Du coeur d’une industrie à l’implacable battement métallique ; du râle de corps en sueur passionnés en un même mouvement ; de l’âme d’une Allemagne parfois glorieuse parfois monstrueuse ; jaillit un torrent de flammes rugissantes, et celui-ci crie un nom : Rammstein.

LE groupe de métal indus’ germanique était ce week-end de passage à Paris pour la tournée Europe Stadium faisant suite à leur dernier album, Rammstein (et oui, la mode des oeuvres éponymes n’est pas encore passée). Album ô combien attendu d’ailleurs, depuis la sortie de Liebe ist für alle da il y a 10 ans, et dont le single Deutschland et son clip magistral avaient annoncé la couleur – et, comme à l’accoutumée avec ce groupe, levé la controverse.

Ce sont donc deux fois 40000 personnes qui se sont retrouvées, vendredi et samedi soir, à la très récente Défense Arena, emplissant ce quartier d’affaire de looks bien différents de ses habituels cols blancs. Les bars avaient bien senti l’opportunité et diffusaient du Rammstein tout en faisant couler à flots les pintes de bière, sous une ambiance ensoleillée aux accents de festival. C’était ma première fois dans cette Arena, aux dimensions impressionnantes et surtout à la climatisation bienvenue, en cette période de canicule ! Avec un son puissant et équilibrée, sa forme plus épatée offrant une meilleure vision et sa contenance supérieure, je la troque au traditionnel Bercy (pardon, AccorHotels Arena™) bien volontiers.

Le groupe sur scène
Son et lumières

A 20h tapantes (une précision made in germany) commença la première partie, assurée par le duo de pianistes classiques françaises Játékok qui reprenait l’album acoustique Klavier. Le choix d’une première partie au style différent du groupe principal est toujours audacieux, et bien que nous restions là pleinement dans l’univers Rammstein (le clip du single Deutschland se concluait par la version piano de Sonne), le public fut partagé. Nombreuses acclamations, quelques sifflets, et beaucoup de discussions ambiantes. Peut-être qu’une introduction plus courte que ces 45 minutes aurait-elle moins laissé dans l’attente un public ayant soif de sensations fortes ? Toutes les voix s’unirent cependant sur Frühling in Paris, chantant ensemble “Non, rien de rien – Non, je ne regrette rien”, et les deux concertistes sortirent sous les applaudissements.

C’est finalement à 21h que les lumières baissèrent et que Flake, Christophe, Oliver, Paul, Richard et Till entrèrent en scène, tandis que la première percussion de batterie déchaîna une explosion d’artifices qui annonçait la couleur de la soirée. Car pour ceux l’ignorant, un concert de Rammstein est avant tout un show pyrotechnique dense, intense, impressionnant ; certains membres du groupe ayant même passé leur diplôme de technicien pour mieux assurer ses mises en scène millimétrées. C’est aussi une ambiance particulière, souvent provocante, à la frontière du spectaculaire et du malsain.

Jets de flamme
Mein R in Flammen

Tout cela fut brillamment illustré dès Puppe : le chanteur Till passa sur sa tête une caméra retransmettant en direct son point de vue sur grand écran (un petit instant “vis ma vie de lead singer de Rammstein” très appréciable). Un énorme berceau métallique avait été amené sur scène, et lorsque Till s’y pencha, il nous dévoila le visage hideux d’un bébé difforme et carbonisé. Se saisissant d’une torche, il la plongea dans le berceau duquel les flammes s’élevèrent, tandis que le visage du bébé se mit à cracher une nuée de confettis volant vers le public en délire.

Après un début de concert ayant (littéralement) chauffé à blanc tout le monde, un premier interlude DJ pendant lequel Richard prit les platines détendit l’atmosphère, offrant même un passage “chorégraphié” avec d’autres membres du groupe (notez les guillemets, car ne vous laissez pas tromper par l’endurance de ces messieurs : ils n’ont plus la souplesse de leur prime jeunesse…). Cela enchaîna avec la très attendue Deutschland, faisant repartir au quart de tour le public.

À taaable !

La suite continua à être spectaculaire, reprenant certains des grands classiques scéniques du groupe… Sur Mein Teil, Till passa son habit de cuistot fou pour faire rentrer son bon claviériste Flake dans une marmite qu’il fit rôtir à grands jets de lance-flammes de plus en plus gros, jusqu’à ce que le claviériste (en combinaison ignifugée) dusse esquiver les tirs de ce qui semblait être littéralement une artillerie crachant le feu. Sur Du Hast, des feux d’artifices tirés à l’arc filèrent jusqu’au bout de la salle avant d’en revenir. Un nouveau passage plus calme mais non moins poignant nous fut offert avec Engel, en piano-voix dont l’instrumentation fut assurée par le retour du duo Játékok. Nos allemands s’offrirent ensuite une petite ballade en canoë sur la foule, accostant sur scène afin de repartir sur une (très appropriée) Ausländer. La fin approchant et Pussy commençant, Till chevaucha un énorme canon à la forme évocatrice pour recouvrir un public surchauffé de sa grosse mousse blanche.

Finalement, le groupe s’éleva dans un ascenseur en fond de scène tandis que sonnaient les notes de la version piano de Sonne, remerciant et saluant un peuple avec lequel il partage depuis maintenant tant d’année une passion brûlante et commune. Ils continuèrent à monter jusqu’à disparaître derrière les écrans de la salle. Générique.

Générique de fin du live
Oui, littéralement, générique.

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