Chapitre 43 : La Méthode Naine Pour Garder un Secret

 

Tandis que je me trouvais chez Sera, elle mo montra ses différents travaux en tant qu’inventrice. Elle avait fabriqué de nombreux dispositifs à utiliser dans la vie de tous les jours, ainsi que tout ce qui lui passait par la tête, tel qu’une machine permettant de peler les fruits, ou une autre créant du papier à partir de copeaux de bois, transformant déchets de bois en papier lisse. Il y avait tout un tas d’appareils bizarres ça et là, ainsi quelques uns fascinants.

Elle était incroyable en artisanat, en plus d’être extrêmement motivée par ce qu’elle faisait.

– Ahh … désolé … je dois t’ennuyer à force de parler ans m’arrêter, n’est-ce pas ?

Elle baissa la tête, timide, ses joues se teintant de rouge. En vérité, je l’avais écoutée tout du long, étant donné que sa passion était fascinant pour quelque comme moi qui adorait les découvertes.

– Non, continue, c’est très intéressant.

Cela fit rire Sera, et elle s’exclama,

– Tu es vraiment bizarre ! Dans ma classe, personne ne m’écoute quand je parle de mes passions. De plus, je ne suis pas très féminine comme les autres filles, et je ne suis pas aussi douée qu’elles …. En apparence aussi ….

Elle chuchota la dernière partie, mais je l’entendis grâce à mon ouïe surdéveloppée. Sera avait vraiment des problèmes de confiance en elle.

Je regardai un peu plus autour de moi. Dans un coin de ma vision, je vis une sorte de poignée, posée sur l’établi. Le bas était entièrement noir et brillant, mais le reste était carbonisé. Il y avait même des craquelures ça et là. Elle était en partie brisée … où plutôt devrais-je dire effritée ?

– Qu’est-ce que c’est ?

Je pointai du doigt l’espèce de poignée.

Sera se tourna vers l’endroit pointé, et son expression devint complexe, une sorte de mélange de chagrin et de nostalgie.

– C’est … c’est quelque chose que j’ai reçu de mon père adoptif avant de partir.

Son père adoptif ? Est-ce que cela veut dire qu’après être allé dans la forêt, elle a été recueillie par un couple ? C’était probablement ce qu’elle voulait dire plus tôt, lorsqu’elle m’a informé avoir appris l’artisanat auprès de ses parents adoptifs.

– Je peux ?

Elle cligna des yeux, et acquiesça.

Je me levai de mon tabouret, m’approchai de l’établi et pris la poignée. Elle était assez grossière au toucher, le matériau n’était pas le bois, même si sa surface était recouverte de fissures. La matière était assez confortable au toucher : il s’agissait d’une espèce bizarre de pierre. Je pouvais aussi voir sur la surface des symboles gravés, mais je ne pouvais pas les lire … cela me fit penser qu’étudier les histoires surnaturelles ne seraient pas une mauvaise chose.

– Si tu veux savoir, il s’agit de runes naines.

Je me retournai vers Sera ; cet objet avait l’air de l’attrister. Il était évident qu’il appartenait à son père, et qu’il était brisé.

– Qu’est-ce que ça fait ?

Demandai-je.

Sera secoua les mains et répondit,

– Je ne sais pas du tout. En partant, c’est la seule chose que m’a laissé mon père. A la maison, je l’avais vu à de nombreuses reprises dans ses mains, et il avait l’air d’en être fier, mais quand je demandais de quoi il s’agissait, il me répondait à chaque fois qu’il s’agissait d’un secret, en riant.

– Alors ton père est un nain ?

Sera sourit, se rendant compte de son lapsus. Elle soupira et m’expliqua,

– Ouais … un couple de nains m’a trouvée à moitié morte de faim et m’a élevée. Mon père était un inventeur et ma mère une forgeronne. La communauté était contre l’idée de m’élever, moi, une dragonne, à cause des dangers que je pouvais leur apporter. Alors pour prouver que j’étais inoffensive, ils m’ont mis à l’épreuve en me demandant de vivre chez mes parents pendant 2 ans sans causer le moindre problème pour les villageois. Pour être sûr que je restais bien à la maison, j’effectuais de simples tâches, comme couper du bois ou transporter du charbon.

Je levai un sourcil en entendant la dernière partie, la regardant. Elle remarqua mon doute, laissa échapper un léger sourire, et se dirigea vers son lit.

– Regarde.

Elle attrapa le pied du lit à une main, et le souleva du sol, le tenant en l’air comme s’il ne pesait rien. Cela vait l’air de l’amuser, se moquant de moi.

– Je suis une dragonne après tout.

– Je t’accorde ce point !

Je me mis à rire.

Elle aussi ria. Ces dernières heures, elle avait l’air de s’être ouverte à moi, mais je pouvais voir qu’elle était toujours perplexe envers moi. Je ne pouvais pas la blâmer : je savais beaucoup de choses sur elle … J’étais juste curieux, ma politique de désintérêt n’avait pas fait le poids ici … Elle allait probablement en demander plus sur moi si je continuais, mais je ne pus m’empêcher de demander,

– Pourquoi as-tu quitté ton village ?

Un son de porcelaine tombant au sol se fit entendre, mais la tasse ne se brisa pas. Sera se baissa lentement, ramassa la tasse et se tourna vers moi, son expression légèrement glaciale.

– Et toi ? Je ne sais pas grand-chose sur toi, seulement que tu as une sœur et que tu travailles pour la famille Greenwood, mais tu n’en es pas un membre, et tu n’es pas quelqu’un les ayant rejoint par intérêt. Ils t’ont employés parce que tu possédais quelque chose de valeur pour eux, de plus …

Ses joues rougirent pendant une seconde, tandis qu’elle se grattait la tête.

– Tu n’es pas un magicien, je le sais car je ne ressens aucune magie émanant de toi, sans vouloir t’offenser.

– Je ne le suis pas, ne t’inquiètes pas.

Je souris en lui répondant. Je savais que je n’étais pas fait pour être un magicien, contrairement à ma sœur, qui était apparemment une enfant prodige.

– Mais tu es aussi très intelligent. Comparé à ton âge actuel, tu es aussi extrêmement vigilant : tu ne t’es jamais relaxé, même quand nous avons commencé à devenir confortable l’un avec l’autre. A part ça, je ne vois rien pouvant suggérer que tu es dangereux ; tu parles librement et poliment, suggérant que tu as reçu une bonne éducation, mais parfois, c’est comme si ce que tu disais était fabriqué ou copié, comme si tu avais appris tout cela par toi-même. C’est tout ce que je sais.

Elle était si perspicace que c’en était effrayant …

– Quand tu auras un époux à l’avenir, il aura bien du mal à te mentir !

Dis-je avec un large sourire. Sera devint rouge vif, jouant avec ses doigts. Après quelques secondes, elle s’éclaircît la gorge et continua,

– Qu’en penses-tu : je te dis mon secret, en échange du tien. Un secret pour un secret.

Je me rappelai de l’offre que m’avait donnée Cecilia aujourd’hui. Il s’agissait de la même offre : un secret pour un secret. Je me demandai si son secret était au moins équivalent au mien, mais bon, cette offre avait été proposée par elle … Je la considérai comme mon amie, ou ma meilleure amie ? Je ne savais pas, mais j’avais demandé de nombreuses choses personnelles sur elle, sans rien dévoiler de moi-même … Devrais-je lui faire confiance ? Oui, à un certain degré ! Pouvais-je lui confier ma vie, ou cella de Stella ? …

Je la regardai dans les yeux, mais ne pus rien voir à cause de ses lunettes, alors je répondis,

– D’accord, j’accepte …

Cela la fit sourire.

– Mais d’abord, je veux une chose : je retire mon masque et tu retires tes lunettes.

Elle fut légèrement surprise par ma condition, mais accepta. Ainsi, nous retirâmes nos entraves respec
tives …

– …

– …

Si je devais les décrire, ses yeux étaient fascinants, comme si m’attirant. La couleur violette et les bords roses de ses yeux étaient étranges et intimidants, comme si essayant de me dévorer sans laisser de trace. En même temps, pour moi, ils étaient sublimes. Je ne comprenais pas pourquoi elle portait toujours ces grosses lunettes pour se cacher.

– Haha, tu vois, je n’aime pas vraiment montrer mes yuex, car les gens ont tendance à s’enfuir en les voyants. Ces yeux sont des yeux de dragon, et même à mon village j’avais l’habitude de porter mes lunettes, alors …

– Je les aime.

Annonçai-je directement. Sera ouvrit grand les yeux, comme si elle venait d’avaler une mouche.

– P…. Pardon ?

– J’ai dit que je les aimais.

Mon approche directe la fit devenir rouge, et lui fit à nouveau baisser les yeux. Je pouvais aussi l’entendre chuchoter quelque chose comme ‘’Il les aime …’’. Il me fallait vraiment quelque chose, comme des bouchons d’oreilles, pour arrêter d’entendre les marmonnements des gens. L’ignorance est une bénédiction parfois.

Je m’éclaircis la gorge et dis,

– Bien, comment puis-je savoir que tu ne diras à personne ce que je suis sur le point de te révéler ? Et si ce que je te racontais était tout à fait simple, comme par exemple que je viens d’un autre pays afin de vivre seul, ou quelque chose dans le genre ?

La raison pour laquelle j’avais accepté cela était que j’étais curieux de Sera. Je ne savais pas si j’étais attachée à elle, mais je sentais qu’elle avait une histoire peu commune à raconter … Cela attisait ma curiosité.

Sera claque dans ses mains, et annonça d’une voix confiante,

– J’ai été élevée par les nains, qui préféreraient mourir que de trahir un secret. Les nains sont réputés pour garder leurs  secrets, et c’est mon cas !

Je la regardai dans les yeux, mais cette fois-ci, sans ces lunettes stupides, je pouvais y voir une lueur de conviction, me révélant qu’elle préférerait être torturée et succomber à la plus horrible des morts que de trahir un ami … attends, un ami ?

– Très bien !

Je soupirai. Elle était quelqu’un digne de confiance, un peu maladroite et irresponsable, mais fiable. Un type de personne rare ces jours-ci.

Je la regardai dans les yeux et demanda,

– Je commença ?

– Ehh ? Ahh, oui …

Elle se pencha en avant, s’avançant vers moi pour je ne sais quelle raison … n’avait-elle pas une sorte d’ouïe de dragon ? Cela ne m’étonnerait même pas si elle pouvait entendre ce qu’il se passait à quatre pâtés de maisons d’ici …

Je pris une grande inspiration, et regardai la jeune fille penchée vers moi, me regardant avec ses beaux yeux violets. Dans la plupart des livres que j’ai lus sur une telle situation, le héros principal de l’histoire développait des sentiments pour l’héroïne dans une telle situation, de l’amour devrais-je dire ? Mais moi ? Je me sentais à l’aise. S’agissait-il de l’amour décrit pas les livres ? Ou s’agissait-il plutôt d’un sentiment d’amitié, ou d’amour fraternel comme je peux le ressentir avec Stella … Cela ne m’importait pas assez pour que j’y réponde, et je ne pus m’empêcher de sourire en pensant à cela.

– Sais-tu ce qu’est la prison de Solomon ?

– Uhh, oui … ?

Répondit Sera d’un air confus.

 

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Une pensée sur “Le Rude Maître du Temps – Chapitre 43

  • 13 août 2016 à 20 h 31 min
    Permalink

    Premier personnage qui va connaître son passé !!

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