Kronik : Bring Me The Horizon – Post Human : Survival Horror


Bien le bonjour amis ! Il y a maintenant deux mois que nous nous sommes quittés sous de joyeux auspices, en vous souhaitant la bonne santé et un prompt retour des concerts. Alors, comment trouvez-vous ce rétablissement du monde ? Oui vous avez bien raison, la prochaine fois je ferais mieux de souhaiter qu’une météorite nous tombe dessus, ça augmenterait peut-être nos chances de partir en festival l’été prochain. Mais alors que la société s’écroule, que tout est chamboulé, que nous sommes une fois de plus assignés à résidence et que les Etats Unis sont définitivement en train de prouver à la Terre entière qu’ils sont un pays sous développé, certains choisissent de prendre le revers de cette médaille. La scène musicale actuelle foisonne comme jamais, les artistes étant bloqués à la maison sans possibilité de tourner, et les EP produits en quelques mois en réponse à l’actualité fusent. Je vous propose de découvrir l’un de ces enfants de l’épidémie, Mesdames et Messieurs, pour la dernière Kronik avant la fin du monde, Bring Me The Horizon nous emporte par-delà l’apocalypse avec une sortie tombant à point nommé, Post Human : Survival Horror.

 

Le moins qu’on puisse dire c’est que cet EP aura su se faire attendre. Il avait été tacitement annoncé par la sortie de son premier single Ludens il y a un an déjà puis suivi d’une période de noir total pendant plus de sept mois jusqu’à la sortie du génialissime Parasite Eve en juin dernier. Mais le voici enfin, avec pas moins de quatre singles déjà disponibles à une semaine de sa sortie (soit ni plus ni moins que la moitié de l’EP).

La sortie d’Amo en 2019 avait globalement été bien accueillie, BMTH continuant la paisible transformation entamée au début de sa carrière d’un groupe de Deathcore sale au possible en la formation plus pop que l’on connait aujourd’hui. Mais l’arrivée surprise d’un second album en 2019, le très mal compris Music to listen to […] GO TO (vous saurez me pardonner de ne pas avoir inséré le nom entier ici), avait décontenancé le public. Ce patchwork expérimental à mi-chemin entre à peu près tout et en même temps rien nous avait tous laissés avec un gigantesque « what the fuck » tatoué sur le front. Peut-être BMTH avait-il un brillant avenir dans la musique concrète, nous n’en saurons fort heureusement jamais rien car le groupe est bien vite rentré dans le rang avec la sortie de Ludens (mais réécoutez-le quand même, ça vaut le coup).

Mais même si ce premier single restait dans la veine d’Amo, on a bien vite découvert une nouvelle facette du groupe avec les suivan

ts. Mais alors, PH:SH, retour aux sources ? nouvelle étape dans la carrière du groupe ? compilation de hits ? Et bien, un peu tout ça à la fois, mais développons voulez-vous ?

Tracklist :

  1. Dear Diary,
  2. Parasite Eve
  3. Teardrops
  4. Obey
  5. Itch For The Cure (When Will We Be Free ?)
  6. Kingslayer
  7. 1×1
  8. Ludens
  9. One Day The Only Butterflies Left Will Be In Your Chest As You March Towards Your Death

 

Cet opus a été conçu comme une émeute sonore, afin de faire écho aux évènement récents liés à la pandémie et aux mouvements de contestation qui fleurissent un peu partout dans le monde depuis des mois. Il s’agit en fait du premier volet d’une future tétralogie intitulée Post Human ayant pour ambition de réfléchir sur les changements brutaux que traverse actuellement notre société et qui devrait voir le jour dans les temps à venir.

Cette sortie sonne presque comme une confidence, une des œuvres les plus authentiques de BMTH. Enregistré en grande partie à la maison pendant le confinement, c’est un cadeau fait aux fans, une nouvelle manière de produire la musique, et il ne faut pas creuser bien loin pour deviner que les membres du groupe se sont fait plaisir à écrire ces morceaux. J’en veux pour preuve l’impressionnante liste d’invités avec pas moins de quatre featurings. La moitié de la tracklist bénéficie donc de la présence d’une voix extérieure, et quelles voix ! Dans l’ordre nous avons donc le jeune mais néanmoins extrêmement talentueux Yungblud, MK-METAL de Babymetal, Amy Love des Nova Twins et, revenue d’entre les morts spécialement pour nous crever le cœur, Amy Lee d’Evanescence.

Musicalement l’ensemble se montre très riche et varié. On a droit à un retour bienvenu du scream d’Oli dès les premières mesures de Dear Diary,. A côté de cela des synthés pratiquement indus parfois viennent agrémenter à peu près toute la tracklist qui oscille entre hymnes metalcore assez classiques comme 1×1 et échantillons de groove teintés de sauvagerie à peine voilée. Dans cette catégorie on retrouve les singles Obey dont la simple section rythmique du refrain me donne envie de faire tout un tas de choses que la loi réprouve, et Parasite Eve.

Premier single de cet EP (en excluant Ludens sorti tout de même un an auparavant et qui a sûrement été mis là parce qu’on ne voulait pas laisser un morceau se perdre dans la nature comme ça), Parasite Eve est inspiré du jeu vidéo du même nom, mais difficile de ne pas voir dans son texte un parallèle avec la pandémie que nous traversons actuellement. Je n’ai pas réussi à déterminer si le morceau dénonçait avec cynisme la situation actuelle ou s’il soutenait ouvertement la thèse d’un complot gouvernemental, et en même temps je ne suis pas sûr de vouloir connaître la réponse à cette question, alors je me contenterai de vous parler de ses montées aux accents prédateurs, de ses explosions monumentales, le tout entrecoupé de moments groovy sortis de nulle part.

Les guests apportent aussi leur pierre à l’édifice, renforçant encore le côté hétéroclyte de l’œuvre. Le tant attendu Kingslayer ayant bénéficié de la participation de MK-METAL, l’influence du Japon s’y fait clairement ressentir. Je veux dire par là que le refrain est digne d’un morceau de J-Rock et donne envie soit de poser son cerveau pour aller sautiller joyeusement dans tous les sens comme un demeuré, soit de prendre un abonnement à ADN sur le champ.

De la même manière, Amy Lee vient conclure cet album avec un morceau totalement hors du canon qu’on avait cru suivre jusque-là. One Day The Only Butterflies Left Will Be In Your Chest As You March Towards Your Death (reprenez votre souffle) est une balade commençant par un très bel arrangement, puis devenant de plus en plus sombre à mesure que l’instru perd de son harmonie et que les voix se déchirent. Une conclusion bien loin de tout ce qui la précède, sauf sur son côté magistral qui vient apporter une touche de douceur pour finir cet enchaînement frénétique.

 

Vous l’aurez compris, PH:SH n’est ni plus ni moins qu’une compilation de tubes. Absolument rien n’est à jeter dans sa tracklist. J’ai parlé plus haut d’émeute auditive, et l’analogie est on ne peut mieux choisie. Dans toute la progression on ressent la colère, mais aussi la détresse, le dégoût, et par-dessus tout le cynisme, les paroles d’un survivant désabusé regardant le monde s’écrouler pièce par pièce autour de lui, attendant simplement la fin en maudissant ceux qui récoltent désormais le fruit de leur orgueil.

Bien loin de ce à quoi on pouvait s’attendre après des années passées à adoucir de plus en plus son son, BMTH revient à un Metalcore plus violent, n’hésitant pas à donner la part belle à des instrus rappelant les plus grandes heures de sa carrière. Les synthés utilisés se marient parfaitement avec le son des guitares, le tout porté par la basse afin de créer un mur sonore diaboliquement efficace et totalement jouissif.

Le groupe de Sheffield frappe fort avec cette sortie venant du cœur. Des morceaux exprimant l’état d’esprit des membres du groupe face à un monde qui se délite de plus en plus, un pamphlet politique parlant autant de présent et de passé que d’avenir. BMTH revient à un son plus brut, plus sauvage, mais toujours aussi travaillé et même parfois beau. Vous l’aurez compris, ce bijou est à considérer comme une des meilleures sorties de 2020, et même de la discographie de BMTH. Pour les plus curieux d’entre vous, deux petites séries de vidéos sobrement intitulées BMTH8 et BMTHS2.mp4 relatant la production si particulière de musique en plein confinement est disponible sur la chaîne youtube du groupe. Comme quoi, même un arrêt quasi-total du monde peut pousser à la créativité, je vous souhaite donc de survivre au votre et peut-être même de réussir à en tirer quelque chose ! Même si rester à glander en se reposant est une option tout à fait valide. Alors à très bientôt pour un nouvel épisode de l’apocalypse, et d’ici là portez-vous bien !

Crédit photo : site internet de Bring Me The Horizon

Kronik : Avatar – Hunter Gatherer


Ah, chers amis, quel plaisir de vous savoir en bonne santé ! Ainsi vous aussi avez survécu à l’épidémie qui ravage le monde depuis des mois. Enfin l’épidémie, ce n’est pas le pire… Tout le monde semble avoir perdu la tête ces derniers temps. Les théories les plus folles s’amoncellent sans aucune forme de cohérence ni même de plausibilité, mais qu’importe, il faut bien que les gens s’occupent n’est-ce pas ? N’ayez crainte, tôt ou tard tout sera revenu à la normale et nos vies reprendront leur cours immuable. Tout le monde n’aura pas cette chance, fort malheureusement. Et bien oui, vous n’avez pas entendu parler de la chute du Pays de l’Avatar ? Malgré la poigne d’acier de son roi, les émeutes n’ont pas tardé à tout emporter. Peu importe l’esprit original de la protestation aujourd’hui, la population s’est dispersée, et la terreur règne maintenant. Tout le territoire tremble désormais à la seule mention du clown et de son groupe de renégats, usant de technologies interdites pour s’en prendre à quiconque croise leur route. L’information vous a échappé ? Et bien laissez-moi donc vous expliquer toute cette affaire en détails…

 

Le 7 Août dernier paraissait le dernier opus du quintet suédois Avatar, Hunter-Gatherer. Faisant suite, après deux ans de tournées quasi ininterrompus et un long-métrage, à Avatar Country, ce nouvel album arrivait avec la lourde tâche de redresser le niveau après le passage mitigé de son prédécesseur. Celui-ci avait en effet quelque peu déçu, souffrant forcément de la comparaison avec son propre prédécesseur, le mastodonte qu’avait été Feathers & Flesh, lui aussi un album concept mais présentant un récit bien plus captivant et dense (en retirant les interludes et instrumentaux d’Avatar Country on descendait à seulement six morceaux narratifs, assez pour présenter un univers, trop peu pour y construire une intrigue intéressante). La carte de l’album concept n’était donc pas forcément gage de qualité chez Avatar, et ce nouvel album adopte donc une forme plus classique, un enchaînement de titres vaguement liés, mais nous y reviendrons.

      Tracklist :

  1. Silence in the Age of Apes
  2. Colossus
  3. A Secret Door
  4. God of Sick Dreams
  5. Scream Until You Wake
  6. Child
  7. Justice
  8. Gun
  9. When All But Force Has Failed
  10. Wormhole

A la première écoute cet album déroute. C’est une constante dans la carrière d’Avatar, dès que l’on pense avoir réussi à cerner leur style l’album suivant se charge d’un mélange d’influences complètement aléatoires et d’innovations personnelles et laisse l’auditeur un peu perdu dans un maelstrom en apparence incohérent. On avait vu ça sur Feathers & Flesh et la charge de cavalerie venue tout droit du far west de House of Eternal Hunt, la country de The King Welcomes You to Avatar Country, ou encore la musique circassienne dispersée de-ci de-là un peu partout depuis Black Waltz. Mais il est important de savoir dépasser les premières impressions, et cet album en particulier se bonifie grandement au fil des écoutes.

L’album débute sur un sound design futuriste que l’on retrouvera un peu partout en ouverture/clôture de morceaux dans une tentative peut-être un peu artificielle de lier l’ensemble. Puis vient le premier single, Silence in the Age of Apes. Le morceau n’est pas si mal, une rythmique effrénée interrompue seulement pour être dédoublée dans les refrains, un break/solo hautement accrocheur, mais je m’interroge tout de même sur sa place en introduction. L’ensemble manque un peu de substance pour parvenir à accrocher l’oreille instantanément. Difficile de dire précisément où est le problème, l’ensemble du morceau semble avoir un goût de pas assez. Peut-être que le refrain trop en rupture avec le reste du titre et bien moins catchy brise un peu l’entrain, ou peut-être est-ce le manque d’épaisseur du son de guitare sur ce même refrain qui manque de punch et fait retomber le soufflé. Quoiqu’il en soit, même si Silence in the Age of Apes reste tout à fait écoutable on l’aurait plutôt vu en milieu de tracklist qu’en introduction où il peine à créer l’intérêt à partir de rien.

Mais bien heureusement la tendance s’inverse bien vite avec le second titre et second single, Colossus. Le fameux sound design futuriste trouve bien plus sa place ici, dans cette espèce d’ersatz de metal indus, une marche régulière et ininterrompue croisée avec la patte distinctive d’Avatar et ornée d’un refrain plus lyrique menant à une retombée brutale. Ce titre s’agrémente de la présence de Corey Taylor, que je n’hésiterai pas à appeler COUrey Taylor désormais (nan mais sérieux, regardez-moi cette nuque ! On dirait un genre de Corpsegrinder en moins difforme) malheureusement relégué aux chœurs du refrain.

Une vie de headbang, ça forge une nuque

Difficile de dire ce que sa voix aurait pu faire d’autre ici, mais quand on voit ses dernières collaborations (comme l’excellent Drugs de Falling in Reverse, où l’entrée de son couplet compte bien pour 50% de l’intérêt du morceau à elle seule) on est tout de même en droit de regretter qu’il n’ait pas eu droit à sa place ailleurs dans l’album. Quoiqu’il en soit Colossus reste tout à fait efficace et relève sans problème le niveau du morceau d’introduction. Le son de guitare qui péchait sur Silence in the Age of Apes est toujours présent ici mais bien plus adapté au ton du morceau et même simplement aux riffs, globalement beaucoup plus dans les graves. L’alternance couplet/refrain, avec une montée puis une redescente toutes aussi brusques, s’avère parfaite dans l’aspect martial et mécanique de ce morceau, et le tout est encore sublimé par le solo. Les parties solistes sont en effet un gros point fort de cet opus, parvenant à donner un intérêt même aux titres les plus oubliables.

Et puis vient le troisième titre, A Secret Door, et la plaisante perplexité qui agite forcément à l’écoute d’un album d’Avatar. Débutant sur une partie sifflée pouvant rappeler le classique Wind of Change de Scorpions, la tranquillité apparente est vite brisée par l’entrée d’un riff death mélodique ultra efficace faisant penser à du Amon Amarth période Jomsviking. Le morceau tout entier est un patchwork de riffs sans trop de rapport apparent, cette partie sifflée et ce riff donc, des riffs en guitare clean devenus partie intégrante du style d’Avatar depuis Feathers & Flesh, une montée épico/dramatique en guise de refrain aboutissant à une version encore plus efficace du premier riff, le tout enveloppé par une mystique nappe de clavier assez inédite… A Secret Door est une preuve de plus qu’Avatar sait encore innover et s’aventurer dans des styles inconnus, le tout donnant un genre de power ballad revisitée, à la fois mélancolique et inquiétante, de l’Avatar pur jus parvenant tout de même à mêler de nouvelles influences à sa musique déjà assez hétéroclite.

Cette patte Death Melo/Amon Amarth continue d’avoir la part belle sur la plupart des morceaux suivants, jusqu’à presque devenir la quintessence du style de cet album. Dommage alors d’avoir débuté l’album sur deux titres qui, au-delà de leur qualité intrinsèque, sont finalement en rupture avec le ton général de l’album. God of Sick Dreams continue sans soucis de relever le niveau, une influence Feathers & Flesh très marquée, notamment sur le refrain entraînant mais agrémenté d’harmonies quasi dissonantes, juste assez pour créer un début de malaise sans jamais briser le plaisir de l’écoute.

Venant clore cette première moitié de tracklist, Scream Until You Wake est l’une des pépites de cet opus. Comme une version améliorée de Silence in the Age of Apes, une rythmique effrénée jamais interrompue, des riffs toujours plus efficaces s’enchaînant sans faille, même les riffs principaux semblent étrangement similaires (et très inspirés de choses entendues avant chez Avatar, come A Statue of the King). Le point culminant de toute cette frénésie est le refrain en chant clair montant en intensité pour finir dans un hurlement, l’ensemble appuyé par les coups de caisse claire marquant chaque temps. Le seul moment où le morceau s’autorise une pause est le solo, illustration parfaite de ce que je disais sur Colossus, rythmé par un riff donnant envie d’envoyer ses rangers à hauteur de mâchoire, avant de reprendre sur un ultime refrain sans jamais perdre d’énergie dans les transitions. Ce titre est un tube instantané, au-delà de sa place au sein de l’album ou même de la qualité générale de celui-ci, et frappe presque aussi fort que l’avait fait Paint Me Red à son époque, présageant des performances lives dantesques.

Le morceau suivant pourrait être l’hymne du groupe tant il est à la fois dérangeant et efficace. Le titre alterne entre plusieurs composantes toutes très différentes. Le couplet entraînant façon Disney est entrecoupé de moments dont la violence détonne totalement et finalement conclu par un refrain plus lent, majestueux. Celui-ci fait la part belle aux chœurs et réussit à donner l’illusion qu’un orchestre symphonique entier est en train de vous rouler dessus alors qu’il ne s’agit que des 5 membres du groupe accompagnés d’une discrète nappe de clavier en arrière-plan. La structure même du morceau est conçue pour surprendre (du moins au début) avec ces changements brutaux, mais rien de bien surprenant venant d’Avatar. Le texte n’est pas en reste avec une histoire sordide décrivant une mère enterrée vivante dont les appels à l’aide sont cachés par la liesse populaire due à ses funérailles, et l’enfant de cette mère laissé livré à lui-même, devenant progressivement fou connaissant le sort de sa mère. On peut supposer que la voix tentatrice du refrain est entièrement située dans sa tête, alors que la folie le gagne entièrement. Ce morceau est une grande réussite de l’album, passionnant de bout en bout, à la fois efficace dans ses riffs et prenant dans ses parties lyriques.

La suite de l’album reste globalement dans la même veine, revenant aux origines Death Melo du groupe avec un son plus gras qu’à l’ordinaire tout à fait délectable. Mention spéciale cependant au morceau de clôture, Wormhole, semblant très inspiré de l’album The Stage d’Avenged Sevenfold, tant dans son texte que dans son instrumental.

Surprise également une fois arrivé au titre Gun, tout à fait inédit dans la discographie du quintet. Un piano/voix sans artifice, à part une légère distorsion du chant, bien plus doux que ce qu’Avatar avait pu nous montrer jusqu’ici. Et ça marche, contre toute attente, la voix fragile de Johannes peine parfois à trouver sa justesse, mais cela ne fait qu’ajouter au côté déchirant de la chose.

 

Mais alors que dire de cet album ? Le résultat reste tout de même inégal. Certains morceaux sortent clairement du lot, Scream Until You Wake et Colossus sont des tubes instantanés, Gun accroche immédiatement l’auditeur malgré la surprise qu’il suscite. Et globalement même si tout l’album n’est pas immédiatement accrocheur, il se bonifie sans aucun problème au fil des écoutes, comme tous ses prédécesseurs. Avatar n’a jamais fait de musique immédiatement efficace mais plutôt des expérimentations. Et cet opus ne déroge pas à la règle, même on constate un certain retour en arrière dans son son très Death Melo, plutôt caractéristique des débuts du groupe.

Mais malgré ces qualités, le vrai problème de cet album, c’est que je n’ai pas eu l’impression d’écouter un album. Je l’ai signalé plus haut, la présence de Silence in the Age of Apes en introduction me laissait dubitatif, et même si Colossus vient relever le niveau juste après, il reste quand même à part dans la tracklist, avec un son très différent du reste. De même, Child se démarque totalement par son ampleur, pour notre plus grand plaisir, mais sa sortie en fade out au beau milieu de l’album casse totalement le rythme d’enchaînement des morceaux. La tendance est tout de même inversée avec Gun placé suffisamment tard, et Wormhole remplissant parfaitement sa fonction de morceau de clôture.

Hunter Gatherer est donc plus un enchaînement de titres qu’un véritable album. Peut-être cette impression est-elle due au fait que ce ne soit pas un album concept, contrairement à ses deux derniers prédécesseurs ? Probablement, mais pas que. Le fait que de nombreux morceaux définissent un style mais que les autres s’obstinent à en sortir laisse une impression étrange. On a réellement l’impression qu’en réarrangeant l’ordre des morceaux aléatoirement (à l’exception notable de Gun) on aurait toujours l’impression d’écouter le même album. Mais ce n’est pas pour autant qu’il faudrait bouder son plaisir, cet opus contient de véritables perles que j’ai citées plus haut, et même ses morceaux plus oubliables restent parfaitement au niveau que ce à quoi Avatar nous avait habitués au fil des sorties.

Hunter Gatherer est en fait probablement une manifestation d’une manière plus moderne de sortir de la musique, et nous pose une question : à l’heure où la plupart des gens écoutent leur musique en jouant un mix aléatoire sur spotify, est-il encore pertinent de voir les albums comme des œuvres plutôt que comme des collections de titres ? Oui, certainement, mais il est aussi bien possible de s’affranchir de cette notion sans problème. Peut-être l’industrie musicale moderne est-elle en train de paisiblement revenir à son fonctionnement de base de la même manière qu’Avatar revient à ses sonorités premières, préférant une multitude de singles à quelques albums. Avec le développement des home studios et de la diffusion par internet on voit beaucoup de petits artistes indépendants diffuser leurs titres un par un avant de les compiler dans des ersatz d’albums, il n’est donc pas inenvisageable que les gros labels s’emparent de ce mode de fonctionnement, laissant les albums aux artistes les plus ambitieux, portant un concept. Difficile de se projeter si loin évidemment, mais depuis l’avènement d’internet notre manière de consommer de la culture ne cesse d’évoluer, on est donc en droit de se demander à quoi ressemblera ce paysage d’ici quelques années.

Quoiqu’il en soit et malgré ce facteur Hunter Gatherer reste un album d’Avatar digne de ses prédécesseurs, sachant réinventer son style tout autant que puiser dans ses origines. L’ensemble des morceaux semble se bonifier au fil des écoutes, et nul doute que certains d’entre eux figureront bientôt parmi les résidents permanents des setlists des lives toujours aussi dantesques du groupe. Alors en attendant que lesdits lives ne reviennent, lavez-vous bien les mains, mettez des masques, prenez soin de vos proches, et rendez-vous très bientôt pour la reprise des concerts !

Crédit photos : chaîne youtube d’Avatar et Entertainment One Music

Chronique : Cigarettes After Sex – Cry


Cigarettes After Sex, c’est ce groupe américain créée il y a plus de dix ans, dont l’univers musical se veut planant dans une ambiance feutrée. Après un album éponyme sorti en 2017, le groupe revient avec un opus, intitulé Cry, qui suit les pas de son prédécesseur.

Plongée à nouveau dans cette ambiance dream-pop si particulière, pour seulement 9 titres au total, assez semblables dans leurs structures harmoniques. Mais, si la redondance musicale est présente, cela n’en est pourtant pas si dérangeant. On se laisse volontiers happer dans cette sensualité artistique qu’a crée le leader du groupe, Greg Gonzales. Avec sa voix androgyne, il susurre des hymnes au désir, entre un Kiss It Of Me vibrant, ‘If you’re gonna break my heart, this is a good start‘ et le doucereux Hentai et son ‘I’ve been waiting for you to fall for me, and let me in your life‘.

L’envie, la sensualité, tels sont les thèmes recoupés au sein de Cry, en faisant la ligne directrice de l’album. Rien qu’à la tracklist, entre Heavenly, Touch ou Pure, le ton est donné, Cigarettes After Sex n’a pas prévu de changer sa recette. Des morceaux tout en douceur, un rythme lent, qu’on pourrait même qualifier de ‘langoureux’ dans sa progression, pour des titres que ne font jamais moins de 4 min. Cette notion d’attente vers l’être attendu, maintes fois évoquées, se mue en musique.

Pourtant, dans ce concept, il y a une part sombre qui se reflète. D’un certaine manière, elle commence au travers de l’artwork. Sobre, un noir et blanc d’un orage tombant sur une mer presque déchaînée, avec pour titre d’album Cry, telle est la vision d’approche. A l’écoute des chansons, le tourment décelé auparavant, se dévoile au travers de la musique, il prend l’aspect de la mélancolie. On peut l’entendre, discrète dans son emprise, mais néanmoins transparaissant par une certaine tension au fil de l’album, comme un pleur inavoué.

Cry est beau, mais Cry ne se réinvente pas. Des titres qui se suivent et se ressemblent presque, c’est bien dommage. On l’écoute cependant avec plaisir même si on aurait aimé une prise de risque de la part des américains. Cry ne marque pas les esprits, mais Cry nous enchantera malgré tout.

Tracklist:

1. Don’t Let Me Go
2. Kiss It Off Me
3. Heavenly
4. You’re The Only Good Thing In My Life
5. Touch
6. Hentai
7. Cry
8. Falling In Love
9. Pure

Kronik : Blind Guardian Twilight Orchestra – Legacy of the Dark Lands


Salutations chers amis ! Bienvenue à vous dans mon antre, entrez donc, mais ne vous installez pas trop confortablement cette fois, car notre voyage du jour ne sera pas de tout repos. Je vous emmène dans une fantastique épopée à travers une terre dévastée en proie à une guerre sanglante, vous l’aurez compris, pour cette Kronik on s’attaque à un très gros morceau, alors chaussez vos bottes, affutez vos rapières et graissez vos mousquets, aujourd’hui les enfants, c’est Blind Guardian.

Blind Guardian: Twilight Orchestra n’est en réalité pas Blind Guardian mais nous est présenté comme un side-project fortement lié au groupe. Ce projet est l’œuvre de Hansi Kürsch et André Olbrich, respectivement chanteur et guitariste au sein de la formation originale, et son premier (et peut-être unique) album Legacy of the Dark Lands est l’accomplissement d’un rêve remontant à plus de vingt ans.

L’idée d’écrire un album symphonique est venue aux deux compères après la parution de l’album de Blind Guardian Nightfall in Middle Earth en 1998, une adaptation partielle du Silmarillion de Tolkien dans le Power Metal du groupe, et encore aujourd’hui acclamé par de nombreux fans comme le pinacle de leur carrière. Le concept est ici quasiment similaire, l’ouvrage adapté étant cette fois-ci le roman Die Dunklen Lande de Markus Heitz paru en février dernier en allemand et traduit en anglais en octobre pour pouvoir coïncider avec la sortie de l’album. Les deux œuvres nous plongent dans la Guerre de Trente Ans, conflit qui déchira l’Europe au début du XVIIe siècle, et suivent l’histoire d’Aenlin Kane (fille du célèbre Solomon Kane de Robert E. Howard) à travers l’Allemagne de cette époque.

https://www.youtube.com/watch?v=K4tp4As_5_8&t=4541s

Tracklist :

  1. 1618 Ouverture
  2. The Gathering
  3. War Feeds War
  4. Comets and Prophecies
  5. Dark Cloud’s Rising
  6. The Ritual
  7. In the Underworld
  8. A Secret Society
  9. The Great Ordeal
  10. Bez
  11. In the Red Dwarf’s Tower
  12. Into the Battle
  13. Treason
  14. Between the Realms
  15. Point of no Return
  16. The White Horseman
  17. Nephilim
  18. Trial and Coronation
  19. Harvester of Souls
  20. Conquest is Over
  21. This Storm
  22. The Great Assault
  23. Beyond the Wall
  24. A New Beginning

Le pari était de taille, produire un album concept narratif de près d’une heure et demie entièrement basé sur l’idée de la voix de Kürsch menant un orchestre symphonique ne semble pas au premier abord être une tâche aisée. Mais le terrain avait déjà été préparé par certains morceaux des précédents albums comme Sacred Worlds, Wheel of Time ou encore la quasi-totalité de l’album Beyond the Red Mirror, paru en 2015, qui possédaient déjà une patte symphonique importante. L’aspect « adaptation » a également beaucoup été pratiqué par le groupe depuis Nightfall in Middle Earth en empruntant à des œuvres comme La Roue du Temps de Robert Jordan ou bien au Multivers de Michael Moorcock. La capacité d’Hansi Kürsch à pratiquer le chant lyrique n’étant plus à prouver depuis longtemps, tous les ingrédients semblaient réunis pour que cet album soit une réussite. C’est ainsi qu’après nous avoir emmenés voir ce qui se cachait de l’autre côté du Miroir Rouge, Kürsch et Olbrich se sont concentrés sur la production de cet album concept un peu particulier, jusqu’à l’amener à portée de nos oreilles le 8 novembre dernier.

 

Et le moins qu’on puisse dire c’est que l’effet est saisissant. Presque une heure trente d’un voyage épique à travers ces Sombres Terres™, l’album est saupoudré des thèmes chers à Blind Guardian tournant autour de l’occultisme, des mondes parallèles et de la démonologie sous toutes ses formes (avec une apparition de Satan en personne, rendez-vous compte !). Les morceaux sont tous séparés d’un interlude parlé faisant intervenir un certain nombre de personnages, probablement dans le but de clarifier la narration.

Evidemment part belle est faite aux envolées lyriques de Kürsch qui se fait plaisir comme jamais sur toute la durée de l’œuvre, exploitant la totalité de sa tessiture et menant avec brio l’orchestre qui l’accompagne. La partie instrumentale est également grandiose à souhait, d’entrée de jeu avec le titre instrumental 1618 Ouverture la patte de Blind Guardian est parfaitement perceptible, nous rappelant les meilleurs moments de Beyond the Red Mirror. L’absence de parties metal dans ces compositions peut déstabiliser, les afficionados de Sacred Worlds ou Beyond the Red Mirror regretteront peut-être au premier abord leur absence, mais force est de constater que, même si l’effet rendu est un peu différent, l’orchestre symphonique dégage quand même une puissance équivalente, comme par exemple sur des titres comme In the Underworld ou sur le refrain de The Great Ordeal.

Paradoxalement, on pourrait reprocher cet aspect un peu monolithique à l’album. L’histoire décrite semble plus ésotérique qu’épique, Aenlin Kane à la recherche des secrets de son père à travers l’Allemagne du XVIIe siècle, mais même certains morceaux comme In the Red Dwarf’s Tower ou Point of no Return s’essayant à des mélodies plus calmes et mystérieuses finissent invariablement par sonner comme les explosions lyriques de Wheel of Time.

Ou peut-être est-ce justifié ? Impossible de le savoir, et c’est le gros reproche que j’ai à faire à cet album, et qui était déjà valable pour Nightfall in Middle Earth : si vous n’avez pas lu le livre, impossible pour vous de comprendre ce que l’album vous raconte. Les interludes parlés supposés clarifier le propos ne sont en fait que des namedrops de noms de personnages dans des situations en apparence aléatoires entre lesquelles il est parfois difficile de faire le lien. On pouvait s’y attendre, l’album est plus un complément du roman qu’une œuvre indépendante (à l’image du 2001 de Stanley Kubrick ne pouvant être pleinement compris qu’avec l’aide de celui d’Arthur C. Clarke) et il est évident qu’on ne peut adapter un roman de 560 pages en album sans en tronquer une partie, mais il faut bien avouer que j’aurais préféré un récit compréhensible de bout en bout sans trop d’apports extérieurs.

On a également parfois une impression de déjà-entendu, certaines mélodies ressemblent à s’y méprendre à des morceaux présents sur les deux précédents albums. Ce n’est pas vraiment dérangeant en tant que tel, cela ne fait que confirmer que cet album a connu une longue période de gestation et qu’il emprunte donc à toute la discographie du groupe des vingt dernières années. En revanche cela devient nettement plus déstabilisant sur Harvester of Souls dont l’instrumental est pratiquement une copie note par note d’At the Edge of Time, morceau du précédent album, cette nouvelle version rajoutant seulement quelques passages la rendant sensiblement plus longue. Ce recyclage est assez surprenant de la part d’artistes aussi inventifs, on avait déjà noté par le passé des similarités troublantes entre morceaux de Blind Guardian (Fly et Dead Sound of Misery par exemple, tous deux issus de A Twist in the Myth), mais jamais à ce point. Impossible de dire d’où vient cet étrange phénomène, mais ce qui est sûr c’est que la découverte de cette similarité sort immédiatement l’auditeur de son écoute, le laissant perplexe quand il devrait être transporté.

 

Le tout est finalement assez mitigé et hétéroclite. La réalisation de l’album est une réussite, cela ne fait aucun doute, la voix d’Hansi est parfaitement taillée pour ce genre d’exercice, le style de Blind Guardian est parfaitement perceptible tout le long sans jamais dénoter, et le tout est une épopée grandiose comme le groupe sait en produire. Les quelques bémols sont situés dans la seconde moitié du concept : l’adaptation. Die Dunklen Lande n’est certainement pas une œuvre aussi décousue que le Silmarillion, et pourtant ce Legacy of the Dark Lands souffre du même écueil que Nightfall in Middle Earth en ce qu’il est presque incompréhensible sans le support du livre. Evidemment, il est totalement impossible de retranscrire un roman complet dans un album d’une heure trente, pas plus que dans un film, mais en ce cas peut-être eût-il mieux valu abandonner l’idée d’adapter un roman et développer un concept original, comme pour Beyond the Red Mirror (voire même prolonger le concept de ce dernier), ou bien de remplacer les cryptiques dialogues des interludes parlés par un unique narrateur relatant les faits non explicités dans les morceaux.

Néanmoins cet ovni reste une très bonne écoute et la preuve que Blind Guardian n’a pas fini de faire parler la puissance épique de sa musique. Si l’on met de côté la narration on a affaire ici à un album unique en son genre trouvant parfaitement sa place dans le prolongement de la discographie du groupe. A partir de là l’avenir est ouvert, cette œuvre restera-t-elle unique ou d’autres albums dans ce style sont-ils prévus ? Cette sortie marque-t-elle l’apogée de l’ère symphonique de Blind Guardian, amenant peut-être avec elle une tournée symphonique ? Autant de questions pour l’instant en suspens. Quoiqu’il en soit nos allemands préférés semblent bien loin d’en avoir fini avec nous, et montrent une fois encore une capacité à innover qui n’annonce que du bon pour l’avenir.

Quitter la version mobile