Chapitre 74 : De même

 

Le vent était chaud tandis que nous marchions vers un bâtiment brillant à l’apparence extérieure grandiose. Nous suivions Sandra qui marchait devant nous afin de nous montrer le chemin. Elle paraissait tendue, mais était au moins vivante.

Il y avait dans l’air une odeur dérangeante, une odeur de brûlé. Je me rappelai un instant de l’incident étant survenu quelques minutes plus tôt ; la puissante vapeur s’étant échappée des flammes d’Hestia s’était probablement attaché à mes vêtements, me donnant cette odeur de brûlé.  C’était dérangeant, mais je pouvais tenir le coup.

Hestia quand à elle marchait à côté de moi, une expression soulagée sur le visage. Elle n’avait pas trop l’air dérangée par le fait d’avoir brûlé vif plusieurs dizaines de soldats, ne laissant derrière que des cendres en ayant épargné Sandra et le groupe d’esclaves. Je n’avais même pas entendu de cris, lorsque les hommes avaient tous été brûlés.

– Maitre James, si je puis vous demander … Où allons-nous ?

Je ne me rendis pas compte que Christina me parlait puisqu’elle utilisait mon faux nom, mais Hestia me donna un petit coup de coude afin de me rappeler mon rôle. Je toussai afin de m’éclaircir la gorge ; l’endroit où nous nous dirigions était très simple, et Christina le savait probablement.

– Nos devons d’abord nous reposer un peu et réunir des informations. De plus, vous devez vous habiller correctement, au lieu de porter ces haillons.

Christina et le reste des filles rougirent en m’entendant mentionner leurs habits actuels. Habits était même un bien grand mot, car elles ne portaient que des lambeaux cachant à peine leur peau. Je vis Christina, gênée, tirer sur sa jupe qui ne cachait pas grand-chose et atteignait à peine ses cuisses. A cause de ça, elles devaient probablement avoir froid, je demandai donc à Hestia de leur envoyer un peu d’air chaud.

Sandra se tourna vers nous en souriant et me demanda,

– Alors votre nom est Maitre James ? Un nom parfait pour une personne de votre stature. J’espère que mon établissement vous conviendra, Maitre James, et saura répondre au moindre de vos besoins …

S’exclama-telle anxieuse. Toutefois son sourire ne disparut pas, et je pouvais voir des gouttes de sueur perler sur son front. Elle me faisait face tout en marchant à reculons, attendant ma réponse. Toutefois, cette réponse ne vint jamais, alors elle se tut avant de se remettre à marcher normalement. Hestia ricana en voyant cela, sachant que je ne comptais pas me mêler des affaires de quiconque ici sans en avoir besoin.

Chase ricanait elle aussi en me voyant ignorer Sandra. Quand aux personnes derrière nous, il s’agissait des 12 femmes esclaves et de personnel appartenant probablement à Chase … Nous allions tous rester chez Sandra pour le moment, et Sarah faisait aussi partie de ce groupe. Elle se trouvait derrière Chase et me lançait de temps en temps des regards inquiets. Selon Christina, elle avait annoncé la nouvelle à Sarah, mais, ne sachant pas si cela était une bonne chose ou non, celle-ci avait décidé d’en juger elle-même.

Je tournai à nouveau mon attention vers l’hôtel ; de l’endroit où nous nous tenions, nous pouvions le voir briller de milles feux. Des véhicules extravagants étaient garés près de l’entrée tandis que des invités étaient guidés par du personnel habillé en rouge à l’intérieur du bâtiment qui ressemblait presque à une tour couplée à une forteresse.

Les gardes à l’extérieur étaient placés de sorte à ne pas effrayer les clients, tout en protégeant le bâtiment de n’importe quel individu suspect traversant la route. Leurs vêtements étaient gris sombre, presque noir, leur permettant de se fondre dans l’ombre et de paraitre presque invisibles. Ainsi, ils étaient difficiles à repérer dans l’obscurité, et je pouvais même voir des snipers positionnés sur plusieurs tours de l’hôtel. Rien ne pouvait m’être caché car ma vision me permettait de tout voir, et Hestia, se tenant à côté de moi, grimaça en remarquant le niveau de sécurité.

Ce n’était pas vraiment un problème, juste une petite gêne. Le plus important était de ne pas causer un trop gros boucan, ce qui allait être plutôt facile étant donné que Sandra avait été témoin de la puissance incroyable d’Hestia. Je doutais fortement qu’un incident ne survienne …

Tandis que nous continuions à marcher, Hestia trembla tout à coup et s’approcha de moi avant de me chuchoter,

– Jeune maitre, il y a quelqu’un de très fort dans ce bâtiment, et je sens qu’il possède le même badge que vous …

Cette information me surprit. Il y avait un autre membre de la Confrérie Brisée ici ? Je voulais en douter, mais il s’agissait d’une information obtenue par Hestia, et sa sensitivité dans ce domaine n’était pas une blague …

Tout en réfléchissant, je pris lentement le badge dans ma poche de poitrine avant de le transférer dans le Clavicula. Ainsi, la présence du badge disparut, ce qui voulait dire que cette personne ne pouvait plus me trouver.

Nous atteignîmes rapidement la forteresse que Sandra appelait son ‘’hôtel’’.

 

– Bienvenue Madame.

Lorsque nous pénétrâmes dans le large hall de réception, les servants et servantes s’alignèrent proprement des deux côtés de l’entrée. Ils saluèrent Sandra avec un large sourire. Tandis que nous marchions sur le long tapis rouge menant à la réception, je jetai des rapides coups d’œil en direction des servants, qui sans surprise portaient tous des colliers en fer. Tous les servants ici étaient des esclaves, et seuls des esclaves pouvaient y être employés. Je pouvais aussi voir des personnes habillés en vêtements chics, regardant Sandra avec des sourires courtois. Il s’agissait des clients, et plus je les regardais, plus ils me dégoutaient. Certains clients traitaient leurs esclaves sans la moindre gêne, leur ordonnant de marcher à moitié nus ou de s’asseoir par terre comme des chiens … Un homme avait même attaché une laisse au cou de son esclave et la promenait comme un chien ; la femme derrière moi avait l’air de particulièrement le détester. En arrivant devant la réceptionniste, celle-ci afficha un sourire aimable tout en expliquant à Sandra la position de nos chambres. Elle finit de parler après quelques minutes et sortit 2 cartes différentes en plastique, l’une blanche et l’autre noire, possédant toutes deux un numéro différent.

– Tenez Maitre James, voici les deux chambres que vous avez demandées. J’espère que vous apprécierez mon établissement, et n’hésitez pas à m’appeler si vous avez le moindre problème. Le personnel travaille ici 24 heures par jour, et mon numéro se trouve derrière la carte blanche si vous avez besoin de quoi que ce soit. D’ailleurs, il s’agit aussi de la carte donnant accès à votre chambre.

Je ne compris pas vraiment la dernière partie, mais je m’en fichais. Je pris les 2 cartes en plastiques, qui servaient probablement de clés pour ouvrir les portes des chambres.

En voyant Sandra, la maitresse des lieux, être si polie devant moi, les personnes autour de nous, principalement les invités, se mirent à chuchoter entre elles. Elles me lancèrent des regards, surtout en direction de mon masque, en essayant de deviner mon identité. Même les servants parurent surpris et leurs yeux se mirent à briller. Ils essayèrent de se rappeler de mon visage, ou plutôt de mon masque.

Toutefois, la situation restait calme, alors je n’y prêtai pas grande importance. J’essayai d’ignorer les personnes autour de moi, espérant pouvoir utiliser le ticket le plus tôt possible afin de me rendre au Colisée. Rester ici et nous amuser n’était qu’une perte de temps, et la seule raison pour laquelle je voulais rester ici était que els filles avaient besoin de nouveaux vêtements avant de partir. Je voulais aussi discuter avec Christina du ticket et lui demander si elle pouvait l’utiliser pour tous nous transporter. Bien sûr, Chase était toujours avec nous, accompagné de ses quelques servants restants. Elle comptait apparemment terminer le transfert d’esclave puis retourner chez elle afin de tout remettre en ordre. Je me demandais aussi ce qui était arrivé à ses sœurs, mais elle n’avait apparemment pas l’air inquiète pour elles. Cela me paraissait froid, mais il s’agissait après tout de ses affaires.

– Oh ? Vous avez là des invités très intéressants jeune maitresse …

Tout à coup, la température de l’air chuta. Je faillis avoir des frissons rien qu’en entendant cette voix mais parvins à me contrôler.  Le regard d’Hestia était devenu dur, tandis qu’elle regardait quelqu’un en direction de l’ascenseur. Mes yeux suivirent la direction de son regard et je vis un jeune homme blond sortir de l’ascenseur. Il portait une veste grise au dessus d’une chemise blanche et un pantalon gris aves des chaussures noires en cuir. Ses yeux étaient étrangement troubles, et gris eux aussi, lui donnant une apparence mystérieuse tandis qu’il s’avançait vers nous en souriant.

Je concentrai mes sens et le contemplai, avant de deviner tout à coup … qu’il n’était pas un humain, mais un démon. Son essence était dissimulée profondément en lui, comme s’il essayait de nous la cacher. Cela ne marchait pas avec moi ou Hestia, mais ce n’était pas le cas des autres.

A en juger par sa lignée, je pouvais facilement deviner qui il était. Il était un membre de la confrérie Brisée, et je ne savais pas ce qu’il faisait là … Non, la question était, que nous voulait-il ?

Je jetai un rapide coup d’œil à Hestia qui restait passive en observant cet homme. Il était facile de croire qu’elle était charmée par celui-ci, mais ce n’était pas le cas, car une fine couche d’hostilité et de méfiance était visible dans son regard. Ce simple regard dévoilait de quel côté elle se trouvait.

Je me tournai donc à nouveau vers l’homme, me demandant ce qu’il nous voulait. Je savais qu’il ne pouvait pas ressentir le badge étant donné que j’avais rangé celui-ci dans le Clavicula, il y avait donc une autre raison. Je l’inspectai donc à nouveau et remarquai qu’il ne pouvait s’empêcher de contempler Hestia … Ahh, je comprenais maintenant.

Ces deux-la étaient de puissants individus, et s’étaient probablement repérés l’un l’autre à notre entrée dans le bâtiment. En marchant vers nous, il ne me lança pas le moindre regard, ce qui n’était pas étonnant étant donné que pour ce genre de personnes, je n’étais qu’un être faible sans défense. Il était évident qu’une personne puissante attirait plus l’attention qu’une personne faible … Le problème ici était que je n’étais pas faible, toutefois, paraitre faible pouvait parfois être un avantage.

Mais il était nécessaire d’expliquer la situation. Il ne me remarquait pas car je n’avais pas une force suffisante pour cela. Ce, parce que je n’avais pas de pouvoirs à part ma capacité d’arrêter le temps, qui était apparemment indétectable. Steward me l’avait expliqué après notre première rencontre, lorsque j’avais essayé de lui faire croire que j’étais un camarade de Cecilia. A cet instant, il m’avait crû car il ne pouvait rien détecter chez moi qui sorte de l’ordinaire, même après que je l’ai assommé.  Pour n’importe quel être surnaturel ou puissant mage, je n’étais qu’un simple mortel.

Maintenant, il fallait retourner à la situation actuelle. Le jeune homme s’était arrêté en gardant une distance de sécurité de 3 mètres entre nous, et regardant Hestia sans la moindre hésitation. En fait, les deux se regardaient, comme pour voir qui allait agir en premier. Mais tout à coup, dans un coin de ma vision, je vis quelqu’un bouger et s’adresser au jeune homme.

– Ahh, M. Valerian, vous vous promenez ? Comment puis-je vous aider ?

En remarquant son arrivée, Sandra s’approcha de lui. Il afficha un charmant sourire et lui répondit,

– Ce n’est rien Sandra, je vais bien. J’étais juste curieux en voyant arriver ces nouveaux invités et la politesse avec laquelle vous les traitez. Je suppose que vous vous connaissez ?

 Sa façon de parler était parfaite afin de la mener à nous présenter, ce qu’elle fit.

Sandra fit un geste dans notre direction et expliqua la situation à cet homme du nom de ‘’Valerian’’,

– ahh, ces personnes sont les subordonnés de Maitre James. Celui-ci est venu après avoir entendu parler de notre établissement, afin de le visiter, mais surtout de s’y reposer …

Lorsque Sandra me désigna, les yeux embrumés de Valerian se dirigèrent vers moi, confus en essayant de deviner ma véritable nature. Toutefois, il ne trouva apparemment rien qui ne sorte de l’ordinaire et continua simplement à sourire …

– Maitre James, voici Valerian Gustov. Il vient prendre ses vacances chaque année dans notre établissement, et est considéré comme l’un de nos plus loyaux clients. Il est …

Sandra s’arrêta tout à coup dans son explication. Elle paraissait hésiter à continuer ou pas son explication, de peur d’offenser quelqu’un.  A cet instant, Valerian s’avança,

– Pas besoin de continuer, Sandra, je vais l’expliquer moi-même.

Son sourire généreux apaisa Sandra. En me regardant, son dos se raidit et il se présenta. Les personnes autour de nous étaient figées et nous regardaient comme si nous jouions une pièce de théâtre.

– Comme vous le savez, mon nom est Valerian Gustov. Je suis aussi connu sous le surnom de Prince des Ombres, et je suis un humble membre de la Confrérie Brisée, serviteur de notre magnifique leader, Lena Hellborne. Heureux de faire votre connaissance, Maitre James.

Par courtoisie, il me présenta sa main avec un large sourire. Il tentait de m’impressionner et ne le cachait même pas. Mais bien évidemment, cela ne fonctionna pas ; il n’impressionna ni moi, ni Hestia, et nous restâmes tous deux de marbre tandis que je contemplais sa main.

Les visages des personnes autour de nous changèrent lorsqu’elles entendirent son titre et le nom de la personne qu’il servait. Cela déclencha un large brouhaha dans la hall, et tout le monde se mit à discuter avec son voisin. Certaines personnes se mirent même à pâlir, voir même à partir d’ici. Même les personnes derrière moi furent surprises, mais sans plus, étant donné qu’elles savaient que je m’étais moi aussi présenté comme un membre de la confrérie Brisée. Ils ne furent pas vraiment surpris en voyant un autre membre de cet ordre apparaitre, ce qui rendit ‘’Valerian’’ confus quand au manque d’expression sur leurs visages après qu’il se soit présenté. En voyant cela, il plissa les yeux.

Je fis un léger sourire en m’avançant d’un pas. En me voyant agir ainsi, Hestia devint vigilante et fixa attentivement Valerian. Pas comme une amoureuse transie ou une amie, mais comme un tigre ou un loup attendant que sa proie fasse le mauvais choix.

Je pris la main de Valerian et la serrai lentement en me présentant à nouveau.

– Comme vous le savez, mon nom est James. Je n’ai pas de surnom, alors appelez-moi simplement James. Heureux de faire votre connaissance Valerian.

Je savais qu’il ne m’écoutait même pas et surveillait chaque mouvement d’Hestia. Il tourna la tête vers moi et s’exclama avec un sourire courtois,

– De même.

 

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2 réflexions sur “Le Rude Maître du Temps – Chapitre 74

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    2 septembre 2016 à 21 h 12 min
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    « tu ne le sais pas mais tu est déjà mort ! »

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  • Avatar
    20 janvier 2018 à 22 h 18 min
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    Lena Hellborne le retour :P, Leraje va être content 😀

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