Chapitre 87 : Compliqué

 

Même si Hestia et moi nous avions quitté l’école, nous attirions toujours autant l’attention en marchant en ville. Hestia faisait semblant d’ignorer la situation et moi j’utilisais mon masque pour que les gens arrêtent de nous suivre, des personnes actuellement au nombre de 24. J’avais demandé à Hestia de dissimuler son visage mais elle avait refusé, affirmant que son visage était un don fait à ce monde. Mais ce qui me dérangeait le plus était le fait que toutes les 5 minutes, un homme s’approchait de nous pour draguer Hestia, et cela ne se finissait jamais bien. Chaque fois, Hestia utilisait ses pouvoirs kinésiques pour les projeter au loin, les faire tomber, ou tout simplement leur faire perdre connaissance. La première fois, je pensais que les personnes apprendraient de leurs erreurs en voyant un premier exemple, mais je me trompais … ils restaient tous aussi idiots les uns que les autres.

5 minutes plus tard.

– Salut, mon nom est … Guu !

6 minutes plus tard.

– Pourrais-tu … Hukk !

8 minutes plus tard.

– Je peux avoir ton … Haaaa !

10 minutesp lus tard.

– Epouse-m … Arghh !

Je regardai la 9ème victime se faire projeter contre un mur et y laisser un profond creux de la forme de son corps. Les personnes voyant cela furent confuses et effrayées. Nous regardant le visage pâle, ils commencèrent à former inconsciemment un chemin pour nous laisser passer. Malheureusement, tout le monde n’avait pas retenu la leçon. En voyant l’expression joyeuse sur le visage d’Hestia, je savais qu’écrabouiller ces pauvres hommes l’amusait. Heureusement, nous attînmes enfin notre destination, et je m’empressai d’entrer dans la bibliothèque avec Hestia. Mais à notre entrée, quelqu’un se mit à crier d’une voix familière.

– JE N’IRAIS PAS !!!

Tout à coup, une sorte de bout de métal rond fonça vers moi à toute vitesse. Ce morceau de métal m’était aussi très familier tandis qu’il était sur le point d’entrer en contact avec moi. Hestia le vit et parut tout à coup vouloir le détruire instantanément ainsi que la bibliothèque toute entière …

Afin de l’en empêcher, je m’empressai d‘arrêter le temps tandis que la balle en métal n’était plus qu’à 3 mètres de moi. Après l’avoir prise dans ma main, je me remis à ma position initiale en regardant en direction de l’escalier menant à la chambre de Sera … La porte était ouverte.

Je remis le temps en marche, ce qui surpris Hestia lorsqu’elle vit que je tenais maintenant la boule en métal dans ma main.

– SORS ! JE N’AI RIEN A VOIR AVEC TOI ! JE VIS SEULE ET C’EST TOUT !

Le cri était puissant, me donnant presque envie de partir sur le champ.

Hestia elle aussi remarqua vite la force derrière ces mots et trembla avant de rapidement se calmer. Elle plissa les yeux, tendue, et se tourna vers moi.

– Vous vouliez visiter une amie, mais cette voix …

*BOOM !*

Tandis qu’Hestia n’avait même pas terminé sa phrase, un énorme bruit d’impact se fit entendre et une figure humanoïde jaillit de la porte menant à la chambre de Sera. Elle s’envola avant de s’écraser sur le sol, y laissant de nombreuses fissures et projetant de la poussière et des petits morceaux de bois … Je m’approchai afin de voir de qui il s’agissait, naturellement confus et prudent …. Vardath ?

Oui, la personne gisant sur le sol fissuré était bien Vardath. Je pouvais le reconnaitre à ses cheveux noirs et courts et à ses yeux marrons, à ses vêtements de majordomes différents de ceux de Steward car  possédant divers ornements argentés en formes de sceaux. Son expression faciale était celle habituelle, complètement neutre si l’on ignorait le sourire sur son visage … Il n’avait pas changé, c’était toujours un amoureux du combat.

Mais Vardath était le servant de la maison Silva, et l’intendant personnel de Loren. Que faisait-il là ?

Je jetai un rapide coup d’œil en direction de la porte de la chambre de Sera et remarquai que celle-ci venait d’être refermée. Vardath, toujours affalé sur le sol, remarqua ma présence ainsi que celle d’Hestia. Il tourna la tête vers nous en se relevant. En voyant Vardath, Hestia se mit sur ses gardes et se prépara à n’importe quelle éventualité … Avait-elle deviné qu’il était un dragon ? Est-ce que les dragons et phénix s’entendaient bien ? Les deux pouvaient voler mais venaient d’espèces différents, tout comme un lézard et un oiseau. Personnellement, je trouvais les deux complètement tarés et déraisonnable, mais bien sûr, je n’allais pas le dire à voix haute n’est-ce pas ?

Je gardai ce commentaire désobligeant pour moi et regardai droit dans les yeux de servant de Silva. Je pus y voir une lumière briller, comme s’il était lui aussi sur ses gardes … Etait-ce à cause d’Hestia ? Plus longtemps nous allions rester ici, plus il y avait de chance que ces deux là se déchainent.

– Calmez-vous tous les deux. Hestia, voici Vardath. Il travaille en tant que servant d’une autre maison, et est en quelque sorte l’une de mes connaissances. Vardath, voici Hestia. Elle travaille avec moi alors j’aimerais que tu évites de la regarder aussi dangereusement.

Vardath me regarda, jugeant de la situation … Il acquiesça puis retrouva son expression neutre. Il agissait comme si rien ne s’était passé alors que son uniforme était lacéré et sale. De plis, les écailles sur son corps se transformèrent en peau humaine … En le regardant, une question me vint à l’esprit ; avait-il des cornes sur sa tête comme Sera ?

De ce que je pouvais voir, il n’avait pas l’air d’en avoir, ce qui me paraissait bizarre. Peut-être que des dragons différents se transformaient différemment en humains ? Ou peut-être que seules les femelles dragons en avaient ?

La question soudaine attisa ma curiosité et je voulais la lui poser directement, mais décidai de me retenir car cela me paraissait indécemment raciste. A la place, je lui posai donc la seconde question me trottant dans la tête,

– Tu connais Sera ?

En entendant ma question, il haussa les sourcils. Il voulut répondre mais s’arrêta en chemin et ferma les yeux en souriant. La situation avait l’air de l’amuser …

– Tu peux lui demander toi-même Dawn. Je dois y aller avant que la Madame ne se mette à ennuyer les professeurs à nouveau. D’ailleurs, notre combat m’a beaucoup amusé. Un match retour ne serait pas de refus, qu’en penses-tu ?

S’exclama Vardath sur une voix monotone et inexpressive en s’éloignant et retirant la poussière recouvrant son uniforme. Sans savoir quoi répondre, je me contentai d’hocher la tête en le regardant quitter la bibliothèque. Au final, il n’avait pas répondu à ma question.

Hestia et moi nous restâmes sur place jusqu’à ce que Vardath disparaisse. Hestia fut la première à parler, l’air amer,

– Les dragons sont arrogants, orgueilleux et se croient meilleurs que les autres. Ils n’arrêtent pas de causer des problèmes et leur soif de richesse ne connait pas de limites … Ce n’est pas étonnant que tout le monde déteste ces satanés lézards.

Les mots d’Hestia n’étaient pas nouveaux à mes yeux. Elle n’aimait pas la moitié des personnes rencontrées ou présentées à elle. Soit elle était vraiment asociale, soit je trainais avec les mauvaises personnes. Dans tous les cas, je me demandais quelle allait être sa réaction en rencontrant Sera.

Je montai les escaliers menant à la chambre de Sera, Hestia me suivant d’un peu trop près à mon goût. Toutefois, elle n’avait pas l’air de faire ça pour s’amuser et paraissait plutôt anxieuse.

Sans lui demander ce qui lui causait tant d‘inquiétudes, je frappai à la porte.

– …

Rien. Elle ne comptait pas m’ouvrir ? Confus, je frappai à nouveau à la porte mais personne n’ouvrit. Je décidai de frapper une dernière fois et cette fois-ci la porte s’ouvrit. Toutefois, l’accueil ne fut pas des plus chaleureux.

– JE T’AI DIT QUE … Dawn ?! Oh, je … que … ehm, désolé ? Heeee ?! Qui …

Après avoir ouvert la porte, Sera se méprit sur mon identité et rapidement la confusion se mit à l’envahir. Pour lui faciliter la tâche, je me mis à parler.

– Salut, désolé de ne pas être venu ces derniers jours. Je crois que tu as de nouveau perdu ça.

Je me mis à sourire, amusé par son expression faciale changeante, et lui rendis la balle en métal qu’elle reconnut et accepta rapidement. Après ça, nous restâmes ainsi l’un en face de l’autre pendant 5 secondes avant qu’elle ne se rende compte de la situation. Secouant rapidement la tête, elle nous invita à l’intérieur. J’acceptai et moi et Hestia nous entrâmes dans la chambre de Sera. Celle-ci regarda Hestia avec de grands yeux, mais évita rapidement tout contact visuel. Ensuite, elle nous demanda si nous voulions du thé, du café ou du soda. J’acceptai volontiers un thé, et Hestia répondit,

– Dans ce cas, je veux bien une tasse de café.

– Ahh … oui …

Le ton sec et indifférent de Hestia rendit Sera encore plus nerveuse, alors je lançai à Hestia un regard froid afin de lui faire comprendre que je n’allais pas tolérer une telle attitude de sa part.

Hestia remarqua  mon regard et s’empressa de détourner les yeux en acquiesçant. Cela avait l’air de l’avoir blessée d’après son attitude. J’allais me faire pardonner plus tard … Sera revint rapidement, un plateau en métal à la main ainsi que 3 tasses de liquide chaud sur celui-ci.

Au final, elle distribua les tasses et nous nous assîmes tous à la table ronde. Recevant ma tasse de thé, je regardai tout autour de la pièce. Je vis les mêmes schémas et outils présents auparavant, ainsi que d’autres appareils familiers disséminés un peu partout. Un objet en particulier attira mon attention ; il s’agissait d’un cadre photo montrant Sera enfant aux côtés de 2 autres individus ; une femme et un homme. Ils mesuraient presque la même taille que Sera mais leurs visages étaient âgés et leurs corps musclés. Il s’agissait d’êtres étranges appelés Nains, des maitres artisans d’après ce que j’en savais.

Le cadre photo en question paraissait lisse et propre, pratiquement neuf. Cela montrait à quel point Sera en avait pris soin après que je le lui ai réparé.

Ma petite inspection terminée, je me tournai vers Sera afin de démarrer une conversation.

– Alors, qu’as-tu fait ces jours-ci ?

En entendant ma question, Sera prit sa tasse et répondit timidement,

– Ahh, pas grand-chose … Je suis juste allé en cours et j’ai travaillé sur mes designs … et toi ?

– J’étais occupé avec mon travail alors je n’ai pas pu venir te voir, désolé. D’ailleurs, je te présente Hestia, elle travaille pour moi.

Je donnai un petit coup de coude à Hestia afin qu’elle se présente. Notre conversation n’avait pas l’air de l’intéresser et elle se contentait de boire son café, les jambes croisés et la main sous le menton.

Recevant mon petit coup de coude, elle tourna la tête vers Sera et lui offrit un petit ‘’bonjour’’ suivit d’un ‘’heureuse de te rencontrer’’. Sera lui répondit ‘’Moi de même’’ et ainsi se termina leur conversation …

Sentant l’atmosphère peser, j’essayai rapidement de reprendre contrôle de la situation en posant la question me trottant dans la tête.

– D’ailleurs, j’ai vu Vardath jaillir de ta chambre avant de s’écraser au sol tout à l’heure. De plus, la balle en métal a foncé sur moi lors de notre entrée dans le bâtiment …

Sera devint immédiatement rouge vif en m’écoutant. Embarrassée, elle répondit,

– Alors tu as entendu le … le … le …

– Oui.

J’acquiesçai, sans lui cacher le fait que je n’avais pas entendu grand-chose. Elle parut amère en entendant ma réponse et soupira. Au final, sachant que je n’allais pas la pousser à répondre, elle me regarda et s’exclama sur un ton de regret,

– Je n’ai pas vraiment envie d’en parler … du moins, pas pour l’instant …

– D’accord, ce n’est pas grave.

Elle parut soulagée de ma réponse, et afin de dissiper la lourde atmosphère, je tentai de diriger la discussion vers quelque chose dont j’avais besoin.

– En tant qu’artisan et inventrice, peux-tu fabriquer un œil fonctionnel ?

La question changea rapidement l’humeur de Sera dont l’intérêt parut piqué. Même Hestia trouva ma question surprenante même si elle se doutait de ma raison. Sera réfléchit pendant quelques minutes puis répondit simplement,

– Oui, je peux le faire. Je peux même le rendre humanoïde et presque réel, mais pour ça il me faut les mesures de l’œil de la personne en question afin de comparer …

Sera parut légèrement suspicieuse et me regarda afin d’essayer de deviner pourquoi il me fallait une telle chose. Sans rien vouloir lui cacher, je lui expliquai qu’il m’en fallait un pour une fillette borgne. Je rajoutai aussi qu’en tant qu’artisan, je la pensais peut-être capable de réaliser une telle requête. A propos de la fillette, je lui expliquai seulement que je l’avais sauvée et rien de plus. Sera ne me posa pas plus de questions sur ce sujet et commença à me parler des détails de l’œil artificiel, ce qui était pour moi extrêmement intéressant et passionnant.

Au final, notre conversation resta purement sur le sujet de l’œil artificiel ainsi que de ses petites modifications nécessaires telles que ses capacités ou sa couleur. Il pouvait recevoir des fonctions de vision nocturne, de zoom ainsi que tout un tas d’autres fonctions utiles. La conversation traina rapidement en longueur car j’expliquai à Sera comment devait être l’œil, explications qu’elle s’empressa d’écrire sur un morceau de papier en me donnant de temps en temps des conseils et répondant à mes questions. Au final, la discussion dura plus d’une heure et Hestia et Sera possédaient toutes deux une expression différente. L’une était soulagée tandis que l’autre était satisfaite.

Sera me demanda d’amener la fille le dimanche prochain étant donné qu’elle devait participer à un bal demain. A la mention d’un bal, je ne pus m’empêcher de lui demander,

– Tu vas à la fête d’anniversaire de la maison Senjin ?

Sera parut surprise et me répondit par une question,

– Oui, comment le sais-tu ?

Je lui expliquai donc que j’y allais en tant qu’escorte pour Cecilia. En entendant cela, Sera parut légèrement déçue mais ne m’expliqua pas pourquoi. J’en profitai pour lui demander pourquoi elle participait à une telle fête, car je ne savais pas qu’elle possédait de telles connexions.

– Ahh, c’est … Tu vois, la personne m’ayant permis de vivre ici est en fait la directrice de l’école, Alexis Silva. Apparemment mes parents adoptifs la connaissaient, c’est pour ça que je suis là et que je dois participer à cette fête. C’est aussi elle qui a envoyé Vardath pour m’informer.

La réponse était tout à fait plausible et je me souvins tout à coup qu’elle avait mentionné la raison de sa présence ici.

Ainsi, nous discutâmes un peu de la fête et de notre heure d’arrivée avant de rapidement mettre fin à la conversation. Après avoir regardé l’horloge, je décidai de partir et me dirigeai vers la porte avec Hestia. Sera nous accompagna jusqu’à la sortie mais me souvenant de quelque chose, je m’arrêtai et me tournai vers elle. J’invoquai l’épée plasma et la montrai à Sera qui parut surprise de la voir. Elle savait bien évidemment de quoi il s’agissait, même si je l’avais réparé et que l’objet était maintenant presque impossible à reconnaitre.

– Tiens, prends-la. Cette épée m’a beaucoup aidé, mais elle te sera plus utile qu’à moi.

Sera parut bouche bée en regardant l’épée plasma. En entendant mon offre, elle eut l’air de vouloir la prendre mais quelque chose l’en empêchait. Enfin, elle finit par fermer ma main en secouant la tête.

– Non, je te l’ai donné. Me la rendre parce que tu l’as réparé ne justifie rien étant donné que je te l’ai offerte pour une toute autre raison. Alors garde-la, mais passe me voir de temps en temps pour que je puisse peut-être améliorer la poignée et rajouter d’autres trucs … Attends, je ne sais même pas ce que ça fait … Peu importe, pas besoin de me l’expliquer, contente-moi de me la montrer pendant notre prochaine rencontre … au revoir !

J’acquiesçai avant de lui dire au revoir puis elle ferma la porte, un sourire aux lèvres. Après avoir longuement regardé la porte, mes yeux se tournèrent vers la poignée noire dans ma main … Je n’arrivais pas à comprendre ce qu’elle voulait dire par ‘’une toute autre raison’’. Je réfléchis un instant avant de ranger la poignée dans le Clavicula, descendant les escaliers puis sortant de la bibliothèque. J’étais satisfait par la situation, mais quelques questions restaient en suspens. Tandis que nous partions, Hestia ouvrit la bouche pour laisser échapper un discours plutôt suggestif,

– Jeune maître, cette jeune fille se cache plutôt bien. Je ne pensais pas rencontrer une personne d’une telle lignée dans cet endroit. Vous la considérez même comme une amie, ce qui est à mon avis plutôt idiot, car après tout …

Ne lui laissant pas terminer sa phrase, je levai la main afin de lui sommer d’arrêter ; je ne voulais pas en entendre plus.

– Je ne considère pas notre amitié comme une erreur. Il est vrai qu’elle cache des choses, mais c’est aussi mon cas. Et comme je te l’ai déjà dit, tout le monde a des secrets. Personne n’a besoin de les savoir, à moins que la personne en question ne souhaite en parler.

– Alors cela veut dire que vous lui avez déjà tout raconté sur vous ?

Tout à coup, je me figeai en entendant cela. En voyant ma réaction, une lueur parcourut les yeux d’Hestia qui reçut confirmation à travers mon faux pas. L’air autour d’elle changea soudainement, elle parut déçue, mais aussi légèrement en colère pour une raison inconnue …

 

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