se tailler une place de choix dans le cœur de la communauté metal internationale. Il y a presque exactement deux ans et demi sortait leur précédent opus, The Sin and the Sentence. Avec cet album, Trivium affirmait une fois de plus la tendance globale qui régissait sa musique depuis quelques années, le metalcore des débuts se muant de plus en plus en le thrash mélodique caractéristique du groupe depuis plusieurs années. Car c’est bien là l’un des points forts de Trivium, sa capacité à se renouveler sans jamais se trahir, comme une déclinaison cachant toujours une nouvelle facette. Trivium surprend rarement, et pourtant chaque album reste parfaitement singulier et identifiable.

Après 20 ans de carrière certains pourraient prétendre que Trivium n’a plus rien à dire, ou que l’esprit du début a disparu, ou d’autres lieux communs dérivés du sempiternel « c’était mieux avant ». Mais les procès d’intention n’ont jamais été ma tasse de thé, et j’ai eu la chance de pouvoir découvrir cette sortie en avant-première. Alors poussez le volume à 11 et installez-vous bien au fond de votre siège, car je vous emmène aujourd’hui parler aux morts, et l’autopsie ne sera pas de tout repos.

       Tracklist :

  1. IX
  2. What the Dead Men Say
  3. Catastrophist
  4. Amongst the Shadows and the Stones
  5. Bleed Into Me
  6. The Defiant
  7. Sickness Unto You
  8. Scattering the Ashes
  9. Bending the Arc to Fear
  10. The Ones We Leave Behind

L’album s’ouvre sur une intro quasi-acoustique assez sombre. Le titre IX est évidemment une référence au fameux XIX de Slipknot (non) (genre vraiment pas). Le morceau se découpe en trois parties : une première assez douce et reverbérée, la seconde reprenant le thème de la première en dégainant les guitares saturées, et enfin la dernière plus groovy, juste avant d’attaquer en trombe le morceau éponyme de cet opus.

What the Dead Men say est un exemple typique du style des albums récents de Trivium. Des riffs assez lourds entrecoupés de refrains à peine plus mélodiques, mais sans jamais devenir lyriques. Ce morceau reste globalement très thrash et ne surprend pas beaucoup, bien situé dans la lignée du précédent album. On y retrouve cependant quelques belles utilisations de tremolo picking, notamment l’intro émulant une sirène. Trivium place le premier morceau de cet album dans la continuité de l’évolution récente de son style. Et pourtant, on pourrait difficilement être plus éloigné de la réalité.

Le premier single de cet album, Catastrophist, est un bond dans le temps instantané. Presque tout dans ce morceau, dans sa structure, son esprit, rappelle l’album Shogun. Le parallèle n’est pas évident à la première écoute, mais après s’en être bien imprégné on retrouve bien vite une vibe semblant tout droit sortie de Down From the Sky avec ce refrain en escalade changeant de tempo à chaque nouvel échelon avant d’arriver à l’explosion lyrique du refrain. Le parallèle se retrouve même dans les textes, les deux morceaux faisant office de critique sociétale.

Mais il ne s’agit pas d’une copie conforme pour autant, loin de là. Catastrophist est innovant dans son écriture, surtout sur les couplets dont la dynamique est plus large que Down From the Sky qui restait violent de bout en bout. Le refrain est la partie la plus semblable, mais celui de Catastrophist, servi par une montée en puissance plus progressive, est bien plus efficace à l’oreille, bien plus groovy. Le morceau dans son intégralité dégage une énergie incroyable, semblant ne jamais s’arrêter dans une escalade continue.

Et à ce stade vous avez probablement déjà saisi la dynamique globale de la suite. Cet album est un véritable retour aux sources pour Trivium. On y retrouve de nombreux emprunts à Shogun, un certain nombre de morceaux étant complètement ou partiellement dans le style de cette période. On a déjà cité Catastrophist, mais le titre suivant Amongst the Shadows and the Stones est aussi très inspiré du plus japonais des albums de Trivium jusque dans son solo en shred effréné si typique de cette période, croisant son style avec celui de The Crusade, ainsi que Sickness Unto You plus tard sur l’album.

Mais même si l’ombre de Shogun est bien présente, le parallèle n’est pas forcément évident, et peut-être passerez-vous à côté sans le sentir. En revanche, même en le voulant, vous n’échapperez pas à Ascendancy. L’album regorge de moments de pur metalcore des origines, l’auditeur a sans cesse l’impression de se retrouver perdu en 2005, comme sur le tube instantané qu’est The Defiant.

Cet ovni, complètement impensable en 2020 et pourtant bien présent, aurait très bien pu être un bonus track d’Ascendancy tellement tout est là. Le riff gras en quasi palm mute entrecoupé de bouts de phrases mélodiques harmonisées, Matt Heafy qui revient se casser la voix dans des aigus abandonnées depuis plusieurs albums, et le refrain, mais quel refrain ! Une montée épique en chant clair à l’image de tout le morceau, appuyée par une marche mid-tempo portée par la batterie.

The Defiant incarne à lui seul toute la démarche de l’album, un retour aux sources inespéré et jouissif. Trivium allie à la perfection nostalgie et nouveauté avec des riffs thrash plus récents et des éléments metalcore totalement désuets mais remis au goût du jour par un style de jeu moderne. Le tout est appuyé par une production incroyable faisant la part belle à la basse, bien plus marquée que dans la plupart des albums du genre.

L’ensemble forme des murs de sons massifs et portés par des mélodies donnant une sonorité épique à l’ensemble. Ce sentiment est renforcé par le fait que l’album ne respire jamais. Les morceaux sont complexes et enchaînent des breaks toujours plus inattendus, What the Dead Men Say n’échoue jamais à surprendre son auditeur, chaque morceau se dépliant en plusieurs parties bien distinctes, en conservant toujours son rythme effréné.

Mais ne me faîtes pas dire ce que je n’ai pas dit, What the Dead Men Say n’est pas un album tourné vers le passé. Les morceaux, bien que fortement inspirés par les précédents opus du groupe, parviennent à innover, et certains titres échappent même presque totalement à cette démarche de retour aux sources, apportant des sonorités jamais entendues chez Trivium. Je pense notamment à Bending the Arc to Fear situé quelque part aux alentours du death mélodique, croisant les influences, ou encore à Bleed Into Me. Cette « valse » est ce qui se rapproche le plus d’une power ballad dans tout l’album, bien que la comparaison soit hasardeuse. Cette piste au rythme plus lent que la plupart des autres de l’album reste pourtant entraînante grâce à son rythme ternaire et sa batterie réglée au millimètre et la mélodie est ici encore plus prépondérante que sur le reste de l’album pourtant déjà très axé sur ses refrains quasi-lyriques.

 

Le groupe reste parfaitement fidèle à lui-même, revenant sur ce qui a fait son succès et s’en servant comme d’un tremplin pour s’élever plus haut. Cet album emprunte beaucoup à ses prédécesseurs, mais le mélange produit par tous ces croisements d’influences finit par produire quelque chose de neuf, de jamais entendu avant. Le mixage est d’une qualité époustouflante, formant des murs de son et laissant parfois beaucoup de place à la basse, parti pris peu courant mais toujours agréable. Et bien évidemment les autres membres du groupe de sont pas en reste, la batterie produisant une impressionnante démonstration technique tout le long des morceaux, et les guitaristes explorant des sonorités du Trivium old school comme les solos en shred de Corey Beaulieu, complètement dans le style de ceux de Shogun.

Trivium revient au top de sa forme avec ce nouvel opus. What the Dead Men Say est un enchaînement de tubes instantanés comme on en voit rarement et se hisse instantanément au sommet de la carrière de la formation. Cette sortie saura toucher même les plus nostalgiques d’entre vous, un album presque épique tant il semble inarrêtable, ne reprenant presque jamais son souffle au milieu de ses riffs effrénés et de ses refrains lyriques incroyablement efficaces. Le résultat dépasse de loin toutes les attentes qu’on pouvait avoir à propos de cet album, et nul doute qu’il s’agit là d’une des meilleures sorties de 2020. Reste à le laisser mûrir pour déterminer si, oui ou non, nous avons affaire à un nouveau Shogun, mais cet opus reste sans conteste uniformément excellent.

Et quant à moi je vous laisse pour aujourd’hui et vous retrouve bientôt. En attendant restez chez vous, prenez soin de vos proches, et écoutez Trivium les enfants, parce que profiter des bonnes choses c’est important.

Crédits Photographie : Trivium/ RoadRunner Records /// Illustration : Ashley Heafy & Micah Ulrich

 

Alcest @ La Machine du Moulin Rouge (07/03/2020)


Le mois dernier avait lieu l’un des derniers concerts parisiens avant que ceux-ci ne soient contraints d’être annulés. Et bien que nous ayons des concerts ou des festivals en ligne, rien ne vaut une expérience en live, loin de la tristesse hivernale. Ces soirées qui vous transportent et vous font rêver. On revient sur cet Autre Temps, où nous avons pu voir Alcest, accompagnés de Kælan Mikla et Birds in Row, à la Machine du Moulin Rouge.
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Live Report : Monuments @Petit Bain – 01/03/2020


Quelle a été la première préoccupation qui a agité les neurones de l’Humanité ? Au-delà des évidents besoins vitaux comme manger, boire, tuer des trucs, se faire tuer par des trucs et copuler joyeusement entre ADULTES CONSENTANTS (des bisous les Césars), on peut supposer que ça ressemblait à un genre de « Mais qu’est-ce qui fait donc que le monde est tel qu’il est, et suit ces règles ? Comment ? Pourquoi ? Oh tiens un loup, allons le domestiquer » et après quelques milliers d’années on se retrouve avec des chihuahuas partout bref, une horreur.

Mais la réflexion était lancée. Alors privé de science, l’Humain avait commencé à chercher des réponses à ses questions partout autour de lui. Ainsi naquirent une longue lignée et prédicateurs et autres prophètes, amenant chacun leur tour une Vérité Universelle différente de la précédente, déclenchant parfois des guerres pour décider de qui avait la meilleure. Et certains, notamment en Asie, adoptèrent des manières de concevoir l’Existence complètement mystiques, cherchant à se connecter à leur divin de toutes les manières possibles, en y sacrifiant parfois leur connexion au monde matériel.

Mais qui étaient réellement ces hommes ? Illuminés ? Authentiques prophètes ? Proto-junkies camés à la mort ? Et bien laissez-moi vous dire que Monuments s’en contre-carre royalement et marche droit dans leurs pas à la recherche du Nirvana en laissant derrière lui un chemin ensanglanté.

Accompagné de leurs compatriotes britanniques Heart of a Coward et du méconnu groupe australien I Built the Sky, John Browne et ses compères sont venus rendre visite au Petit Bain le 1er Mars dernier afin de nous présenter leur nouvelle voix, le jeune mais néanmoins talentueux Andy Cizek. Une épopée de quelques heures quelque part entre le déchaînement de violence et la transe mystique, Monuments nous a offert un voyage aux portes de la folie que nous avons vécu pour vous. Alors accrochez-vous bien mais surtout n’ayez pas peur, car même si vous n’en réchappez pas, le Samsara vous rappellera tôt ou tard…

 

– I BUILT THE SKY –

I Built The Sky @Le Petit Bain – Juliet Faure

La soirée s’ouvre avec ce petit groupe australien au nom évoquant des immensités dignes du grand et sacré Post-Rock. Mais ici point de nappes de guitares, point de crescendo majestueux, I Built the Sky évolue plus dans un math rock teinté de djent, mais très léger et mélodieux. Le batteur commence par entrer sur scène dans l’indifférence totale tandis que la bande se lance, juste avant que les lumières ne s’éteignent, et le public curieux mais encore peu nombreux du Petit Bain se tourne mollement vers la scène tel une bande d’éléphants de mer aux aguets.

D’un point de vue purement musical le groupe est à un excellent niveau. Les trois musiciens sont largement au niveau pour ce style de musique parfois un peu retors, les mélodies sont efficaces, voire planantes sur certains passages, tout est carré et à sa place, la qualité de la composition et de l’interprétation sont très vite établies. Le groupe semble manquer d’un second guitariste, les leads les plus répétitifs étant joués par la bande, mais cela ne fait que souligner la rigueur à toute épreuve du groupe qui retombe toujours pile sur le temps malgré la complexité rythmique et technique des compositions.

Mais la mise en scène manque encore de finesse. Le travail sur la light est globalement pauvre, et le chanteur peine à remplir le vide entre chaque morceau par sa seule éloquence (vide accentué par le fait qu’il doive changer d’accordage presque un morceau sur deux).  Malgré cela, et comme souvent à cet horaire, le groupe semble s’éveiller petit à petit au fil du concert. Le chanteur finit même par vanner lui-même le manque de notoriété du groupe avec juste ce qu’il faut d’autodérision, tout en prenant ses aises sur scène.

Le concert finit en beauté avec un laborieux mais néanmoins choupidou « High Five Wall of Death » et un slam du chanteur en plein lead (de math rock, donc pas un enchaînement de powerchords a priori) assez impressionnant. Le public semble conquis par le groove de folie et les mélodies douces de I Built the Sky, ne manque qu’une attitude scénique plus détendue et dynamique que l’expérience saura sûrement apporter à la formation.

 

– HEART OF A COWARD –

Heart of a Coward @Le Petit Bain – Juliet Faure

Mais en introduction je vous parlais certes d’une expérience mystique mais aussi d’un « chemin ensanglanté » (toujours dans la mesure, vous me connaissez), or même si I Built the Sky possède un groove indéniable, on est bien loin de ça. Mais pas d’inquiétude, car l’arrivée de Heart of a Coward fit immédiatement trembler le Petit Bain sur ses fondations (ce qui, pour une péniche, reste un tour de force).

Dès son entrée sur scène le groupe britannique retourne la salle comme un vieux pancake. Le morceau d’introduction amène avec lui une bagarre sans nom dans le pit, le public lançant les hostilités à peine les premières notes entendues. La musique de ce groupe de djent à l’esprit plutôt hardcore trouve son public sans aucun problème.

On entame alors une épopée à base de breakdowns qui tâchent, de transitions entre chant clair et scream d’une fluidité impressionnante, et de beaucoup trop de wall of death successifs pour une fosse de la taille du Petit Bain. A aucun moment la musique ne fait mine de baisser en intensité, enchaînant claque sur claque avec une efficacité presque surnaturelle. Le chanteur s’arrête à peine pour souffler entre les morceaux, pas le temps de briser le rythme, le show est inarrêtable.

Et quand je vous disais que la salle tremblait sur ses fondations, non seulement le sol de toute la pièce faisait des mouvements de haut en bas peu rassurants au rythme des mouvements de la foule, mais c’est bien vite toute la péniche qui s’est mise à tanguer dangereusement. Mais il en fallait plus pour arrêter Heart of a Coward qui, s’ils ont seulement senti cette légère perturbation, s’en sont sûrement amusés.

Un show tout en puissance d’une efficacité millimétrée, chaque morceau semblant plus énervé que le précédent, Heart of a Coward est une excellente découverte et une perle de live pour qui aime la bagarre la plus pure et les guitares accordées bas.

Setlist :

  • Down in Ruin
  • Ritual
  • Collapse
  • Shade
  • Monstro
  • Mouth of Madness
  • Hollow
  • Deadweight

 

– MONUMENTS –

Monuments @Le Petit Bain – Juliet Faure

Ainsi furent assemblées les deux moitiés d’un grand tout, la beauté légère de I Built the Sky et la violence irrépressible de Heart of a Coward mêlées dans un infini tourbillon de sensations. Et du cœur de ce chaos émergea le sommet de la pyramide, l’omnisciente présence, l’entité aux aguets au commencement et à la mort de tout. L’heure était venue d’accueillir Monuments.

Le groupe débarque un peu en retard mais attaque d’entrée de jeu au sommet de sa forme, capitalisant sur l’excitation laissée par Heart of a Coward derrière lui. Pendant plus d’une heure et demie le groupe nous livre son djent mystique influencé autant par le metalcore de début de siècle duquel il descend que par la musique mystique venue du très lointain orient. Les musiciens sont tous d’une rigueur irréprochable (nécessaire au jeu de ce genre de style très technique), et servis par une technique quasi parfaite offrant un son clair comme de l’eau équilibré de main de maître, laissant chaque instrument ressortir parfaitement à sa place. Mais la plus grande surprise de cette soirée se trouve derrière le micro de chant.

De loin, Andy Cizek ressemble à un jeune homme en fin d’adolescence, un peu maigrelet, timide mais poli et bien élevé (et il l’est sûrement). Drôle de casting en apparence, mais l’habit ne fait pas le moine et la grosse inconnue de ce set se retrouve bien vite en être la pièce maîtresse. Le chanteur possède comme ses collègues une technique carrée et sans faute, évidemment, les plus pointilleux déploreront peut-être la perte du growl profond de Chris Barretto mais la voix de son remplaçant remplit parfaitement le créneau.

Et même si ce n’était pas le cas, qu’importe ? Parce qu’au-delà de sa simple technique vocale correspondant parfaitement à la musique de Monuments, Andy est un frontman possédé vivant les morceaux qu’il chante, comme en transe mystique quand il hurle ses textes. Et toute la salle ne tarde pas à l’imiter, on peut voir ça et là des gens en communion avec les mélodies envoûtantes venant de la scène, pris de tremblements, les yeux révulsés (enfin je ne suis pas sûr d’en avoir vu, mais je ne peux pas être le seul à avoir atteint cet état, si ?).

Mais la force de Monuments ce ne sont pas seulement ses mélodies mystiques, ni son groove catchy à l’extrême, et pas non plus ses passages plus violents typiques du metal moderne dont il est issu. La vraie force de Monuments, c’est que tout ça arrive en même temps. Il n’est pas ici question de passages mystiques entrecoupés d’ultraviolence, l’ultraviolence EST mystique tout le long du show, à l’image d’un Gojira polyrythmique.

Sur la fin du concert tout est débridé, le chanteur se retrouve à scander ses refrains debout sur la foule qui continue sa communion avec le groupe. Se set s’achève sur A.W.O.L. et I, the Creator, deux morceaux incarnant à eux seuls toute l’expérience cérébrale offert par le groupe en live.

Monuments en concert est une expérience à vivre. Situé quelque part entre la transe encensée des prêtres d’extrême orient et les mosh pits des concerts de hardcore New Yorkais, ce voyage introspectif amène son auditeur aux limites de la conscience. Peut-être avons-nous tous touché du doigt ce que l’on appelle « Dieu » ce soir-là, peut-être qu’il faudrait que je me calme et que j’arrête de mettre autant de merde dans mes reports ? La vérité restera obscure…

Quoiqu’il en soit Monuments est toujours en pleine forme et bénéficie pleinement non seulement de sa nouvelle voix mais également du retour du batteur historique Mike Malyan. Le nouveau morceau Animus sorti il y a quelques mois et placé dans la setlist présage probablement de la sortie d’un nouvel album dans un futur plus ou moins proche, le premier porté par la voix d’Andy. Malgré ses déjà 10 ans d’expérience Monuments a toujours la hargne et la fougue des débutants, offrant une expérience de concert rare, une transe guerrière héritée des plus anciennes spiritualités, ou juste du djent ultra efficace avec des gammes orientales, c’est vous qui voyez.

Setlist :

  • Blue Sky Thinking
  • Leviathan
  • Horcrux
  • Mirror Image
  • Animus
  • Vanta
  • 97% Static
  • Empty Vessels Make the Most Noise
  • Regenerate
  • Origin of Escape
  • Degenerate

Encore :

  • A.W.O.L.
  • I, the Creator

INTERVIEW 404 : ANTOINE, GUITARISTE DE SWARM


A l’occasion de leur journée promo sur Paris, nous avons eu l’occasion de rencontrer le groupe SWARM, pour nous parler de leur dernier opus, Anathema, au cours d’une interview sympathique.

En fin d’interview, un petit concours pour remporter l’album du groupe !

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Live Report : Mass Hysteria @Zénith de Paris – 06/12/2019


Un vendredi soir pluvieux, Paris paralysée par la grève, tous les voyants n’étaient pas au vert pour faire de cette soirée du 6 Décembre une réussite. Mais il en fallait plus pour arrêter la Grande Famille du Métale venue célébrer avec Mass Hysteria la fin du Maniac Tour, et plus officieusement les 25 ans du groupe. Annoncée comme anthologique, encore plus que leur show titanesque du Hellfest déjà présenté comme « le plus grand concert de leur carrière », cette soirée faisait briller les yeux des fans de région parisienne mais également de partout ailleurs en France venus assister à ce moment unique. Partagé entre la déception de devoir laisser une partie de son public sur le carreau et son soutien à la protestation, le groupe a néanmoins pu compter sur un Zénith quasi plein et une armée de fans déchaînés. Retour sur ce concert aux allures de célébration.

 

– POGO CAR CRASH CONTROL –

L’affiche 100% française de ce soir est ouverte par les jeunes franciliens de Pogo Car Crash Control et leur post-grunge-punk-metal-larsen-ultraviolence pour leur tout premier Zenith, devant une salle très peu remplie du fait de la grève, retardant l’arrivée de nombreux spectateurs. La formation a déjà taillé au fil du temps une petite réputation à sa musique située à mi-chemin entre BB Brunes et Cannibal Corpse, à la fois violente et criarde, notamment grâce à quelques performances lives très remarquées au Hellfest 2018 et à la Flip Party. Et les voici, jeunes et fringants, prêts à enflammer la Villette en ce pluvieux soir de grève.

Le public de Mass Hysteria semble d’abord dubitatif face à ce déferlement, mais le groupe ne se laisse pas démonter par cette apparente frilosité et donne tout ce qu’il a. Et avec succès, puisque la foule commence peu à peu à réagir face à l’énergie qui émane du quatuor. La bassiste Lola est comme à son habitude une bête de scène, visiblement totalement transcendée à l’idée de jouer dans une salle à cette échelle. Petit à petit la mayonnaise prend avec le public, et la fosse se déchaine définitivement quand le frontman appelle un wall of death à l’aide d’une blague foireuse sur le divorce de tes parents (du génie, je vous jure), la violence allant alors crescendo jusqu’au titre final, le déjà classique Crève.

PCCC nous offre une performance digne de sa réputation et prouve sa capacité à retourner une grande scène avec autant d’efficacité qu’un petit bar. Ce petit groupe de potes de Lésigny (77) (une super ville, pas forcément hyper animée) a su convaincre ce Zenith et commence à se tailler une place sur la scène metal française à la manière d’un Rise of the Northstar quelques années plus tôt, et on leur souhaite le même succès dans les années à venir.

« Grunge is not dead »

SETLIST

  • Déprime Hostile
  • Rires et Pleurs
  • Paroles/M’assomment
  • Je Suis Un Crétin
  • Hypothèse Mort
  • C’est pas les Autres
  • Chômedu
  • Conseil
  • L’odeur de la Mort
  • Crève

 

– HANGMAN’S CHAIR –

Alors là, je n’étais clairement pas préparé à ce qui m’a percuté de plein fouet quand Hangman’s Chair a commencé à jouer. Pensant avoir affaire à un groupe de Stoner/Doom quelconque je ne me suis pas méfié de l’impact psychotrope que pouvait avoir la musique du groupe sur son auditeur, et quelle ne fut pas ma surprise quand dès les premières notes je me suis retrouvé hors du Zénith et de mon propre corps.

Le set des Essonniens était planant avec un P majuscule. Une suite ininterrompue de mélodies envoûtantes propulsées par des basses d’une lourdeur profonde, chaque coup de grosse caisse faisait trembler les poitrines, chaque note de guitare détruisait un peu plus les neurones. Cette formidable performance transcendante a-t-elle duré deux minutes ou deux jours ? Impossible à dire tant la musique vous absorbe et vous entraine dans le voyage de votre choix.

Le stoner de la formation jure un peu avec le côté plus punchy du reste de l’affiche, mais sans pour autant dénoter totalement. Une excellente surprise de la part d’une soirée où je ne pensais pas pouvoir prendre mon pied ET rester parfaitement immobile pendant plusieurs dizaines de minutes, Hangman’s Chair a su faire voyager la salle, alors en train de se remplir petit à petit, et a détendu les esprits et les corps avant la mêlée qui les attendait face au headliner.

 

– MASS HYSTERIA –

Et voici venue l’heure de faire trembler les murs. Juste le temps de passer True Survivor de David Hasselhoff tandis que les techniciens achèvent le changement plateau, cachés derrière un gigantesque drap blanc frappé du logo du groupe, et les furieux sont enfin rassasiés. Le chanteur Mouss s’adresse à la foule derrière ce drap, la haranguant une dernière fois avant de donner le coup d’envoi. Les premières notes de piano de Reprendre Mes Esprits résonnent dans le Zénith, couvrant avec peine les hurlements du public, puis les guitares se lancent sur le temps exact où le drap tombe, et nous voici lancés dans deux heures pendant lesquelles le groupe n’aura jamais aussi bien porté son nom.

La setlist ressemble comme promis à une version étendue de celle du Hellfest, avec presque tous les titres de celle-ci. On a ici pelle-mêle des titres provenant de toute la discographie du groupe sans discrimination pour un concert anniversaire construit comme un best of de ces derniers 25 ans. La mise en scène est aussi très semblable à celle du Hellfest, même si on regrettera l’absence du gigantesque mur de LEDs de la Mainstage 2 dont les projections donnaient une tout autre dimension à la performance. Mais même quasiment à vide l’ambiance est folle furieuse. Deux heures de pogos ininterrompus face au metal industriel martial du quintet, le tout entrecoupé d’un dialogue entre le chanteur et les fans, comme de vieux amis venus célébrer cette grande occasion.

Au bout d’une dizaine de morceaux, le groupe se permet un petit trait d’humour meta en allumant un système pyrotechnique tout à fait honorable sur le morceau Se Brûler Sûrement (hilarant dîtes donc). La mise en scène monte alors d’un niveau, galvanisant encore un peu plus la foule en délire, avec l’arrivée de ces langues de flammes dispersées un peu partout sur la scène.

Le plaisir que prennent les membres du groupe et le public est palpable. Tout le monde saute en tout sens autant sur scène que dans la fosse, les circle pits et wall of death s’enchaînent, on peut reprocher bien des choses à Mass Hysteria mais il est strictement indéniable que leur aura en live est prodigieuse. Le point culminant étant l’hommage que le groupe rend aux victimes du terrorisme à chaque concert, L’Enfer des Dieux. La lumière s’éteint presque pour laisser place à une rangée de gros braseros alignés sur scène, et les spectateurs allument à l’unisson les lampes de leurs smartphones jusqu’à illuminer la scène entière. L’interprétation est impeccable, et les frissons vous parcourent au son de cette marche mid-tempo d’une lourdeur à couper le souffle, semblant toujours plus violente au fil de l’écoute.

S’ensuit une série de tubes dont le cringe mais néanmoins extrêmement efficace Plus que du Metal sur lequel la foule donne tout ce qu’elle a dans des wall of death dont je ressens encore les conséquences, puis vient le moment d’un petit rappel, et la magie finit par s’éteindre sur l’inévitable et classique Furia.

Avec cette performance de plus de deux heures sur les 1h40 prévues, Mass Hysteria remplit parfaitement son pari. L’hystérie collective est bien là, accompagnée de la passion des fans, et parfois de la nostalgie à l’écoute de certains titres plus joués en live depuis des années. L’idée était de faire de cette soirée une célébration de la carrière du groupe, et l’effet produit est exactement celui recherché. Si la formation décidait de se séparer ici, ils ne pourraient pas rêver d’un meilleur final, mais l’aventure continue pour Mass Hysteria qui n’a pas fini de dispenser sa furie aux quatre coins de l’hexagone.

SETLIST

  • Reprendre Mes Esprits
  • Vae Soli !
  • Notre Complot
  • Une Somme de Détails
  • Babylone
  • Vector Equilibrium
  • Positif à Bloc
  • Failles
  • Même Si J’explose
  • Se Brûler Sûrement
  • Nerf de Boeuf
  • Derrière la Foudre
  • P4
  • Contraddiction
  • Aimable à Souhait
  • L’enfer des Dieux
  • Plus que du Métal
  • Tout est Poison
  • Chiens de la Casse

Encore :

  • Arômes Complexes
  • Donnez-vous la Peine
  • Knowledge is Power
  • Furia

Kronik : Mrs. Yéyé – Electrochoc


Le monde change mes oisillons, il change vite pour le meilleur et pour le pire, et je suis venu vous parler du meilleur. Au sortir d’une année mouvementée où la parole des femmes s’est encore un peu plus libérée, où le nombre de féminicides a atteint des niveaux records mais n’a en même temps jamais été autant dénoncé, où la question « Faut-il séparer l’homme de l’artiste ? » trouve de plus en plus une réponse négative, où des jeunes désespéré.e.s du monde entier s’échangent des memes dépressifs sur les réseaux sociaux en guise de thérapie, il est une artiste qui a décidé de se faire la voix de tou.te.s les meurtri.e.s de la vie. Les dernières années ont été particulièrement chargées pour elle également, et elle nous offre un regard sur ce qu’est sa vie aujourd’hui, sept ans après le début de son projet, alors que de profonds changement se produisent partout, dans sa personne comme dans sa musique. Mais trêve de bavardages, Kärscheras est de retour en ce début d’année et en écriture inclusive pour vous parler d’Electrochoc, le nouvel album de Mrs. Yéyé.

Il s’est écoulé un peu plus de deux ans depuis Hybride, mais on croirait qu’une éternité a passé. Entre-temps le projet électro-rock Mr. Yéyé est devenu Mrs. Yéyé, le jour même où sa meneuse a annoncé à sa communauté sa transidentité via une touchante vidéo sur sa chaine youtube. L’artiste traversait alors, de ses propres dires, une très mauvaise phase de sa vie déjà entraperçue dans des titres comme Sous la Surface ou Chute Libre sur le précédent opus.

Puis vint le concert du 8 juin 2018 au Flow, un tournant de ses propres dires. Exit la dépression, exit les mauvaises ondes, cette expression de tout le spectre émotionnel de l’artiste (du brise-cœur Ton heure viendra au puissant et alors inédit Rage, tout y est passé) a eu l’effet d’une catharsis sans pareille. Tout pile 4 mois après sortait le single Dans la Pierre écrit en collaboration avec Christophe Mali de Tryo, véritable tournant plein d’espoir face à la noirceur de la vie.

Et nous voici, plus d’un an et un financement participatif plus tard, avec ce nouvel album entre les mains. Le premier changement majeur se situe dans la production puisque Mrs. Yéyé redevient à l’occasion de cette sortie un projet solo et indépendant. La chanteuse a en effet choisi de se séparer d’un même coup des musiciens qui l’accompagnaient aussi bien en studio et de son label, le tout sans conflit aucun. Tout cet album a donc été entièrement écrit, composé, enregistré et mixé dans une chambre, comme à l’époque maintenant lointaine d’Eclore, l’expérience en plus.

 

Playlist youtube de l’album

Tracklist :

  1. Coups de sang
  2. Bonhomme
  3. Ultimatum
  4. Comme personne
  5. Tragédie
  6. Tout le monde n’aime pas le sexe
  7. Crève
  8. Ma chair
  9. Femme
  10. Si seulement le vent
  11. Dans la pierre

 

Coups de sang

Dès l’ouverture de l’album on s’attaque à un sujet bien gras : les relations toxiques. Ce titre électro-rock décrit un couple de ce type du point de vue de sa victime avec une précision et une exactitude presque douloureuses. Dans la musique comme dans le texte on s’enfonce de plus en plus dans la violence, à l’image de la spirale décrite, passant de petites concessions à un véritable enfermement sans qu’on parvienne à s’en apercevoir sur le coup. Le texte est parfois entrecoupé du témoignage, probablement réel, d’une ancienne victime ayant réussi à s’extraire de ce carcan.

L’auditeur.trice qui suit Mrs. Yéyé depuis longtemps ne sera pas dépaysé.e par ce titre introductif. On y retrouve tous les ingrédients de Cabaret Noir et Hybride, avec peut être un son plus électronique et des guitares moins agressives, plus modernes. Mais l’important n’est pas tant dans la forme que dans le fond. Ce morceau s’attaque à un sujet dur, d’autant plus qu’il est d’actualité pour de nombreuses personnes encore aujourd’hui, et comme vous allez le voir ce ne sera pas le seul.

Bonhomme

Après la gravité de Coup de Sang on est presque soulagé de tomber sur ce morceau à l’allure plus légère. Bonhomme n’est pas exactement joyeux, mais il aborde son sujet avec moins de gravité et une pointe de moquerie. En même temps, pour s’attaquer à la masculinité toxique le meilleur angle reste encore la dérision. Le texte se fiche ouvertement des adeptes de cette philosophie de vie et attaque sur tous les fronts : « drague » de rue intempestive, dick pics non sollicitées, homophobie banalisée, tout y passe. Le break est d’ailleurs une satire (ou peut-être pas ?) du discours tenu par ces gens terriblement sûrs d’eux à la virilité finalement pas si solide.

On abandonne presque le rock ici en adoptant une structure plus proche de celle de l’électro (build up/pré drop/drop/repeat) tout en gardant un instrumental de type guitare/batterie. Mais point de guitares bien grasses ici, le son s’allège, l’essentiel étant en réalité mené par la section rythmique. Les guitares servent presque exclusivement de lead sur les parties non-chantées. L’ensemble prend un tour très moderne qui, pour le coup, risque fort de laisser en plant les fans des précédents opus mais ravira les amateur.trice.s de rock plus moderne.

 

Ultimatum

Changement radical de point de vue sur ce troisième titre, Mrs. Yéyé abandonne le point de vue de la victime pour rejoindre celui de l’oppresseur.e. Le thème abordé ici est celui de Murmures, tube iconique d’Hybride. Il parle du passé de notre narratrice, et d’un comportement nocif envers d’autres qu’elle regrette amèrement aujourd’hui. Mais ce morceau porte un message bien différent ; là où Murmures était un combat schizophrénique mené par une haine de soi profonde et dévorante, Ultimatum est passé au-dessus de tout ça. Le texte est ici tourné vers l’avenir : le passé est ce qu’il est, mais l’avenir peut le racheter.

Depuis deux titres on s’éloigne de plus en plus du rock, et la rupture se fait encore plus nette ici. Plus aucune trace de guitare à part pour quelques légers leads, à peine une basse, des claps en guise de percussions, une batterie synthétique à souhait, le côté électro-pop de l’album est enfin pleinement assumé sur ce morceau encore plus personnel que les deux précédents. Mrs. Yéyé commence à nous dévoiler ici une nouvelle part de sa personnalité, prépondérante sur cet album : le magma bouillant d’émotions négatives a fait place à un optimisme à toute épreuve.

 

Comme Personne

Et rien de mieux pour incarner ce flux optimiste que le morceau suivant. Sa sortie s’est accompagné d’un clip touchant, mi-chanté mi-parlé, où des fans ont été invité.e.s à venir raconter leur histoire face caméra. Des gens qui ont traversé des périodes troubles de leurs vies et s’en sont sortis le jour où ils ont osé franchir un pas. Des gens qui pensaient n’avoir rien pour eux et ont pourtant trouvé tout un monde ouvert à leur portée le jour où ils s’y sont autorisés. Comme Personne glorifie la différence, la singularité en chacun de nous que nous apportons au monde qui nous entoure, le fait que chacun.e a le droit de vivre comme iel l’entend, selon ses propres désirs, et qu’il est important de savoir s’écouter soi-même avant de céder à la pression externe.

 

Tragédie

Nous voici arrivés à ce que je considère comme l’un des meilleurs morceaux de l’album, à la fois le plus dur et celui qui fait le plus de bien. Nous allons ici parler de suicide. Et ça fait un bien fou d’avoir un regard frais sur cette question. Mrs. Yéyé s’adresse ici à un.e proche parti.e de son propre choix, mais il n’est pas question ici de culpabilisation, de colère, de tristesse. Bien sûr ces émotions sont présentes, mais elles sont éclipsées par le vrai sujet du morceau : la compréhension. Il ne s’agit pas de pleurer une mort mais de respecter le choix qu’a fait une personne qui nous est chère, entre continuer à vivre une existence qui la faisait souffrir ou choisir de tout abandonner pour faire taire la douleur une fois pour toute. C’est un point de vue qui est très rarement adopté, la plupart des gens ne pouvant simplement pas se mettre à la place de quelqu’un dans cette situation et souhaitant donc le.a maintenir en vie en lui promettant un avenir meilleur (souvent à raison, quoique). Mais pas ici. Ici pas de dénonciation de l’« égoïsme » caché derrière un suicide, ou d’autres clichés cachant plutôt l’égoïsme de la personne qui les prononce.

Cette power-ballad électro (une originalité sans aucun doute) est une véritable épreuve pour la chanteuse autant que pour son auditeur.trice. On le sent parfaitement dans le tous derniers vers du morceau, qui synthétise le propos de tout le texte alors que la musique se coupe nette et que la voix de la chanteuse vacille :

« Je sais que t’as pas abandonné tu voulais juste plus avoir mal »

 

Tout le monde n’aime pas le sexe

Et sans transition retour à un morceau beaucoup, beaucoup mais alors BEAUCOUP plus léger sur un thème également bien moins pesant. Le titre dit tout, on est ici devant une apologie de l’asexualité. La chanteuse nous raconte son choix de ne plus continuer à avoir d’activité sexuelle alors que cela ne l’intéresse pas le moins du monde, et comment la seule difficulté qu’elle rencontre est l’incompréhension des gens qui l’entourent et voient en cela un problème. Une fois encore, un message assez peu diffusé dans l’industrie musicale, à l’heure où il est encore parfois difficile pour un.e artiste d’avouer appartenir à la communauté LGBTQI+, on imagine parfaitement qu’une orientation sexuelle consistant en l’absence total de désir sexuel peut laisser pantois beaucoup de gens jamais ne serait-ce que mis au courant que c’était possible.

Encore un texte porté presque exclusivement par Mrs. Yéyé auquel beaucoup de gens pourront sûrement s’identifier. Pour ce qui est de l’instrumental… mon avis est plus partagé. Il me fait l’effet d’un trip sous champignons, quelque chose de très coloré, sautillant, joyeux, avec une mélodie entêtante. Cela semble plutôt cohérent avec l’idée première du morceau, qui est de se libérer des pressions sociales pour vivre sa vie sans se soucier du regard du monde, mais autant le texte est bon, autant la mélodie me laisse assez dubitatif.

 

Crève

Fort heureusement tout ceci est contrebalancé par un nouveau retournement de situation totalement inattendu. Vous avez cru que Mrs. Yéyé s’était adoucie ? Mes chéri.e.s… Toute la violence et l’agressivité que l’on ne retrouve pas dans cet album se sont en fait concentrées dans ce discret titre d’à peine plus de trois minutes prenant le contrepied de toute l’œuvre. On retrouve ici les vieux démons auxquels on était familier, un besoin impérieux d’éclater des têtes digne du Break Stuff de Limp Bizkit, mais en bien plus noir. Il ne s’agit pas ici d’une colère aveugle mais bien d’une pulsion qu’on cherche à refreiner et qui n’en est que plus violente quand elle se libère.

Ce retour brutal à un rock presque metal vient se croiser avec un chant rappé du plus bel effet, avec des traces d’Horrorcore à la Ghostemane. Un des textes les mieux écrits d’un point de vue stylistique qui tranche avec tout le reste de l’album, ainsi qu’une structure inédite à base d’une évolution du couplet plutôt que d’une banale alternance couplet/refrain. En bref on ne comprend pas vraiment ce que ce morceau fout là, mais wow, on n’a vraiment pas envie qu’il en parte.

 

Ma chair

La positivité qui caractérisait l’album jusqu’ici semble en avoir pris un sacré coup avec Crève, et on croirait presque la voir peiner à se relever sur Ma Chair. Ce morceau nous parle d’acceptation de soi, et plus précisément d’accepter son propre physique tel qu’il est. Le morceau est découpé en trois parties notables : tout d’abord la dissociation du corps et de l’esprit où la narratrice dit ne pas se reconnaître dans son corps, puis un genre de paradoxe la poussant à faire le plus de mal possible à son corps via divers excès (le rendant encore plus détestable à ses yeux), et enfin un début d’acceptation au moment où elle réalise que son corps est le seul qu’elle aura jamais et qu’il vaut mieux travailler dessus plutôt que de chercher à l’user le plus vite possible.

Les complexes physiques sont quelque chose d’omniprésent dans l’humanité, et bien qu’il soit de plus en plus accepté aujourd’hui d’avoir un physique « atypique » (ne rentrant pas parfaitement dans les canons de beauté) il n’en reste pas moins que de nombreuses personnes s’identifieront sûrement à ce texte. Pas le meilleur morceau donc, mais peut-être le plus universel de cette tracklist.

 

Femme

Peut-être un des morceaux les plus personnels jusqu’ici, Femme nous parle de beaucoup de choses. Tout d’abord des dualités et contradictions imposées aux femmes dans notre société patriarcale, ainsi qu’aux hommes dans une moindre mesure également victimes de ces idées, mais aussi très vite de quelque chose de plus profond : « C’est quoi être une femme ? ». Mrs. Yéyé aborde dans ce morceau le sujet en apparence délicat de la transidentité, sa transidentité. Le questionnement est soulevé, est-ce que le genre se détermine par des critères physiques, biologiques, par des comportements, par une apparence ? Aucune réponse n’est apportée, à part celle-ci : « je sais que je suis une femme ». Et c’est là tout le message de ce morceau, peut-être qu’il est impossible de définir la notion de genre et que la seule chose qui définit celui d’une personne, c’est celui qu’elle s’attribue d’elle-même parce qu’elle le sait en son for intérieur comme une évidence.

Bien évidemment le titre ne tourne pas qu’autour des femmes trans mais bien de toutes les femmes. On y retrouve un clin d’œil au débat sur le voile, la condition déplorable des femmes n’étant évoquée dans le débat public que pour être instrumentalisée au profit de pensées racistes ou islamophobes.

Musicalement parlant cette composition n’est pas non plus en reste. On a affaire à une marche électro presque martiale, l’alternance kick/snare portant tout pendant ces trois minutes d’une puissance délectable. Femme ne nous parle pas de la femme des années 80 de Sardou tout juste bonne à être sexy et rouler des pelles à ses subordonnés, il nous parle d’une battante avançant implacablement à travers les difficultés que le monde lui impose uniquement sur le critère biologique de sa naissance.

 

Si seulement le vent

L’optimisme nous aurait-il donc vraiment quitté avec Crève ? On est en droit de le craindre, mais ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose. Avec ce titre sorti il y a maintenant presque un an, Yéléna touche encore son auditoire au plus profond de son âme. On nous parle ici de dépression, au sens le plus clinique du terme. Pas une douleur constante, pas une tristesse accablante, rien qu’un vide insatiable si dévorant qu’on en vient à souhaiter de souffrir juste pour ressentir quoique ce soit.

La musique est à l’image du texte, une nappe presque post-rock, mélancolique à souhait. Les percussions, éléments normalement marquant du mix, sont ici mise en retrait et filtrées à l’extrême comme si elles perçaient à peine à travers un mur épais, à l’image des sensations émoussées de notre narratrice.

Mais alors, est-ce vraiment ainsi que tout finira ? Parti sur de si bonnes bases, cet album va-t-il s’éteindre dans les affres de la tristesse et de l’oubli ?

 

Dans la pierre

Et bien NON cher.e lecteur.trice, bien loin de là, car voici le bouquet final de ce voyage, celle qui a été le premier single de cet album il y a plus d’un an et vient le clôturer aujourd’hui : Dans la pierre.

Ce morceau est à lui seul le condensé de tout cet album. Un hymne électro-rock à la fois aérien sur son couplet et écrasant sur son refrain portant un message fort et infiniment positif, voilà ce qu’est la nouvelle essence de Mrs. Yéyé. Le texte est parsemé de référence à d’anciens morceaux de la chanteuse (Sous la surface et Ton heure viendra pour ne pas les citer), tous deux centrés autour d’émotions négatives (le premier traitant de l’acceptation résignée de la dépression et le second de l’attente désespérée d’une vie meilleure), bien qu’il ne s’agisse pas ici de leur donner un écho, mais bien de les enterrer.

Cette poussée vers l’avant est parfaitement transcrite par cet instrumental triomphal qui englobe le tout, et appuyée par une voix narrative, un genre de témoignage parfaitement dans l’axe du morceau. Dans la pierre conclut parfaitement cet album en réussissant l’exploit d’être à lui seul plus positif que le reste de l’œuvre réuni, un final magistral à mi-chemin entre l’ancien style de Mrs. Yéyé et le nouveau.

 

 

Les plus audacieux d’entre vous ont peut-être tenté l’écoute de la version Deluxe de l’album contenant une série de versions acoustiques ainsi que le bonus track Impunis éternels abordant le sujet délicat (encore un oui) du harcèlement scolaire, ainsi que le tube instantané Rage déjà présenté en live avant même la sortie de Dans la pierre (sûrement hors de la tracklist principale parce que le mood avait évolué, ou à cause d’une possible redite avec Crève, mais tout de même trop bon pour être laissé de côté). Ces deux morceaux s’inscrivent parfaitement dans le reste de l’album, mais j’ai choisi ici de me focaliser sur la tracklist principale que nous venons de découvrir ensemble, me frappez pas please.

Mrs. Yéyé a changé. Dans son état d’esprit déjà, son point de vue est plus positif, il lui reste certes de la noirceur mais elle est bien plus diluée et canalisée que par le passé. Stylistiquement ensuite, sa voix se fait plus haut perchée, plus « féminine », une voix qu’elle assume enfin maintenant que sa transidentité n’est plus un secret. Enfin dans la production, plus de label, plus de groupe fixe, tout est fait main et la diversité parfois surprenante des compositions en témoigne. Mais loin d’offrir un résultat amateur, cet album est au contraire encore plus léché que les précédents et offre une authenticité mêlée à une production de niveau professionnelle. Ce disque est un véritable pamphlet porté au nom de tant de causes, et je ne peux que vous conseiller d’aller jeter un œil au travail de Mrs. Yéyé dans sa globalité.

D’ici là portez vous bien, remettez-vous au sport, et soyez heureux les enfants, c’est le plus important.

Artworks : Chaîne youtube de Mrs. Yéyé

 

Live Report : Royal Republic @L’Elysée Montmartre – 10/12/19


La grève bat son plein dans les rues parisiennes, et depuis la banlieue l’Elysée Montmartre semble désormais bien lointain, privé de sa desserte souterraine. Mais il en faut bien plus pour arrêter la foule venue acclamer Royal Republic en ce mardi soir, parfois au prix de plusieurs heures de trajet pour seulement quelques kilomètres. Assister à des concerts parisiens est devenu une gageure, qu’importe, la musique avant tout, et le quatuor suédois l’a bien compris. Venu défendre son dernier opus Club Majesty paru en mai dernier, le groupe nous offre un show à la mesure de sa réputation, justifiant presque l’épreuve qu’a été le trajet jusqu’à la salle.

 

– BLACKOUT PROBLEMS –

La soirée débute en trombe avec le set du groupe bavarois Blackout Problems. Et quand je dis en trombe, je veux dire que le chanteur/guitariste descend jouer dans la fosse dès le morceau d’ouverture dans une tentative plutôt réussie de réveiller la foule le plus vite possible. Ce coup d’éclat d’entrée de jeu traduit parfaitement le dynamisme du quatuor, débordant d’énergie pendant tout son set.

La musique de Blackout Problems est un rock indépendant assez énergique sans déborder non plus, portant des mélodies aux accents mélancoliques un peu à la manière de Feeder. Sur scène, la formation est dynamisée par son bassiste qui donne l’impression de vivre les compositions bien plus que de les jouer. Mais le véritable leader est, sans surprise, le frontman, qui nous donne ici une leçon d’interaction avec le public.

Outre son petit exploit de début de set (qu’il réitèrera d’ailleurs plus tard), il fait aussi l’effort de parler dans un français hésitant presque à chacune de ses phrases. Ces adresses sont pourtant très nombreuses pour un set de cette durée, mais le chanteur de ne laisse pas démonter et insiste, ne cédant à l’anglais que pour quelques phrases et jurons isolés. Cette attention ne manque pas de toucher le public, déjà très enthousiasmé par l’énergie brute de tout le groupe et de ses morceaux. Cette éloquence lui sera par ailleurs très utile quand, entre deux morceaux, le son des guitares se coupe subitement.

Une première partie tout à fait convaincante malgré quelques bémols trahissant la jeunesse du groupe. Certaines interactions avec le public trop longues cassent parfois le rythme général de la prestation, et certains effets sont mal maîtrisés, comme par exemple le décompte commandé par le frontman au moins cinq fois à la foule avec l’énergie et la rage d’un groupe de punk pour finalement enchaîner sur un morceau des plus doux. Le moment le plus gênant étant quand le frontman commence à parler politique, sorti de nulle part, avec un petit speech sur la grève en prime, à l’issue d’un concert jusqu’ici plutôt chaleureux et bon enfant. Mais je suppose qu’un peu de militantisme n’a jamais tué personne !

Un groupe plein de bonnes intentions donc, tellement qu’on lui pardonnera ces quelques maladresses au nom de la sympathie qu’il dégage.

– ROYAL REPUBLIC –

D’entrée de jeu le headliner décide de retourner la salle. Avec une partie introductive de plus de cinq morceaux joués sans interruption, chacun plus rapide et dynamique que le précédent, le groupe fait monter l’ambiance avec une efficacité indéniable. Le quatuor arrive sur scène en costards colorés, petite moustache et nœud papillon pour le chanteur Adam, on croirait voir une bande de crooners investir la scène.

Ce début de show se déroule en beauté avec des moments de gloire, comme le batteur jouant avec les pieds croisés sur sa grosse caisse, grosse caisse d’ailleurs pourvue d’un son INCROYABLE, profond et grave avec quand même une bonne attaque, on a du mal à croire qu’il s’agisse d’un son acoustique.

L’énergie que le groupe dégage est impressionnante. Là où Blackout Problems semblait plus dans le pathos et la mélancolie malgré une bonne patate, Royal Republic transpire la joie de vivre et la communique à toute la salle. Le décor de scène aide beaucoup à rendre l’ensemble encore plus chatoyant avec de long rubans-LED parcourant toute la largeur du fond de scène servant autant à colorer la scène qu’à parfois afficher du texte, comme sur Stop Movin’, morceau parfaitement représentatif de la prestation du groupe. Il est juste dommage que les pogos soient bien trop mous pour la musique jouée, le public ayant du mal à se lâcher totalement.

Le show est mené de main de maître avec beaucoup d’humour, notamment le chanteur ne cessant de se présenter d’un « My name is Adam ! » affublé d’un sourire en plastique d’imbécile heureux. On a également droit à quelques coups d’éclat comme un roulement de tom d’abord très lent, puis de plus en plus rapide jusqu’à devenir frénétique, mais performé par le batteur ET le chanteur en même temps, sur le même tom, chacun avec une baguette.

Adam se permet également une blague meta sur le rappel, nous signalant que, généralement, quand le groupe quitte la scène et revient pour un encore, cet encore est prévu à l’avance (no shit Sherlock), et enchaine donc sur un rappel quelques morceaux plus tard.

Le bassiste Jonas Almén a droit à son heure de gloire à plusieurs reprises. Il s’empare entre deux morceaux d’une Keytar et, seul sur la scène, commence à jouer les premières notes de Jump de Van Halen, puis celles du Final Countdown de Europe. Mais ce n’est rien comparé au rappel, quand le chanteur demande à la foule si elle veut entendre Jonas chanter une chanson. Et voilà que, sorti de nulle part, le groupe reprend les premiers couplet et refrain de Ace of Spades, avec donc le bassiste au chant, rendant un hommage très réussi à ce classique.

Royal Republic réalise une performance maîtrisée et extrêmement plaisante à voir, un show digne des plus grands, face à un public hystérique passant visiblement la meilleure soirée de sa vie.

MAIS

Il y a un gros mais.

Le show est terni par un moment induisant une gêne extrême. A un moment du concert, au milieu d’un morceau, ce cher Adam fait monter une fille du public sur scène, âgée d’environ 16-22 ans (impossible à déterminer à cette distance). Se passe un sympathique moment où la demoiselle récupère sa guitare et joue quelques accords, guidée par le frontman. Jusqu’ici tout va bien. Puis le morceau se termine, il est temps pour la jeune invitée de retourner dans la fosse avec le reste du public. Adam lui tend sa joue pour qu’elle y dépose un petit bisous tout choupi… et tourne sa tête au dernier moment pour l’embrasser.

« Petite blague sans conséquences ! » me direz-vous, « Agression sexuelle et culture du viol » vous répondrais-je. Surtout quand on m’annonce que le chanteur fait ça presque à chaque concert, et que la foule semble n’en avoir strictement rien à faire. Coup de chance que la spectatrice n’ait pas l’air de le prendre mal (et encore, impossible à déterminer d’un point de vue externe), sinon la soirée aurait vraiment pu mal finir, pour elle ou pour le groupe.

Déception de la part de ce frontman qui a pourtant mené une prestation exemplaire par ailleurs, à l’image de tout le groupe. On a affaire là à un abus de notoriété flagrant et assez crade, il faut se l’avouer. Ce concert était intense, énergique, euphorique, tout ce qu’il faut, mais ce petit bémol donne un goût étrange à tout ce qui vient après et assombrit beaucoup l’image générale de la soirée.

Live Report : Feeder @Le Nouveau Casino – 27/11/2019


Le groupe de rock indépendant Feeder a sorti son dernier opus Tallulah en août dernier et a donc embrayé sur une tournée afin de le promouvoir. Leur route a mené le trio londonien à Paris où ils ont investi le Nouveau Casino le 27 novembre dernier. Juste le temps de boire une petite pinte au Café Charbon voisin en attendant que les portes s’ouvrent, et nous voici entrés dans cette charmante petite salle d’une jauge modeste d’environ 400 places, patientant sagement avant le début du concert dans un Nouveau Casino sold out.

– WYLO –

Wylo Le nouveau Casino Novembre 2019 @Kikevist_Thierry

Le concert est introduit par une brève première partie du nom de Wylo, petit groupe local composé de cinq quinquagénaires jouant assis et comptant parmi eux un étrange doppleganger d’Andrew Lincoln de The Walking Dead en lieu et place de bassiste. Le quintet nous propose une série de morceaux doux, dont certains seulement en guitare-voix, un genre de pop un peu planante qui appelle à l’évasion. On sent une certaine nervosité au sein du groupe visiblement peu habitué à la scène. Le rythme est un peu bâtard, les morceaux sont séparés par des silences où les musiciens se contentent d’échanger des « Okay ? Okay » là où on aurait aimé que l’un d’entre vienne les présenter et parler de ce projet somme toute plutôt intéressant.

Le chanteur ne s’adresse à la foule qu’au moment de quitter la scène pour remercier le public et mentionner le nom du groupe, mais la beauté paisible des compositions suffit à palier à ce petit manque de communication et à faire passer un bon moment à toute la salle en attendant le headliner. Un petit groupe local de la scène parisienne sans grande prétention dont on espère que cette prestation l’aidera à se révéler et à commencer à émerger. Affaire à suivre donc !

– FEEDER –

Feeder Le Nouveau Casino Novembre 2019 @Kikevist_Thierry

Dès le changement de plateau le public est frappé par la présence d’impressionnants racks d’instruments disposés sur scène, avec pas moins de deux fois cinq guitares et 4 basses, pour seulement deux guitaristes et un bassiste. On note également que le plan de scène est conçu pour cinq musiciens, la formation se faisant accompagner d’un second guitariste et d’un claviériste pour ce Tallulah Tour.

Puis le groupe entre en scène, très sobrement, à l’image de tout le show dont le seul décor est le backdrop, lui aussi d’une sobriété exemplaire. Mais nul besoin d’artifices pour que Feeder enflamme le public, les fans commençant à scander le nom du groupe à la seule vue du frontman. Le groupe attaque son set avec Youth et d’entrée de jeu le son de guitare frappe. Là où les albums nous proposent un rock somme toute assez classique, sur scène, le son des guitares est gras, TRES gras. Chaque guitariste semble utiliser une pédale de distorsion sortie tout droit des forges de l’enfer qu’il active ou désactive au gré des passages plus calmes des morceaux, et dès la fin de l’intro de Youth, on sait qu’on a affaire à du lourd.

La première partie du concert est dédiée à des morceaux mélodieux qui trouveraient parfaitement leur place au générique de fin d’un Feelgood Movie quelconque, avec des hymnes entraînants ne manquant pas de déchaîner le public qui ne perdra jamais de son énergie tout le long de la soirée. Le jeu des musiciens est propre, sans être exubérant, mais l’on sent bien que Taka Hirose (le bassiste) est comme un lion en cage sur cette scène sous-dimensionnée et qu’il aimerait bien taper des backflips entre deux riffs, mais l’énergie n’en est que plus impressionnante.

Feeder Le Nouveau Casino Novembre 2019 @Kikevist_Thierry

Et cette tendance se confirme quand le groupe décide d’abandonner sa mélancolie doucereuse pour interpréter Kyoto, faisant monter encore d’un cran la sauvagerie ambiante du concert. La tension redescend avec le plus calme Eskimo, suivi de la balade Kite, et la formation revient à ses premiers amours en reprenant ce que je vais désormais officiellement appeler les « Feelgood Songs », en commençant par le titre éponyme Tallulah.

Et le groupe continue ainsi à interpréter ses hymnes en parfaite communion avec son public. Grant prend souvent la parole pour remercier le public ou plaisanter avec lui, la dimension réduite de la salle lui permettant même de ne pas faire attention à s’il parle dans le micro ou non, le fond de la salle l’entendra quand même. Il lui suffira d’ailleurs d’une seule phrase pour soulever cette foule, voyant que la fosse était globalement statique pendant la première moitié du concert et que les spectateurs se contentaient de scander les paroles des chansons il décide de remédier à ça en lançant un « I WANNA SEE SOME CLASSIC 90s MOSH PIT ! ». Une phrase qu’on n’attendrait pas forcément dans un concert de rock indépendant, mais force est de constater que le public se prend au jeu et commence une bagarre des plus réussies en un instant.

Quelques morceaux plus loin le groupe improvise un medley sous l’impulsion du frontman lâchant les premières notes de Smells Like Teen Spirit. S’ensuit alors un enchaînement de classiques du metal/punk, avec en vrac Metallica, Rage Against the Machine, Black Sabbath… Petit moment de pur plaisir pour les musiciens, apprécié du public également, cet instant simple résume à lui seul la spontanéité qui règne dans cette salle.

Et voilà déjà la fin du concert, alors que le groupe interprète son tube Buck Rogers (présenté comme un morceau pop, original), puis quitte la scène en laissant derrière lui un larsen medium des plus imblairables, pour finalement revenir interpréter Blue Sky Blue du dernier album et conclure sur le classique Just a Day.

Feeder Le Nouveau Casino Novembre 2019 @Kikevist_Thierry

Feeder est sur scène sans artifices, sans décors, sans effet, ils n’ont pour eux que la puissance de leurs compositions et leur jeu scénique. Mais il n’en faut pas plus pour que la magie opère. La formation apparait comme très proche de son public, idéal dans une salle réduite comme le Nouveau Casino, et le plaisir que prennent les musiciens à chaque nouveau morceau est palpable. Le show est mené par Grant Nicholas au chant, mais son compère Taka Hirose se démarque lui aussi à la basse grâce à son style vestimentaire bien plus marqué. Il dégage un charisme fou sans prendre une seule fois la parole, c’en est presque dommage de l’avoir vu évoluer sur une scène si petite.

Le groupe a pour lui qu’il aime sa musique et ses fans, qui le lui rendent bien, et ce lien est palpable dans la prestation. Il se dégage de ce concert un sentiment de joie intense et une énergie positive incroyable, autant pour les fans de la première heure que pour les profanes complets. Une excellente expérience de live, marque d’un groupe mature et toujours aussi passioné malgré les ans (presque trois décénies au compteur !), Feeder en a visiblement encore sous le pied et n’est sûrement pas près de raccrocher.

SETLIST

  • Youth
  • Lost & Found
  • Feeling a Moment
  • Daily Habit
  • Figure You Out
  • Fear of Flying
  • Just the Way I’m Feeling
  • Kyoto
  • Eskimo
  • Kite
  • Tallulah
  • Come Back Around
  • Universe of Life
  • Insomnia
  • Comfort in Sound
  • Guillotine
  • High
  • Turn
  • Seven Days in the Sun
  • Medley
  • Buck Rogers

Encore :

  • Blue Sky Blue
  • Just a Day

Kronik : Blind Guardian Twilight Orchestra – Legacy of the Dark Lands


Salutations chers amis ! Bienvenue à vous dans mon antre, entrez donc, mais ne vous installez pas trop confortablement cette fois, car notre voyage du jour ne sera pas de tout repos. Je vous emmène dans une fantastique épopée à travers une terre dévastée en proie à une guerre sanglante, vous l’aurez compris, pour cette Kronik on s’attaque à un très gros morceau, alors chaussez vos bottes, affutez vos rapières et graissez vos mousquets, aujourd’hui les enfants, c’est Blind Guardian.

Blind Guardian: Twilight Orchestra n’est en réalité pas Blind Guardian mais nous est présenté comme un side-project fortement lié au groupe. Ce projet est l’œuvre de Hansi Kürsch et André Olbrich, respectivement chanteur et guitariste au sein de la formation originale, et son premier (et peut-être unique) album Legacy of the Dark Lands est l’accomplissement d’un rêve remontant à plus de vingt ans.

L’idée d’écrire un album symphonique est venue aux deux compères après la parution de l’album de Blind Guardian Nightfall in Middle Earth en 1998, une adaptation partielle du Silmarillion de Tolkien dans le Power Metal du groupe, et encore aujourd’hui acclamé par de nombreux fans comme le pinacle de leur carrière. Le concept est ici quasiment similaire, l’ouvrage adapté étant cette fois-ci le roman Die Dunklen Lande de Markus Heitz paru en février dernier en allemand et traduit en anglais en octobre pour pouvoir coïncider avec la sortie de l’album. Les deux œuvres nous plongent dans la Guerre de Trente Ans, conflit qui déchira l’Europe au début du XVIIe siècle, et suivent l’histoire d’Aenlin Kane (fille du célèbre Solomon Kane de Robert E. Howard) à travers l’Allemagne de cette époque.

https://www.youtube.com/watch?v=K4tp4As_5_8&t=4541s

Tracklist :

  1. 1618 Ouverture
  2. The Gathering
  3. War Feeds War
  4. Comets and Prophecies
  5. Dark Cloud’s Rising
  6. The Ritual
  7. In the Underworld
  8. A Secret Society
  9. The Great Ordeal
  10. Bez
  11. In the Red Dwarf’s Tower
  12. Into the Battle
  13. Treason
  14. Between the Realms
  15. Point of no Return
  16. The White Horseman
  17. Nephilim
  18. Trial and Coronation
  19. Harvester of Souls
  20. Conquest is Over
  21. This Storm
  22. The Great Assault
  23. Beyond the Wall
  24. A New Beginning

Le pari était de taille, produire un album concept narratif de près d’une heure et demie entièrement basé sur l’idée de la voix de Kürsch menant un orchestre symphonique ne semble pas au premier abord être une tâche aisée. Mais le terrain avait déjà été préparé par certains morceaux des précédents albums comme Sacred Worlds, Wheel of Time ou encore la quasi-totalité de l’album Beyond the Red Mirror, paru en 2015, qui possédaient déjà une patte symphonique importante. L’aspect « adaptation » a également beaucoup été pratiqué par le groupe depuis Nightfall in Middle Earth en empruntant à des œuvres comme La Roue du Temps de Robert Jordan ou bien au Multivers de Michael Moorcock. La capacité d’Hansi Kürsch à pratiquer le chant lyrique n’étant plus à prouver depuis longtemps, tous les ingrédients semblaient réunis pour que cet album soit une réussite. C’est ainsi qu’après nous avoir emmenés voir ce qui se cachait de l’autre côté du Miroir Rouge, Kürsch et Olbrich se sont concentrés sur la production de cet album concept un peu particulier, jusqu’à l’amener à portée de nos oreilles le 8 novembre dernier.

 

Et le moins qu’on puisse dire c’est que l’effet est saisissant. Presque une heure trente d’un voyage épique à travers ces Sombres Terres™, l’album est saupoudré des thèmes chers à Blind Guardian tournant autour de l’occultisme, des mondes parallèles et de la démonologie sous toutes ses formes (avec une apparition de Satan en personne, rendez-vous compte !). Les morceaux sont tous séparés d’un interlude parlé faisant intervenir un certain nombre de personnages, probablement dans le but de clarifier la narration.

Evidemment part belle est faite aux envolées lyriques de Kürsch qui se fait plaisir comme jamais sur toute la durée de l’œuvre, exploitant la totalité de sa tessiture et menant avec brio l’orchestre qui l’accompagne. La partie instrumentale est également grandiose à souhait, d’entrée de jeu avec le titre instrumental 1618 Ouverture la patte de Blind Guardian est parfaitement perceptible, nous rappelant les meilleurs moments de Beyond the Red Mirror. L’absence de parties metal dans ces compositions peut déstabiliser, les afficionados de Sacred Worlds ou Beyond the Red Mirror regretteront peut-être au premier abord leur absence, mais force est de constater que, même si l’effet rendu est un peu différent, l’orchestre symphonique dégage quand même une puissance équivalente, comme par exemple sur des titres comme In the Underworld ou sur le refrain de The Great Ordeal.

Paradoxalement, on pourrait reprocher cet aspect un peu monolithique à l’album. L’histoire décrite semble plus ésotérique qu’épique, Aenlin Kane à la recherche des secrets de son père à travers l’Allemagne du XVIIe siècle, mais même certains morceaux comme In the Red Dwarf’s Tower ou Point of no Return s’essayant à des mélodies plus calmes et mystérieuses finissent invariablement par sonner comme les explosions lyriques de Wheel of Time.

Ou peut-être est-ce justifié ? Impossible de le savoir, et c’est le gros reproche que j’ai à faire à cet album, et qui était déjà valable pour Nightfall in Middle Earth : si vous n’avez pas lu le livre, impossible pour vous de comprendre ce que l’album vous raconte. Les interludes parlés supposés clarifier le propos ne sont en fait que des namedrops de noms de personnages dans des situations en apparence aléatoires entre lesquelles il est parfois difficile de faire le lien. On pouvait s’y attendre, l’album est plus un complément du roman qu’une œuvre indépendante (à l’image du 2001 de Stanley Kubrick ne pouvant être pleinement compris qu’avec l’aide de celui d’Arthur C. Clarke) et il est évident qu’on ne peut adapter un roman de 560 pages en album sans en tronquer une partie, mais il faut bien avouer que j’aurais préféré un récit compréhensible de bout en bout sans trop d’apports extérieurs.

On a également parfois une impression de déjà-entendu, certaines mélodies ressemblent à s’y méprendre à des morceaux présents sur les deux précédents albums. Ce n’est pas vraiment dérangeant en tant que tel, cela ne fait que confirmer que cet album a connu une longue période de gestation et qu’il emprunte donc à toute la discographie du groupe des vingt dernières années. En revanche cela devient nettement plus déstabilisant sur Harvester of Souls dont l’instrumental est pratiquement une copie note par note d’At the Edge of Time, morceau du précédent album, cette nouvelle version rajoutant seulement quelques passages la rendant sensiblement plus longue. Ce recyclage est assez surprenant de la part d’artistes aussi inventifs, on avait déjà noté par le passé des similarités troublantes entre morceaux de Blind Guardian (Fly et Dead Sound of Misery par exemple, tous deux issus de A Twist in the Myth), mais jamais à ce point. Impossible de dire d’où vient cet étrange phénomène, mais ce qui est sûr c’est que la découverte de cette similarité sort immédiatement l’auditeur de son écoute, le laissant perplexe quand il devrait être transporté.

 

Le tout est finalement assez mitigé et hétéroclite. La réalisation de l’album est une réussite, cela ne fait aucun doute, la voix d’Hansi est parfaitement taillée pour ce genre d’exercice, le style de Blind Guardian est parfaitement perceptible tout le long sans jamais dénoter, et le tout est une épopée grandiose comme le groupe sait en produire. Les quelques bémols sont situés dans la seconde moitié du concept : l’adaptation. Die Dunklen Lande n’est certainement pas une œuvre aussi décousue que le Silmarillion, et pourtant ce Legacy of the Dark Lands souffre du même écueil que Nightfall in Middle Earth en ce qu’il est presque incompréhensible sans le support du livre. Evidemment, il est totalement impossible de retranscrire un roman complet dans un album d’une heure trente, pas plus que dans un film, mais en ce cas peut-être eût-il mieux valu abandonner l’idée d’adapter un roman et développer un concept original, comme pour Beyond the Red Mirror (voire même prolonger le concept de ce dernier), ou bien de remplacer les cryptiques dialogues des interludes parlés par un unique narrateur relatant les faits non explicités dans les morceaux.

Néanmoins cet ovni reste une très bonne écoute et la preuve que Blind Guardian n’a pas fini de faire parler la puissance épique de sa musique. Si l’on met de côté la narration on a affaire ici à un album unique en son genre trouvant parfaitement sa place dans le prolongement de la discographie du groupe. A partir de là l’avenir est ouvert, cette œuvre restera-t-elle unique ou d’autres albums dans ce style sont-ils prévus ? Cette sortie marque-t-elle l’apogée de l’ère symphonique de Blind Guardian, amenant peut-être avec elle une tournée symphonique ? Autant de questions pour l’instant en suspens. Quoiqu’il en soit nos allemands préférés semblent bien loin d’en avoir fini avec nous, et montrent une fois encore une capacité à innover qui n’annonce que du bon pour l’avenir.

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