Chapitre 41.5 : Des Ténèbres à la Lumière – Partie 1

 

– Point de Vue de Leraje –

624 ans plus tôt.

Je courais. Le vent froid frottait contre ma peau, le ciel était sombre et seules les étoiles illuminaient ma route.

– ATTAQUEZ-LE ! TIREZ-LUI DESSUS !

Un carreau d’arbalète siffla en fendant l’air, et se planta dans mon dos ; mais cela ne m’arrêta pas, à la place, je pris le carreau et remarquai qu’il ne s’était pas enfoncé : mon armure en cuir avait réussi à me protéger.

Argh … Ca fait mal ! Je reçus un tir dans mon flanc. Je devais sortir ce carreau avant de perdre connaissance. Encore 2 sauts de toits et j’étais sûr de les semer.

Tandis que je sautai de toit en toit, naviguant à travers la ville, je m’approchai du mur menant à l’extérieur de la ville, vers la forêt. Une dague sanglante en main, mes pas étaient silencieux, mais les gardes ne me perdaient pas de vue. Le sac sur mon dos était secoué de haut en bas, laissant échapper des bruits de succions  du sang en coulait. Pendant un moment, je pensai qu’ils suivaient les gouttes de sang au sol, mais congédia rapidement cette idée : ils n’étaient après tout que de simples gardes sans réels capacités.

Je sautai et tombai sur le second toit sans faire le moindre bruit, tandis que les gardes me perdaient de vue. Je n’étais plus qu’à quelques mètres du mur …

– HALTE !

Un garde cria derrière moi. Je préparai ma dague.

– LACHE LE SAC !

La voix du garde avait l’air très jeune et douce, fraiche devrais-je dire ?

Je me tournai vers lui, regardant on visage.

– Tu es un peu trop jeune pour ce boulot, tu ne penses pas gamin ?

Demandai-je, me moquant de lui.

Mon dos commençait à devenir humide à cause du sang coulant du sac. Le sang froid me donna des frissons pendant un instant.

– FERME-LA !

Je m’arrêtai de parler et regarda son arbalète dirigée vers moi, puis ses yeux. Il était plutôt beau, avec ses yeux bleus et son visage rigide, il aurait eu du succès s’il était devenu ménestrel, plutôt que garde pour un noble.

– C’est vraiment dommage …

Dis-je, tout à fait sûr.

– Qu’est ce que tu … ?

Il ne put jamais finir sa phrase, car au moment de parler, j’avais déjà lancé ma dague, qui se logea  entre ses deux yeux. Il tomba à genoux, ses yeux roulèrent dans leurs orbites, et suite à l’impacte de la dague, tomba sur le dos, son corps sans vie tenant toujours l’arbalète. Je commençai à me diriger vers lui, pendant ce temps, je pouvais entendre des ardes crier aux alentours, donnant des ordres et fouillant les bâtiments, mais c’était en vain.

Je posai le sac sanglant sur le sol, ce qui fit un son plutôt dégoutant. Je jurai discrètement pour cette erreur stupide. Parfois, des employeurs essayaient de m’arnaquer en disant que j’avais amené la mauvaise tête, à cause des blessures dessus, me privant de quelques pièces d’or …

Je me penchai vers le jeune homme, tenant sa gorge tout en sortant ma dague noire de son cadavre. Après quelques secondes, je parvins enfin à nettoyer le sang sur la lame en l’essuyant sur son armure. Je rangeai ma dague sur ma hanche et regardai à nouveau le garçon.

– …

La mort emporte tous un jour. Le monde n’était pas un bon endroit où vivre. Tout ce qui compte, c’est devenir le chien le plus large, en dévorant les plus faibles : ce gamin ne savait pas qu’il n’était qu’un pion, comme nous tous, au sein d’un jeu bien plus grand. Son visage indiquait qu’il n’avait pas plus de 16 ans. Il était vraiment trop jeune pour mourir comme ça, il savait probablement que devenir un garde annoncerait sa fin, mais il n’avait sûrement pas d’autre choix.

Je regardai ses yeux maintenant sans vie, avant de les refermer, priant pour qu’il soit plus heureux dans sa prochaine vie. Alors que j’étais sur le point de me relever, je vis quelque chose de brillant attaché à son cou … un pendentif ?

En dessous de moi, des gens commençaient lentement à lever des fourches et des torches, fouillant chaque bâtiment, criant et courant, mais je m’en fichais. Je pris le pendentif du jeune homme. En l’inspectant de près, je remarquai qu’il y avait dessus un petit loquet, que j’ouvris aussitôt.

– … Tch !

Je claquai ma langue de frustration.

L’image à l’intérieur représentait le jeune homme et une petite fille dans ses bras, les deux souriant joyeusement. Je faillis écraser le pendentif dans mes mains en voyant cela. Les sourires que faisaient les deux sur la photo était quelque chose que seulement très peu de personnes faisaient dans leur vie.

– Il y a quelqu’un sur ce toit !

Cria un citoyen.

Je rangeai rapidement le pendentif dans ma poche, attrapa le sac sanglant et sautai sur le mur, je faillis tomber mais montai rapidement en me tenant sur le rebord. Puis, je sautai vers l’arbre le plus proche, obtenant quelques égratignures à cause des branches sur mon passage.

Je réussis rapidement à descendre de l’arbre et m’enfonçai profondément dans la forêt. J’avais complété mon travail, maintenant il ne me restait plus qu’à attendre une semaine mon employeur, et de collecter ma récompense. Après 2 heures de course, je m’arrêtai, jugeant que la distance entre moi et les personnes me pourchassant était assez grande. Je me cachai dans une cave. Ma conscience commençait petit à petit à disparaitre, à cause de la quantité de sang perdu pendant ma fuite. Mon cœur était calme, et je me mis à fouiller dans l’une de mes poches, cherchant des poches de sang et des bandages. Je n’avais rien pour arrêter les infections ou poisons : les carreaux qui m’avaient touchés étaient enduits de poison, me donnant un léger tournis.

La seule chose que je pouvais aire était prier pour que ma résistance au poison fasse son travail, et que je l’endure pendant toute la nuit …

Après 10 minutes, j’avais fini et était assis dans la cave, le dos contre le mur tout en tenant mon ventre à cause de l’immense douleur. Je regardai à côté de moi le sac sanglant. Son odeur était assez dérangeante, mais je n’y prétais plus attention. La douleur dominait tout … Je ne pensais pas que ce travail serait aussi compliqué.

Je m’arrêtai de réfléchir et essayai de dormir un peu, regardant devant moi, ne fixant rien en particulier. Mon corps fatigué commençait à abandonner, et je me mis à somnoler. Avant que je tombe dans l’étreinte de Morphée, mes pensées dérivèrent au jours où j’avais pris ce contrat, repensant à l’étrangeté de la situation, ainsi que sa soudaineté.

 

– 36 heures plus tôt –

Mon nom est Leraje Daemos, j’ai 17 ans, et je ne suis pas un humain, mais un démon. Lieu de naissance : inconnu. Parents : inconnus. J’avais vécu dans un orphelinat jusqu’à mes 8 ans, avant de m’enfuir, sans véritable raison à part vouloir gagner ma part d’or … Les rues n’avaient pas été très généreuses cette année là. Je n’avais pas beaucoup de talents, et je n’étais pas non plus très intelligent, mais j’apprenais vite, et avais un talent naturel pour blesser les gens, ou plus précisément, pour les tuer ou les manipuler. Ces deux compétences m’avaient amenés loin dans les rues. A 10 ans, j’étais devenu le chef de la guilde des voleurs. Mes talents exceptionnels à l’arc en particulier avaient fait de mo plus un assassin qu’un voleur, mais de toute façon, mes talents de meneurs compensaient.

Après une autre année, j’avais conquis toute la ville, mais je n’étais toujours pas satisfait. Alors cette année, j’avais décidé de changer de profession, et je suis devenu un pur assassin voyageant à travers le
continent. Mon départ était inattendu, mais personne ne s’y opposa, car la plupart de mes subordonnés avaient peur de moi. A cette époque, l’argent n’était pas un problème, et j’avais ainsi pu commencer mon voyage.

Après encore 6 ans, j’étais devenu un assassin de renom, reconnu à travers tout le continent. Les aristocrates se payaient souvent mes services en échange d’une somme précise d’argent, et qui n’était pas petite. Je réalisais de nombreux jobs, du meurtre au camouflage en accident, voir même faire condamner quelqu’un pour meurtre. Personne ne savait combien de personnes j’avais tué, mais j’évitais généralement les contrats me demandant de tuer des enfants, à cause de ma morale … mais ça ne voulait pas dire que je ne l’avais jamais fait.

A part ça, j’étais aussi un mage des ombres, mais ce n’était pas très important. Ma renommée avait atteint chaque coin du continent, des contes me concernant avaient été créés, et les gens m’appelaient ‘’La Faucheuse Emeraude’’. Ce nom était assez plaisant à l’époque, à cause de mes yeux verts attirant l’attention de la personne avant que celle-ci ne meure sous ma lame. Je ne savais pas comment ils avaient fait pour savoir que mes yeux étaient verts, mais je ne me posais pas non plus la question, ni n’enquêtait là-dessus.

Un jour, j’arrivai dans une ville, pénétrai dans une taverne afin de manger. J’aimai toujours m’asseoir à la table dans le coin de la pièce, mon dos contre le mur, car ainsi, je pouvais observer toute la pièce en mangeant ; cela me donnait une impression de sécurité.

Dans un coin de ma vision, je vis une femme avec des yeux bleus ciel me regardant. Sa peau était d’un blanc pur et ses cheveux noirs ébènes et longs, ses lèvres étaient rouges cerise. Son apparence était difficile à ignorer, mais pour une raison, les gens autour d’elle agissaient comme si elle n’était pas là, non … plutôt comme si ils l’évitaient, ne s’en rendant même pas compte … Elle était assise à l’opposé de moi, dans un autre coin de la salle. Apparemment, elle semblait émettre une étrange aura poussant les gens à l’éviter. Cela ne marchait pas sur moi, car j’étais immunisé à ce genre de capacités.

La femme se lécha les lèvres, souriant en me regardant. Son sourire avait l’air superficiel : derrière ses yeux, je ne pouvais voir que de la froideur, absolument rien de chaleureux. Elle me regardait comme si elle avait déjà gagnée.

– Arrogant !

Murmurai-je.

Son sourire trembla de l’autre côté de la pièce, son ouïe ultradéveloppée avait entendue mes mots. Elle soupira, se leva de sa table et dans la seconde suivante, était assise à ma table, devant moi. Sa table d’origine commença à se faire occuper par les clients de la taverne.

Elle me regardait avec ses yeux bleus et froids ; de plus près, ils étaient légèrement flous, mais son visage n’avait pas disparu de son beau visage.

– Pour quelle raison es-tu venu dans cette petite ville, démon ?

Demanda la vampire, sa voix était froide, mais contenait toutefois une certaine raison.

Je ne souriais pas, et je n’essayais pas d’être confortant. Je n’y arrivais pas, l s’agissait de l’une des raisons pour lesquelles je n’arrivais jamais à m’entendre avec les femmes.

– Je ne fais que passer, je fais le plein de vivres pour mon voyage.

Elle hocha la tête, pas à moi, probablement à elle-même, voyant d’après mon visage que je ne lui mentais pas.

– Les problèmes poursuivent ta race comme la peste, démon.

– N’est-ce pas la même chose pour vous ? Ne te caches-tu pas de quelqu’un ?

Ses yeux s’ouvrirent grand lorsque je lui dis la raison pour laquelle elle se trouvait là, mais elle reprit rapidement son sang-froid, l’air agacée. Ses yeux devinrent moins flous, remplacés petit à petit par une ombre.

– Démon, comment le sais-tu ? Réponds-moi !

Sa voix était légèrement menaçante, mais je n’avais pas peur. Elle n’était qu’une jeune vampire, probablement jeune d’un siècle.

Les vampires vraiment puissants avaient au moins 4 siècles … Mais ce n’était pas comme si j’en avait déjà rencontré personnellement un.

– La façon dont tu te positionnes trahis que tu es prudente des visiteurs comme moi.

Elle plissa les yeux, et après quelques secondes, soupira et baissa les yeux.

– Démon, je veux passer un marché.

Je la regardai, confus.

– Voici votre commande, bon appétit.

La serveuse arriva, et amena mon ragoût avec du pain sec. La vampire le prît et commença à manger le morceau de pain d’un air heureux. Je savais que cela n’allait pas la nourrir : elle faisait juste ça pour m’ennuyer.

– Mes services ne sont pas peu chers tu sais, tu penses pouvoir te les permettre ?

Je repris le morceau de pain de ses mains, déchira le morceau qu’elle avait souillée de sa bouche et le jeta au sol.

– L’argent n’est pas un problème, démon, il me faut juste ton accord.

Je regardai le ragoût devant moi, puis elle. Je poussai le repas sur le côté, et dit,

– Parle !

Ce qu’elle fît. Elle m’offrit un contrat, dans lequel je devais tuer un noble dans les quartiers aisés, et lui rapporter sa tête comme preuve. Nous parlâmes des divers détails, comme le lieu, et qui il était. Je ne lui demandai pas pourquoi elle voulait le tuer ; je ne lui demandai pas non plus pourquoi elle ne le faisait pas elle-même, car, honnêtement, je m’en fichais, et la réponse était toujours la même :

– Egoïsme …

Grognai-je.

– Pardon ?

Demanda-t-elle suite à ma remarque, mais ne reçut pas de réponse.

– Très bien, j’y vais.

Je me levai de ma chaise et commençai à me diriger vers la porte de sortie. Je n’avais pas touché à mon repas, étant donné que j’avais parlé du avec cette femme du job. J’étais maintenant plus concentré sur le contrat que sur la nourriture.

– Attends !

Je m’arrêtai tout à coup, et la regardai d’un air ennuyé.

– Quoi ?

Elle sourît, cette fois-ci, ses yeux contenaient une certaine chaleur, enfin, très peu.

– Quel est ton nom ? Je ne peux pas continuer à t’appeler ‘démon’, n’est-ce pas ?

Dit-elle amusée.

Je me retournai et répondis en partant,

– Je m’appelle Leraje.

– ET MOI C’EST ELYSAA !

Cria-t-elle tandis que je passai la porte.

Elle n’avait pas besoin de crier, j’avais mon ouïe ultradéveloppée. Après tout, elle essayait juste de m’embêter, et pour la première fois, je fis un véritable sourire en l’entendant … Elysaa, quelle personne intéressante.

Plus tard dans la nuit, j’enquêtai un peu plus en détails et fis un plan pour l’assassinat. Tout se passa comme prévu, mais je découvris vite que le noble était lui aussi un vampire, et un puissant, clamant qu’il avait 400 ans lorsque je le combattais.

Je maudis Elysaa lorsque le vampire de 4 siècle m’attaqua avec un barrage d’attaques de griffes ; au final, je parvins à sortir victorieux de l’affrontement, mais je ne m’attendais pas à ce que d’autres vampires arrivent au dernier moment, une fois la cible tuée. Alors je coupai en vitesse sa tête et courus de toute mes forces, utilisant ma magie d’ombres pour me cacher. Au final, je n’avais plus besoin que de m’enfuir des gardes mortels et d’attendre l’arrivée d’Elysaa.

 

– Réveil de Leraje –

– Ughh.

– Hey, toi ! Arrête de bouger ! Ta blessure risque de s’ouvrir à nouveau.

Une puissante migraine envahissait ma tête, au point de me rendre fou. Je pouvais entendre à mes côtés la voix d’une femme, m’avertissant de mes blessures … Ma vision était floue et le monde tournait autour de moi ; j’étais surpris de ne pas être encore mort.

Je sentis quelqu’un s’approch
er de moi, mais pas d’une manière menaçante, mais plutôt bienveillante et relaxée. Je vis des cheveux rouges en cascade descendre au niveau de mes yeux, et des mains délicates poussant mon torse contre le lit. J’étais affaibli, et n’avais pas les moyens de résister. Je découvris que la force me poussant était écrasante, mais aussi retenue.

J’eus peur pendant un instant.

– Q….Qui es-tu … ?

Chuchotai-je.

J’entendis un petit rire venant de la femme se tenant à mes côtés. Je tournai ma tête vers elle : mes yeux commençaient à s’adapter, et la première chose que je vis était … des yeux verts. Si mes yeux étaient d’un vert frappant, dans ce cas la paire d’yeux en face de moi était plus acérée que la lame d’une épée … Comparé à ses yeux, les miens n’étaient rien.

– Qui suis-je ?

Se demanda-t-elle, sa voix était délicate, mais contenait aussi une étrange impression familière.

– Mon nom est Artemis. Maintenant, bois ça, idiot.

Elle se mît à nouveau à rire en forçant la médecine amère dans ma gorge.

 

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