Oui, oui je m’en souviens très bien, l’an 2020… La vie était paisible en ces temps, pas besoin de se battre pour survivre, pas besoin de chercher de la nourriture en permanence, tout était à portée de main, facilement, tout le temps. L’argent gouvernait le monde à cette époque, pas l’art, pas la culture, pas l’amour, l’argent. Et quand la première chose à s’effondrer fut la bourse, la plupart des gens n’y voyaient que justice. Personne n’aurait pu prévoir l’ampleur que cela prendrait ensuite.

De quasi inoffensive la maladie est vite devenue bien plus dangereuse, commençant après quelques mois à déclencher des crises de panique et d’agressivité chez les patients. Mais à ce stade là l’épidémie restait encore contrôlable. Les vrais ennuis ont commencé avec l’avènement du Culte Universel du Covid Kôhn, ou C.U.C.K., une bande de fanatiques convaincus que ce virus était un test de la part d’une quelconque divinité fantasmée et qu’il fallait donc l’inoculer à toute l’humanité afin de ne laisser vivre que les élus. Et ils étaient nombreux, et partout. Ils eurent vite fait d’infiltrer les gouvernements en profitant de la panique causée par les pénuries et l’effondrement total de l’économie, et tout était fini.

De nombreuses spéculations agitèrent les esprits quant à l’origine de cette pandémie à l’époque, quand la presse et internet existaient encore. Pangolins, chauves-souris, arme chinoise, tout le monde avait son hypothèse. Mais à la surprise générale, la meilleure théorie restait celle des Cucks. La maladie n’était pas le fait d’une quelconque punition divine, mais répandue par une confrérie obscure suivie de près par un terrifiant cortège. Ils s’appelaient Lordi, Almanac, Flesh Roxon, et tous portaient la mort comme étendard et la peste comme fléau.

Et je les ai vus, de mes yeux, ce 6 mars 2020. A l’époque personne n’imaginait que nous courrions un quelconque danger, et pourtant moins d’une semaine plus tard le pays tout entier se retrouvait totalement paralysé, avant de s’écrouler. Cela s’est passé à la Machine du Moulin Rouge, un sombre rituel visant à déchaîner les enfers sans aucun autre motif que le plaisir aveugle de la destruction.

J’étais là le jour où le monde s’est effondré, bien avant votre naissance, bien avant l’émergence et la chute de l’Empire, bien avant que l’humanité ne finisse par se noyer dans les cendres de son orgueil. J’y étais, et voici ce que j’y ai vu.

 

– FLESH ROXON –

Flesh Roxon @La Machine du Moulin Rouge - Juliet Faure
Flesh Roxon @La Machine du Moulin Rouge – Juliet Faure

Le timing de ce début de concert était, comme le disaient nos ancêtres, « éclaté à la mort ». Ouverture des portes à l’heure inhabituelle de 18h pour un début de set à 18h30 (même si dans les faits les tous premiers spectateurs ont réussi à atteindre la scène à presque 18h25), comme si le show avait été avancé en compactant le plus tôt possible la première partie.

Ainsi nous arrivons devant la scène juste à temps pour le premier morceau de Flesh Roxon, groupe d’Horror Punk finlandais venu accompagner leurs compatriotes sur ce KillecTour. Au premier abord ces quatre compères arrivent avec un bon capital de départ : une identité visuelle marquée (à base de bretelles rouges, chemises noires et eye liner leur donnant un côté crooner démoniaque), une contrebasse remplaçant la basse habituelle dans ces formations, un chanteur jouant du punk énervé sans la protection d’un médiator… Même la musique est plutôt sympathique, quelque part entre Danzig et les groupes de pop-punk emblématiques des années 2000.

Mais dès la première seconde quelque chose cloche. Ce concert s’avère vite être une expérience très étrange. Déjà le groupe commence en trombe sans s’annoncer et de manière tellement sèche que j’ai d’abord cru qu’ils finalisaient leurs balances avant de comprendre que le set avait vraiment débuté, le tout devant une salle pratiquement vide à cause du manque de fluidité à l’entrée de la salle (et probablement du fait que les portes de la salle même étaient ouvertes depuis moins de 3 minutes).

Mais si ce n’était que ça, ce serait excusable. Sauf que le chanteur/guitariste, malgré ses harangues à la foule entre les morceaux, est probablement déjà mort à ce stade de la soirée. En effet il se tient campé sur ses pieds, le regard vide, et fixe le fond de la salle plutôt que la foule croissante à ses pieds. Et les autres musiciens n’aident pas vraiment à lancer la dynamique puisqu’à part le second guitariste ils ont simplement l’air de se faire chier. Et on ne les en blâme pas, j’imagine que débuter son set devant 15 personnes parce que les portes sont à peine ouvertes ne doit pas forcément être une partie de plaisir.

La fin du set se réchauffe un peu au fur et à mesure que la salle se remplit et finit par ressembler à une première partie méconnue et fauchée tout à fait honorable, ce que l’on attendait sur cette scène à cette heure-ci finalement. Mais l’impression générale est quand même celle d’un faux départ.

 

– ALMANAC –

Almanac @La Machine du Moulin Rouge - Juliet Faure
Almanac @La Machine du Moulin Rouge – Juliet Faure

Faux départ bien vite rattrapé par Almanac dès son arrivée sur scène. Le groupe de Power Metal du guitariste Victor Smolski venait défendre la sortie de son nouvel album Rush of Death paru le jour même, en effectif réduit puisque la chanteuse Jeannette Marchewka n’était pas présente sur scène ce soir-là.

Et le moins qu’on puisse dire, c’est que la transition est nette. Après l’ambiance étrange qui avait habité la Machine pendant le set de Flesh Roxon, le power metal symphonique teinté d’influences thrash d’Almanac fait l’effet d’une bourrasque de vent en pleine face et redonne du cœur à toute l’audience.

Les musiciens livrent tous une performance impressionnante, notamment le chanteur Patrick Sühl dont les envolées lyriques impressionnent par leur justesse et leur précision. Mais la vraie star de ce plateau est évidemment le guitariste fondateur Victor Smolski. Et quand je dis « star », j’implique bien tout ce qui va avec, à commencer par l’égo.

En effet, non content d’avoir son nom sur la pochette de l’album (reproduite sur les décors de scène) dont l’entête indique « Victor Smolski’s Almanac », le guitariste coupe la parole au frontman dès sa première intervention pour commencer la promo de l’album, et ce alors même que son micro était coupé. Une intervention d’autant plus regrettable que le chanteur avait commencé à s’adresser au public en français, ce qui est toujours appréciable venant d’un groupe étranger. Mais ce cher Patrick se met poliment en retrait et ne prendra plus la parole pendant tout le set, laissant le leader du groupe chauffer le public.

Mais malgré cela l’énergie ne faiblit pas, et malgré une salle toujours assez vide à cette heure-ci, le groupe assure le show. Le bassiste et le batteur sont des monstres d’endurance et de technique à l’image des deux autres membres du groupe. Smolski a su très bien s’entourer pour la composition de ce line up, on a réellement l’impression (probablement justifiée) que chaque membre du quatuor est un virtuose dans son domaine, mais sans que le groupe ne se perde jamais dans une démonstration technique sans âme. La musique vit, les compositions sont variées, parfois ultra rapides, parfois groovy, et le public se laisse emporter par la fièvre générale, oubliant bien vite le doute qui l’habitait devant Flesh Roxon.

Le groupe quitte la scène avec les honneurs et laisse un public enthousiaste derrière lui, prêt à accueillir le headliner comme il se doit. Dommage que le headliner, lui, ne soit pas prêt.

 

– LORDI –

Lordi @La Machine du Moulin Rouge - Juliet Faure
Lordi @La Machine du Moulin Rouge – Juliet Faure

Car oui, avant de monter sur scène Lordi prend son temps, et c’est peu de le dire. Presque une heure d’attente entre la fin d’Almanac et le début du set, on comprend mieux pourquoi la soirée débutait si tôt. Pendant ce temps interminable le public s’occupe comme il peut, pouvant compter sur la distraction offerte par une paire de roadies se lançant joyeusement dans une petite jam au gré des balances. L’impressionnant décor de scène est aussi offert à la vue de la foule, la pièce centrale étant une immense porte ornée des masques des différents musiciens du groupe et fermée par un drap marqué d’une impression gigantesque du visage de Mr. Lordi en personne (humilité quand tu nous tiens).

Et c’est donc après cette longue attente que nous avons droit à… encore plus d’attente. La bande d’intro, imitant une émission de radio comme souvent chez Lordi, semble elle aussi interminable, s’étalant sur plusieurs minutes avant que le show ne commence enfin. Et là, la magie arrive enfin sur scène.

Dès les premières mesures du premier morceau, Lordi envoie tout ce qu’il a, chaque musicien déjà totalement à fond. Lancé par l’ultra catchy Horror for Hire tiré du dernier opus Killection, ce set est efficace au possible de bout en bout. Les morceaux s’enchaînent, tous portés par le charisme propre à chaque musicien.ne, tous plus énergiques les uns que les autres et portant leurs iconiques costumes. Lordi maîtrise parfaitement sa performance live, et ne se fait pas prier pour le démontrer de la manière la plus spectaculaire qui soit.

Tout le long du show quelques saynètes sont jouées, par les membres du groupe et quelques figurants, parfois pendant les morceaux et parfois entre. Plusieurs solos agrémentent aussi le set, évidemment le classique solo de batterie mais également un duel entre la claviériste et le guitariste, et surtout un solo de basse incroyable. Déjà, le fait d’avoir laissé un solo au bassiste d’un groupe de rock est une rareté bienvenue, mais l’interprète engoncé dans son costume aux allures reptiliennes de Predator sublime totalement le concept par son jeu fluide trouvant un écho dans ses mouvements ondulant. Si je le voyais dans la jungle, je croirais à un serpent ! Cette incroyable performance s’achève sur un arrachage de cœur dont je n’ai toujours pas réussi à comprendre comment le trucage était possible (peut-être qu’ils sacrifient vraiment une figurante par soir, qui sait ?).

Le set continue au gré des hymnes caractéristiques du groupe finlandais, agrémenté d’interludes radiophoniques heureusement bien moins longs que celui de l’intro, et des habituels artifices de Mr. Lordi comme le micro-hache de Hard Rock Hallelujah ou bien les immenses ailes de chauve-souris (wink wink) sur Devil is a Loser. Une mise en scène digne des plus grands pour une scène parfaitement adaptée, à la fin du set le public en redemande et a bien vite oublié l’attente qu’il a dû subir en début de soirée.

Lordi maîtrise, Lordi envoie du lourd, de l’eau a coulé sous les ponts depuis l’Eurovision mais la réputation scénique de la formation n’est pas usurpée, loin de là. Chacun des membres du groupe y va de son grain de sel, la place n’est pas tout entière occupée par Mr. Lordi mais bien partagée équitablement par cette équipe bigarrée. Un Freakshow porté par des interprètes charismatiques, l’effet est là, le public est conquis.

Voilà qui conclut le dernier concert avant probablement un petit moment, mais quelle conclusion ! Et je finirais sur ces quelques mots entendus dans la salle ce jour-là, des mots de sagesse en ces temps de trouble, qui me portent encore au quotidien à ce jour :

« C’était 35 balles ? Bah ça les vaut. »

Setlist :

  • Radio SCG 10 (intro)
  • Horror for Hire
  • Midnite Lover / Granny’s Gone Crazy / Devil’s Lullaby
  • SCG10: The Last Hour / SCG10: Demonic Semitones (interlude)
  • Shake the Baby Silent
  • Blood Red Sandman
  • Drum Solo
  • Scare Force One
  • Like a Bee to the Honey
  • Naked in my Cellar
  • Bass Solo
  • I Dug a Hole in the Yard for You
  • Who’s Your Daddy
  • Guitar / Keyboard Solo
  • Hard Rock Hallelujah

Encore :

  • Devil is a Loser
  • Would you Love a Monsterman ?
  • Scream Demon (Outro)

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