Live Report – The Ocean avec This Will Destroy You et Lost in Kiev – Machine du Moulin Rouge – 10/10/23

Le 10 octobre dernier la Machine du Moulin Rouge accueillait une soirée au line up des plus surprenants. Le groupe de metal progressif berlinois The Ocean était venu partager son amour pour la biologie marine d’il y a quelques centaines de millions d’années directement au cœur de la capitale, accompagné par des premières parties toutes en contraste.

En effet, face au metal prog massif et très « in your face », comme on dit dans la langue de Will Smith, de The Ocean on trouvait les Parisiens de Lost in Kiev ainsi que la légende texane This Will Destroy You, deux groupes de post-rock, et pas des plus violents. On identifie assez bien le lien entre prog et post, mais on peut néanmoins se demander à quel point la mayonnaise peut prendre dans ce genre de contexte, et si les publics ne risquent pas de s’avérer trop disparates, d’autant que The Ocean et This will Destroy You ont des notoriétés équivalentes chacun dans son style et se partageaient la tête d’affiche sur cette tournée.

Quoiqu’il en soit même si on pouvait questionner la cohérence de l’affiche, il n’en reste pas moins que les trois groupes sont excellents. Alors, la disparité de genre aura-t-elle été un frein à la qualité de cette soirée ? Replongeons ensemble dans cette soirée pour le découvrir.

Lost in Kiev

La soirée s’ouvre donc avec l’étoile montante du post-rock français, Lost in Kiev. Le groupe a l’avantage de jouer à domicile, dans la ville dans laquelle ils se sont formés et faits connaître depuis plus de 15 ans. La salle se remplit donc bien vite, entre les fans, les amis, et les gens venus voir This Will Destroy You qui avaient forcément entendu parler de cette première partie. Le terrain était donc fertile pour que cette soirée se révèle intense de bout en bout.

Pas grand-chose à dire sur cette performance impeccable, Lost in Kiev nous emporte avec une musique à la fois belle, triste et intense digne des maîtres du genre. Le groupe alterne moments doux et crescendo dans la plus pure essence du post-rock, toujours en instrumental à l’exception notable d’un featuring avec le chanteur de The Ocean, l’une des rares voix présentes dans la discographie du groupe. 

Le concert se déroule sans discontinuer. Le genre ne se prêtant pas aux longs discours mais plutôt à laisser parler la musique, Lost in Kiev joue quasiment dans le noir. La scène est nimbée d’une lumière faible et diffuse, dans les tons bleu sombre, et accompagnée d’une projection aux motifs oniriques. Tout est fait pour que le public se laisse happer par la musique.
Et ça marche, très bien même. La barre est d’entrée de jeu mise très haute avec cette première partie, ne laissant présager que du bon pour la suite.
Lost in Kiev quitte la scène au bout de 40 minutes de voyage et nous laisse rêveurs. Mais pas le temps de se reposer à méditer car la suite arrive bien vite, et elle pourrait tout à fait nous détruire…

This Will Destroy You

Après cette première partie riche en émotions il est déjà temps d’accueillir un de nos deux co-headliners, et pas des moindres. Si la musique de Lost in Kiev était un voyage, This Will Destroy You nous propose lui une expérience quasi mystique. On franchit encore un cran dans l’introspection avec un post-rock moins brut et bien plus en nuances qu’auparavant.

Mais malheureusement, c’est peut-être là qu’est l’os. Entendons-nous bien, le set de This Will Destroy You était parfait en tout point, maîtrisé, dynamique, nuancé, et aussi chargé en émotions que possible. Le problème était ailleurs.

Car en effet, c’est pendant les parties acoustiques et sur le fil que la question soulevée dans mon introduction trouve sa réponse. La musique de This Will Destroy You frôle parfois le silence, et s’apprécie donc dans le silence complet. Seulement cela implique que l’intégralité du public joue le jeu. Le problème étant que la fosse était effectivement parfaitement silencieuse, mais pas le bar. Et le bar était bondé de fan de The Ocean pas très portés post-rock (à qui l’on n’en veut absolument pas, cela va de soi).

Ainsi là où Lost in Kiev avait évité le problème en noyant ses auditeurs dans un mur de son les empêchant d’entendre ce qui se passait à l’entrée de la salle, la musique de This Will Destroy You est bien plus subtile et est quasiment inadaptée à une salle de cette taille.

Mais même s’il est dommage qu’un bruit de fond soit venu gâcher le silence, ne nous méprenons pas pour autant. Ce set de This Will Destroy You était très largement à la hauteur de la réputation du groupe et a sur conquérir son public sans peine. L’émotion était là, la suspension au-dessus du vide était là, la fragilité était là, les larmes étaient là. Le groupe texan ne déçoit en rien, et l’on parvient à surmonter la gêne du bruit de fond pour se laisser porter par les courants insondables de la musique qui nous est jouée. La soirée est sauvée donc, et il ne reste plus qu’à enfoncer le clou avec l’autre moitié du headline, dans un style nettement différent.

Petit mot du photographe : Autant j’adore This Will Destroy You.. et l’ambiance allait parfaitement avec le groupe, mais mon appareil avait envie de dire « This Will Destroy Me »

The Ocean

Le moins qu’on puisse dire c’est que le choc est brutal. Après avoir passé les dernières heures à se laisser porter par la lascive mélancolie du post-rock, tantôt bercé par ses courants doucereux tantôt emporté par ses envolées lyriques, The Ocean tombe comme une enclume sur la soupe.

Mais qu’à cela ne tienne ! La transition ne demande qu’un petit temps d’ajustement pour passer des nappes oniriques de This Will Destroy You au prog Toolesque du quintet prog allemand. Et pourtant en matière de transition on a rarement vu plus brutal.

Le public suit, difficile d’imaginer que l’instant d’avant la fosse était parfaitement stoïque et les yeux fermés quand le pogo démarre aussi vite. Personne n’a chauffé la salle pour The Ocean, et pourtant la foule se soulève instantanément et la magie opère sans aucun problème.

Et si la musique aux accents parfois death-doom est le fer de lance de cette performance, les autres éléments du show ne sont pas en reste. Mention spéciale au lighteux, un véritable artiste dont le travail épouse le son d’une manière époustouflante dans un jeu de mouvements et de stroboscopes maîtrisé à la perfection.
Et que dire du chanteur, Loïc Rossetti, en communion avec son public, et en français je vous prie. Le frontman est déchaîné sur scène, enchaînant les slams jusqu’à finir par escalader le balcon à la force de ses bras pour finalement se laisser retomber droit dans la foule dans une chute de 4 mètres de haut.

Mais alors finalement, que dire de ce contraste ? Et bien on ne va pas se cacher que c’est un peu dommage. This Will Destroy You aurait gagné à avoir une affiche pleinement post rock et donc un public de gens tous investis totalement dans son show. On ne peut cependant que saluer la performance des trois groupes qu’on aurait peut-être aimé voir sur deux affiches distinctes. Quoiqu’il en soit soirée réussie, The Ocean a eu l’occasion de délivrer toute l’étendue de sa puissance sur scène, et malgré quelques désagréments on ne peut pas dire que le set de This Will Destroy You ait été un mauvais moment, alors cessons de nous plaindre et souhaitons bonne route à ces trois formations, et avec un peu de chance un passage prochain dans la capitale française !

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