Live Report : Lordi @Machine du Moulin Rouge – 06/03/2020

Oui, oui je m’en souviens très bien, l’an 2020… La vie était paisible en ces temps, pas besoin de se battre pour survivre, pas besoin de chercher de la nourriture en permanence, tout était à portée de main, facilement, tout le temps. L’argent gouvernait le monde à cette époque, pas l’art, pas la culture, pas l’amour, l’argent. Et quand la première chose à s’effondrer fut la bourse, la plupart des gens n’y voyaient que justice. Personne n’aurait pu prévoir l’ampleur que cela prendrait ensuite.

De quasi inoffensive la maladie est vite devenue bien plus dangereuse, commençant après quelques mois à déclencher des crises de panique et d’agressivité chez les patients. Mais à ce stade là l’épidémie restait encore contrôlable. Les vrais ennuis ont commencé avec l’avènement du Culte Universel du Covid Kôhn, ou C.U.C.K., une bande de fanatiques convaincus que ce virus était un test de la part d’une quelconque divinité fantasmée et qu’il fallait donc l’inoculer à toute l’humanité afin de ne laisser vivre que les élus. Et ils étaient nombreux, et partout. Ils eurent vite fait d’infiltrer les gouvernements en profitant de la panique causée par les pénuries et l’effondrement total de l’économie, et tout était fini.

De nombreuses spéculations agitèrent les esprits quant à l’origine de cette pandémie à l’époque, quand la presse et internet existaient encore. Pangolins, chauves-souris, arme chinoise, tout le monde avait son hypothèse. Mais à la surprise générale, la meilleure théorie restait celle des Cucks. La maladie n’était pas le fait d’une quelconque punition divine, mais répandue par une confrérie obscure suivie de près par un terrifiant cortège. Ils s’appelaient Lordi, Almanac, Flesh Roxon, et tous portaient la mort comme étendard et la peste comme fléau.

Et je les ai vus, de mes yeux, ce 6 mars 2020. A l’époque personne n’imaginait que nous courrions un quelconque danger, et pourtant moins d’une semaine plus tard le pays tout entier se retrouvait totalement paralysé, avant de s’écrouler. Cela s’est passé à la Machine du Moulin Rouge, un sombre rituel visant à déchaîner les enfers sans aucun autre motif que le plaisir aveugle de la destruction.

J’étais là le jour où le monde s’est effondré, bien avant votre naissance, bien avant l’émergence et la chute de l’Empire, bien avant que l’humanité ne finisse par se noyer dans les cendres de son orgueil. J’y étais, et voici ce que j’y ai vu.

 

– FLESH ROXON –

Flesh Roxon @La Machine du Moulin Rouge – Juliet Faure

Le timing de ce début de concert était, comme le disaient nos ancêtres, « éclaté à la mort ». Ouverture des portes à l’heure inhabituelle de 18h pour un début de set à 18h30 (même si dans les faits les tous premiers spectateurs ont réussi à atteindre la scène à presque 18h25), comme si le show avait été avancé en compactant le plus tôt possible la première partie.

Ainsi nous arrivons devant la scène juste à temps pour le premier morceau de Flesh Roxon, groupe d’Horror Punk finlandais venu accompagner leurs compatriotes sur ce KillecTour. Au premier abord ces quatre compères arrivent avec un bon capital de départ : une identité visuelle marquée (à base de bretelles rouges, chemises noires et eye liner leur donnant un côté crooner démoniaque), une contrebasse remplaçant la basse habituelle dans ces formations, un chanteur jouant du punk énervé sans la protection d’un médiator… Même la musique est plutôt sympathique, quelque part entre Danzig et les groupes de pop-punk emblématiques des années 2000.

Mais dès la première seconde quelque chose cloche. Ce concert s’avère vite être une expérience très étrange. Déjà le groupe commence en trombe sans s’annoncer et de manière tellement sèche que j’ai d’abord cru qu’ils finalisaient leurs balances avant de comprendre que le set avait vraiment débuté, le tout devant une salle pratiquement vide à cause du manque de fluidité à l’entrée de la salle (et probablement du fait que les portes de la salle même étaient ouvertes depuis moins de 3 minutes).

Mais si ce n’était que ça, ce serait excusable. Sauf que le chanteur/guitariste, malgré ses harangues à la foule entre les morceaux, est probablement déjà mort à ce stade de la soirée. En effet il se tient campé sur ses pieds, le regard vide, et fixe le fond de la salle plutôt que la foule croissante à ses pieds. Et les autres musiciens n’aident pas vraiment à lancer la dynamique puisqu’à part le second guitariste ils ont simplement l’air de se faire chier. Et on ne les en blâme pas, j’imagine que débuter son set devant 15 personnes parce que les portes sont à peine ouvertes ne doit pas forcément être une partie de plaisir.

La fin du set se réchauffe un peu au fur et à mesure que la salle se remplit et finit par ressembler à une première partie méconnue et fauchée tout à fait honorable, ce que l’on attendait sur cette scène à cette heure-ci finalement. Mais l’impression générale est quand même celle d’un faux départ.

 

– ALMANAC –

Almanac @La Machine du Moulin Rouge – Juliet Faure

Faux départ bien vite rattrapé par Almanac dès son arrivée sur scène. Le groupe de Power Metal du guitariste Victor Smolski venait défendre la sortie de son nouvel album Rush of Death paru le jour même, en effectif réduit puisque la chanteuse Jeannette Marchewka n’était pas présente sur scène ce soir-là.

Et le moins qu’on puisse dire, c’est que la transition est nette. Après l’ambiance étrange qui avait habité la Machine pendant le set de Flesh Roxon, le power metal symphonique teinté d’influences thrash d’Almanac fait l’effet d’une bourrasque de vent en pleine face et redonne du cœur à toute l’audience.

Les musiciens livrent tous une performance impressionnante, notamment le chanteur Patrick Sühl dont les envolées lyriques impressionnent par leur justesse et leur précision. Mais la vraie star de ce plateau est évidemment le guitariste fondateur Victor Smolski. Et quand je dis « star », j’implique bien tout ce qui va avec, à commencer par l’égo.

En effet, non content d’avoir son nom sur la pochette de l’album (reproduite sur les décors de scène) dont l’entête indique « Victor Smolski’s Almanac », le guitariste coupe la parole au frontman dès sa première intervention pour commencer la promo de l’album, et ce alors même que son micro était coupé. Une intervention d’autant plus regrettable que le chanteur avait commencé à s’adresser au public en français, ce qui est toujours appréciable venant d’un groupe étranger. Mais ce cher Patrick se met poliment en retrait et ne prendra plus la parole pendant tout le set, laissant le leader du groupe chauffer le public.

Mais malgré cela l’énergie ne faiblit pas, et malgré une salle toujours assez vide à cette heure-ci, le groupe assure le show. Le bassiste et le batteur sont des monstres d’endurance et de technique à l’image des deux autres membres du groupe. Smolski a su très bien s’entourer pour la composition de ce line up, on a réellement l’impression (probablement justifiée) que chaque membre du quatuor est un virtuose dans son domaine, mais sans que le groupe ne se perde jamais dans une démonstration technique sans âme. La musique vit, les compositions sont variées, parfois ultra rapides, parfois groovy, et le public se laisse emporter par la fièvre générale, oubliant bien vite le doute qui l’habitait devant Flesh Roxon.

Le groupe quitte la scène avec les honneurs et laisse un public enthousiaste derrière lui, prêt à accueillir le headliner comme il se doit. Dommage que le headliner, lui, ne soit pas prêt.

 

– LORDI –

Lordi @La Machine du Moulin Rouge – Juliet Faure

Car oui, avant de monter sur scène Lordi prend son temps, et c’est peu de le dire. Presque une heure d’attente entre la fin d’Almanac et le début du set, on comprend mieux pourquoi la soirée débutait si tôt. Pendant ce temps interminable le public s’occupe comme il peut, pouvant compter sur la distraction offerte par une paire de roadies se lançant joyeusement dans une petite jam au gré des balances. L’impressionnant décor de scène est aussi offert à la vue de la foule, la pièce centrale étant une immense porte ornée des masques des différents musiciens du groupe et fermée par un drap marqué d’une impression gigantesque du visage de Mr. Lordi en personne (humilité quand tu nous tiens).

Et c’est donc après cette longue attente que nous avons droit à… encore plus d’attente. La bande d’intro, imitant une émission de radio comme souvent chez Lordi, semble elle aussi interminable, s’étalant sur plusieurs minutes avant que le show ne commence enfin. Et là, la magie arrive enfin sur scène.

Dès les premières mesures du premier morceau, Lordi envoie tout ce qu’il a, chaque musicien déjà totalement à fond. Lancé par l’ultra catchy Horror for Hire tiré du dernier opus Killection, ce set est efficace au possible de bout en bout. Les morceaux s’enchaînent, tous portés par le charisme propre à chaque musicien.ne, tous plus énergiques les uns que les autres et portant leurs iconiques costumes. Lordi maîtrise parfaitement sa performance live, et ne se fait pas prier pour le démontrer de la manière la plus spectaculaire qui soit.

Tout le long du show quelques saynètes sont jouées, par les membres du groupe et quelques figurants, parfois pendant les morceaux et parfois entre. Plusieurs solos agrémentent aussi le set, évidemment le classique solo de batterie mais également un duel entre la claviériste et le guitariste, et surtout un solo de basse incroyable. Déjà, le fait d’avoir laissé un solo au bassiste d’un groupe de rock est une rareté bienvenue, mais l’interprète engoncé dans son costume aux allures reptiliennes de Predator sublime totalement le concept par son jeu fluide trouvant un écho dans ses mouvements ondulant. Si je le voyais dans la jungle, je croirais à un serpent ! Cette incroyable performance s’achève sur un arrachage de cœur dont je n’ai toujours pas réussi à comprendre comment le trucage était possible (peut-être qu’ils sacrifient vraiment une figurante par soir, qui sait ?).

Le set continue au gré des hymnes caractéristiques du groupe finlandais, agrémenté d’interludes radiophoniques heureusement bien moins longs que celui de l’intro, et des habituels artifices de Mr. Lordi comme le micro-hache de Hard Rock Hallelujah ou bien les immenses ailes de chauve-souris (wink wink) sur Devil is a Loser. Une mise en scène digne des plus grands pour une scène parfaitement adaptée, à la fin du set le public en redemande et a bien vite oublié l’attente qu’il a dû subir en début de soirée.

Lordi maîtrise, Lordi envoie du lourd, de l’eau a coulé sous les ponts depuis l’Eurovision mais la réputation scénique de la formation n’est pas usurpée, loin de là. Chacun des membres du groupe y va de son grain de sel, la place n’est pas tout entière occupée par Mr. Lordi mais bien partagée équitablement par cette équipe bigarrée. Un Freakshow porté par des interprètes charismatiques, l’effet est là, le public est conquis.

Voilà qui conclut le dernier concert avant probablement un petit moment, mais quelle conclusion ! Et je finirais sur ces quelques mots entendus dans la salle ce jour-là, des mots de sagesse en ces temps de trouble, qui me portent encore au quotidien à ce jour :

« C’était 35 balles ? Bah ça les vaut. »

Setlist :

  • Radio SCG 10 (intro)
  • Horror for Hire
  • Midnite Lover / Granny’s Gone Crazy / Devil’s Lullaby
  • SCG10: The Last Hour / SCG10: Demonic Semitones (interlude)
  • Shake the Baby Silent
  • Blood Red Sandman
  • Drum Solo
  • Scare Force One
  • Like a Bee to the Honey
  • Naked in my Cellar
  • Bass Solo
  • I Dug a Hole in the Yard for You
  • Who’s Your Daddy
  • Guitar / Keyboard Solo
  • Hard Rock Hallelujah

Encore :

  • Devil is a Loser
  • Would you Love a Monsterman ?
  • Scream Demon (Outro)

Live Report : Dragonforce @La Machine du Moulin Rouge – 11/02/2020


C’était une douce nuit d’hiver quelque part dans les années 90. Je ne sais plus trop pourquoi je m’étais retrouvé dans cette ruelle sombre en pleine nuit, j’avais probablement cru y voir un raccourci vers chez moi, toujours est-il que je n’étais pas vraiment rassuré par l’ambiance étouffante qui y régnait. Je pensais n’en avoir que pour une dizaine de secondes à la traverser de part en part, et pourtant plus j’avançais et plus j’avais l’impression que le lampadaire situé à l’autre extrémité s’éloignait de moi.

Tout ceci était décidément bien étrange, je me commençai alors à me dire qu’il serait peut-être temps de faire demi-tour. Cette ruelle n’était qu’une ruelle, mais un sentiment irrationnel me tenaillait. Mais alors que je me retournais pour rejoindre mon point de départ, j’aperçu une paire d’yeux qui m’observaient dans la nuit. Des yeux totalement bleus, brillant d’une lumière intense. Alors que je retirais mon walkman je m’aperçu qu’un genre de grognement venait du même endroit, accompagné d’un grincement métallique. Et que des bruits identiques venaient aussi de devant moi.

C’est là que je commençais à paniquer, je ne cherchais pas à savoir ce qu’étaient ces choses ni comment elles s’étaient retrouvées là, il fallait juste fuir le plus vite possible. Je repérais une petite ouverture au pied d’un mur, une fenêtre cassée menant à une cave. Ni une ni deux, je me laissai glisser dedans, juste à temps pour esquiver deux énormes paires de mâchoires en métal semblables à des dragons asiatiques couleur acier se refermer là où se trouvait ma tête quelques instants plus tôt.

Après quelques secondes d’acharnement je vis mes agresseurs s’éloigner doucement, trop gros pour le petit interstice par lequel je m’étais échappé. Quelles étranges bêtes, ce genre de chose existait-il vraiment ? En tout cas cette sortie était bloquée. Je regardais autour de moi pour me retrouver face à un spectacle encore plus troublant. La pièce quand laquelle je me trouvais ressemblait à une salle d’arcade, mais abandonnée depuis des années. Il ne s’agissait pas des dernières sorties, c’est le moins qu’on puisse dire. Du Tetris, du Pong, et d’autres curiosités d’un autre temps, le tout faiblement éclairé par quelques néons bleus et violets.

Je déambulais quelques minutes dans la pièce à la recherche d’une issue, quand quelque chose attira mon regard vers un coin de la pièce. Une borne, beaucoup plus grosse que les autres, la seule n’étant pas recouverte d’une épaisse couche de poussière, mais surtout la seule étant en fonctionnement. L’aspect de la borne était exubérant comme jamais je n’en avais vu. Des couleurs néons partout, et surtout un énorme dragon dont la gueule grande ouverte contenait l’écran. Sur cet écran, un écran noir seulement orné d’un « PRESS START » et d’un énorme logo stylisé composé de deux lettres : un D et un F mis côte à côte.

Je devais quitter cet endroit pour échapper à mes poursuivants, mais allez savoir pourquoi, je me dis que c’était une bonne idée de lancer une partie à la place, comme si j’étais irrésistiblement attiré par ce jeu. J’appuyais sur le bouton start, et quelques lignes de dialogues apparurent. Elles m’expliquaient que j’étais le dépositaire d’un pouvoir appelé la « Dragonforce » et qu’avec son aide je devais retrouver un artefact appelé la « Frozen Crown » retenu par la terrifiante « Athanasia ». Ou peut-être qu’Athanasia était une alliée, je ne sais pas vraiment, le texte était très confus. Alors que je m’approchais pour essayer d’y voir un peu plus clair, le texte changea soudain pour un imposant « READY TO STRIKE INTO THE FUTUR ? ». Avant que je comprenne de quoi il s’agissait, le dragon s’anima. Ses yeux prirent la même couleur que ceux des créatures au dehors et j’eus juste le temps de lire le « WELCOME TO 2020 » qui s’affichait à l’écran avant de me faire gober d’une seule traite et de me retrouver à accélérer dans un quadrillage violet sur fond noir s’étendant à perte de vue. Je vis presque 30 ans d’histoire du monde défiler sous mes yeux en un instant et me retrouvais subitement dans un RER futuriste, bloqué à la gare d’Issy, en retard pour le concert de Dragonforce à la Machine du Moulin Rouge.

 

– ATHANASIA –

[Le paragraphe qui suit sera malheureusement d’une piètre qualité puisque je n’ai pas pu assister au concert d’Athanasia. En cause un no-name quelconque qui s’est dit que c’était une bonne idée d’aller faire du moonwalk sur les voies du RER C un mardi soir et ainsi de bloquer totalement la circulation pendant 50 minutes, me faisant rater ce court premier set de la soirée. Les informations utilisées sont donc toutes de seconde main, recueillies par ma meilleure acolyte de petite taille (à savoir Farah, notre photographe préférée). Donc focalisez-vous sur les photos, a priori ce sera mieux]

 

Un début de soirée timide avec les suédois d’Athanasia et leur metal aux influences diverses, tant modernes que classiques. Le groupe fait son entrée sur l’hymne national américain avec une bonne dose d’ironie et entame une demi-heure de set avec entrain. Le trio en costume de cuir dégage une bonne énergie, notamment le bassiste surmotivé cherchant sans cesse le contact avec la foule. De son côté le guitariste et chanteur lead a plus de mal à conserver sa justesse sur les parties en chant clair, et semble moins à l’aise que son comparse.

La foule a du mal à se laisser emporter par la musique du groupe, comme souvent à cet horaire. Il faut dire aussi que la performance n’est pas forcément des plus prenantes. Le groupe semble avoir du mal à s’imposer et montre un certain amateurisme tant dans la propreté de l’interprétation que dans le jeu de scène. D’un autre côté on ne peut pas vraiment en vouloir à une formation si jeune et probablement dans sa première tournée internationale de bégayer quelque peu sur scène.

La performance n’est malheureusement pas à la hauteur du potentiel du groupe dont l’unique album studio semble pourtant prometteur. Cette tournée était peut-être trop ambitieuse à ce stade de leur carrière naissante, et je vous conseillerai plutôt de vous pencher sur leur travail en studio en laissant encore quelques années de gestation à la formation pour atteindre sa pleine maturité.

– FROZEN CROWN –

Les italiens de Frozen Crown débutent leur set en retard à la suite de quelques menus problèmes techniques (l’absence de son dans la façade en fait). Rien de bien grave, mais ce petit délai aura malheureusement des répercussions sur le son durant tout le set, l’ingé son étant visiblement en train d’affiner sa balance en permanence.

Le groupe interprète un Power Metal assez lambda dans la lignée d’un Seven Kingdoms, assez mal servi par les problèmes de son décrits plus haut. En tout début de set la voix de la chanteuse est totalement inintelligible et la batterie recouvre tout donnant une impression de fouillis peu agréable à l’oreille. Mais fort heureusement ces problèmes se règlent bien vite et le public peut profiter pleinement de ce show qui, malgré ces quelques difficultés techniques, ne manque pas de qualités.

De la même manière qu’Athanasia, Frozen Crown donne l’impression d’un certain amateurisme dans l’interprétation, mais plein d’une insouciance qu’on ne peut que partager. Tous les musiciens ont l’air de s’éclater sur scène et de communier avec le public, malgré un manque de dynamisme chez la chanteuse ayant beaucoup de mal à s’imposer dans son rôle de frontwoman. On notera également la présence d’une deuxième femme dans la formation, la guitariste âgée d’à peine 19 ans Talia Bellazecca qui assure le show comme jamais, avec à ses côtés le monstre de charisme faisant office de bassiste.

Frozen Crown nous régale pendant une demi-heure de ses mélodies épiques portées par la voix de sa chanteuse parfois rejointe par le guitariste pour de magnifiques harmonies. Tous les musiciens ont un jeu efficace et propre, réussissant à tenir même sur la longueur le rythme effréné propre au style qu’ils interprètent. Tout le groupe a l’air de passer un excellent moment sur scène, comme un groupe de jeune ayant monté le projet dans leur garage, et le public s’y laisse prendre. Les problèmes de son du début ne sont bientôt plus qu’un vague souvenir (à l’exception notable de la caisse claire au son immonde et 3dB au-dessus du reste de la balance dont on ne se débarrassera pas jusqu’à la fin du set) et on ne peut que se laisser emporter par l’épopée que nous propose Frozen Crown.

Setlist :

  • Artic Gales
  • Neverending
  • In the Dark
  • Everwinter
  • Kings
  • I am the Tyrant
  • The Shieldmaiden

– DRAGONFORCE –

Quoi de mieux pour un groupe prétendant être le plus rapide du monde que de commencer son set dans l’urgence ? Toute l’équipe s’affaire sur scène pendant le changement de plateau afin de rattraper les quinze minutes perdues au début de Frozen Crown, à tel point que des techniciens sont encore en train de dévoiler l’immense tête de dragon posée en fond de scène alors que les lumières sont éteintes et la bande d’intro lancée. Mais the show must go on, et le décor est finalement prêt à temps.

Et quel décor mes aïeux. Au-delà du mur de LEDs en fond de scène utilisé pour projeter toutes sortes d’animations tout au long du concert (mais nous y reviendrons), quelques praticables servent à surélever l’arrière du plateau et à soutenir l’immense tête de dragon mentionnée plus haut, mais également une impressionnante batterie constituée d’une seule pièce aux formes galbées, derrière laquelle on peine à apercevoir le batteur. Pour parachever cette installation colossale à l’échelle de la petite scène de la Machine, le plateau est flanqué de deux énormes bornes d’arcade faites main par Hermann Li en personne, dans son garage.

Quoiqu’il en soit, les membres du groupe montent sur scène successivement sous les acclamations du public jusqu’à ce que le set ne démarre sur Highway to Oblivion issu du petit dernier du groupe, Extreme Power Metal. Il me faut quelques secondes pour comprendre d’où vient le son des guitares avant de m’apercevoir dans un élan de joie brute que les deux compères sont perchés au sommet des bornes. Et c’est tout ce que sera ce show, une série de moments d’euphorie incrédule face à tout ce que nous réserve le groupe londonien.

C’est également pour nous l’occasion de découvrir sur scène la remplaçante de Frédéric Leclercq à la basse, Alicia Vigil. Et le moins qu’on puisse dire c’est que le groupe a eu le nez creux en la choisissant pour ce poste. Alicia ne fait pas dans l’extravagance et se contente de jouer les compositions de son groupe d’adoption en étant simplement là. Mais cela suffit à lui faire prendre toute la place sur scène. Elle n’est pas dans l’exubérance, pas dans le show, mais ce qu’elle fait paraît si naturel qu’on dirait qu’elle n’y pense même pas.

Le reste du groupe n’est évidemment pas en reste, Hermann Li en tête toujours souriant en enchaînant ses solos toujours plus rapides et impressionnants. C’est également l’occasion pour le guitariste qui a vécu à Clamart pendant quelques années de parler français à la foule, s’occupant de toute les adresses au public à la place du frontman Marc Hudson, bien content de ne pas trop se fouler le soir de son anniversaire.

Le set regorge de surprises comme un impressionnant machinima de Skyrim sur The Last Dragonborn, ou un hommage complètement barré à Farming Simulator avec en featuring les guitaristes de Frozen Crown et surtout Sam Totman habillé en pêcheur à la mouche au banjo dans un morceau de country (vous avez bien lu), une coupure pub avec une série de spot pour la Master System de SEGA, ou encore un medley de thèmes vidéoludiques à la guitare joué par Marc Hudson revenant à sa première passion.

L’humour est aussi omniprésent, les musiciens se payant la tête les uns les autres (Sam portait un t shirt avec marqué en gros Lee sur la poitrine, et Marc un autre avec le logo d’une marque de sauce soja, fin et subtil). En même temps qu’attendre d’autre d’un groupe ayant des porte-gobelets sur ses pieds de micro ? La plupart de l’alcool présent sur scène sera d’ailleurs réquisitionné par Sam Totman, mais sans jamais entamer son jeu de guitare (jouer le solo de Through the Fire and the Flames ivre, ça demande un certain niveau de style), mais au grand dam de ses camarades.

Parce que finalement c’est ça Dragonforce, juste une bande de potes avec un gros brin d’autodérision, et un niveau de jeu hallucinant. Le set continue son chemin à travers un mélange de classiques et de nouveautés. Petit pinacle de l’incrédulité sur Valley of the Damned en toute fin de set quand Li, Totman et Vigil forment un triangle sur le devant de scène et commencent à jouer un riff… avec chacun la main gauche sur le manche de son voisin. Ce morceau sera aussi accompagné de la projection d’un jeu de course factice dans une ambiance synthwave, drôle d’alliance avec la vallée des damnés mais pourquoi pas !

Enfin vous l’aurez compris à ma narration décousue, ce set était une escalade bien trop incroyable pour être simplement racontée ici. Le concert finit sur le « circle pit romantique » commandé par Hermann Li sur la reprise de My Heart Will Go On, puis sur une interprétation magistrale de Through the Fire and the Flames qui commence sans Hermann Li avant que celui-ci ne réapparaisse subitement SUR LE BAR pour jouer sa partie.

Un show grandiose, sans limites, servi par une bande d’adolescents d’entre 30 et 40 ans débordant d’une joie de vivre qui contamine tout le public sans problème dans l’ambiance intimiste de la Machine du Moulin Rouge, Dragonforce est à l’image de son dernier album : extrême, rapide, flashy, et avec une solide dose d’autodérision. Et comme je l’avais dit plus tôt :

« Le dernier album de Dragonforce c’est Gloryhammer, mais pas fait exprès »

Setlist :

  • Highway to Oblivion
  • Fury of the Storm
  • The Last Dragonborn
  • Ashes of the Dawn
  • Heart Demolition
  • Video Games Medley
  • Banjo Time (w/ Frozen Crown)
  • Black Fire
  • Razorblade Meltdown
  • Cry Thunder
  • Rememberance Day
  • Valley of the Damned

Encore :

  • My Heart Will Go On
  • Through the Fire and the Flames

 

#tut#

#tut#

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#GAME OVER#

Je revenais à moi en sueur, toujours dans cette étrange cave. Combien de temps avais-je passé dans la borne ? Je l’ignorais. Aucune lumière ne venait du dehors, et pourtant j’étais aveuglé par quelque chose. Une lumière chatoyante venait du fond de la salle, et une silhouette se dessinait en son sein. Une coupe mulet, une veste en cuir, une aura de sympathie et un micro. Je restais subjugué par cette apparition, quand soudain résonna dans ma tête cette simple phrase : « Ça va les copains ? ».

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