Volume 2

 

 

Chapitre 28 : Le Héros Monte la Garde Lors d’une Nuit Chaude et Amère

 

Un mois s’était écoulé depuis notre départ de la capitale.

Minnalis et moi nous marchions tranquillement sur la route.

Nous marchions et marchions. Nous marchions simplement.

« Ne vaut-il mieux pas nourrir lentement une personne avant de la tuer ? » (Minnalis)

« Tu aimes vraiment ce genre de chose, n’est-ce pas ? Pour moi, la quantité de souffrance causée à l’ennemi est plus importante que la méthode pour le tuer. Certaines personnes peuvent résister à la douleur, ou même ne pas la ressentir après tout. Dans ce cas, la tâche devient bien plus compliquée. Ceci dit, la première chose à ne pas faire est de tuer l’ennemi lorsqu’il est inconscient. » (Kaito)

« Tout à fait. Nous devons les faire souffrir et regretter leurs actions avant de les tuer. Ils doivent mourir, une expression tordue sur le visage… » (Minnalis)

Nous marchions donc tous les deux sur la route en discutant.

D’ailleurs, Minnalis ne dissimulait plus ses oreilles et sa queue, alors celles-ci dansaient de haut en bas après chaque pas.

Bien sûr, cela était seulement possible parce que nous nous étions éloignés de la capitale.

Les citoyens du royaume Aurelia avaient tendance à détester les homme-bêtes, mais ce n’était pas le cas de tous. De fait, de nombreux aventuriers homme-bêtes visitaient les villes et villages situés près de la frontière, et pouvaient même y obtenir la citoyenneté et y vivre des vies normales.

Les seules personnes à haïr du fond de leur cœur les homme-bêtes étaient les membres de la famille royale et de la noblesse, appartenant à la classe privilégiée, alors que la plupart n’avait jamais rencontré d’homme-bête de sa vie. Ils avaient simplement décidés que les homme-bêtes étaient des créatures inférieures, et les détestaient ainsi pour cette simple raison.

Les homme-bêtes étaient donc horriblement traités dans la capitale, et en conséquence, ils étaient achetés et vendus comme des objets par les nobles aux goûts spéciaux.

Dans ce cas, Minnalis avait été extrêmement malchanceuse. Le village dans lequel elle était née possédait de nombreuses personnes détestant les homme-bêtes.

Ainsi, nous avions rencontré un petit nombre d’aventuriers homme-bêtes sur notre chemin.

D’ailleurs, pour une personne sans préjudice personnel envers les homme-bêtes, Minnalis pouvait être considérée comme une très belle femme.

Ainsi éloignés de la capitale, il n’y avait ici aucune personne détestant les homme-bêtes. A la place, chaque marchands et aventuriers que nous croisions de temps à autre suivait un cycle précis : ils étaient d’abord fascinés en voyant Minnalis, puis remarquaient la marque d’esclave sur son cou, me regardaient avec envie et enfin repartaient déçus alors que Minnalis les regardaient froidement.

Les personnes accompagnées de leur femme recevaient en prime un regard froid de la part de cette dernière. Un comportement des plus masochistes.

« Nous commençons à rencontrer beaucoup de monde n’est-ce pas ? » (Minnalis)

« Oui, c’est parce que nous arrivons bientôt à Elmia. La population de la ville est à peu près égale à celle de la capitale, et il y a là-bas de nombreuses demandes de collecte de matériaux dans le cadre de la recherche. » (Kaito)

« Je vois. Cela explique le nombre d’aventuriers. » (Minnalis)

Nous étions partis de la capitale, nous arrêtant sur le chemin dans de nombreuses villes, et maintenant, notre destination, la ville d’[Elmia], se trouvait à quelques kilomètres.

En continuant à marcher sur la route entourée d’arbres de chaque côté, nous allions probablement atteindre notre destination dans deux ou trois jours.

De nombreux rayons de soleil illuminaient la route, offrant à l’endroit une atmosphère paisible. Je n’étais pas intéressé par ce genre de choses dans mon monde original, mais une promenade tranquille dans les bois devait probablement ressembler à ça.

Cette pensée traversa mon esprit tandis que je continuais à avancer.

 

« … »

La nuit, après avoir préparé un simple campement et avoir mangé la nourriture préparée par Minnalis, nous avions décidé de dormir tôt en montant la garde chacun notre tour.

« Nnh, nnh… » (Minnalis)

Gisant près du feu sous une couverture, Minnalis se retournait dans son sommeil.

J’étais fatigué moi aussi, mais même si nous campions près de la route, une attaque de monstre était tout à fait possible. De plus, nous n’étions que deux, augmentant ainsi les chances de nous faire attaquer.

Lorsque je menais ma vie de fugitif lors de ma vie précédente, j’avais l’habitude d’installer des barrières avant de dormir. Ainsi, je n’avais besoin de personne pour monter la garde. Mais actuellement, je possédais trop peu de PM, rendant la création d’une barrière capable de tenir jusqu’au matin impossible.

« Ugeh, c’est chaud et amer… » (Kaito)

Je buvais une boisson fabriquée à partir de plantes médicinales dissoutes dans de l’eau bouillie.

Tandis que cette boisson me gardait éveillé, son arôme amer stimulait ma langue tandis que sa température me brûlait la bouche. Je ne pouvais m’empêcher de grimacer à chaque gorgée.

 Cette herbe médicinale connue sous le nom d’Herbe Trouble était une étrange plante aidant à chasser la fatigue une fois dissoute dans de l’eau chaude puis consommée.

Puisqu’elle pouvait être trouvée un peu partout en larges quantités, elle était vendue pour presque rien en ville, et constituait un puissant allié pour les aventuriers débutants. Toutefois, son goût amer était équivalent à l’addition de l’amertume du café, du thé vert et du chocolat 100% de cacao, et ne pouvait être ressenti qu’une fois bouilli et consommé après le coucher du soleil.

De plus, le mélange n’avait aucune effet si l’eau n’était pas consommée chaude, rendant le produit similaire à une punition.

Mais sans ça, j’aurais besoin d’un outil magique rare et coûteux capable de produire une barrière chassant les monstres, d’un mage de niveau intermédiaire, ou de former un groupe de plusieurs personnes afin de monter la garde à tour de rôle.

Minnalis était donc une bonne découverte, même s’il s’agissait de l’une des raisons pour lesquelles je souhaitais trouver un esclave lorsque je me trouvais encore dans la capitale.

Simplement endurer le goût amer et la chaleur intense de la boisson permettait de voyager à deux et de dormir assez en instaurant un système de garde alternée, alors la demande pour cette herbe médicinale était forte.

Je devais monter la garde du coucher du soleil jusqu’au milieu de la nuit, puis Minnalis allait prendre ma place jusqu’au lever du soleil. Le sablier que j’utilisais pour calculer le temps restant contenait encore de nombreux grains de sable. Il me restait donc encore beaucoup de temps.

« Fuuh, tellement amer, ueeegh… » (Kaito)

Le feu craquait bruyamment. J’étais obligé de me plaindre à voix basse afin de ne pas réveiller Minnalis.

Je jetai l’une des branches collectées plus tôt dans le feu afin de l’alimenter, puis posai la tasse en bois contenant la boisson amère avant de poser mon regard sur les flammes dansantes. La situation était parfaite pour réfléchir.

La première chose qui me vint à l’esprit fut la situation avant notre départ de la capitale.

J’avais décidé de ne pas tuer les personnes n’ayant aucun rapport avec ma vengeance.

Si je ne traçais pas cette ligne maintenant, les limites de ma vengeance allaient s’estomper et ma conviction allait disparaitre.

Il s’agissait d’une ligne entre ‘’tuer pour ma vengeance’’ et ‘’tuer pour calmer ma colère’’.

Un jour, cette ligne trouble aurait créé une incertitude en moi, qui se serait accumulée comme un poison. En continuant à ignorer cette incertitude, je ne serais devenu rien de plus qu’un monstre tuant aveuglément.

La vengeance était une émotion.

Je devais organiser cette vengeance de façon à contenir le feu en moi.

Si je perdais la notion de raison et devenais un monstre simplement mu par l’instinct, j’étais certain que ce feu allait continuer à brûler, même après la mort de tous mes ennemis.

Après ça, retourner à l’état d’être humain s’avérerait impossible. Au final, je serais brisé. Il n’y aurait aucune différence entre cette situation et la mort.

Voilà pourquoi je ne comptais pas distordre cette ligne, et que cela me convenait.

Je ne voulais pas cesser d’être moi-même.

Les personnes impliquées dans ma vengeance étaient celles le méritant.

Ceci dit, même si je comptais abandonner tout plan tuant sans discrimination, ne pas impliquer d’innocent allait s’avérer impossible.

Si des personnes n’étaient pas concernées par ma vengeance mais pouvaient contribuer à celle-ci, je n’avais pas l’intention d’hésiter à les éliminer.

J’étais capable de tuer des inconnus, si cela était nécessaire à ma survie.

Mon esprit y était déjà préparé. Sinon, j’aurais perdu la vie bien avant ma trahison.

Pour résumer, je devais trouver un équilibre. Si j’impliquais trop de personnes dans ma vengeance, je risquais de devenir un monstre. Mais si j’hésitais à tuer des innocents trop impliqués, ma vengeance n’allait jamais être achevée.

De plus, j’avais décidé de ne plus faire aucune erreur cette fois-ci.

« Ce n’est pas ce monde dont je veux me venger. Il est inutile de faire souffrir des personnes auxquelles je n’accorde aucune importance. » (Kaito)

Prononçant ces mots à voix haute, je les gravai dans mon esprit pour ne jamais les oublier.

Oui, ce n’était pas ce monde dont je voulais me venger.

Je voulais me venger de ceux qui m’avaient trahi, ceux que je considérais comme mes compagnons. Je ne pouvais pas me tromper de cibles pour ma vengeance, comme je m’étais trompé de personnes à sauver lors de ma première vie en ce monde.

« Ah, si je détestais vraiment ce monde tout entier, ma vengeance serait bien plus simple… » (Kaito)

Je m’imaginais une route de vengeance bien plus simple en laissant échapper ces mots d’autodérision. Si tout le monde était mon ennemi, je pouvais simplement initier un massacre jusqu’à ce que ce monde soit détruit. Je pouvais simplement devenir un monstre tuant aveuglément sans choisir qui méritait de mourir.

Si je n’avais jamais rencontré Leticia et que mon premier voyage s’était terminé par ma trahison tandis que j’avais seulement à l’esprit de retourner dans mon monde, les choses se seraient probablement passées ainsi lors de ma seconde vie.

A mon arrivée dans ce monde, je ne pouvais m’empêcher de voir ce dernier comme une chose entièrement artificielle.

Les personnes apparaissant devant moi comme dans une peinture et me demandant de vaincre le Seigneur Démon. Les statistiques et niveaux, les magies et compétences, les étranges monstres, les points d’expériences et pouvoirs surhumains pouvant être obtenus.

Même si j’étais blessé, je pouvais simplement utiliser une magie de soin ou des potions pour faire disparaitre la douleur et même guérir mes blessures

J’avais l’impression d’être piégé dans un monde de jeu vidéo. Un jeu que je pouvais terminer en battant le Seigneur Démon.

 Avec tout ça, je ne pouvais pas considérer ce monde comme une réalité. Ainsi, si j’avais parcouru ce monde pour être trahi au final, j’aurais commencé à voir ses habitants comme de simples outils.

Il était facile d’imaginer une telles version brisée et sans espoir de moi-même.

Une version monstrueuse de moi, tuant chaque personne croisant son chemin sans ressentir le moindre sentiment, continuant jusqu’à la mort.

Il s’agissait sûrement d’une solution facile.

Toutefois, cela m’empêcherait de profiter de ma sombre vengeance ; je ne ressentirais aucune satisfaction. Cela n’estomperait aucune de mes émotions ; il s’agirait simplement d’un acte suicidaire d’autodestruction.

« Oops, je devrais faire attention. » (Kaito)

Avec un bruyant craquement, le feu s’affaissa.

Je m’étais plongé trop profondément dans mes pensées ; le feu s’était considérablement affaibli. Je m’empressai donc de trouver des branches parmi le bois récolté plus tôt et les jetai dans le feu.

« …Tellement amer, tellement chaud. » (Kaito)

Le thé d’Herbe Trouble remplissait toujours la tasse à ras-bord.

Je sortis des légumes séchés vendus en tant que nourriture préservée dans les boutiques de la capitale afin de me débarrasser du goût amer envahissant ma bouche.

Je trouvai ensuite une branche assez grande, puis versai mon énergie magique dans la [Lame Gouttelette de Fée d’Eau] afin de produire une petite lame et de couper les parties inutiles de la branche avant de tailler son extrémité en pointe.

Ensuite, je perçai les légumes au bout de la branche avant de les faire légèrement cuire au dessus du feu et de les assaisonner pour ensuite les manger.

Le matin était encore loin, et la nuit était encore longue.

 

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