La grève bat son plein dans les rues parisiennes, et depuis la banlieue l’Elysée Montmartre semble désormais bien lointain, privé de sa desserte souterraine. Mais il en faut bien plus pour arrêter la foule venue acclamer Royal Republic en ce mardi soir, parfois au prix de plusieurs heures de trajet pour seulement quelques kilomètres. Assister à des concerts parisiens est devenu une gageure, qu’importe, la musique avant tout, et le quatuor suédois l’a bien compris. Venu défendre son dernier opus Club Majesty paru en mai dernier, le groupe nous offre un show à la mesure de sa réputation, justifiant presque l’épreuve qu’a été le trajet jusqu’à la salle.

 

– BLACKOUT PROBLEMS –

La soirée débute en trombe avec le set du groupe bavarois Blackout Problems. Et quand je dis en trombe, je veux dire que le chanteur/guitariste descend jouer dans la fosse dès le morceau d’ouverture dans une tentative plutôt réussie de réveiller la foule le plus vite possible. Ce coup d’éclat d’entrée de jeu traduit parfaitement le dynamisme du quatuor, débordant d’énergie pendant tout son set.

La musique de Blackout Problems est un rock indépendant assez énergique sans déborder non plus, portant des mélodies aux accents mélancoliques un peu à la manière de Feeder. Sur scène, la formation est dynamisée par son bassiste qui donne l’impression de vivre les compositions bien plus que de les jouer. Mais le véritable leader est, sans surprise, le frontman, qui nous donne ici une leçon d’interaction avec le public.

Outre son petit exploit de début de set (qu’il réitèrera d’ailleurs plus tard), il fait aussi l’effort de parler dans un français hésitant presque à chacune de ses phrases. Ces adresses sont pourtant très nombreuses pour un set de cette durée, mais le chanteur de ne laisse pas démonter et insiste, ne cédant à l’anglais que pour quelques phrases et jurons isolés. Cette attention ne manque pas de toucher le public, déjà très enthousiasmé par l’énergie brute de tout le groupe et de ses morceaux. Cette éloquence lui sera par ailleurs très utile quand, entre deux morceaux, le son des guitares se coupe subitement.

Une première partie tout à fait convaincante malgré quelques bémols trahissant la jeunesse du groupe. Certaines interactions avec le public trop longues cassent parfois le rythme général de la prestation, et certains effets sont mal maîtrisés, comme par exemple le décompte commandé par le frontman au moins cinq fois à la foule avec l’énergie et la rage d’un groupe de punk pour finalement enchaîner sur un morceau des plus doux. Le moment le plus gênant étant quand le frontman commence à parler politique, sorti de nulle part, avec un petit speech sur la grève en prime, à l’issue d’un concert jusqu’ici plutôt chaleureux et bon enfant. Mais je suppose qu’un peu de militantisme n’a jamais tué personne !

Un groupe plein de bonnes intentions donc, tellement qu’on lui pardonnera ces quelques maladresses au nom de la sympathie qu’il dégage.

– ROYAL REPUBLIC –

D’entrée de jeu le headliner décide de retourner la salle. Avec une partie introductive de plus de cinq morceaux joués sans interruption, chacun plus rapide et dynamique que le précédent, le groupe fait monter l’ambiance avec une efficacité indéniable. Le quatuor arrive sur scène en costards colorés, petite moustache et nœud papillon pour le chanteur Adam, on croirait voir une bande de crooners investir la scène.

Ce début de show se déroule en beauté avec des moments de gloire, comme le batteur jouant avec les pieds croisés sur sa grosse caisse, grosse caisse d’ailleurs pourvue d’un son INCROYABLE, profond et grave avec quand même une bonne attaque, on a du mal à croire qu’il s’agisse d’un son acoustique.

L’énergie que le groupe dégage est impressionnante. Là où Blackout Problems semblait plus dans le pathos et la mélancolie malgré une bonne patate, Royal Republic transpire la joie de vivre et la communique à toute la salle. Le décor de scène aide beaucoup à rendre l’ensemble encore plus chatoyant avec de long rubans-LED parcourant toute la largeur du fond de scène servant autant à colorer la scène qu’à parfois afficher du texte, comme sur Stop Movin’, morceau parfaitement représentatif de la prestation du groupe. Il est juste dommage que les pogos soient bien trop mous pour la musique jouée, le public ayant du mal à se lâcher totalement.

Le show est mené de main de maître avec beaucoup d’humour, notamment le chanteur ne cessant de se présenter d’un « My name is Adam ! » affublé d’un sourire en plastique d’imbécile heureux. On a également droit à quelques coups d’éclat comme un roulement de tom d’abord très lent, puis de plus en plus rapide jusqu’à devenir frénétique, mais performé par le batteur ET le chanteur en même temps, sur le même tom, chacun avec une baguette.

Adam se permet également une blague meta sur le rappel, nous signalant que, généralement, quand le groupe quitte la scène et revient pour un encore, cet encore est prévu à l’avance (no shit Sherlock), et enchaine donc sur un rappel quelques morceaux plus tard.

Le bassiste Jonas Almén a droit à son heure de gloire à plusieurs reprises. Il s’empare entre deux morceaux d’une Keytar et, seul sur la scène, commence à jouer les premières notes de Jump de Van Halen, puis celles du Final Countdown de Europe. Mais ce n’est rien comparé au rappel, quand le chanteur demande à la foule si elle veut entendre Jonas chanter une chanson. Et voilà que, sorti de nulle part, le groupe reprend les premiers couplet et refrain de Ace of Spades, avec donc le bassiste au chant, rendant un hommage très réussi à ce classique.

Royal Republic réalise une performance maîtrisée et extrêmement plaisante à voir, un show digne des plus grands, face à un public hystérique passant visiblement la meilleure soirée de sa vie.

MAIS

Il y a un gros mais.

Le show est terni par un moment induisant une gêne extrême. A un moment du concert, au milieu d’un morceau, ce cher Adam fait monter une fille du public sur scène, âgée d’environ 16-22 ans (impossible à déterminer à cette distance). Se passe un sympathique moment où la demoiselle récupère sa guitare et joue quelques accords, guidée par le frontman. Jusqu’ici tout va bien. Puis le morceau se termine, il est temps pour la jeune invitée de retourner dans la fosse avec le reste du public. Adam lui tend sa joue pour qu’elle y dépose un petit bisous tout choupi… et tourne sa tête au dernier moment pour l’embrasser.

« Petite blague sans conséquences ! » me direz-vous, « Agression sexuelle et culture du viol » vous répondrais-je. Surtout quand on m’annonce que le chanteur fait ça presque à chaque concert, et que la foule semble n’en avoir strictement rien à faire. Coup de chance que la spectatrice n’ait pas l’air de le prendre mal (et encore, impossible à déterminer d’un point de vue externe), sinon la soirée aurait vraiment pu mal finir, pour elle ou pour le groupe.

Déception de la part de ce frontman qui a pourtant mené une prestation exemplaire par ailleurs, à l’image de tout le groupe. On a affaire là à un abus de notoriété flagrant et assez crade, il faut se l’avouer. Ce concert était intense, énergique, euphorique, tout ce qu’il faut, mais ce petit bémol donne un goût étrange à tout ce qui vient après et assombrit beaucoup l’image générale de la soirée.

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