Chapitre 65.5 : Des Ténèbres à la Lumière – Partie 5 (Fin)

 

Il faisait froid et le vent soufflait. Je pouvais entendre la foudre frapper et la pluie tomber, les gouttes froides glaçants mon corps. J’ouvris lentement les yeux, accueilli par un ciel gris. Lentement, je me levai.

– …

Je regardai tout autour de moi, mais il n’y avait personne. Je levai ma main, et remarquai qu’elle allait bien. La douleur horrible m’ayant assailli quelques minutes ou quelques heures plus tôt avait disparue avec mes blessures. Je concentrai ma magie autour de moi afin de vérifier si tout allait bien et remarquai qu’un orbe vert émettant une lumière de la même couleur avait poussé sur mon torse. J’essayai de le retirer, mais en faisant cela ressentis tout à coup une douleur atroce qui me fit tomber à genoux … Je ne pouvais apparemment pas le retirer.

JE me relevai à nouveau et me mis à marcher. Elle avait disparue … Non, elle n’avait pas disparue, elle était partie. Elle m’avait dit que nous nous reverrions et que je devais lui faire confiance … J’essayerai.

Puis, après avoir rangé de telles pensées dans un coin de mon esprit, je continuai à marcher. Le noyau vert dans mon torse était étrange ; il améliorait ma perception et ma force. Mes réserves magiques avaient aussi été triplées, me donnant ainsi un meilleur contrôle sur mes sorts d’ombres, mais je savais que ce n’était pas tout. Même si je ne pouvais pas le retirer complètement,  je pouvais le contrôler et l’utiliser, mais pour quoi ? Qui sait … ?

Mon corps était trempé par la pluie mais je m’en fichais. Après avoir atteint la cabane d’Artemis, qui avait été détruite et brûlée, je ne retrouvai à l’intérieur aucun souvenir d’elle et partis donc en laissant les lieux intacts. Je continuai ainsi à marcher, puis me souvins tout à coup de quelque chose importante, la petite !

Réalisant mon erreur, je courus à toute allure vers la cave en utilisant l’un de mes sorts pour accélérer. Ainsi, j’arrivai rapidement à la cave.

– PETITE FILLE !

Criai-je en entrant dans la cave. Mais je ne reçus aucune réponse. De la sueur commença à perler sur mon front. La pluie allait probablement se transformer en tempête sous peu … alors où était-elle partie ? Plus profondément dans la cave ? Ou peut-être était-elle sortie pour me chercher ? MERDE !

Je me remis à crier,

– PETITE FILLE ! OU ES-TU ?!

Mais en vain. La seule réponse que je reçus fut le bruit du vent s’engouffrant dans la grotte en portant quelques gouttes de pluies. Le désespoir commença à grandir en moi ; c’était la première fois que je perdais tant. Etre seul n’était pas toujours une bénédiction, la solitude pouvait être le pire ennemi de l’homme, même pour quelqu’un comme moi, un démon de la pire espèce.

– Monsieur ?

Je tremblai pendant un instant. J’avais entendu une voix, une douce voix. Je levai la tête et vis une petite fille aux cheveux blonds tenant une poupée dans ses bras, ses yeux bleus brillant me regardant. Un sourire apparut sur mon visage, faisant disparaitre les ténèbres. Je me levai et m’approchai d’elle avant de la prendre dans mes bras. J’étais un idiot ; elle était juste assise derrière un rocher …

 

– Atchoum !

Je reniflai, le dos contre le mur froid en pierre. Il pleuvait à l’extérieur, et le haut de mes vêtements séchait sur un rocher. La petite fille était assise à côté de moi, et nous nous réchauffions avec le feu que je venais d’allumer quelques minutes plus tôt. Nous restions assis ainsi, attendant la fin de la tempête.

– …

Nous regardions le feu en silence … Je repensais à tous les évènement de ces 2 dernières semaines, de comment ces 2 semaines avaient changé ma vie contrairement à mes 17 années de vie …

– Tu as rencontré ton amie ?

Demanda-t-elle en continuant à regarder le feu. Je souris, me souvenant des quelques jours que nous avions passés ensemble.

– Oui, mais la rencontrer à nouveau risque d’être difficile. Désolé, tu n’as pas pu la voir …

– Pourquoi ?

Demanda-t-elle, ne sachant rien de ce qui venait d’arriver. Moi aussi je n’avais aucune idée de ce qui s’était réellement passé, et franchement, je m’en fichais. Je voulais juste la revoir à nouveau, rien de plus.

– C’est compliqué …

Répondis-je avec un sourire amer.

– Est-ce qu’elle est parti au même endroit que mon frère ?

 Pendant un instant, je ne pus m’empêcher d’ouvrir grand les yeux et de la regarder. Oui, c’était ça, elle ne comprenait pas ce qu’était la mort. Je lu caressai donc la tête avant de lui expliquer,

– Non, elle m’a promis de revenir. Jusqu’à ce jour, nous devrions l’attendre. D’ailleurs, j’ai un peu de viande séchée avec moi, ça te dit de manger un morceau ?

– Unn.

La petite fille hocha joyeusement la tête, oubliant instantanément notre conversation. Honnêtement, je ne voulais pas y repenser et changer de sujet était probablement la meilleure chose à faire. J’allais juste devoir être patient, et en attendant, je comptais m’occuper d’elle en regardant comment les choses évoluent …

La tempête se termina 2 jours plus tard. La petite fille et moi nous avions attendu tout ce temps dans la cave, la discussion comme seule distraction.

A ses yeux, nous n’étions toujours pas des amis, même si nous avions partagé des repas ensemble et que nous nous étions blottis l’un contre l’autre pour nous réchauffer. Cela voulait dire que je ne pouvais toujours pas connaitre son nom, mais cela ne me dérangea pas et je continuai à l’appeler ‘’petite fille’’ ou ‘’poupée’’ à cause de la poupée dont elle ne se séparait jamais. Plus tard, je découvris que cette poupée était un cadeau de son grand frère qu’elle chérissait, et je fus forcé de la réparer à de nombreuses reprises. J’avais même été forcé à trouver de la laine afin de la rembourrer, et ainsi, nous continuâmes notre voyage à travers le monde.

J’avais sur moi une large quantité d’argent, nous permettant ainsi de vivre confortablement chaque jour. Toutefois, je gardais un œil sur nos dépenses afin de ne pas trop dépasser notre budget quotidien et nous nous contentâmes donc d’auberges normales. Manger chaque jour et acheter des produits du quotidien tel que du savon, des bandages, des épices et des vêtements n’était pas un problème. Puisque nous voyagions beaucoup, j’avais donné mon nom à de nombreuses personnes, elle le connaissait donc. Même si elle ne me considérait pas comme un ami, elle m’appelait par mon nom.

Je lui appris aussi le combat au corps à corps et l’escrime. Combiné avec un entrainement aux déplacements, elle parvint à vaincre des jeunes garçons dans une allée en utilisant une dague en bois et ses poings. En la voyant combattre, je n’étais pas intervenu afin de mesurer son potentiel. Et effectivement, elle avait du talent et était parvenu à vaincre sans pitié ses adversaires et sans recevoir la moindre égratignure avant de leur prendre leur argent …

Je ne savais pas quoi faire d’elle, car je savais qu’à mes 18 ans, j’allais être invoqué par la Cour des Démons afin de participer à la Grande Guerre. Mes compétences me promettaient une haute position dans l’armée démoniaque, mais laisser la ‘’petite fille’’ seule avec juste un peu d’argent ne me paraissait pas être une bonne idée. J’avais donc décidé de faire d’elle un assassin et un mage des ombres.

Depuis le début de notre voyage, je ne lui avais jamais expliqué que j’étais le tueur de son frère. Nous avions été attaqués de nombreuses fois par des bandits lors de notre périple, ce qui lui avait donc fait comprendre ce qu’était la mort. Me voir les empaler avec ma dague lui avait donné de nombreux cauchemars mais l’avaient aussi renforcée.

Après une année de voyage, nous nous trouvions dans une ville appelée Ravin. Aujourd’hui était le jour de mon invocation.

Je regardai à travers la fenêtre, le soleil se levait et la ‘’petite fille’’ dormait encore dans mon lit. La nuit, elle s’était discrètement faufilée à côté de moi. Puisque je ne l’avais même pas remarqué s’approcher, cela voulait dire que mon entrainement aux déplacements avait porté ses fruits. J’étais vraiment fière d’elle, mais j’étais aussi inquiet de son futur.

J’étais assis à une table en bois, tenant dans ma main une dague noire malsaine sur laquelle étaient gravées de nombreuses runes démoniaques. Ces runes étaient un catalyseur pour l’essence démoniaque qui pouvait transformer un humain en démon, lui donnant force et immortalité, les caractéristiques d’un démon. Lorsque la capacité de cette dague était invoquée, son possesseur pouvait devenir extrêmement puissant, pas aussi puissant que moi, mais cela lui laissait une possibilité d’amélioration. J’avais décidé de donner cette dague à la ‘’petite fille’’. Pourquoi ?

Parce que j’avais du mal à lui voir un avenir, j’étais inquiet, et la seule réponse à mes craintes était de lui donner cette dague. C’était à elle de choisir si elle voulait invoquer la dague et devenir un démon ou rester humaine. Je lui avais déjà appris de nombreuses choses, et elle allait devoir acquérir le reste toute seule.

Je regardai à nouveau à travers la fenêtre. Le soleil n’allait finir de se lever que dans quelques minutes, et à cet instant, j’aurais disparu. J’avais préparé une lettre contenant des instructions et tout ce dont elle allait avoir besoin à l’avenir.  Je lui avais aussi rajouté quelques conseils personnels …

– Petite fille, il est temps de se lever. Allez, aujourd’hui est un jour important pour toi !

M’exclamai-je en restant assis et lui tournant le dos. Elle ouvrit doucement les yeux avant de se lever et de se masser les yeux en me regardant.

– Ughh, Leraje, pourquoi es-tu levé aussi tôt ? Ne dors-tu pas habituellement jusqu’à 3h ?

Je fis un sourire amer et sortis de ma poche le médaillon contenant la photo appartenant à son frère. Je l’ouvris avant de le lui jeter.

– Qu’est-ce que c’est ? Attends, c’est …

Elle observa le médaillon, confuse et surprise.

– Je l’ai trouvé sur le corps de ton frère après l’avoir tué. Je l’ai aussi utilisé afin de te trouver après avoir reçu de l’aide de la part des vampires.

Elle se figea en entendant cela. Après avoir secoué la tête, elle se tourna vers moi.

– Quoi …. Ça n’a aucun sens …. Tu as tué mon frère ? Mais, non, il a été tué par un …

Ses yeux s’ouvrirent grands lorsqu’elle réalisa la vérité.

– Assassin ?

Je terminai sa phrase, et elle trembla. Elle secoua à nouveau la tête et je vis dans ces yeux un profond déni. Elle serra fort le médaillon dans sa main, descendit du lit et s’approcha lentement de moi, tremblante en regardant mon dos.

– Pourquoi … Pourquoi as-tu fait ça ?

Demanda-t-elle. Sa voix accusatrice était emplie de tristesse, ce qui me brisa le cœur.

– Pour m’échapper bien sûr. Comme je te l’ai déjà appris, un assassin ne laisse aucun indice et aucun témoin derrière lui. Sinon …

– NON !

Elle rugit, me forçant à me taire.

– JE TE DEMANDE POURQUOI TU M’AS PRISE AVEC TOI !

Elle se mit à crier, des larmes coulant sur ses joues blanches et sa voix se cassant. Je réfléchis un instant et me rendis compte que je n’avais aucune envie de l’emmener avec moi, qu’il ne s’agissait que d’un coup de tête. Je l’avais prise avec moi sans y réfléchir, ou peut-être était-ce parce que je me sentais seul inconsciemment ? Ou peut-être était-ce parce que je lui avais pris sa seule source de bonheur et que je voulais lui redonner à nouveau quelqu’un sur qui compter … ? Au final, nous ne faisons que lécher nos blessures n’est-ce pas ?

– Je ne sais pas.

Il s’agissait d’une réponse honnête, je ne savais pas.

*BAM*

Elle me donna un coup de poing dans le dos, puis un autre, et un autre. Chaque fois, les coups devenaient de plus en plus faibles jusqu’à ce qu’elle se blottisse contre moi et se mette à pleurer, ses larmes mouillant rapidement mon dos.

– Petite fille, le monde est immense, et tu rencontreras des épreuves bien plus destructrices que celle-ci. Tu perdras des êtres chers et tu te feras trahir comme aujourd’hui, alors écoute-moi. Consolide ton cœur et travaille-le de ta colère et de ta frustration, mais ne soit pas aveuglée par celles-ci. Trouve quelqu’un qui mérite ton attention. Tu peux me détester si tu veux, mais souviens-toi de mes mots, et souviens-toi de moi.

– Pourquoi me dis-tu tout ça Leraje …. Quoi, que se passe-t-il ?

S’exclama-t-elle, confuse. De la fumée commençait à s’échapper son mon corps, le dissolvant petit à petit. L’heure était venue.

– Que t’arrive-t-il Leraje ?! Hey, pourquoi est-ce que ton corps se transforme en fumée ?! Ce n’est pas un sort ,que se passe-t-il ? Réponds-moi ! LERAJE !

– Peux-tu au moins me donner ton nom ? Afin que je me souvienne de toi …

Lui demandai-je tandis que mon corps disparaissait. Elle se mit à paniquer, ne sachant pas quoi faire. Tandis que des larmes continuaient à couler le long de ses joues, elle essaya de me tirer, de m’attraper, de me repousser, mais en vain. Au final, elle tomba à genoux à côté de moi et continua à pleurer. Pendant un instant, je crus qu’elle ne me répondrait pas.

– LENA ! C’EST LENA ! MON NOM EST LENA HELLBORNE !

Je souris un instant. Lena, ce prénom lui allait à ravir n’est-ce pas ?

Ainsi, ma conscience commença à disparaitre. Mais avant que je ne parte, je l’entendis prononcer une dernière phrase.

– Je te trouverais Leraje … et je ne te laisserais plus partir. Tu paieras pour le meurtre de mon frère en restant pour toujours à mes côtés. Ne m’oublie pas, et crois-moi, je te retrouverais !

C’était une chose terrifiante à entendre de la part d’une petite fille, mais je ne pus lui répondre et ainsi , je fus envoyé dans le Domaine Démoniaque en tant que commandant. Je servis là-bas pendant plusieurs centaines d’années. Parfois, je repensai à mon passé, attendant de quitter un jour cet endroit. Et un jour, j’eus une idée en voyant que mes troupes perdaient. J’avais eu l’idée de m’utiliser comme sacrifice afin d’être utilisé comme invocation et de quitter cet endroit, mais je ne m’attendais pas à finir dans le Clavicula et à être invoqué par Dawn. Je pensais que mon histoire était terminée, mais non, elle ne faisait que commencer.

 

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3 réflexions sur “Le Rude Maître du Temps – Chapitre 65.5

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    20 août 2016 à 12 h 28 min
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    Tristesse quand tu nous tiens

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  • Avatar
    20 août 2016 à 12 h 40 min
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    enfin on connais tous sont passé 🙂 Merci 🙂

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