Perfect Blue

Satoshi Kon. Réédition Bluray-DVD par Kazé le 24 Mai 2017. Dès 9.99€

Pour le 20ème anniversaire de ce film culte du défunt et talentueux Satoshi Kon, Kazé Editions nous offre le plaisir d’une édition collector. C’est une belle occasion de vous présenter une petite critique de Perfect Blue, atteignant le statut d’oeuvre culte au panthéon de la Japanimation. Au point que certains réalisateurs américains bien connus ont avoué s’être inspirés de cette oeuvre en autres Black Swan, ou encore Requiem For a Dream. C’est parti pour les Quatre points positifs, et seulement deux petits points négatifs sur ce film (je vous préviens je ne serais pas trop objective sur ce coup-là sachant que je suis ultra fan de cette oeuvre vous êtes prévenus :p)

Synopsis

Mima, une chanteuse adulée et extrêmement populaire décide de quitter son groupe pour se vouer à une carrière d’actrice. Alors que cette décision provoque la colère de nombreux fans, elle persiste et accepte un petit rôle dans une série télévisée. L’image sage et édulcorée de l’icône pop est alors écornée lorsque la jeune femme doit jouer des scènes de viol collectif et se dévoile nue dans des photos de charme. Mais un fan semble bien plus virulent et rancunier que les autres. Depuis sa reconversion, d’inquiétants événements entourent Mima et ses proches : des hallucinations, des menaces et pire encore… des meurtres. Sa vie glisse lentement dans un cauchemar et la fiction semble rattraper la réalité : le personnage qu’elle incarne dans la série prend le pas sur elle. Qui est-elle vraiment ?

 

Plus + tableau

  • Un scénario accrocheur 

Perfect Blue commence comme une histoire presque légère, narrant la nouvelle vie de Mima, jeune fille arrêtant sa carrière de chanteuse pop adulée pour se lancer dans le métier d’actrice, et finalement plonge le spectateur dans une histoire sordide et perturbante. Mêlant différents codes du genre cinématographique, l’histoire peut paraître tordue au premier visionnage mais laisse le spectateur chercher les multiples indices sur la chronologie de l’histoire : est-ce la vraie Mima qui agit ? qui est le coupable de tous ces meurtres ? où se trouve les séquences de paranoïa et les scènes fictives de la série télé ? Bien que l’ambiance ne plaira pas à tout le monde, on ne peut qu’être accrocher par la quête de vérité et dans la volonté de voir Mima évoluer dans ce monde schizophrène. Perfect Blue fonctionne comme une sorte de labyrinthe psychologique où l’idole finit par ne plus savoir qui elle est. Pour appuyer cet aspect, Satoshi Kon alterne scènes du tournage et du quotidien sans aucune transition. Dès le début, Mima se dépêche de traverser la rue avant de courir en jupette sur les planches du dernier spectacle de son groupe J-POp. Quand elle écoute son tube dans le métro, ses mouvements de bras se poursuivent sur la scène. Un peu plus tard, elle ouvre la porte de son appartement pour se retrouver dans la rue, entourée d’une foule d’admirateurs avec son manager. Tout au long du film, le rythme accélère jusqu’à ce qu’un enchaînement d’images nous montre la jeune femme successivement en train de se réveiller, de tourner une scène, de se perdre dans un cauchemar avant de se réveiller à nouveau. Dans quelle réalité faut-il alors situer la jeune femme ? Le spectateur ne sait plus si c’est la réalité ou la manière dont elle la voit qui devient délirante. Ajouter une pincée de thriller, d’érotisme, et de drame psychologique et vous obtenez ce film ! 

  • Une ambiance sonore et artistique unique

Le background musical accompagne parfaitement l’intrigue du film et sa montée en intensité. De rythmes rapides et gais au début du film (avec le groupe J-Pop Cham), la pression se fait de plus en plus sentir, et en soi, l’OST transcrit parfaitement la tension qui règne durant la deuxième moitié de Perfect Blue axée sur la descente aux enfers de notre héroïne. Concernant le doublage, il s’avère -une fois encore- extraordinaire surtout Mima. La grande force de Perfect Blue est de nous faire ressentir le calvaire de son héroïne qui ne sait plus où situer sa réalité, séparer les souvenirs des illusions, le passé du présent. Jonglant avec des plans faussement similaires, des ellipses entrecroisées, des répliques redondantes, le réalisateur entraîne le spectateur dans un dédale où il n’a plus aucune prise tangible à laquelle se raccrocher pour juger de la véracité du vécu de Mima, s’enfonçant toujours plus dans ses hallucinations. Entraînant parfois le spectateur dans une sorte d’état entre malaise et fascination. 

  • Une édition collector bien pensée

Kazé a vu les choses en grand pour cette réédition ! Proposant un sublime coffret stylisé, on y retrouve pas mal de bonus intéressants tels qu’un interview du réalisateur, un livret story-board explicatif de la création du film ainsi qu’un artbook avec de belles illustrations. De plus, avec une version HD du film rend l’expérience d’autre plus jouissif car l’image est entièrement repensée, la lumière et les petits « bruits » ont disparu ce qui est très agréable  à l’oeil. Bien que je préfère la VO, la version française est également disponible sur le disque et si vous avez un peu de temps laissez vous tenter elle est de bonne facture ! 

  • Le film pionner de l’univers Kon

Ce film pose les bases que Satoshi Kon réutilisera dans bon nombre de ses films ! Perte de repères, crise identitaire, héroïne naïve mais courageuse, critique de la société japonaise dans tous ces revers…Ici Perfect Blue critique l’industrie du divertissement japonais qui voit de jeunes artistes s’attacher une fulgurante renommée. Aussi fulgurante qu’éphémère comme ces talents à tout faire, à la fois chanteuses, danseuses ou encore actrices sont pour la plupart oubliés dès leur majorité. Un sorte de vedettariat où l’on refuse en effet de voir son idole vieillir, où la star est montée de toute pièce pour devenir quelqu’un qui ne répond finalement plus à ses propres aspirations. Au bout de sa quête, Mima accède à une sorte de renaissance. Étrangement, le sourire taquin dans le rétroviseur qui conclut le film, « je suis la vraie Mima », est assez dérangeant et laisse plutôt croire que son double a désormais pris le dessus. Idole ou actrice? Chacun aura sa propre interprétation. Le spectateur est loin d’être pris pour un idiot et c’est très agréable de pouvoir s’approprier une pareille oeuvre selon les affinités de chacun.


Moins -

  • Une animation parfois bancale

Comparé à d’autres oeuvres du réalisateur tels que Paprika, on sent que Perfect Blue possède un chara-design bien moins glorieux. L’animation a un petit mal vieillie bien que la version HD de la réédition permet un visuel beaucoup plus agréable. L’ ensemble de la réalisation apparaît comme plutôt inégal par moments. Le graphisme simpliste des personnages et les foules immobiles tranchent avec un travail sur les ombres, les reliefs et les lumières particulièrement intéressant ; l’animation réduite des visages et des mouvements banals contrebalance des passages chorégraphiés bien plus impressionnants.

 

  • Bien trop court ! 

J’ai eu beaucoup de mal à trouver un autre point négatif… en cherchant j’ai trouvé que la bonne excuse de dire que ce film était trop court ! ( bien que dans les faits, la durée est très correct pour ce que l’histoire veut nous raconter). 

Néanmoins, le spectateur peut se retrouver frustré à la fin de pas avoir eu une exploration de toutes les pistes amenées par le scénario: les nouveaux rapports entre Mima et ses anciennes collègues chanteuses, explorer plus les cauchemars de Mima dans sa perte des réalités, pousser plus la relation entre Mima et son agent Rumi etc.. j’avoue que j’aurai voulu aussi un final plus explosif notamment par rapport  à la révélation finale, peut être un final moins heureux et prévisible mais bon… c’est du chipotage car sachant tous les calvaires qu’à subi l’héroïne on en ressort plus léger. 

 

 

 

 

 

Sulfureux, fascinant et hors norme, Perfect Blue est l’un des films d’animations à voir au moins une fois ! Un film qui réunit plusieurs codes de lecteurs : du spectateur le plus exigeant à celui qui recherche un divertissement un peu abouti. Une expérience cinématographique unique dont vous ne ressortirez pas indemne.

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