Chapitre 63 : Il Est Plus Dur de se Comprendre Soi-même que de Comprendre les Autres

 

Tandis que j’errais sans but dans le couloir, je me souvins de la question d’Hestia … Je n’avais vraiment aucun rêve ou ambition. La plupart des mes actes se classaient dans une logique d’intérêt ou de besoin, comme par exemple Sera, que j’aurais tout simplement pu ignorer. Je m’étais aussi mis à travailler pour Cecilia afin de récolter des informations. J’aurais tout simplement pu partir après avoir obtenu quelques informations de base, mais j’étais resté car je n’avais pas d’autre solution et que c’était plus facile et intéressant ainsi. Du moins, c’était ce que je pensais.

Je réfléchis en traversant le couloir, ignorant tout ce qui passait à côté de moi. Tandis que je marchais, je vis tout à coup une montagne de couvertures se dirigeant vers moi mais je réagis trop tard pour l’esquiver. De plus, utiliser ma compétence d’arrêt du temps ne me traversa même pas l’esprit, et ainsi, la personne portant cette montagne de couverture tomba au sol.

– Ahh désolé ! Je suis vraiment désolé, veuillez pardonner mon imprudence Goshujin-sama …

 La voix était douce et je pouvais déduire son âge à partir de son physique. Elle avait probablement 8 ou 10 ans, peut-être moins. Elle avait de longs cheveux noirs et une peau blanche sans la moindre impureté. Elle devait être mignonne mais je ne voyais pas son visage puisqu’elle se tenait agenouillée devant moi. Je me baissai et me mis à ramasser les couvertures disséminées sur le sol avant de les plier.

– Ehh … vous n’avez pas besoin de …

La petite fille parut confuse et me voyant ramasser les couvertures et les plier. Puis, elle reprit ses esprits et commença à m’aider. Lorsqu’elle leva la tête, je vis un visage familier … Il s’agissait de la fille que j’avais vu la veille, celle qui s’était faites vendre aux enchères à l’homme obèse … Hmm, comment avait-elle terminée ici ?

Nous ne parlâmes pas et continuâmes simplement à ramasser les couvertures. Elle parut vouloir plus d’une fois m’arrêter mais se retint à chaque fois, arrêtant momentanément son travail pour observer mon masque.

Quelques minutes plus tard, nous terminâmes enfin à reconstituer la tour de linge. Lorsque je la soulevai de mes deux mains, la petite fille parut confuse alors je lui demandai,

– Tu viens ? Je ne sais pas où ranger tout ça, alors montre-moi le chemin.

Elle hésita à nouveau et me regarda les yeux grands ouverts avant de marcher devant moi et de me montrer la route à prendre. Nous marchions dans la direction d’où je venais, mais cela ne me dérangeait pas vraiment et je continuai à la suivre. Sur le chemin, elle me lança à plusieurs reprises des regards. Nous n’échangeâmes pas le moindre mot, elle essaya bien de parler mais abandonna à chaque fois avant même d’avoir commencé, ce qui rendait la situation plutôt gênante pour elle. Ses yeux paraissaient toujours vides, mais un peu moins que lors de notre première rencontre.

– Comment t’es-tu retrouvée là ?

Demandai-je tout à coup. Cela la fit sursauter et elle me répondit, un respect factice dans sa voix,

– Excusez-moi Goshujin-sama ?

– Je te demande comment tu t’es retrouvé là ?

Ma question parut surprendre la petite fille, mais elle devait avoir l’habitude puisqu’elle n’arrêtait pas de l’être depuis notre rencontre. Marcher avec un étranger avait l’air de la gêner, ou même la communication en général. Elle prit de temps à me répondre, essayant probablement de trouver les mots justes, alors je pris l’initiative de lui parler.

– Pas besoin d’être poli avec moi. Tu peux même m’insulter ou me maudire, cela ne me blessera pas.

Contrairement à ce que je pensais, ma déclaration ne la calma pas vraiment, mais elle parut plus à l’aise et répondit avec un sourire amer,

– J’ai … j’ai été vendu aux enchères …

– Ce n’est pas ce que je voulais savoir. Je voulais savoir comment tu t’étais fait capturer. T’ont-ils kidnappé ? T’ont-ils fait chanter ? Ou quelque chose d’autre ?

La petite fille devint triste tout à coup. Je vis même des larmes apparaitre dans le coin de ses yeux mais elle s’empressa de les balayer d’un revers de la main. Elle me répondit avec le peu de dignité qu’il lui restait,

– Mes parents m’ont vendue …

Je m’arrêtai un instant en entendant cette phrase. Je ne pouvais m’empêcher de penser à mes parents. Peut-être m’avaient-ils vendus eux aussi ? Triste n’est-ce pas ? La fille prit peur en me voyant m’arrêter, jusqu’à ce que je me remette en marche.

 – Est-ce que tu les détestes ?

Lui demandai-je. Lorsqu’elle entendit ma question, je vis une profonde tristesse dans ses yeux. Une larme se mit même à couler de son œil gauche. Ne voulant pas que je la voie ainsi, elle se retourna et essuya vite ses larmes. Je pouvais aussi voir dans son expression une certaine haine et un profond déni.

– Oui …

Chuchota-t-elle. Si je n’avais pas eu mon ouïe surdéveloppée, je ne l’aurais probablement pas entendue, mais en même temps, cela me fit réfléchir à nouveau. Est-ce que je détestais mes parents ? Non, pas du tout. Est-ce que je voulais les rencontrer ? Non, pas du tout … Alors quel était le problème ? Pourquoi est-ce que la question d’Hestia me frustrait tant ? Et puis d’abord, comment pouvais-je détester quelque chose que je ne connaissais pas … ? Peut-être que je les détestais inconsciemment … Mais en même temps, je n’avais pas la moindre envie de les rencontrer … Je ne voulais pas vraiment que ma vie change tout à coup … Mais cette fille venait d’admettre détester ses parents pour l’avoir vendu. C’était une raison tout à fait valide, alors pourquoi pouvais-je percevoir un certain déni dans son expression ? Etait-ce une sorte de relation amour/haine ? Si c’était le cas, elle devait avoir de profonds problèmes, et je ne devais probablement pas me comparer aux personne habitant cet endroit …

– Placez-les à l’intérieur …

Elle pointa du doigt un placard en plein milieu du couloir. J’étais confus, me demandant ce qu’il faisait là, mais je me rendis compte qu’ainsi, n’importe qui pouvait y récupérer des couvertures, facilitant ainsi la circulation dans le couloir. La petite fille ouvrit le placard et m’aida à y ranger les couvertures. Je soupirai en fermant la porte. Je n’étais pas fatigué, j’avais juste du mal à me comprendre moi-même … Peut-être devrais-je tout simplement ignorer tout ça ? Je savais que continuer à me torturer l’esprit ainsi n’allait m’apporter rien de bon, et que la moindre absence pouvait me coûter la vie.

– Vous avez des parents Goshujin-sama ?

 Demanda tout à coup timidement la petite fille. Venait-elle de dominer ses peurs et de prendre son courage à deux mains ?

– Non, je n’ai jamais rencontré mes parents, et je ne le ferais probablement jamais.

Répondis-je en claquant des mains afin de retirer la poussière sur mes mains. Ce placard était vraiment sale.

– Est-ce que vous les détestez … vos parents ?

Je regardai la petite fille. Elle avait tout à fait le droit de me poser une telle question, histoire de rééquilibrer la balance.

– Je ne sais pas. Probablement, mais je suis encore confus. Il est impossible de détester quelqu’un que l’on ne connait pas, mais il est possible de détester l’idée derrière et non la personne, ce qui me rend complètement confus. Mais bon, ce sont mes inquiétudes rien de plus, et j’ai d’autres choses plus importantes à faire que de réfléchir à tout ça. Je te dis donc au revoir …. ?

La petite fille se rendit compte que je souhaitais savoir son nom, elle baissa donc la tête et se présenta,

– Mon nom est Sarah, merci de m’avoir aidé, et désolé d’avoir prit de votre temps Goshujin-sama …

 Elle était extrêmement polie, mais je n’étais pas surpris. Après tout, chaque esclave dans ce bâtiment se comportait comme elle, peu importe l’âge. Je trouvais ça écœurant mais ne dis rien. Je me contentai donc d’hocher la tête et de me retourner afin de me rediriger vers ma chambre. Je n’avais pas pu respirer d’air frais, mais j’avais réussi à obtenir quelques réponses à mes questions, même si celles-ci étaient obscures.

En m’éloignant, je vis Sarah baisser les épaules en soupirant, puis se frapper la tête avant de partir, probablement vers sa prochaine tâche ménagère. En traversant à nouveau le couloir, je remarquai enfin les nombreux mouvements autour de moi. En une heure, 8 personnes, des esclaves ou gardes, passèrent à côté de moi, paniqués en courant vers la porte d’entrée. Personne ne se mit en travers de ma route ou ne me posa la moindre question, car ils avaient pour ordre de ne pas me déranger, ordre venant de leur maître, Chase.

J’arrêtai donc une personne et lui demandai ce qu’il se passait. Je découvris ainsi que des individus importants étaient sur le point d’arriver, des individus en rapport avec Chase. Je la remerciai pour l’information avant de la relâcher. Je me demandais bien de qui il s’agissait, jusqu’à me rappeler tout à coup de la requête de Chase. La veille, elle m’avait demandé de participer à une sorte de diner avec ses sœurs, diner qui était censé se dérouler aujourd’hui. En marchant, je jetai un coup d’œil en direction d’une horloge. Il était 5h30 … Je devrais peut-être retourner à ma chambre un peu plus vite, pensai-je.

 

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6 réflexions sur “Le Rude Maître du Temps – Chapitre 63

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    18 août 2016 à 19 h 19 min
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    Ses bizarre j’ai l’impression que les chapitres se raccourcisse de plus en plus XD question : comment va t’il assister au repas si il porte son masque XD si personne ne peut le voir sourire comme dit de temps en temps son masque recouvre entièrement son visage , et je doute qu’ils décide de l’enlever pour chase et co XD

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      18 août 2016 à 21 h 22 min
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      S’il tourne son masque a 90°, il ne couvrira plus sa bouchet et il pourra manger, mais bon il verra pas ce qu’il mange xD
      Ou sinon il arretera le temps, finira son assiette et ensuite attendra qu’elles aient fini de manger ^^

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        18 août 2016 à 21 h 27 min
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        Pas bête pour l’arrêt u temps X) et sa ferais douter les autre en même temps mais à 90°? On verra son visage non ?

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          18 août 2016 à 21 h 32 min
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          Bah ca cachera plus que la moitié de son visage, elles verront sa bouche mais pas au dessus

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