Chapitre 86 : Longue Histoire Courte

 

– Je vois …

S’exclama Steward, ne sachant pas quoi dire après avoir entendu mon histoire. Il plaça sa main sur son menton et se mit à réfléchir au problème. Je venais de résumer grossièrement les évènements de ces derniers jours. J’étais toutefois resté dans le vague, et Steward le savait mais ne me questionna pas étant donné que cela ne regardait que moi. Je lui avais donc simplement expliqué qu’une personne m’avait demandé de sauver quelqu’un, et que ce faisant, j’avais rencontré plusieurs personnes affligées d’un contrat d’esclave. Je voulais donc savoir auprès de lui si les esclaves étaient autorisés ou non …

Après quelques minutes de réflexion, Steward termina de réfléchir et me répondit.

– Les sorts d’esclavage sont prit extrêmement au sérieux étant donné que détenir quelqu’un contre son gré est un crime. En soit, les sorts d’esclavage forcent les gens à obéir sans avoir le choix. Si quelqu’un découvre que vous possédez des esclaves, vous risquez donc de passer devant des tribunaux.

Je tremblai légèrement en entendant Steward et voulut le contredire, mais il m’arrêta en levant la main afin que je me calme.

– J’ai bien dit ‘’détenir quelqu’un contre son gré’’. Les sorts d’esclavage en soi ne sont pas interdits mais sont extrêmement difficile à retirer en plus de contenir un haut risque de mort. D’après votre histoire, ces personnes dont vous m’avez parlé vous suivent de leur plein gré. Elles ont toutes leurs propres circonstances, et je suppose qu’elles ont décidé d’être vos piliers de support … De plus, il est impossible de voir si une personne est affectée par un sort d’esclavage étant donné que celui-ci est profondément gravé dans son âme. Ces sorts sont donc intraçables, même pour des êtres surnaturels. C’est pourquoi, vous n’avez pas à vous inquiéter.

Après avoir fini son discours, Steward vida sa tasse de thé. Ces mots étaient extrêmement rassurants et je pus sentir un large poids disparaitre de mes épaules. Je pouvais maintenant réfléchir un peu plus clairement à la situation, et plus particulièrement à nos conditions de vie actuelles. Ma paye mensuelle était très bonne, mais … Les filles n’allaient probablement pas accepter de dépenser mon argent, et préféreront probablement trouver du travail. Pour régler cette situation, j’avais une idée et je voulais recueillir l’avis de Steward. Le regardant droit dans les yeux, je lui demandai,

– Steward, puis-je rouvrir le rez-de-chaussée chez moi afin d’en faire une boutique ?

En entendant ma question, il haussa les sourcils en reposant sa tasse.

– Hmmm, cette idée est plutôt bonne. Je comprends tout à fait ce que vous avez en tête, et oui, ouvrir à nouveau la boutique ne pose pas le moindre problème. Je peux même vous obtenir les papiers officiels dès la semaine prochaine, lundi, mais la question est : Quel genre de boutique comptez-vous ouvrir ?

Je lui répondis sans la moindre hésitation,

– Une boutique de réparation …

Ma réponse parut surprendre Steward qui se mit à réfléchir pendant quelques secondes, avant de me faire part de son avis,

– C’est tout à fait faisable, et la maison possède un atelier … Mais l’idée en général ne me convient pas vraiment. Pourquoi ne pas commencer avec quelque chose de plus simple, comme un café par exemple ? Ou peut-être pourriez-vous combiner les deux – un café acceptant les demandes de réparations d’objets. Je suppose que la plupart des personnes avec vous possèdent certaines connaissances en ingénierie ?

J’acquiesçai. 6 filles exerçaient par le passé des professions en rapport avec l’ingénierie, que ce soit dans le domaine de la magie ou de la vie de tous les jours. Les 6 détenaient des connaissances basiques mais aussi un peu plus avancées. A la table, dans la cuisine, je leur avais même demandé comment fonctionnait le frigidaire, et elles avaient réussi à me répondre sans problème, même si je n’avais pas compris la moitié de leurs explications. J’avais compris qu’elles ne mentaient pas et n’inventaient rien, ce qui était pour moi une preuve suffisante. Depuis, j’avais eu l’idée d’une boutique de réparation et de prêteur sur gage, mais un café couplé à une boutique de réparation me paraissait être une bien meilleure idée étant donné que cela leur permettrait à toutes de travailler. De plus, la boutique était très grande, et facilement capable de contenir 40 à 50 personnes. Hmmm …

Après avoir réfléchi au plan en général, je conclus qu’il s’agissait d’une bonne idée et acceptait la suggestion de Steward. Au final, il acquiesça et m’expliqua que tous les matériaux, machines et mobiliers allaient être prêts demain. Il me donna aussi quelques conseils sur la gestion en général et me demanda si quelqu’un dans le groupe possédait une position de leader. Mon esprit se tourna directement vers Christina. Même si elle n’était pas officiellement la chef, elle était une très bonne leader et tout le monde n’avait pas une telle qualité. J’en parlai à Steward qui expliqua qu’une telle position pouvait lui être confiée étant donné que l’autorité était en soi plus importante que les connaissances. Il ajouta qu’elle allait de toute façon s’habituer petit à petit à une telle position.

– Avec de la volonté, rien n’est impossible. Même moi je n’étais pas un majordome à la base, j’ai petit à petit appris la profession.

S’exclama Steward en commençant à boire sa deuxième tasse. En entendant cela, je fus honnêtement surpris car je pensais que Steward avait été entrainé à la profession de majordome. Mais apparemment, il était devenu un majordome seulement après avoir accepté ce métier ? Ses compétences théâtrales et manières ne ressemblaient pas à une personne avec seulement quelques années d’expérience … Non, peut-être me trompais-je, peut-être avait-il juste commencé à assumer cette position bien plus tôt que je ne le pensais ?

La question en elle-même était très intéressante étant donné que Steward était une personne mystérieuse. Je ne savais pas grand-chose sur lui, mais je possédais toutefois quelques informations. Je savais qu’il était un Grand Magus ; un titre seulement offert aux personnes de ce monde et de cette ère ayant atteint le summum de la magie. Cela voulait dire qu’il était un mage Robe Noire, un mage de 10ème niveau. Même s’il avait un tel titre, il ne s’en servait pas et préférait se présenter comme le majordome de la maison Greenwood. Cela forçait les gens à le sous-estimer s’ils ne parvenaient pas à le reconnaitre. Peut-être s’agissait-il là de la raison pour laquelle il n’utilisait jamais son titre professionnellement parlant.

*Dring dring dring*

Tandis que je me perdais dans mes pensées, le téléphone de Steward se mit à sonner. Au départ je pensais qu’il s’agissait du mien étant donné que nous avions des sonneries similaires, mais le son venait de la poche de Steward. Après quelques secondes, Steward répondit au téléphone et discuta avec une personne avant d’accepter d’aller quelque part et de mettre fin à l’appel.

– On dirait que je vais devoir y aller et préparer quelques petites choses avant la fête, Dawn. Puisque vous ne travaillez pas aujourd’hui, vous pouvez rentrer chez vous si vous le souhaitez.

– Oui, merci.

– Pas de problème.

Ceci dit, nous nous levâmes de nos sièges avant de nous préparer à partir. Hestia se leva elle aussi en soupirant, et je vis sur son visage qu’elle s’ennuyait. Il s’agissait probablement du plus long moment de silence de toute sa vie.

Steward partit en premier en me saluant et ouvrit la porte pour se diriger vers le hall des portails. Hestia et moi, nous restâmes dans la pièce …

– Cet homme est trop rusé et sournois ; il cache bien son jeu. Il possède bien trop de secrets … Je ne l’aime pas.

S’exclama Hestia en plissant les yeux.

La voir agir ainsi me fit soupirer.

– On n’y peut rien ; c’est son travail, et le genre de personne qu’il est. Je dois t’accorder qu’il peut parfois paraitre un peu impoli, mais il est comme ça avec tout le monde, que la personne soit mauvaise ou non. Il agit toujours calmement et professionnellement mais m’a beaucoup aidé à mon arrivée ici. De plus, avoir quelques petites secrets n’est pas un mal ; tout le monde en a.

Une fois ma phrase terminée, Hestia me regarda bizarrement. Son regard était compliqué ; un mélange d’accusation et de regret. Nous continuâmes ainsi à nous regarder pendant quelques secondes jusqu’à ce qu’elle détourne les yeux.

– Bien, on y va ?

M’exclamai-je, faisant disparaitre la tension en Hestia et la faisant sourire. Ainsi, nous partîmes d’ici. Toutefois, je ne comptais pas rentrer chez moi tout de suite.

 

– Wow, regarde-la …

– C’est une nouvelle professeure ? Mon dieu, ces jambes …

– Kyaa ! Regarde le garçon à côté d’elle, il est trop mignon ! Je te parie qu’ils sortent ensemble. A ton avis, qui sont-ils ?

– Aucune idée, mais ce ne sont pas des professeurs ou des élèves étant donné qu’ils ne portent pas l’uniforme. En tout cas, ce garçon est vraiment canon … Dommage qu’il soit déjà pris … enfin, ce n’est pas comme si je pouvais lutter contre une telle poitrine …

Hestia sourit joyeusement en entendant les rumeurs et chuchotements des élèves autour de nous. Elle marchait tranquillement derrière moi tandis que nous nous dirigions vers la sortie. J’essayai de marcher un peu plus vite afin d’échapper le plus rapidement aux murmures des élèves … Hestia quand à elle avait l’air de s’amuser en les écoutant avec son ouïr surdéveloppée contrairement à moi. Pour certaines personne une super ouïe était un don, pour d’autre c’était une malédiction.

Tandis que nous marchions vers la sortie, je vis dans un coin de ma vision un petit groupe d’élèves plus âgés se tenant à côté de leur salle de cours. L’un d’eux nous vit approcher, puis tout le groupe se mit à discuter. Ils éclatèrent de rire puis nous regardèrent à nouveau …Non, vraiment ?

 J’essayai de dissimuler le plus possible ma mauvaise humeur en voyant le groupe d’élèves s’approcher de nous. Leurs intentions étaient plutôt évidents tandis qu’ils regardaient Hestia des pieds à la tête, mais surtout sa poitrine et ses hanches.

Hestia les avait remarqué depuis longtemps mais ne leur prêta pas la moindre attention, montrant une expression d’agacement et d’irritation.

Rapidement, le groupe se plaça devant nous en souriant, nous regardant comme si nous étions leur prochain repas. L’homme au milieu s’approcha d’un air arrogant, ses vêtements de haute qualité et son apparence plutôt agréable. Il ne regardait qu’Hestia, m’ignorant totalement comme si je n’existais pas. Il prit la parole, mais …

– Hey beauté, est-ce que tu ….

*BLAM !*

Le pauvre homme ne parvint pas à terminer sa phrase et termina encastré dans le mur de gauche ; il avait complètement perdu connaissance, la bouche encore ouverte. Les autres élèves prirent quelques secondes avant de réaliser la situation et leurs sourires s’effacèrent instantanément.

– Vous bloquez le passage bande de crétins ! Est-ce que vos cerveaux sont aussi morts que vos pieds ? BOUGEZ !

Le visage d’Hestia avait changé en un large sourire carnassier tandis qu’elle contrôlait la force de sa voix afin d’invoquer un puissant pouvoir de domination qui fit instantanément obéir les élèves devant nous. Ou peut-être avait-ils simplement été effrayés en voyant leur ami se faire si facilement projeter au loin. Dans tous les cas, on pouvait appeler ça un ‘’pouvoir’’.

Je lançai un rapide regard vers l’homme encastré dans le mur afin de vérifier s’il était blessé. Le travail était parfait ; Hestia n’avait laissé aucune blessure apparente et l’avait juste un peu malmené pour qu’il ressente un peu de douleur, mais quand même …

Je me tournai vers Hestia qui souriait joyeusement. Tandis que nous étions sur le point de quitter la bâtiment, elle remarqua mon regard et prit un air confus en me regardant en souriant.

– Tu aurais pu simplement leur dire ça au début, avais-tu vraiment besoin de lui faire ça ?

– Oui, j’aurais pu, mais cela ne leur aurait rien appris. Ils ont même fait l’erreur de nous sous-estimer alors que leurs vies auraient pu prendre fin en un instant. A mon avis, je leur ai même été d’une grande aide.

Hestia défendit vertueusement sa décision. L’incident ne me dérangeait pas vraiment étant donné qu’ils ne nous connaissaient pas, mais énerver un ennemi inconnu pouvait plus tard nous entrainer des ennuis. Je voulus lui faire à nouveau la morale mais m’arrêtai étant donné qu’elle n’allait de toute façon pas m’écouter. Elle était un électron libre, un oiseau qui ne pouvait être mis en cage.

– Où allons-nous ? Je pensais que nous allions enfin voir ta sœur ! Moi qui voulais me l’accaparer !

Sa déclaration me dérangea légèrement et me donna tout à coup envie de cacher ma soeur … Mais je l’ignorai et répondis,

– Nous allons à la bibliothèque, mais j’ai d’abord besoin de parler avec une amie.

Hestia parut tout à coup surprise et murmura,

– Alors … tu as des amis ?

Sans mentir, ces mots me firent mal.

 

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Une réflexion sur “Le Rude Maître du Temps – Chapitre 86

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    25 septembre 2016 à 16 h 10 min
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    Jugé comme un associable le pauvre X) l’amie …la dragonne je suppose , sympa la fin de se chapitre j’adore vraiment hestia X)

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