Un article de Richard Legrand, pour Error 404.

Octopath Traveler, sorti sur Switch le 13 juillet 2018, est le récent bébé de Square Enix, le mastodonte incontesté du RPG à la sauce japonaise auquel on doit notamment la saga des Final Fantasy. Aux commandes de ce nouveau titre, on retrouve les producteurs de la saga Bravely – un pedigree loin d’être négligeable, donc.

La firme nippone mise pour cette nouvelle sortie sur un sentiment qui n’a pas fini d’être porteur dans les industries culturelles : celui de la nostalgie. Lancement opportuniste ou hommage authentique aux racines du J-RPG ? Tâchons d’élucider cela !

L’histoire – Huit chemins valent-ils mieux qu’un ?

Octopath Traveler nous emmène voyager dans un monde médiéval-fantastique somme toute assez classique. Nous y suivrons les pérégrinations de huit personnages ayant chacun leur trame narrative et leur profession, laquelle détermine leur style de combat mais aussi des capacités sociales utilisables en exploration : Primrose la danseuse, Olberic le guerrier, Tressa la marchande, Cyrus l’érudit, Ophilia la prêtresse, H’aanit la chasseuse, Alfyn l’apothicaire, et Thérion le voleur.

Si vous devez commencer par choisir la quête d’un de ces personnages pour débuter la partie, le jeu vous offre ensuite la possibilité de tous les récupérer dans votre groupe en accomplissant leur histoire ; difficile donc de parler de véritable rejouabilité. La trame de chaque protagoniste se divise en quatre chapitres plutôt conséquents se déroulant en divers endroits du monde, ce qui dote Octopath Traveler d’une durée de vie remarquable tout en l’adaptant assez bien à des sessions de jeu fragmentées. A cela s’ajoutent des quêtes annexes de résolution assez simples (du style “amener X à Y”) mais scénarisées et donc assez agréables.

A l’aventure avec Primrose, Olberic, Tressa, Cyrus, et Jean-Jacques le random !

Huit histoires donc ; les huits se valent-elles ? Malheureusement non : certaines, comme celle de la danseuse Primrose, se révèlent réellement poignantes et n’hésitent pas à aborder en sous-texte des sujets comme la prostitution ou la pédophilie (sous-texte qui demeure assez subtil pour que le jeu puisse être mis entre toutes les mains). D’autres, comme celle de la marchande Tressa, se révèlent être un amoncellement de clichés et réservent des dialogues d’une niaiserie qu’on aurait préféré éviter (combien de fois entendra-t-on que Tressa a “l’âme d’une marchande” ? Cela signifie quoi, que les midi-chloriens du capitalisme sont très nombreux chez elle ?). Sans doute ce ressenti variera selon l’âge et les préférences de chaque joueur, mais les forts changements de ton d’un récit à un autre rend l’ensemble inégal.

Si, au final, on finit par s’attacher à l’ensemble des personnages, on regrette que plutôt que de nous offrir un scénario avec huit héros, Octopath nous offre huit scénarios avec un héros chacun. Les interactions entre nos protagonistes demeurent rares, à l’exception de petites scénettes (facultatives) de discussion entre nos personnages qui ponctuent leurs quêtes principales : on aurait aimé que les aventuriers s’enrichissent de leur contact les uns avec les autres plutôt que d’avoir l’impression de regarder huit épisodes disjoints en parallèle.

Certains dialogues sont longs et appréciables. D’autres sont juste longs.

Le gameplay – Une exaltation sans faille

Dans ses combats, Octopath Traveler est un RPG tour par tour qui semble au premier regard très académique : quatre personnages font face à un ensemble de monstres qu’ils éliminent grâce à leur sorts et compétences. Rien de nouveau sous le soleil. Mais, par l’ajout de deux mécaniques simples et efficaces, les créateurs de ce jeu sont parvenus à lui donner un style unique et surprenamment addictif !

La première de ces mécaniques est celle des failles : chaque ennemi dispose de faiblesses face à certaines armes ou magies. Plutôt que de simplement augmenter les dégâts des attaques correspondantes, une faiblesse bien utilisée fera diminuer le compteur de résistance de l’adversaire jusqu’à ce que, une fois à zéro, il soit étourdi pour un tour et reçoive là des dégâts surboostés.

La deuxième mécanique est celle de l’exaltation : à chaque début de tour, les personnages joueurs gagnent un point d’exaltation. Ils peuvent dépenser ceux-ci pour multiplier leur prochaine attaque, voire, lorsqu’ils ont trois points d’exaltation, utiliser une compétence ultime s’ils ont préalablement apprise celle-ci.

I know your weakness!

Ces deux éléments de gameplay rendent les combats bien plus stratégiques qu’ils n’y paraissent : utiliser mon exaltation pour provoquer une faille chez mon ennemi le plus vite possible, ou au contraire l’économiser pour le massacrer une fois qu’il sera étourdi ? Quels personnages amener dans mon équipe pour pouvoir exploiter au mieux les faiblesses de la faune locale ? A quel moment placer mon ultime ? Tout cela est renforcé par une difficulté savamment dosée. Plus le jeu avance et plus d’options tactiques s’offrent à vous, surtout lorsque vous aurez l’occasion d’apprendre une classe secondaire à vos combattants…

Notons enfin un ajout très appréciable : celui de compétences sociales utilisables en phase d’exploration, spécifiques à chaque protagoniste. Primrose et Ophilia pourront ainsi séduire/convertir les passants pour les invoquer en combat ; Alfyn et Cyrus pourront examiner les PNJ pour apprendre des informations intéressantes ; Olberic et H’aanit peuvent défier en combat singulier une cible ; Tressa peut négocier des objets et Thérion peut les voler. Ces compétences seront souvent très utiles pour résoudre les quêtes annexes, nécessitant de trouver qui utiliser pour résoudre au mieux un problème donné.

Examiner les passants vous réservera des anecdotes plus ou moins croustillantes.

Graphismes et musique – Octo-bits Traveler

L’aspect visuel d’Octopath Traveler peut surprendre, car tout en adoptant des textures et des modèles pixellisés en 2D évoquant l’ère de la SNES, elle y ajoute une foultitude d’éléments qui trahissent la modernité du titre. Les décors sont riches en détail, les effets de lumière sont de toute beauté, le sable scintille sous vos pieds et les cols de montagnes s’élèvent dans le lointain… Nous sentons là se déployer la puissance de l’Unreal Engine, moteur de jeu plus connu pour sa 3D photoréaliste et ici utilisé avec intelligence. Ces graphismes nous donnent soif de voyager en ce monde pour continuer à en découvrir les merveilles !

Un soin important a aussi été donné aux huit protagonistes, dont le modèle 2D est animé avec une grande subtilité, et dont les portraits dessinés à la main évoquent le travail tout en finesse et en raffinement d’un Yoshitaka Amano – artiste à l’origine des concept arts de bien des Final Fantasy s’inspirant du style classique japonais.

Vous le sentez là, le sable chaud sous vos pieds ?

Si nous avons plus haut acclamé le gameplay des combats, une bonne partie de leur aspect prenant et dynamique est sans aucun doute dû aux graphismes : loin d’être statique, la caméra bouge, se focalise sur l’action, fait de légers panoramiques lors des attaques… Tout cela reste très discret mais participe grandement à l’immersion. Enfin, les apparences des monstres sont soignées, et si l’on remarque de fréquentes réutilisations de sprites d’une créature à une autre, cela participe au style rétro du jeu.

Venons-en finalement à la musique ! Celle-ci se montre variée et transcrit adroitement l’ambiance d’un lieu, du chaud désert jusqu’à la plaine enneigée en passant par la forêt lugubre… Chaque ville, chaque personnage, dispose de son thème, donnant à cette bande-son de bonne facture la durée très appréciable de 4 heures. Certains morceaux se révèlent – cela est normal – plus mémorables que d’autres, ce qui influe sur le ressenti de jeu : la trame de Primrose est ainsi emmenée encore plus haut par une des meilleures musiques du titre.

Une direction artistique qui a du caractère.

 

En version  » c tro lon gé pa lu lol » :

 

  • Des graphismes flamboyants qui réinventent la 2D de grand-papa

 

  • Un système de combat et d’interactions sociales ingénieux.

 

  • Des personnages attachants

 

  • Une durée de vie très respectable

 

  • Un scénario inégal d’un personnage à l’autre

 

  • L’aspect discontinu de ces huit histoires parallèles

Conclusion – Jusqu’au bout du voyage

A l’heure où la manière la plus simple de surfer sur la mode de la nostalgie est de multiplier les remakes ou même les simples re-sorties de vieux jeux, Square Enix a fait avec Octopath Traveler le pari de mélanger l’ancien et le nouveau. Résultat ? Une expérience prenante et rafraîchissante, apte à parler aux mélancoliques de Final Fantasy VI (source d’inspiration revendiquée par l’équipe et avec lequel nous aurions pu, en effet, dresser un parallèle dans chaque volet de cette review) ou à séduire un nouveau public, jeune comme moins jeune.

 

Le voyage sera parfois inégal, non dénué de défauts, mais une chose est sûre : il mérite d’être accompli !

Alors, convaincu d’appuyer sur un bouton ?
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