Chapitre 112 : Vivre la Vie Folle

 

Lorsque le groupe de Vepar arriva à la porte, Hifumi avait déjà disparu dans le château. L’humeur de ce dernier était à son apogée avec tous ces combats. Cependant, il savait que ce jeu n’allait pas durer longtemps.

« Ueeh, oeeeh, oeeeh… »

« Ugh… Bleeeergh…. »

La soigneuse suivant Vepar vomit tout à coup le contenu de son estomac en voyant la terrible scène, et l’une des filles se tenant à ses côtés fit de même.

« Reprenez-vous. » (Vepar)

Vepar, visiblement peu affectée, observa les alentours.

Plus aucun être vivant n’était visible.

Homme, femme, peu importait l’âge, tous avaient perdus la vie.

« Il semblerait qu’il s’en soit donné à cœur joie. » (Vepar)

« Capitaine, vous pensez que cet humain est entré ? Là où est le roi, dans le château ? »

« Probablement. » (Vepar)

Vepar répondit en soupirant à la réponse de sa subordonnée qui, même si elle n’avait pas vomi, avait le visage blanc comme un linge.

« Il prévoit de faire de moi le nouveau roi démon, après avoir éliminé le roi actuel. » (Vepar)

« …Est-il sain d’esprit ? »

« Aucune idée. » (Vepar)

Croisant les bras, la bouche de Vepar se tordit pour former un へ.

« Cependant, il avait l’air tout à fait sérieux. Je ne sais pas à quoi il pensait, mais son expression disait qu’à ses yeux, le fait de tuer un roi était tout à fait possible. » (Vepar)

« Le seul problème… » Vepar leva les yeux vers le château et même ses subordonnées, à l’exception des deux qui vomissaient toujours, firent de même en dirigeant leur regard vers la chambre du roi.

« C’est de savoir si cet humain peut gagner contre le roi, n’est-ce pas ? » (Vepar)

Tous acquiescèrent aux paroles de Vepar.

Tout soldat démon savait pourquoi ce roi régnait malgré son apparence de jeune garçon.

« Geee, ueeeh. »

« *Crache* Maintenant j’ai un goût horrible dans la bouche. Quelqu’un à de l’eau ? »

L’atmosphère, qui devait être sombre dans de telles circonstances, ne l’était pas trop grâce aux filles.

 

L’armée de Fokalore formait une longue ligne devant les portes de la ville. Ainsi, les soldats partirent sous les applaudissement et acclamations de la foule.

Les hommes, en armures et équipés d’épées, de lances et même de kusarigama pour certains, souriaient, même si ces sourires étaient teintés d’une certaine nervosité.

Ils étaient au nombre de 500. Cependant, il ne s’agissait même pas de la moitié des soldats servant dans l’armée de Tohno. Ce comté était le seul à posséder la capacité financière pour posséder une aussi large armée, à l’exception bien sûr des capitales de chaque nation. Après tout, toute armée était extrêmement coûteuse.

« Courage ! »

« Exterminez tous les monstres ! »

« Revenez vite ! »

De nombreuses voix se mélangeaient en plus des bruits de l’armée.

Les soldats quittaient enfin la ville, organisés en rangs. Leur regard était dirigé vers une personne à l’avant.

« En marche ! » (Alyssa)

« « « Oui ! » » »

A l’avant des troupes, à bord d’un chariot à ciel ouvert, Alyssa étirait du mieux qu’elle pouvait son bras tout en criant. Les troupes lui répondirent en cœur.

Aux côtés d’Alyssa se tenait Miyukare, qui lui servait de conseillère. Les soldats se mirent à avancer, avec derrière eux plusieurs chariots et l’unité de ravitaillement.

« Pour le moment, nous devrions nous diriger vers Vichy, c’est bien ça ? » (Alyssa)

« Oui, j’ai déjà donné l’ordre au conducteur. Vous pouvez vous asseoir et profiter du voyage, Alyssa-sama. » (Miyukare)

Miyukare sourit, et lui présenta une tasse de thé.

« Merci. » (Alyssa)

Voyant Alyssa lui rendre son sourire, Miyukare tenta de calmer les battements de son cœur et attrapa des documents placés près d’elle.

« En nous dirigeant ainsi vers Vichy, nous éliminerons les monstres que nous croiserons. Notre but premier est de sécuriser les routes et leurs alentours, mais… au final, en mettant une telle pression sur Vichy, la situation risque d’exploser et de déclencher une guerre. Si cela n’est pas le cas, nous limiterons les entrées et sorties à la frontières avec comme prétexte des mesures de sécurités pour les garnisons. Ce sont les ordres de Seigneur-sama. » (Miyukare)

« Il n’y a rien d’autre d’écrit ? » (Alyssa)

Faisant la moue, Alyssa ajusta la position de l’épée courte placée à l’arrière de sa hanche. En raison des tremblements du chariot, il était difficile de rester bien assis.

« Ce sont les ‘devoirs’ qui nous ont été laissés, Alyssa-sama. Mais en travaillant ensemble, une opération d’un tel niveau ne devrait pas poser de problème. » (Miyukare)

« Oui, je compte sur toi, Miyukare-san. » (Alyssa)

Miyukare, parvenant à peine à garder une expression sérieuse sur son visage, perdit intérieurement connaissance.

Alyssa lui souriait, mais lorsqu’elle tournait le regard vers les troupes, son expression devenait des plus sérieuses.

De plus en plus de personnes habitaient à Fokalore, alors un grand nombre de soldats était nécessaire à la sécurité et à la maintenance de l’ordre public. Mais étant donné que de nombreuses personnes cherchaient un emploi, le recrutement de personnel ne posait pas problème.

Les élites, toujours en train de se former et d’apprendre, avaient été assignées à leurs différents domaines d’expertise.

Même si plusieurs personnes avaient déjà perdu la vie en raison d’accidents en ville ou au cours de combats contre les monstres, l’armée féodale était si large que de telles pertes ne l’affectaient en rien.

Et, après plusieurs petits combats, il était enfin temps pour une opération militaire.

Sur la plateforme du wagon, Prulfras avait installé un nouveau type de baliste qu’il considérait lui-même de qualité satisfaisante.

« …Personne ne veut mourir. Il est aussi triste d’apprendre la mort d’une personne proche de soi. Cependant, il est possible de changer sa façon de penser en acceptant la mort comme inévitable. » (Miyukare)

Alyssa se tourna vers Miyukare.

« Que cherche à faire Hifumi-san ? Qu’as-tu pensé en entendant cela pour la première fois ? » (Alyssa)

« …Honnêtement, je ne comprenais pas. Pour moi, ses actions étaient comme courir pour aller vaincre un cheval sous le prétexte d’un entrainement. » (Miyukare)

« Ahahah, quel exemple amusant. » (Alyssa)

Alyssa éclata de rire, puis défit la lanière de son fourreau et en sortit son épée courte, qu’elle plaça devant son visage.

« Tu sais, Hifumi-san regarde son katana lorsqu’il a du temps libre. » (Alyssa)

Lorsqu’elle tourna légèrement le poigner, la lumière se refléta momentanément sur la lame.

« Un jour, je lui ai demandé pourquoi il regardait ainsi son katana. » (Alyssa)

La scène s’était déroulée lorsque Hifumi maintenait son katana après avoir médité et terminé son entraînement quotidien. Alyssa comptait manger avec lui et Origa, mais en entrant dans la chambre d’Hifumi, elle avait vu un homme, debout, fixant immobile et silencieux la lame de son katana.

« J’ai imaginé le moment de ma mort, m’a-t-il répondu. » (Alyssa)

« Ha ? » (Miyukare)

Haussant le ton de sa voix par mégarde, Miyukare rougit.

« J’ai eu la même réaction. » (Alyssa)

S’exclama Alyssa en riant.

« Et tout à coup, Hifumi-san a continué, Il est tout à fait naturel d’accepter d’être tué, si tu es prêt à tuer autrui. » (Alyssa)

Alyssa, après quelque secondes de fou rire, sécha ses larmes.

« Je te l’ai déjà expliqué, mais j’ai vécu quelque chose de difficile lorsque j’étais soldat à Vichy. Quelque chose de si cruel, que je voulais en mourir. » (Alyssa)

« Oui, je m’en souviens. » (Miyukare)

« A l’époque, j’avais peur de la mort. Il y avait tellement de choses que je voulais faire, de mets que je voulais goûter. Je pensais que tout cela allait prendre fin une fois la douleur disparue. » (Alyssa)

Le chariot fit un bond après avoir roulé sur un morceau de gravas.

Contrairement à Miyukare qui perdit son équilibre l’espace d’un instant, Alyssa se leva légèrement et compensa l’impact.

« Mais maintenant, je vis sans le moindre regret, jusqu’au jour de ma mort, comme me l’a enseigné Hifumi-san. Bien sûr, je n’ai toujours pas envie de mourir. Mais j’ai décidé de suivre Hifumi-san, et je n’ai pas encore réfléchi à l’avenir. » (Alyssa)

Alyssa caressa doucement le fourreau de son épée courte.

Celui-ci, poli au point de noircir, comme celui d’Hifumi, était si sombre qu’on aurait pu penser que les ténèbres avaient sciemment éteint son lustre.

« Il est important de vivre au maximum, mais aussi d’avoir une belle mort, je pense que c’est ce qu’Hifumi essaye de nous apprendre. Ses mots sont de tuer, mais aussi trouver un moyen de se tuer. Je pense que c’est ça… Cependant, comme tu le dis Miyukare, autrui ne peut que subir une telle philosophie. » (Alyssa)

Miyukare remarqua que la lueur visible dans le regard d’Alyssa était similaire à celle d’Hifumi.

« …Dans ce cas, je vais moi aussi vivre sans regrets. Je ferais des efforts, et je conserverais ma fierté jusqu’au bout. » (Miyukare)

« N’est-ce pas ? Une telle vie risque de s’avérer forte amusante. » (Alyssa)

Pour les soldats suivant le chariot, la scène était celle de deux femmes discutant calmement. Cependant, seuls les vétérans arrivaient à ressentir l’atmosphère effrayante, une atmosphère qui ne leur était pas inconnue.

 

Hifumi était recouvert de coupures et de brûlures. Ses deux bras et jambes étaient ouverts de bleus.

Et pourtant, il avançait fièrement katana en main, la pointe de son arme et ses cheveux dégoulinant de sang. Si Origa ou Vepar l’avaient vu ainsi, elles auraient décrit son apparence comme magnifique.

Son hakama troué de partout, sa peau était visible au niveau de ses flancs et de son épaule droite.

« Il n’y a personne… Non, ils se cachent, huh ? » (Hifumi)

Hifumi, entré par la porte du château comme pour provoquer ses ennemis, avançait tout en sentant le regard de plusieurs personnes se poser sur lui.

Ils ne m’attaquent pas, mais ils sont hostiles. Ce sont probablement les camarades de ceux que j’ai tués à l’extérieur.

« Pourquoi me regardez-vous sans rien faire ? Si vous voulez me tuer, faites-le. » (Hifumi)

« J’aimerais que vous arrêtiez de provoquer les soldats. » (Phegor)

Phegor apparut dans l’obscurité du couloir.

Le sourire dont il faisait preuve pendant la journée avait disparu. Son regard était maintenant perçant, observant chacun des mouvements d’Hifumi.

« Toi, eh ? Agathion m’a envoyé un accueil plutôt violent tout à l’heure. J’aimerais t’en remercier. » (Hifumi)

Hifumi le remerciait sincèrement, mais Phegor prit ces mots pour du sarcasme.

« …Quelle remarque peu sincère. Vous avez été invité par le Roi. Suivez-moi. » (Phegor)

« Tu vas toi aussi participer ? » (Hifumi)

« La nuit s’est avérée très amusante pour moi, mais qu’en est-il de toi ? » Rajouta Hifumi en riant.

« Vous êtes plutôt calme, humain. Mais cela ne durera pas très longtemps lorsque vous serez en présence du Roi. » (Phegor)

Hifumi se demanda s’il devait tuer Phegor pendant que celui-ci marchait en lui tournant le dos, mais pensa, la situation est suffisamment amusante. Si Vepar refuse le trône, il sera peut-être nécessaire d’y installer Phegor à la place.

L’état mental de Phegor, qui marchait fermement sur le sol en pierre au poing d’émettre un bruit sourd, n’était pas visible.

Son processus de pensée était compliqué actuellement.

Il avait une confiance absolue en la force de son Roi. De plus, il avait préparé un piège.

Phegor connaissait grossièrement la force des humains, alors pour lui l’intervention du Roi n’était pas nécessaire. Il s’agissait là de son impression la plus honnête.

Cependant, les prouesses montrées par Hifumi devant le château ne correspondaient pas à la force des humains telle que connue par Phegor.

(Si je ne vole pas son arme par quelque moyen que ce soit…) (Phegor)

S’il s’agissait du souhait de son Roi, Phegor était prêt à se sacrifier à tout moment.

Cependant, je ne peux pas me permettre de décevoir le Roi.

Il arrivait à déterminer au bruit des pas d’Hifumi que ce dernier le suivait.

Sortant d’un long couloir, Phegor arriva enfin à l’endroit prévu.

Des lumières magiques illuminaient la pièce cylindrique aux 3 étages. Les lumières, tremblantes, créaient une atmosphère féérique.

« Bien, c’est assez large. » (Hifumi)

Phegor entendit le commentaire d’Hifumi, mais ne répondit pas.

Au lieu de ça, il s’inquiétait de savoir si le mécanisme allait marcher. A l’intérieur du large hall, Agathion était assis sur son trône, lui-même placé sur une plateforme.

« Tu t’es bien débrouillé pour arriver jusqu’ici, Hifumi. » (Agathion)

Agathion souriait, mais ne se leva pas de son trône comme la dernière fois.

Il regardait Hifumi du haut de son siège, son coude posé sur l’accoudoir, comme pour montrer sa supériorité.

« Oui, grâce à toi je me suis bien amusé. Je t’en remercie. » (Hifumi)

« Tant mieux. » (Agathion)

Tout en discutant avec Agathion, Hifumi s’avança et passa à côté de Phegor.

Il se demanda si quelque chose allait de passer, mais il fut déçu par Phegor qui se contenta de l’observer. Il finit donc par se concentrer sur Agathion devant lui.

« Cela fait longtemps. » (Agathion)

Lorsqu’Hifumi arriva près du centre de la pièce, Agathion prit la parole.

« Notre peuple, il y a plusieurs générations de cela, a créé un village pouvant à peine être considéré comme une nation. Nos ancêtres se sont battus pour survivre dans ces terres sauvages, jusqu’à apprendre à utiliser des outils et armes. Ils n’avaient alors pour eux que leur magie et leur physique puissant, mais ces deux atouts leur suffisaient jusqu’à leur défaite contre les elfes. » (Agathion)

« Je vois. J’ai entendu dire que les démons de l’époque n’utilisaient pas d’armes. Je pensais qu’il s’agissait d’une erreur étant donné la situation actuelle, mais je comprends maintenant. » (Hifumi)

Hifumi s’arrêta d’avancer et secoua le katana dans sa main.

« Mais tu sais, cela ne change pas le fait que la force des démons réside dans leur magie. Parfois, certains démons aux capacités physiques incroyables, comme Beleth, apparaissent, mais c’est la puissante magie que nous possédons dès notre naissance et qui ne peut être copiée par aucune autre race qui fait notre véritable force. » (Agathion)

Agathion se leva finalement, et tendis les deux bras.

Hifumi l’observa, se demandant s’il comptait lancer un sort, mais cela ne semblait pas être le cas.

« Comme les humains. Oui, tout comme toi. Avec de puissantes armes, nous pourrions devenir encore plus forts. Des armes suffiraient à combler les faiblesses de notre puissante magie. Par exemple, la magie de barrière de Phegor. » (Agathion)

« Quoi ? » (Hifumi)

Hifumi, s’attendant à recevoir des sorts offensifs, se tourna tout à coup vers Phegor.

Ce dernier se tenait simplement là, les bras ballants.

Cependant, l’atmosphère autour de lui était différente.

« Cette sensation… » (Hifumi)

Hifumi pouvait voir une fine membrane autour de lui.

« La magie de barrière de Phegor est similaire à celle utilisée par les elfes pour nous emprisonner. Non, elle est même plus puissante. Cependant, il n’est habituellement pas capable de l’étendre autant. » (Agathion)

« Merci pour votre compliment. » (Phegor)

Agathion répondit à Phegor d’un geste de la main. Puis, il se mit à ricaner en voyant Hifumi prisonnier de la barrière.

« Il semblerait que cette arme possède de puissantes capacités. Cependant, quelque soit la qualité de son tranchant, elle est inutile si elle ne peut atteindre l’adversaire. » (Agathion)

Agathion fit signe à Phegor de supprimer une autre arrière présente dans la pièce.

Il s’agissait d’une barrière retenant l’amas de pierre servant de plafond.

Une fois la barrière retirée, les pierres tombèrent, soumises de nouveau à la gravité.

Hifumi leva la tête, et vit les larges pierres tomber directement sur sa position.

Accompagnés d’un boucan infernal et d’un nuage de poussière, les pierres et débris s’empilèrent dans la barrière cylindrique emprisonnant Hifumi.

« Cet humain n’a rien pu faire, n’est-ce pas ? » (Agathion)

Le rire d’Agathion se mélangea à l’écho du vacarme produit par la chute des débris.

 

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