Chapitre 44 : La Dragonne Vengeresse

 

– Et c’est comme cela que j’ai obtenu ce job et que je me trouve aujourd’hui ici.

– …

Sera … ses yeux étaient grands ouverts et ronds comme des soucoupes, et sa bouche comme celle d’un poisson. Tandis que je lui expliquai mon histoire, elle m’avait arrêté plus d’une fois pour me demander plus de détails. Je ne lui avais pas parlé de ma capacité à arrêter le temps, ni du livre, étant donné que je ferais mieux de garder ces choses-là secrètes, même auprès de mes amis. A part ça, je lui avais raconté que j’avais assommé le garde, monté les escaliers rencontré le vieil homme, que je l’avais combattu, et enfin, tué. Je lui avais aussi expliqué avoir sauté du toit de la prison, et être tombé au sol sans la moindre égratignure, ce qui était assez dur à croire, mais heureusement, elle ne posa pas de questions la dessus (à ce stade de la conversation, elle en avait marre d’être surprise à chaque nouvelle information). Mon histoire avait continuée ainsi jusqu’à mon arrivée ici.

Et actuellement, Sera était un peu dans la lune, me regardant d’un air vide. Je devais admettre que mon histoire paraissait créée de toute pièce, même pour moi, mais il s’agissait là de la vérité.

Après quelques secondes, Sera secoua la tête et demanda,

– T’es-tu déjà demandé pourquoi tu étais là-bas ?

Je m’étais arrêté de penser à cette question … oui, je me l’étais posée, mais n’avais jamais enquêté sur le sujet … pourquoi étais-je là-bas ?

J’avais cette étrange capacité pour arrêter le temps selon mes désirs, et je ne m’étais jamais demandé comment je l’avais obtenue. Je croyais l’avoir obtenue par l’intermédiaire des drogues, mais … enfin, ce n’était pas ici la question.

– Non …

Répondis-je.

Maintenant, mon esprit marchait à plein régime, et partait dans tous les sens : qui étaient mes parents ? Même Stella, nous ne nous ressemblions pas, et j’avais pris soin d’elle alors que je n’avais que 6 ans, tandis qu’elle n’était qu’un nourrisson. Ce n’est pas parce que quelqu’un te donne un nouveau-né et te dit qu’il s’agit de ta sœur que ça l’est …

Je frappai tout à coup mes joues ; cela surprit Sera et la fit sursauter … tout ça n’avait aucune importance, Stella restait ma petite sœur, et je m’occuperais des conséquences quand l’heure sera venue.

Je lâchai un soupir.

Sera avait l’air désolée, mais ne rajouta rien. Je m’éclaircis la gorge.

– Alors, n’est-il pas temps que tu me racontes ta propre histoire maintenant ?

Elle eut l’air tout à coup de se souvenir de notre arrangement, mais fit ensuite un sourire désespéré ; l’atmosphère était vraiment devenue morne.

Elle se leva de son siège, fouilla dans ses tas d’outils et de machines, et trouva enfin ce qu’elle cherchait : un cadre, un cadre photo …

– Tiens.

Elle me le donna : la photo montrait Sera, lorsqu’elle n’était encore qu’une enfant ; elle avait l’air adorable, un large sourire sur son  visage. Derrière elle se tenait 2 individus, un couple de nains tels que décrits dans les livres fantastiques. La femme tenait une pioche en souriant, tandis que l’homme enlaçait Sera avec un large sourire, les deux avaient l’air très puissants, leurs muscles saillants. Ils étaient aussi tout deux très petits ; dans le fond, il y avait un mur en bois et une table de travail. A première vue, l’image était étrange, mais l’expression sur le visage des protagonistes était incomparable.

– C’est mon père adoptif, Gunter, et cette femme est ma mère adoptive, Carina ; la photo a été prise dans l’un des domaines féériques. Je ne sais pas de quelle domaine il s’agît, je sais juste que le village se trouve près d’une forêt, elle-même proche d’un volcan.

L’image était légèrement endommagée, mais le plus évident était que les coins avaient été brûlés, et le cadre lui aussi avait des traces de brûlures.

Sera continua son histoire, une certaine tristesse dans sa voix. Quand j’avais parlé de moi-même, je savais que je n’étais pas triste, mais plutôt irrité.

– Tu vois, je suis partie pour vivre seule. Je ne voulais rien tuer pour survivre, et me contentai de chercher des fruits et légumes. D’ailleurs, je déteste les légumes, et je n’aime pas trop les fruits ; les dragons sont omnivores, mais mangent principalement de la viande de nos jours, pour ses propriétés nutritionnelles.

Elle sortit un sac en papier, l’odeur était légèrement étrange, mélangeant divers types de légumes. Le logo sur le sac en papier était un grand V, avec marqué « Hamburger Végétarien ».

Elle fit un sourire d’autodérision, et continua,

– J’essaye d’être un dragon différent, afin que par exemple, les gens ne s’enfuient pas en voyant mes yeux.

Hmmm, mangeait-elle ça ces dernières années ? Sa force était bien supérieure à celle d’un humain, mais de peu, alors qu’elle était un dragon, s’agissait-il de la raison pour laquelle elle était aussi faible actuellement ? J’avais aussi pu remarquer qu’elle se fatiguait très rapidement. De ce que je savais, les dragons étaient connus pour leur vigueur et leur endurance incomparable … Manquait-elle de nutriments ?

– J’ai été ensuite recueillie par mes parents adoptifs, tandis que j’étais à moitié morte de faim, ne pouvant rien trouver à manger. Après ça, ils m’ont donné du ragout à la viande, ce qui me remit sur pied ; j’avais énormément mangé ce jour là, presque 8 bols …

Cela la fit rougir, elle s’arrêta de parler et commença à secouer les mains, le visage rouge vif.

– C-Ce n’est pas comme si je suis une grosse mangeuse, je ne prends juste pas de poids parce que je suis un dragon, tu comprends ? Et même si je mange beaucoup, je garde la ligne !

Sa réaction me fit rire, je lui fis un signe de la main et la pressai,

– Je comprends, continue.

– Haha, oui … Bien, tu sais déjà comment les villageois ont réagis en me voyant, me laissant vivre au final dans la maison de mes parents adoptifs pendant plus d’un an sans le moindre accident. J’ai appris là-bas beaucoup de choses sur mes parents, ainsi que sur leurs métiers respectifs … Enfin, je n’ai pas beaucoup forgé ces dernier temps, alors je devrais plutôt me considérer comme une inventrice. Tu vois, cette image …

Je regardai à nouveau l’image brûlée.

– Le jour où j’ai quitté le village est aussi le jour où sont morts mes parents.

Cela ne me surprit pas : en voyant le cadre photo brûlé et l’espèce de manche brisé que lui avait donné son père, je savais qu’un évènement majeur s’était produit.

Les yeux de Sera étaient légèrement rouges, mais elle prit une large respiration et continua son histoire. Ses yeux étaient emplis de regrets, mais je pouvais aussi y voir une large part de haine.

– Ce jour-là, je me préparais à venir à cette académie en tant que dragon. J’avais aussi un Catalyseur Draconique pouvant produire par lui-même du mana ; mes réserves personnelles de mana sont très larges, mais peu de dragons utilisent la magie, étant donné qu’ils possèdent déjà une large force physique. Ce jour-là, un dragon rouge est descendu du volcan. Les dragons avaient un traité leur empêchant d’attaquer les fées de ce domaine, mais ceux-ci ne le respectaient pas ! Il ne s’agissait que d’un seul dragon, mais il était bien trop puissant : un dragon rouge de feu.

Sa voix s’enroua légèrement.

– Il … Il était là pour moi …

Quoi ? Pourquoi ? Ne t’avaient-ils pas exilés ?

– Ils avaient besoin de moi pour quelque chose, et m’ont donc cherché, brûlant un village sur leur passage. Personne ne pouvait protester, même pas moi, mais le dragon rouge a offert un échange aux nains : me livrer à lui, en échange de quoi il les épargnerait ; leur réponse fut … non. J’étais totalement abasourdie ; je … j’avais même commencé à marcher vers le dragon rouge, mais chaque villageois a refusé son offre … haha.

Elle laissa à nouveau échapper un rire d’autodérision.

– Mon père avait l’habitude de dire que les nains tenaient leurs paroles, et tenaient les leurs : personne n’était laissé derrière. Tout le monde était de son avis, et il disait à chaque fois ‘’les nains sont comme ça après tout’’ …

– Que s’est-il passé ensuite ?

Je la pressai, regrettant tout de suite mon attitude.

– Oui, ehm … le dragon est devenu fou de rage, et a commencé à tout brûler ; les villageois se sont enfuis, et les enfants ont été envoyés à un autre endroit par l’intermédiaire d’un portail, mais moi, j’ai été envoyé à l’académie avec une lettre pour la nouvelle directrice. Mais moi, je ne voulais pas partir ! Mon père a utilisé un appareil pour me paralyser, et m’a envoyé ici de force …. Et je suis là maintenant … j’ai donné la lettre à la directrice, et elle m’a laissé cette chambre et un travail, à la condition de ne jamais révéler à qui que ce soit mon identité.

Attends ! Ne vient-elle pas à l’instant de tout me dire ?

Sera remarqua mon expression confuse, un sourire apparut sur son visage triste et elle s’exclama,

– Ne t’inquiètes pas, je sais que tu garderas ça pour toi, étant donné que tu m’as toi aussi révélé ton identité.

Je la regardai dans les yeux ; elle avait l’air sincère.

– Alors, sais-tu pourquoi il te cherchait ?

Lui demandai-je.

– Non, mais Dawn …

Elle se leva, marcha jusqu’à l’établi, et ramassa la poignée donnée par son père. A ce moment-là, son aura changea tout à coup.

– Je te le dis, un jour, je compléterais mon objectif à ma façon, pas à celle des dragons.

Sa voix contenait un puissant désir de meurtre, et une profonde froideur ; je comprenais vers qui tout cela était dirigé.

Elle jeta la poignée dans ma direction, et je l’attrapai en l’air, confus. Elle reprit son attitude habituelle, même si elle paraissait encore triste.

– J’aimerais que tu gardes ça, en tant que remerciement … non, en tant que présent de la part d’une amie …

Mon regard passa de la poignée à elle ; elle était tout à fait sérieuse, alors refuser risquerait de la blesser.

– Très bien, mais je n’ai rien à te donner …

Elle secoua la tête avec un léger sourire.

– Nous sommes amis, c’est mon choix.

Je voulais rétorquer, mais m’arrêtai et regardai le cadre photo dans mes mains. J’avais tout à coup une idée, et me concentrai sur l’objet.

*Bip Bip Bip*

Mon téléphone sonna ; il s’agissait probablement de Cecilia, me rappelant que ses cours venaient de se terminer.

Sera eut l’air légèrement triste en entendant mon téléphone sonner. Elle avait probablement deviné de quoi il s’agissait, mais ne dit rien.

– Je dois y aller.

– Oui, à bientôt !

Je me levai de mon tabouret. Le cadre photo derrière mon dos, je m’approchai lentement de Sera. Elle fut surprise de mon attitude étrange, et maintenant, nous n’étions plus qu’à 30 centimètres l’un de l’autre. Les joues de Sera virèrent au rouge, et ses yeux étaient bien plus visible à cette distance, m’aspirant presque.

– Ehhm Dawn …

– Tiens, on se revoit plus tard !

Je lui donnai en hâte le cadre photo et courut hors de la pièce. Après ça, je pus entendre Sera soupirer, mais une seconde plus tard, elle vit le cadre photo …

– IL EST REPARE !!??

Je me mis à rire, me dirigeant droit vers l’académie.

 

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3 pensées sur “Le Rude Maître du Temps – Chapitre 44

  • 27 avril 2016 à 6 h 53 min
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    Ce serais bien qu’il se batte contre le dragon rouge de feu, ca ferais un combat épique ^^ ou pas en faite…

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  • 5 janvier 2017 à 19 h 38 min
    Permalink

    Dans le dernier chap(44) il est écrit que les villageois lui avais demander de pas faire de bêtise pendant 2 ans et la c’est un an ? C’est quoi au final ?

    Répondre

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