Le garçon et la Bête

Par Mamoru Hosoda, Produit par le Studio Chizu et Nippon TV
Kazé/Gaumont, sorti en DVD/Blu-Ray le 16 mai 2016 au prix de 14,12€ et avec une édition collector bien fournie à 37,99€

Affiche garçon/bete

 

Considéré comme le digne successeur du grand maître de l’animation japonais qu’est Miyazaki, Mr.Hosoda a su conquérir son public au-delà des frontières de l’archipel nippon. Depuis son premier grand succès avec « La Traversée du Temps » en 2006, ainsi que ceux de « Summer Wars » et  » Les Enfants Loup, Anne et Yuki », il confirme son statut d’étoile montant, avec toujours une même recette simple mais efficace : celle d’imaginer un univers fantastique d’animaux parlants ou de pouvoirs télékinésiques pour mieux nous questionner sur les problématiques de notre univers ordinaire et moderne. Encore une fois « Le garçon et la Bête » ne déroge pas à la règle et nous invite à dépoussiérer le mythe du film d’apprentissage au travers d’une relation atypique mais unique : celui d’une bête maître d’armes et un jeune humain orphelin. 

Entre bons sentiments, tension dramatique, et scènes de combats épiques, ce cocktail japonais a-t-il su nous séduire ? Découvrons-le ensemble.

 

« J’aime pas les oeufs ! »

 

– Synopsis –  Shibuya, le monde des humains, et Jutengai, le monde des Bêtes… C’est l’histoire d’un garçon solitaire et d’une Bête seule, qui vivent chacun dans deux mondes séparés. Un jour, le garçon se perd dans le monde des Bêtes où il devient le disciple de la Bête Kumatetsu qui lui donne le nom de Kyuta. Cette rencontre fortuite est le début d’une aventure qui dépasse l’imaginaire…

 

 – L’orphelin, la bête et le sabre –

Le film a pour ambition dès le départ de nous offrir en 2h  l’évolution du personnage de Ren d’enfant à l’adolescence : la perte de l’innocence suite à la perte de ses parents à celui de l’accomplissement de soi de l’acceptation de son passé. Un but très poussé pour un simple film d’animation destiné en premier lieu à un public familial. La première qualité de ce film serait donc ce savoureux mélange entre le divertissement tout public à l’humour enfantin et des scènes d’une rare intensité émotionnelle, et aux dialogues réfléchis. 

Chez Hosoda, la dimension fantastique ( représentée ici par le peuple des bêtes, créatures vivant dans un mode de vie proche de celui de l’époque féodale japonaise) s’immisce naturellement dans la réalité du quotidien, grâce à des passages secrets au détour d’une ruelle bondée de Tokyo. Tel Alice entrant dans le pays aux merveilles en poursuivant un lapin, Ren va chercher à retrouver cette curieuse « bête-ours » anthropomorphe Kumatetsu, le premier et le seul à lui tendre la main dans la pénombre de sa solitude. Les instants euphoriques côtoient les moments plus mélancoliques, de même que les hommages aux films de samouraï comme l’illustre l’enjeu scénaristique de départ : pourvoir vaincre son rival Lozen, le guerrier sage et le plus admiré et de faire de Ren son disciple dans le but d’être le successeur du seigneur du village ; bravant ainsi la loi stipulant aucun contact entre humain et bête. 

La première partie du film est donc centré sur « l’entraînement de Ren auprès de Kumatetsu durant ses premières années. Le ton y est léger : on assiste à des scènes classiques de gags propres aux japonais mêlant de quiproquo, d’expressions exagérés et de rires hystériques. On ne peut que sourire bêtement mais avec un attachement certain pour les relations qu’entretient Ren avec les habitants du royaume des bêtes que son propre maître. Le thème de la différence est clairement posé ainsi que celui de la tolérance de l’individu étranger.

Le réalisateur s’amuse aussi des codes du genre puisque la relation maître-élève diffère du récit initiatique habituel bien qu’on reste sur le thème cher au genre : comment un homme devient-il un homme ? Kumatetsu s’avère être un mauvais professeur, grossier et égoïste tandis que Ren lui en fait voir de toutes les couleurs à la première occasion, ne montrant aucun respect à priori pour son « maître » arrivant même à la surpasser sur plusieurs techniques. Mais ces deux êtres solitaires vont finalement apprendre à s’apprivoiser, au point qu’ici la notion de famille se pose : notre vraie famille est celle du sang ? ou celle qui nous a éduqué ? apporter de l’amour sous quelle que forme que ce soit ? C’est le terrible dilemme que se posera alors notre héros aux portes de l’adolescence en retrouvant son père biologique par hasard en retour dans le monde des humains remettant en question sa propre identité. Qui sommes-nous? d’où venons-nous ? et quel est notre place ? 

– Combattre avec le coeur –

 

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« J’ai cru voir un gros minet ! »

 

La seconde partie s’ouvre ainsi sur une mise en scène plus mature, émotionnellement plus dense et aux discours plus sérieux mais en n’oubliant pas un humour de l’absurde incarné encore une fois par Kumatetsu. La grand force de ce film réside donc bien dans le développement de tous les personnages sans exception. Les secondaires sont tout aussi importants pour l’intrigue et attirer spontanément la sympathie du spectateur. Contrairement à d’autres clichés tenaces dans l’animation japonaise, il n’est pas question ici d’un scénario binaire de gentils contre des méchants. Cela n’est pas qu’une simple façon habile d’éviter tout manichéisme. Le film est à lui seul une métaphore ironique d’une actualité bien présente aussi bien au Japon que dans les pays occidentaux, où Hosoda nous rappelle qu’une bête peut émerger en chacun de nous. Ce n’est pas hasard si Ren lit Moby Dick de Melville recentrant le film sur l’idée que Ren doit savoir combattre ses propres démons, à la fois littéralement et métaphoriquement apaisés par la présence paternelle de Kumatetsu, la profonde amitié de Kaede et le souvenir vif de sa mère (matérialisé sous la forme d’une boule de poil nommée Chiko, la mascotte « kawaï » du film pour faire vendre quelques goodies au film ?).

La poésie du film est surtout servie grâce à un magnifique travail sur la mise en scène et le chara-design des personnages : un travail en 2D « à l’ancienne » comme on l’aime, et avec un charme incomparable (dessins précis, couleurs bien choisies). Au point, que certaines animations en 3D dans les scènes d’actions arrivent comme un cheveu sur la soupe, et sem
ble faire assez tâche dans le tableau ( notamment celle de la baleine, reflet symbolique des pouvoirs du personnage d’Ichirôhiko bien qu’elle ne soit pas vraiment moche en soi). La bande son est aussi très agréable et rempli son job correctement, bien qu’aucun morceau ne marque vraiment le thème récurrent qu’on peut entendre dans le générique du début et souvent durant les scènes d’affrontement ( mêlant percussions et contrebasses) donne un rythme très accrocheur.

Les défauts qu’on peut pointer seraient tout d’abord certains personnages plombant l’ambiance du film sont les deux amis de Kumatetsu, Tatara et Hyakushubo, qui ne cessent de commenter tout ce qui se passe diminuant ainsi l’impact de certaines scènes : est-ce pour mieux expliciter certains sous-entendus des dialogues aux plus jeunes de peur qu’ils ne comprennent pas tout ?

Ensuite, la durée du film lui-même fait défaut tant que le réalisateur n’a pas le temps de développer les motivations de certains personnages et donc certaines pistes scénaristiques intéressantes. Bien qu’on comprend l’essentiel à la fin, cela fait retomber le rythme de façon trop brute sur certaines scènes -clés qui déroute le spectateur : notamment les révélations sur le passé de d’Ichirôhiko ou sur la réincarnation de Kumatetsu…pourquoi Kumatetsu veut-il devenir le nouveau seigneur ? Pourquoi doivent-ils absolument prendre un apprenti ? En quoi la famille d’adoption que fuit Ren est-elle si horrible ? Certaines n’auront pas de réponses laissant le spectateur se projeter sur les personnages qui lui sont offerts. 

On peut aussi noter que le film ne met en valeur qu’un seul personnage féminin en la personne de Kaede, ce qui est assez frustrant au point de penser de façon inconsciente que ses rares apparitions sont réduites à n’apporter qu’une excuse scénaristique pour Ren (sous forme d’une amourette) et à retourner dans le monde des humains pour jouer les adolescents rebelles envers Kumatetsu pour aider véritablement à faire avancer l’intrigue ( bien qu’elle illustre l’idée que l’éducation d’une personne se fait aussi au travers des rencontres en dehors du cercle familiale et au contact de la connaissance culturelle). Dommage car elle dérogeait à l’archétype de l’héroïne japonaise classique avec un potentiel certain mais dont la durée du film n’aide pas non plus à servir son propos. 

On sert trop vite le dessert j’ai envie de dire pour nous dire gentiment de nous dépêcher de sortir de table car le film durant déjà presque deux heures, il faut finir l’histoire rapidement. Dommage, car on en redemandait encore !

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Virilité à l’état pur !

 

Plus + tableau Moins -
    • Le retour d’un film d’animation en 2D fait toujours plaisir aujourd’hui !
    • Des personnages aussi bien principaux que secondaires attachants et intéressants
    • Une intrigue mêlant ton léger et enjeux plus matures 
    • On passe du rire aux larmes, de la baston badass à des scènes intimistes avec bonheur
    • Parce que…. Kumatetsu c’est Baloo en mieux…! 
  • Le film ne prend pas le temps d’explorer toutes ses pistes scénaristiques ce qui est frustrant
  • Des personnages féminins inexistants ou presque
  • Des passages en animation 3D assez lourds visuellement

Conclusion : Le garçon et la bête est donc un petit bijou d’animation qui se savoure bien installé sous vos couvertures où les larmes et les sourires béats y sont autorisés. ça donne bien envie d’enfiler son kimono et de rejoindre le petit monde de Ren. On ne peut que vous conseiller de le voir et de découvrir ou redécouvrir ce nouveau maître de l’animation actuel au service des petits comme des grands enfants ! 

Médaille - Or

 

 

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