Aaaaah, le mois de février… Les jours qui se rallongent, le 29 une fois tous les 4 ans, la St Valentin, et bien évidemment les concerts annuels des Dropkick Murphy’s au Zénith de Paris. Depuis des années les compères de Boston répondent présents à l’invitation de la capitale tous les ans aux alentours de la même date pour une paire de concerts dans la fameuse salle de la Villette. Cette année ils venaient défendre leur dernier single Smash Shit Up paru quelques jours plus tôt en interprétant une savante sélection de leurs meilleurs titres.

Mais après toutes ces années à tourner, cela vaut-il encore la peine de se déplacer pour ce rendez-vous réglé comme une horloge ? C’est ce que nous nous sommes demandé en plongeant dans cette verte et houblonnée soirée.

 

– JESSE AHERN –

Jesse Ahern | Photographe Romain Keller | Média Error404

Cette soirée placée sous le signe de la joie de vivre et de la camaraderie commence par un artiste complètement à l’opposé de ces deux tendances. Seul sur scène avec sa guitare et son harmonica pour seuls compagnons, Jesse Ahern nous conte ses « récits de la vie moderne » sur un ton mélancolique, presque triste parfois.

Le chanteur semble un peu perdu tout seul sur cette grande scène mais cela n’empêchera pas l’oreille avertie d’apprécier son très beau grain de voix, renforcé par une égalisation dans les bas mediums faisant résonner ses textes à travers les poitrines. On sent une réelle intention de bien faire chez l’artiste, en plus d’une cohérence avec l’imagerie et les thèmes du headliner (je l’ai distinctement entendu chanter « Give me some alcohol » en jouant de la guitare avec un béret, tout y est), mais malheureusement les circonstances ne sont pas de son côté.

Pour un interprète visiblement plus habitué à jouer dans l’ambiance intimiste de pubs irlandais la scène du Zénith paraît beaucoup trop grande, et on sent dès le départ qu’il est intimidé par la foule. Une foule qui, rappelons-le, est ici pour un concert de punk et ne s’attendait donc pas vraiment à être accueillie par un simple guitare/voix. De plus la salle est alors à moitié vide et se remplit petit à petit de gens pas forcément très concentrés sur ce qui se passe sur la scène.

Le chanteur se décrispe petit à petit, notamment après que sa reprise de Redemption Song de Bob Marley ait rencontré un certain succès, et ose enfin s’adresser au public, mais très brièvement. Jesse Ahern semble être un artiste intéressant mais placé ici dans un décor démesuré lui faisant perdre ses moyens et sa prestance, et on espère avoir l’occasion de le revoir passer sur Paris dans une salle plus réduite, voire un bar, où il serait plus dans son élément.

 

– FRANK TURNER & THE SLEEPING SOULS –

Frank Turner & The Sleeping Souls | Photographe Romain Keller | Média Error404

Prenant le contrepied total de cette première prestation, le britannique Frank Turner et ses Sleeping Souls (ou SS en abrégé) révèle bien vite ses qualités de showman. D’entrée de jeu la performance est explosive et vient réchauffer la foule laissée sur sa faim après Jesse Ahern. La particularité de la formation est d’inclure un organiste utilisant des sons très typés années 50-60, et on note en effet une certaine influence du rock de cette époque dans les compositions du groupe.

Et ce n’est pas la seule influence que l’on décèle dans cette prestation. Sur une base de rock à tendance pop à la Feeder (dont nous avions couvert le concert en novembre dernier) Frank Turner et la SS rajoute des éléments de country, de folk, de punk… pour créer un mélange énergique à base d’hymnes entraînants enchaînés sans répit.

Le set est porté par un lightshow ne prenant pas trop de risques mais toutefois efficace. Mais ce n’est pas ce qui frappe le plus. Ce qui frappe le plus c’est que Frank Turner n’est en fait pas du tout venu pour faire un concert, mais bien un one man show. Fait notable, le chanteur parle dans un français imparfait mais parfaitement compréhensible (bien plus que celui de Bruce Dickinson en tout cas) tout le long du concert avec un enthousiasme sans faille.

Et tout le concert sera ponctué de petits moments humoristiques et totalement barrés comme la reprise d’un des morceaux de l’artiste traduit mot à mot en français, ou un autre morceau sur Ressuci Anne (si vous ne savez pas qui c’est, voici de la culture, c’est cadeau, me remerciez pas). Ce concert va à 100 à l’heure, alternant ses interludes humoristiques avec les hymnes du groupe, le toute dans une ambiance très pop avec quelques très beaux moments comme le slam chanté débordant de punkitude sur la fin du set. Frank Turner semble être un frontman à l’égo surdimensionné, mais force est de constater que son talent de showman est indéniable et que la durée du set (une heure, exceptionnel pour une première partie) n’est pas de trop tant on ne se lasse pas de l’énergie qui irradie depuis la scène.

Setlist :

  • Get Better
  • 1933
  • The Lioness
  • Try This at Home
  • If I Ever Stray
  • Photosynthesis
  • Polaroid Picture
  • Long Live the Queen
  • Rescue Annie
  • Eulogy (version française)
  • The Next Storm
  • Sons of Liberty
  • Out of Breath
  • Recovery
  • I Still Believe
  • Four Simple Words

 

– DROPKICK MURPHY’S –

Dropkick Murphys | Photographe Romain Keller | Média Error404

C’est après cette première partie longue (près de deux heures) et éclectique que le public des Dropkick Murphy’s quelque peu sceptique face à cette introduction perçue comme interminable par certains finit par obtenir ce pour quoi il est venu.

La salle plongée dans l’ombre est bercée par une mélodie traditionnelle irlandaise faisant encore monter l’impatience générale suivie du titre The Lonesome Boatman, et le set démarre en trombe sur le classique The Boys Are Back. Entrée en scène impactante et rudement efficace, seulement entachée par sa lumière (les spots blancs à hauteur de visage qui m’empêchaient presque d’ouvrir les yeux, j’éviterai à l’avenir). Heureusement elle se calme bien vite, et ce début de set continue sur sa lancée jusqu’à un interprétation magistrale et jouissive de Blood.

Fun fact, de longs serpentins sont envoyés au-dessus de la foule sur le début de ce morceau selon un angle bien trop grand… et restent coincés dans la structure du plafond, hors de portée de main. Petite erreur de la part des techniciens du groupe, étrange quand on sait que l’effet avait sûrement déjà été utilisé deux fois la veille, et réinterviendra plus tard dans le set.

Mais le set suit son cours avec la même énergie. Le tout est enveloppé par les projections sur l’écran géant du fond de scène dont on apprécie la diversité. Paroles des chansons, clips, animations originales… le soin apporté à cet élément principal de la mise en scène fait plaisir à voir.

Le public semble enthousiasmé par cette prestation, et l’ambiance est à l’image de l’explosivité du show. Mais malgré tout quelque chose me dérange dans ce set : je l’ai déjà vu, plusieurs fois, et depuis des années.

Entendez-moi bien : Dropkick Murphy’s est toujours au top de sa forme, le lien avec le public est bien présent, les musiciens ont l’air de passer un aussi bon moment que le public. Mais le groupe semble avoir du mal à se renouveler dans sa mise en scène. La sortie de 11 Short Stories of Pain and Glory il y a quelques années avait renouvelé un peu tout ça, mais pas fondamentalement, et j’ai un peu l’impression que le groupe se repose sur ses acquis et stagne.

Malgré cela la performance est tout à fait appréciable, et certains morceaux fonctionnent parfaitement bien en live comme par exemple le nouveau single Smash Shit Up ou le quasi-final Until the Next Time tout en émotion alors que la moitié de la fosse se retrouve sur scène, et bien sûr le mythique Shipping Up to Boston.

Ce concert était bon. Mais il était bon comme l’avait sûrement été son jumeau de la veille, et comme l’ont été tous ceux ayant eu lieu au même endroit à la même époque depuis quelques années. Malgré cela les afficionados du groupe y trouvent toujours leur compte, et c’est bien là le plus important pour ce groupe qui peut compter sur une fanbase forte et inépuisable.

Dropkick Murphys | Photographe Romain Keller | Média Error404
AHHHHH un photographe !

Setlist :

  • Foggy Dew
  • The Lonesome Boatman
  • The Boys Are Back
  • Famous for Nothing
  • Blood
  • The State of Massachusetts
  • The Bonny
  • The Walking Dead
  • The Fields of Athenry
  • Rocky Road to Dublin
  • Citizen C.I.A.
  • The Black Velvet Band
  • First Class Loser
  • Smash Shit Up
  • Cruel
  • The Warrior’s Code
  • Amazing Grace
  • Prisonner’s Song
  • Sunday Hardcore Matinee
  • Caught in a Jar
  • Johnny, I Hardly Knew Ya
  • Out of Our Heads
  • Worker’s Song
  • Rose Tattoo

Encore:

  • Going Out in Style
  • Until the Next Time
  • I’m Shipping Up to Boston
  • My Way (Frank Sinatra)

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