Chapitre 42 : Une Dragonne pas si Solitaire

 

Il était actuellement 13h00. Sera avait probablement terminé les cours, et devait être dans sa chambre. En descendant les escaliers, je repensai à tous les évènements venant de se dérouler : comment nous nous sommes échappés, comment nous avons rencontré Cecilia, comment nous sommes arrivés là et ainsi de suite. Cela ne faisait que quelques mois que j’étais libre, et que j’exerçais mon job. Je ne sentais rien de vraiment différent ; je n’avais pas de but spécifique ni d’ambitions ou d’intérêts, à part mon apprentissage.

Je m’arrêtai sur place et contemplai les halls vides de l’académie. Tout était silencieux, et seuls de faibles murmures pouvaient être perçus provenant des salles de classe, d’où étudiaient vigoureusement (ou pas) les élèves.

Je commençai à me demander : était-ce tout ce que j’étais censé faire ? Etais-je heureux de tout cela ? Je ne savais pas. J’étais bien sûr heureux en voyant Stella sourire devant moi sans la moindre inquiétude … Même si des inquiétudes se dressaient sur ma route, je m’en débarrasserai.

Je continuai à marcher en silence vars la bibliothèque située au bord de l’île flottante.

 

Après 30 minutes de marche, j’arrivai enfin à la bibliothèque. J’étais soulagé de n’avoir été suivi par personne cette fois-ci, car je portais mon masque tout du long. Je commençais lentement à m’y habituer, et j’avais aussi remarqué qu’en portant ce masque, les autres personnes m’entendaient parler avec une voix complètement différente. Stella m’en avait déjà parlé ; je ne l’avais jamais remarqué avant, mais je devais avouer que ce masque était un déguisement parfait.

En marchant dans la ville-île, je remarquai des individus suspects dissimulés dans les allées étroites. La plupart des habitants de l’île étaient des étudiants, marchands ou enseignants avec leur famille. L’île était vraiment large : les habitations se trouvaient aux limites de l’île, tandis que les zones intermédiaires et internes étaient constituées de petites boutiques.

J’entrai dans la bibliothèque, regardant tout autour de moi. Les escaliers cachés étaient toujours là, menant à une porte … Enfin, ils n’étaient pas vraiment cachés étant donné que je pouvais les voir, mais bon …

Je commençai à monter les escaliers. En faisant cela, je jetai un coup d’œil à la bibliothèque. Elle était silencieuse, je ne pouvais voir ou entendre pas la moindre personne ; le libraire dormait sur son bureau. Est-ce qu’il n’y avait pas beaucoup de monde à cette heure ? Je me posais la question.

Je toquai à la porte, et immédiatement, j’entendis un son de métal tombant au sol, suivi du cri d’une fille. Il y eut un autre bruit, comme si des débris étaient rapidement débarrassés, et après une minute, la porte s’ouvrit enfin, dévoilant une jeune fille avec de longs cheveux noirs attachés en queue de cheval. Elle portait de larges lunettes rondes et opaques, cachant la couleur de ses yeux. Elle paraissait petite et menue, mais était en vérité un dragon, capable de tuer quelqu’un en un instant.

– T… Tu es vraiment venu !

– Je te l’avais promis n’est-ce pas ?

 M’exclamai-je, amusé par sa réaction.

Les évènements d’hier m’avaient fatigué mentalement, à force d’avoir trop utilisé ma capacité. J’aurais bien voulu dormir toute la journée afin de récupérer, mais mon job et la promesse que je lui avais faite suffisaient à me tenir debout. J’espérais juste que tout cela n’allait pas abimer ma santé.

– Entre !

Dit-elle, et ce que je fis aussitôt.

 

Je m’assis une nouvelle fois sur le tabouret en bois, une tasse de thé noir dans les mains. Le thé était légèrement différent de ce que Cecilia avait l’habitude de boire ; il manquait un peu de goût. Cela montrait la différence entre les deux niveaux de vie.

Je balayais à nouveau la pièce du regard. Rien n’avait vraiment changé. Ce qui attira mon attention furent les schémas et plans dessinés sur papier.

– Alors, que fais-tu de tes journées ? Je peux voir que tu n’es pas vraiment une mage.

Je commençai la conversation en pointant l’évidence.

Sera sourit, et se mît à fouiller le contenu e trouvant sur la table, avant de finalement trouver ce qu’elle cherchait. Il s’agissait d’un plan d’une sorte de …

– Un oiseau ?

– Oui, c’est un oiseau, en fait, je suis une inventrice.

Répondit-elle, visiblement fière d’elle … Non, elle avait plutôt l’air heureuse de cela, comme si ce qu’elle faisait la satisfaisait.

Le schéma montrait comment construire un oiseau mécanique ; les composants nécessaires étaient même inscrits sur le côté de la feuille. Il était écrit qu’il fallait un noyau de mana, du minerai d’helium, du quartz de glace et de nombreux autres métaux de tailles et formes diverses et variés. En bas du plan, l’utilisation des composants était même expliquée ; le schéma était énorme, et mesurait plus d’un mètre une fois enroulé.

Je pris le plan et l’inspectai plus en détail. J’étais impressionné par le niveau de détail de celui-ci, pour une si petite construction. Tandis que je lisais les instructions, Sera avait l’air timide, levant de temps en temps la tête pour me regarder, mais à cause de mon masque, elle ne pouvait pas voir mon visage, seulement mes yeux dorés. Le ait que nous cachions tous les deux des choses opposées était assez amusant : elle cachait ses yeux tandis que je cachais mon visage.

– Où as-tu appris à fabriquer une telle chose ?

Demandai-je, impressionné.

Le schéma expliquait en détail chaque étape de la construction, jusqu’au plus petit détail. Il expliquait même son usage : cet oiseau était principalement utilisé en tant que messager, alors il s’appelait ‘’L’oiseau Messager’’.

– J’ai appris auprès de mes parents adoptifs.

Dit-elle. Je pouvais entendre dans sa voix une pointe de remords, comme si elle pouvait à tout moment fondre en larmes, mais ce ne fut que pendant un court instant, car elle changea bien assez vite de sujet.

– Tu vois, j’adore créer des choses, plutôt que les détruire. Pour un dragon, il s’agit d’une chose inacceptable, mais j’ai toujours cru en moi-même, et je suis parvenu à devenir une inventrice.

Sa voix contenait un léger air de fausseté. Sa raison était véritable, mais pas sa méthode pour y parvenir, mais je me retins de lui en demander plus. J’en savais déjà bien assez sur elle, et je savais qu’elle s’était volontairement arrêtée, en me disant qu’elle errait dans la forêt, et que différentes choses lui étaient arrivées.

Quelque chose avait dû se passer à ce moment précis, pour qu’elle finisse ici, et elle n’avait pas l’air de vouloir en parler.

– Alors, quel but comptes-tu atteindre avec tout ça ?

Je me contentai de changer de sujet pour le moment.

Les yeux de Sera devinrent froids pendant un instant. Je pouvais presque y sentir un désir meurtrier ; j’étais vraiment surpris de voir qu’elle était capable d’un tel regard, elle qui était si paisible. Mais une seconde plus tard, elle devint sereine, comme si de rien n’était.

Elle regarda tous les schémas sur la table, et expliqua, un peu perdue dans ses pensées,

– Hmm, un jour, j’aimerais fabriquer quelque chose me permettant d’atteindre mon but. Tu vois, les dragons prennent tout par la force ; aucun dragon n’a un jour fabriqué quelque chose par lui-même. Les dragons sont des créatures égoïstes, et leur instinct leur dit toujours de tout laisser derrière eux afin de se protéger. Ils ne pleurent pas et ne font pas le deuil de leurs
amis ou compagnons morts, et n’ont aucun désir de créer des liens avec eux. En pensant comme cela, les dragons sont véritablement les créatures les plus solitaires de ce monde.

Ses mots étaient en quelque sorte compliqués, mais les humains n’étaient-ils pas eux aussi comme cela ? Je ne savais pas pour les dragons, et je ne savais pas grand-chose des humains, mais je pouvais dire que quelque chose n’allait pas. Les livres m’ont appris à regarder logiquement les choses : le langage corporel, les habitudes, les regards ; tous le monde les possédaient, alors je n’avais qu’à les observer et à baser dessus mon jugement. Enfin, je n’allais pas jusqu’à dire que j’étais un expert en nature humaine.

Mais pouvais-je dire la même chose de Sera ? Elle avait l’air d’une fille normale à mes yeux, et elle agissait comme tel, mais était en vérité un dragon, la même créature qu’elle avait l’air de mépriser. Etait-elle vraiment égoiste ? Etait-ce la raison pour laquelle elle n’avait pas l’air d’avoir d’amis ?

– Ne sommes-nous pas amis ? Tu sais, tu n’es pas vraiment seule.

M’exclamai-je calmement.

Sera tourna la tête vers moi, une certaine stupeur dans ses yeux. Mes mots avaient l’air de l’avoir secouée.

Sera se figea, mais un sublime sourire apparut sur son visage. Elle hocha la tête, et après ça, nous continuâmes à discuter de nous. Cela dura plusieurs heures. Jamais dans ma vie je n’avais vu le temps passer aussi vite. J’avais du mal à comprendre pourquoi je me sentais aussi proche d’elle, de cette fille en particulier, mais cela était assez amusant.

 

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Une pensée sur “Le Rude Maître du Temps – Chapitre 42

  • 13 août 2016 à 20 h 23 min
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    Sera = adorable

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