Chapitre 82 : La Même Fin

 

– Bughhh.

Je recouvrai rapidement ma bouche et la fermai, me forçant à ravaler mon propre vomi … Le goût amer et dégoutant envahit ma bouche tandis que mes yeux s’adaptaient petit à petit, me laissant entrevoir mes alentours.

– Jeune maitre, vous n’êtes vraiment pas à l’aise avec la magie n’est-ce pas ?

Demanda Hestia en m’aidant à me relever.

– Où sommes-nous ?

S’exclama curieusement Christina. Les autres filles regardaient elles aussi tout autour d’elle la pièce sombre. La salle ressemblait à un laboratoire de chimie, de nombreuses bouteilles en verre et équipements jonchant des tables et m’étant encore complètement inconnus. Mais je faisais confiance à Steward lorsqu’il affirmait que toutes ces choses allaient être soigneusement manipulées par Stella qui était la principale propriétaire de la pièce.

Christina, qui regardait curieusement autour d’elle, ouvrit grand les yeux en voyant les divers équipements,

– Woah ! C’est un modificateur d’incus ! Et c’est un stylet de haute qualité pour les inscriptions ! Vous avez même une table d’arcane de rang 9 ! Ces équipements sont tout simplement incroyables et il interdit de les avoir sans l’accord du conseil. Certains sont mêmes impossible à  trouver …

Christina me regarda tout à coup, confuse et curieuse. Mais par son attitude, je pouvais deviner que les équipements présents possédaient une grande valeur ; justifiant ainsi son excitation. Mais pour moi, tous ces équipements n’étaient qu’un supplément avec la maison ; peut-être avaient-ils été promis par Steward, mais je n’en étais pas vraiment sûr.

– Je ne sais pas à quoi servent tous ces appareils, désolé. C’est ma petite sœur qui les utilise.

Les filles se tenant autour de moi tournèrent la tête dans ma direction, les yeux grands ouverts après avoir entendu mon explication. Seule Hestia resta de marbre et se contenta de me regarder avec un léger sourire compréhensif. La petite fille se tenant à côté de moi s’accrocha quand à elle à mes hanches en grimaçant.

Je caressai sa tête pour la calmer avec un sourire amer et me tournai vers les filles en annonçant,

– D’ailleurs, bienvenue. C’est ma maison, j’espère qu’elle vous conviendra !

En me voyant annoncer cela un large sourire sur le visage, les filles furent rassurées et se regardèrent entre elles. La requête n’avait été que partiellement complétée. Je ne savais pas ce qui allait m’arriver, si j’allais tout à coup mourir ou non. Mais je savais une chose à propos de ma situation …

– On dirait que je vais devoir ouvrir une boutique.

Murmurai-je discrètement. J’observai tout le monde et vis que les filles discutaient entre elles en chuchotant, un air inquiet et anxieux sur leurs visages. C’était tout à fait compréhensible, elles ne savaient pas dans quoi elles s’aventuraient, et moi non plus. Mais j’avais une idée qui pouvait relativement nous bénéficier à tous.

Maintenant que tout cela était réglé, je leur demandai de me suivre jusqu’au premier étage. Christina avait l’air complètement séduite par les équipements et bavait presque devant, mais elle reprit rapidement ses esprits et acquiesça avant de remettre tout le monde en ordre et de me suivre en bas.

– Hestia, quelle est l’étendue des tes pouvoirs de guérison ?

Demandai-je à Hestia tandis que nous descendions les escaliers. Elle s’était rarement séparée de moi dernièrement, me donnant l’impression qu’elle avait toujours été là. Peut-être m’y étais-je habitué ?

Réagissant à ma question, Hestia regarda la fillette dans mes bras. Celle-ci ne m’avait pas entendu étant donné que mes mots avaient été trop discrets pour qu’une personne normale ne les entende, mais pour Hestia c’était un jeu d’enfant. Elle sourit et répondit d’une voix douce,

– Je peux guérir les blessures internes et externes avec ma flamme divine ; je peux aussi soigner  les maladies et faire disparaitre les cicatrices. Par contre, je ne suis pas sûre pour son œil … Je ne pense pas pouvoir ramener ce qui a déjà été détruit.

Je ressentis un pincement au cœur en entendant ses mots, mais en même temps je lui étais reconnaissant. Elle possédait en effet de puissants pouvoirs de guérison … Même si elle ne pouvait pas recréer un membre perdu, elle restait extrêmement capable, ne me faisant pas regretter le fait de l’avoir invoquée par accident.

Notre conversation terminée, nous descendîmes au 1er étage et toutes les filles regardèrent autour d’elle, curieuses. La maison n’était pas aussi large que tous les bâtiments que j’avais pu voir récemment, mais restait une maison de 3 étages possédant un large nombre de pièces. L’espace ici me paraissait plus confortable car je détestais les grands couloirs.

– Pouvez-vous aller au bout du couloir ? La première porte à gauche est la cuisine, mangez-y ce que vous voulez. Je vous rejoindrais après avoir mis la fillette à l’aise. D’ailleurs, est-ce que quiconque est malade ou blessé ? Si c’est le cas, dites-le maintenant pour qu’Hestia puisse vous soigner rapidement.

La question reçut plusieurs hochements de tête de gauche à droite ainsi que de petits ‘’non’’ de la part des filles. Christina invoqua un sort de vision et regarda les filles pour en être sûre, des mesures de sécurité qui me firent sourire. Au final, elle confirma que personne n’était malade ou blessé, me faisant soupirer de soulagement. Puis, elles suivirent mes ordres et se dirigèrent vers la cuisine de façon formelle et ordonnée.

Même si tout le monde était tendu en marchant chez moi, ce n’était pas comparable avec leur attitude dans la maison précédente. Ici, elles agissaient avec attention et respect, même si elles étaient secrètement heureuses d’être là. Certaines essayaient même de dissimuler les sourires sur leurs visages.

Hestia et moi nous partîmes et je lui montrai le chemin vers une autre pièce dans laquelle j’allais placer la fillette … Ma chambre pour être plus précis.

– Alors, qu’allez-vous faire maintenant ? En excluant l’enfant dans vos bras, je doute que vous ayez besoin de 12 servantes s’occupant de la maison. J’ai remarqué que le bâtiment tout entier était équipé d’enchantements  de nettoyage, retirant instantanément la poussière et la saleté et rendant ainsi toute servante inutile …

S’exclama Hestia en arrivant dans ma chambre. Celle-ci était large mais pas trop, et possédait le strict minimum vital en plus de quelques autres trucs un peu moins importants. Je plaçai la fillette à moitié endormie sur une chaise en répondant à sa question,

– J’ai quelque chose en tête, mais cela dépendra des filles. Certaines voudront peut-être même retrouver leurs familles. Mais sachant qu’elles ont une limite à leur ‘’liberté’’ partielle, notamment celle de devoir rester à une certaine distance de moi, cela risque d’être difficile à accomplir. De plus …

Je me remis à réfléchir un instant et me souvins de l’état dans lequel je les avais trouvé, des yeux qu’elles avaient en me rencontrant pour la première fois …

– Elles ont probablement des proches auprès desquels elles ne peuvent ou ne veulent pas retourner ainsi que de nombreuses raisons pour rester ici plutôt que partir … Si tu vois ce que je veux dire.

Hestia grogna en acquiesçant avant de se concentrer sur la fillette aux cheveux blancs assise sur la chaise. Une flamme blanche apparut dans les yeux d’Hestia et elle commença le travail que je lui avais donné. Je partis afin de laisser Hestia s’occuper d’elle, me dirigeant vers la cuisine de laquelle s’échappait une odeur plaisante. En entrant dans la cuisine, je vis plusieurs filles assises à la tables tandis que d’autres préparaient de la nourriture sur un grill.

*Grrrrr*

Un son menaçant se fit entendre et tout le monde s’arrêta pour se tourner vers moi qui me tenais dans l’entrée. Mon visage rougit lorsque je me rendis compte que ce bruit était en fait …

– Maitre Dawn, je prépare des œufs et du bacon. Voulez-vous vous asseoir et manger avec nous ?

Demanda l’une des filles aux fourneaux en tenant dans sa main une poêle dans laquelle grillait un œuf. Mon estomac criant famine fit sourire tout le monde et j’acceptai avec joie l’offre. Je m’assis au bout de la table déjà presque remplie par les filles maintenant distraites par mon arrivée. J’entendis quelques chuchotements à la table de filles ne sachant pas vraiment comment agir devant moi. Je fus donc le premier à briser la glace en me tournant vers Angela assise juste à côté de moi. Elle paraissait nerveuse, mais lorsqu’elle me vit sourire dans sa direction, ne put s’empêcher de garder les yeux rivés sur moi tandis que je lui demandai,

– Alors, quelles sont tes passions ?

Angela fut surprise en devint rapidement rouge avant de se mettre à bégayer en essayant de répondre à ma question.

– Je …. J’aime bien lire …. Enfin, c’est la seule chose que je fais …

Je souris et continuai,

– Moi aussi, quel genre de livres aimes-tu lire ?

– Vraiment ? Oh …. Ehm, principalement de la littérature ou de la romance …

Les autres filles tendirent l’oreille afin d’écouter l’échange entre moi et Angela. Celle-ci avait commencé lentement mais continua un peu plus rapidement lorsqu’Angela se sentit un peu plus à l’aise, faisant sortir un peu plus facilement ses mots et se laissant parler un peu plus librement. Notre conversation attira vite l’attention des autres filles qui s’y invitèrent lentement. Au final, toutes les filles finirent par se présenter en parlant d’elles et de ce qu’elles faisaient avant d’arriver ici. Grâce à ça, je me rendis compte que toutes possédaient des professions différentes, et que certaines possédaient même des connaissances en alchimie et ingénierie magique. D’autres étaient quand à elles encore en train de chercher étant donné qu’elles étaient trop jeunes pour en décider.

La femme la plus âgée du groupe avait 21 ans et était aussi la cuisinière aux fourneaux. C’était elle qui m’avait demandé de rejoindre le repas, et son nom était Elisabeth Morgan. Elle avait fini ici après avoir été capturée en plein milieu de son travail au Central. Elisabeth était une assassin avant d’être une esclave. Et, coïncidence, sa seconde profession était celle de cuisinière, ce qui expliquait son expérience en cuisine. Après avoir appris cela, le couteau dans sa main paraissait tout à coup bien plus effrayant.

Sa beauté et ses compétences avaient attirés l’attention des marchands d’esclaves après sa capture, qui avait eu lieu à ses 18 ans. Elle avait ainsi menée une vie d’esclave pendant 3 ans avant que je n’arrive.

Son histoire était très intéressante. Elisabeth n’avait pas de parents et avait passé la majeure partie de son enfance à Central. Elle avait appris à cuisiner auprès d’un vieil homme qui lui aussi était un grand cuisinier et un assassin. Il lui avait donc appris les ficelles du métier, car pour vivre dans un tel endroit, il fallait avoir des compétences exceptionnelles. Elisabeth me parla avec ferveur du vieil homme même si celui-ci paraissait très strict ; il avait l’air de beaucoup tenir à elle, et le sentiment paraissait réciproque …

Il pouvait donc y avoir de bons souvenirs de cet endroit huh … Surpris, j’écoutai les histoires des autres filles. La plupart étaient des esclaves depuis 3 ou 5 ans et Angela paraissait être la plus vieille esclave avec 7 ans d’expérience. Sarah, la petite fille aux cheveux noirs jais n’avait été réduite en esclavage que très récemment, vendue par ses parents comme elle me l’avait expliquée lorsque nous nous étions rencontrés dans le couloir.

Angela était la fille de 2 esclaves, et était donc logiquement devenue une esclave elle-même. On lui avait placé son collier à ses 8 ans, ce qui était le pré-requis pour le porter. Elle n’avait jamais vu ses parents et ne les connaissait même pas ; elle avait juste entendu des rumeurs sur eux. Elle avait été élevée en apprenant de nombreux talents afin de gagner en valeur et être vendue un jour au prix fort.

Cela paraissait à mes yeux complètement tordu, et tout le monde paraissait d’accord avec moi même si personne ne le disait à haute voix.

Angela était une fille joyeuse, élevée strictement mais pas abusée physiquement. Elle avait été conditionnée mentalement et on lui avait appris qu’être un esclave était la meilleure chose au monde. Elle y croyait au départ mais avait grandi en se rendant compte de la profondeur de sa situation. Elle en était venu à rêver de liberté, mais ne pouvais pas fuir car vivant sous haute surveillance. Elle n’avait pas le droit de quitter son lieu de résidence afin de rester protégée du moindre danger. Angela était extrêmement pauvre lorsqu’il s’agissait de connaissances sur le sexe opposé car elle n’avait jamais vraiment communiqué avec un homme, ce qui l’avait poussée à s’intéresser à la relation entre homme et femme. Cela était dû au genre littéraire de romance qu’elle lisait, ce qui était à la fois comique mais aussi cruel.

Angela était en quelque sorte la jeune demoiselle de la maison étant donné le traitement reçu depuis son enfance. Elle avait même reçu un entrainement au combat, et selon Elisabeth, Angela était vraiment douée au combat à mains nues et à l’épée. Cela fit rougir Angela qui s’empressa de dénier humblement.

Quand aux autres filles, elles me racontèrent elles aussi de bonnes histoires noyées de tragédies. Nous avions atteint un stade où nous pouvions parler librement de nous-mêmes sans en avoir honte. Les filles se connaissaient assez bien mais ne me connaissaient pas moi, mais elles me faisaient assez confiance pour me confier leurs histoires. Sans les arrêter, j’écoutai toutes leurs histoires qui étaient parfois courtes et parfois très longues. Elles venaient de divers endroits tels que des maisons de prestige ou de la rue. Mais elles avaient tous en commun une même fin tragique dans laquelle elles se faisaient capturer par des marchands d’esclaves, avant de finir ici. Cette même fin était probablement ce qui permettait une telle union.

Même Christina parla à nouveau d’elle, mais cette fois-ci elle révéla que la personne l’ayant envoyé à Central était la personne qu’elle aimait. Il la voulait morte à cause d’une guerre pour le pouvoir dans sa famille, ce qui paraissait tout à fait ironique. Voyant que ces souvenirs la blessaient, je demandai si la nourriture était prête afin de mettre fin à la conversation. La réponse me vint instantanément et Elisabeth sourit en servant le bacon et les œufs avec un toast. Le repas était le même pour tout le monde et l’odeur du bacon et des œufs était juste divine.

– …

Tandis que j’étais sur le point de mordre dans la nourriture, je remarquai que personne n’avait commencé à manger et que toutes me regardaient. La situation était franchement étrange, et Christina fut la première à répondre à ma question d’un air troublée,

– Ahh … Vous voyez Maitre Dawn, des esclaves ne mangent habituellement pas à la même table que leur maitre. Nous avons l’habitude de nous asseoir sur le sol et de manger dans un bol sans couverts … De plus, nous devons manger une fois que le maitre a terminé son repas afin de ne pas le ou la dégouter …

L’explication de Christina me fit hausser les sourcils. Comprenant maintenant pourquoi elles ne mangeaient pas, je leur demandai,

– Je ne vais quand même pas devoir vous demander de manger chaque fois que je m’assois n’est-ce pas ?

Ma question fut répondue par plusieurs regards embarrassés et grattages de tête. Même Christina fit un rire gêné mais Angela se mit rapidement à manger bruyamment à côté de moi, utilisant sa fourchette pour prendre le bacon et l’avaler en une bouchée, un large sourire sur les lèvres.

En voyant cela, tout le monde arrêta d’être timide ou respectueux et commença à manger. Se débarrasser des vieilles habitudes allait être difficile …

Sarah qui était aussi assise à coté de moi commença à manger tranquillement, restant silencieuse quand à la situation actuelle. La nourriture devant elle paraissait plus l’intéresser que tout ce qui l’entourait. Elle plaça l’œuf grillé tout entier dans sa petite bouche avant de faire des petits bruits en se brûlant et se salissant la bouche que je m’empressai de nettoyer avec une serviette. Mes mouvements furent purement instinctifs étant donné que j’avais l’habitude de les répéter sur Stella. Les faire sur Sarah auraient dû la gêner mais étonnamment, elle ne résista pas et resta immobile après que je lui ai nettoyé la bouche. Elle continua ensuite à manger en me lançant quelques regards rapides de temps en temps, tirant sur mon bras pour que je nettoie encore sa bouche …

 

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Une réflexion sur “Le Rude Maître du Temps – Chapitre 82

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    18 septembre 2016 à 15 h 37 min
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    ah j’aurai pensé qu’il leur raconterai sont histoire 🙂 encore merci 🙂

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