Chère Lucienne,

Cela fait maintenant 3 mois que je n’ai plus quitté la ligne de front. Les journées sont longues ici, et les distractions rares. Tout suinte la crasse, les rats ont envahi jusqu’au moindre recoin de tranchée et continuent de se multiplier. La nuit le froid nous glace jusqu’aux os tandis que nous sommes obligés de dormir à même la terre. Enfin, quand les préparations d’artillerie nous permettent de trouver le sommeil.

La guerre n’est pas telle qu’on nous l’avait décrite. Ici nulle gloire, que de la crasse et du sang en abondance, et des frères d’armes tombés vite oubliés dans la fureur des combats. La seule chose qui me raccroche encore à la raison est l’espoir de vous revoir un jour et de tenir ma promesse. Il me tarde de rentrer à Villemont-sur-Orge et de revoir votre sourire, loin de ces champs de mort dévastés que sont devenues les verdoyantes terres de l’Est de notre belle France.

Vendredi dernier nous avons tout de même eu droit à une journée de permission impromptue offerte par le commandement, à l’issue de laquelle une troupe de comédiens est venue nous présenter un spectacle de leur cru en trois actes dans une petite salle communale appelée « Zenith ». Ils étaient tous musiciens mais jouaient une musique que je n’avais jamais entendue avant, quelque chose de très rythmique, presque tribal. Les anglais de la tranchée 17 m’ont expliqué que cela venait de chez eux, ils appellent cela le « Rock n’Roll ». Peu de chances que cela ait le moindre succès avant un siècle au moins selon moi, mais c’était une distraction bienvenue.

Il me reste tant de choses à vous dire Lucienne, mais le temps me manque car il me faut repartir à l’assaut dans l’heure. Je pense à vous à chaque instant de ce calvaire et garde espoir que nous nous reverrons.

Tendrement,

Votre Edmond

Edmond perdit la vie dans l’assaut qui suivi l’écriture de cette lettre. Dévastée par le chagrin, Lucienne s’enferma dans un mutisme pendant des années. Quand elle revint à elle-même en 1924 elle ne parlait plus que le suédois (qu’elle n’avait pourtant jamais appris) et était convaincue d’être la réincarnation suédoise de son défunt fiancé. Elle partit donc vivre en scandinavie et se lança dans la musique sous le nom de Joakim Brodén, identité sous laquelle elle fonda le groupe Sabaton (vous voyez bien que j’allais quelque part avec cette intro) dans le but de reproduire la musique qu’Edmond avait entendue avant de mourir bien des années plus tôt. Voici son histoire (ou du moins la partie de son histoire s’étant déroulée le 7 décembre 2020 entre 19 et 23h).

 

– AMARANTHE –

Amaranthe Zenith de Paris 7 février 2020 @Kikevist_Thierry

La soirée commence doucement avec un groupe beaucoup trop énergique pour l’heure. Amaranthe met le paquet dès l’intro avec son power sympho / eurodance devant un Zénith déjà aux trois-quarts plein malgré la relative jeunesse de la nuit.

La prestation livrée par les suédois impressionne par sa qualité technique : le son est d’une clarté impressionnante (qu’on ne retrouvera malheureusement pas dans la suite de la soirée) et le lightshow est une véritable démonstration de maîtrise. Les patterns sont bien choisis, dynamiques, les changements fréquents et toujours précisément dans les temps. L’équipe technique d’Amaranthe est d’une précision chirurgicale, et le groupe a visiblement bien su s’entourer.

Dommage donc que la prestation ne soit pas forcément à la hauteur de ce cadre exceptionnel. Le groupe a la lourde tâche d’ouvrir pour les géants du live que sont Sabaton et peine malheureusement à rentrer dans ses bottes malgré la présence de trois (!!!) chanteurs lead sur six musiciens.

 

Belle allégorie de ceci, le décor de Sabaton étant déjà en place Amaranthe doit jouer sur une scène réduite entourée de sacs de sable, et malgré les efforts louables d’un des frontmen pour chauffer la foule l’ambiance peine à décoller.

Amaranthe Zenith de Paris 7 fevrier 2020 @Kikevist_Thierry

Il faut dire aussi que l’ambiance EDM de certaines compos du groupe peut rebuter la foule de metalleux présente ce soir-là, associant plutôt ces sons de claviers kitsch à une partie de la musique qui la rebute habituellement. Mais ne soyons pas mauvaise langue, Amaranthe nous présente un show tout à fait honnête et aussi plaisant à la vue qu’à l’écoute, et la réaction du public est tout à fait proportionnée pour une ouverture de soirée comme celle-ci. Un show technique parfaitement maîtrisé donc, pour un groupe qui mériterait peut-être d’arrêter d’ouvrir pour des groupes bien plus importants et qu’on aimerait voir en tête d’affiche pour une fois.

Setlist :

  • Maximalism Intro
  • Maximize
  • Digital World
  • Hunger
  • Amaranthine
  • GG6
  • Helix
  • That Song
  • Call Out My Name
  • The Nexus
  • Drop Dead Cynical

 

– APOCALYPTICA –

Apocalyptica Amaranthe Zenith de Paris 7 fevrier 2020 @Kikevist_Thierry

Le show d’Apocalyptica se révèle vite à l’opposé de celui d’Amaranthe. Le lightshow est ici tout en sobriété et en fonctionnalité, ne se permettant quelques fantaisies que sur certains breaks de batterie, l’idée est avant tout de montrer les musiciens et pas d’ajouter une plus-value à la musique par la lumière. Une démarche différente mais tout aussi louable qui laisse en plus la place à une gigantesque projection plutôt travaillée sur tout le fond de scène, alternant entre simple backdrop et animation plus poussée.

A l’opposé d’Amaranthe aussi, la qualité sonore se dégrade beaucoup, notamment dans les basses qui deviennent beaucoup trop agressives (notamment sur la reprise de Seemann où c’en était carrément douloureux). Mais à côté de cela, Apocalyptica maîtrise bien mieux son sujet, et sans artifices.

La première partie du concert est dédiée aux compositions originales du groupe et reçoit un accueil assez mitigé de la part du public, malgré la présence galvanisante de quelques fans disséminé ça et là. Puis le frontman revient aux premiers amours du groupe en lançant la reprise de Seek & Destroy, et tout le monde devient fou. Toute la fosse semble s’éveiller d’un seul coup et déborde soudain d’énergie sur ce classique. Mais le groupe ne s’arrête pas en si bon chemin et décide de remonter encore plus loin en interprétant une version modernisée et bien plus rock du Hall of the Mountain King d’Edvard Grieg, entrecoupée des intros de Thunderstruck (après tout pourquoi pas) et de la Marseillaise reprise en cœur par le public (un ardent patriotisme qui m’a toujours procuré un frisson de gêne mais bon, vu la tête d’affiche ça n’était guère surprenant).

Les trois violoncellistes mettent le feu le plus naturellement du monde, notamment Perttu Kivilaakso, véritable shredder du groupe dont on peine parfois à reconnaître l’instrument tant il en joue vite (et avec une pédale de distortion). Le set s’achève sur une autre classique de Metallica : Nothing Else Matters. Drôle de fin pour un concert si endiablé, la coupure dans le rythme est tout de même brutale, mais le public est réceptif et après s’être déchaîné, il fait silence. J’ai rarement eu l’occasion de voir une salle aussi grande aussi silencieuse, cela relève de l’exploit (enfin c’est ce que je pensais avant le set de Sabaton, mais nous y reviendrons).

Apocalyptica Amaranthe Zenith de Paris 7 fevrier 2020 @Kikevist_Thierry

Les techniciens d’Apocalyptica maîtrisent visiblement moins leur sujet que ceux d’Amaranthe, mais le gouffre qui sépare les musiciens en terme de chauffe de salle est bien plus impressionnant et le quatuor Finlandais n’usurpe pas sa réputation ce soir. Le groupe termine son set en nous promettant un concert en tête d’affiche à Paris dans les mois qui viennent, à surveiller.

 

Setlist :

  • Ashes of the Modern World
  • Path
  • En Route to Mayhem
  • Seemann (Rammstein Cover)
  • I Don’t Care
  • Grace
  • Seek & Destroy (Metallica Cover)
  • Hall of the Mountain King (Edvard Grieg Cover)
  • Nothing Else Matters (Metallica Cover)

 

– SABATON –

Sabaton Zenith de Paris 7 fevrier 2020 @Kikevist_Thierry

Telle une armée perdue dans le calme avant la tempête, la foule du Zénith retient désormais son souffle. Le moment tant attendu est arrivé… ou pas, car avant de commencer son set Sabaton prend le temps de se faire attendre. On a tout d’abord droit à une série de versions orchestrales de leurs morceaux en guise de musique d’attente pendant la préparation du plateau, puis la musique s’éteint alors que la scène est cachée par une immense toile aux couleurs du groupe et s’entame alors une LONGUE attente alors que le morceau In Flanders Fields est diffusé en intégralité devant la foule en délire plongée dans le noir.

 

Mais nous voici déjà arrivés au bout de ce préambule, et il est désormais temps pour Sabaton de nous interpréter leurs plus beaux textes tous basés sur ce thème qui leur est si cher et qui fait la fierté de notre chère humanité :

 

LA GUERRE.

Et le set commence fort avec le classique et explosif Ghost Division. Il ne faut pas plus de deux mesures à ce morceau pour me rappeler à quel point Sabaton est une véritable machine de live. La salle semble exploser littéralement sous les coups de boutoir de la batterie et les claviers/chœurs à eux seuls suffisent à faire entrer la fosse en transe. La mise en scène n’est pas en reste puisque la pyrotechnie donne tout ce qu’elle a dès ce premier titre avec feux d’artifice, explosions, lance-flammes sur le TANK servant de pratos à la batterie, on a vraiment la sensation que la 7e Panzerdivision est sur le point de raser le Zénith. En termes d’introduction de concert, on a rarement fait plus efficace.

Sabaton Zenith de Paris 7 fevrier 2020 @Kikevist_Thierry

Dès le troisième morceau joué (The Attack of the Dead Men) Sabaton nous montre que sa mise en scène a encore augmenté d’un niveau. Ce morceau, issu du dernier album, parle des soldats mutilés ayant survécu à une attaque au gaz de combat. On voit donc les membres du groupe monter sur scène noyés dans la fumée et affublés de masques à gaz, le chanteur étant même en tenue complète avec bonus gazeuse sous le bras et interprètera tout le morceau sans se défaire de son costume.

Et ce ne sera pas la seule audace de mise en scène, le point culminant étant pour moi une simulation de bombardement de tranchée à base de fusées de détresse et détonation complètement crédible. J’avais beau savoir que j’étais dans une salle de concert face à un décor de scène, ce court passage avait une portée presque cinématographique. C’est à cet instant précis que le groupe m’a fait comprendre qu’il ferait à l’avenir partie des grands.

Le début du concert est surtout consacré au dernier album. Il est en fait peu surprenant de le voir si représenté étant donné qu’il donne son nom à la tournée et que tout le décor de scène lui est dédié. Le groupe s’offre une petite excentricité sur Red Baron en apportant une reproduction à l’échelle ½ du fameux triplan du pilote éponyme dans laquelle est incrusté un orgue Hammond, faisant officiellement de cet objet l’orgue le plus metal du monde. Joakim se permet même une petite boutade en pianotant les notes de Swedish Pagans sur le clavier (en faisant passer cela pour un air traditionnel suédois dont les paroles seraient « Ikea » répété en boucle), trollant ainsi la foule qui passera tout le concert à entonner cette mélodie comme pour invoquer le morceau (mais qui ne viendra qu’en clôture de setlist, avec les tubes).

Sabaton Zenith de Paris 7 fevrier 2020 @Kikevist_Thierry

Mais il est déjà l’heure d’un nouveau rebondissement quand Apocalyptica remonte sur scène pour interpréter pas moins de six morceaux avec le headliner à commencer par la magnifique collaboration Angels Calling sortie conjointement par les deux groupes à l’automne dernier. Juste derrière suit le puissant Fields of Verdun que Joakim semble tout fier d’interpréter en France, et qui reste pour moi une des moments les plus intenses de ce concert (plus encore que l’intro).

Mais si intense que soit ce titre il n’est rien, mais alors RIEN du tout face à la monumentale claque qui suit : l’immense, le solennel, la majestueux The Price of a Mile. Ce morceau est à lui seul devenu une de mes meilleures expériences de live, une marche lente mais inarrêtable, appuyée par une débauche de chœurs, les hurlements de la foule et les violoncelles d’Apocalyptica. Un moment qui restera gravé dans ma mémoire pour longtemps.

Le groupe continue sur sa lancée, se permettant un petit clin d’œil au Hellfest/Knotfest de l’été dernier (bouffez ça les Kings of Metal), et enchaîne ses tubes jusqu’à arriver au rappel. Primo Victoria est suivi de près par Bismarck lui-même trainant dans son sillage le tant attendu Swedish Pagans que la foule n’en pouvait visiblement plus d’attendre. Et là se produit l’ultime prodige de ce concert : alors que tout le monde attend avec regret que le groupe dise au revoir à cette foule en adoration et quitte la scène pour un repose bien mérité, Joakim fait taire le Zénith D’UNE SEULE MAIN en se contentant de la baisser progressivement entraînant le volume sonore de 6000 personnes avec, puis pointe du doigt la sono à cette assemblée médusée. Et dans le silence de 6000 âmes retenant leur souffle, le petit sifflet de Hell & Back se fait entendre.

Sabaton Zenith de Paris 7 fevrier 2020 @Kikevist_Thierry

Puis vient l’explosion, foule et groupe donnent tout ce qu’ils ont sur ce dernier titre jusqu’à l’épuisement, et les artistes finissent par se retirer un grand sourire aux lèvres.

Ce concert était assez similaire à ceux donnés à Clisson l’été dernier, mais c’était comme si tout avait été monté d’un cran. La mise en scène n’a clairement rien à envier aux plus grands, chaque membre du groupe semble plus heureux d’être là que son voisin, les décors sont toujours aussi travaillés… J’ai personnellement du mal avec Sabaton en studio (que ce soit pour le message belliqueux délivré par leurs textes ou leur musique peut-être un peu trop épique à mon goût), mais il faut bien se rendre à l’évidence : ce concert est une expérience de live que je souhaite à tout le monde. Joakim est une bête de scène qui pourrait emmener tout le groupe à lui seul, mais tous les membres y vont de leur petite intervention sur tous les morceaux. Peu importe ce qu’on pense de Sabaton, il suffit de les voir en concert pour réaliser qu’ils ont leur place parmi les plus grands groupes de live de leur génération, à la manière d’un Maiden ou d’un AC/DC à leur époque (fight me).

Setlist :

  • In Flanders Fields (intro)
  • Sun Tzu Says
  • Ghost Division
  • Great War
  • The Attack of the Dead Men
  • Seven Pillars of Wisdom
  • Diary of an Unknown Soldier
  • The Lost Battalion
  • The Red Baron
  • The Last Stand
  • 82nd All the Way
  • Night Witches

Avec Apocalyptica :

  • Angels Caliing
  • Fields of Verdun
  • The Price of a Mile
  • Dominium Maris Baltici
  • The Lion From the North
  • Carolus Rex

Encore :

  • WWII Intro
  • Primo Victoria
  • Bismarck
  • Swedish Pagans
  • Hell & Back
  • Dead Soldier’s Waltz
  • Masters of the World

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