Chapitre 18 : Un Festin à la Capitale Royale est Sûrement Délicieux

Château Belta, en pleine réparation.

Dans la salle de conférence du château, l’opinion des généraux et officiers du personnel était divisée en deux, entre le plan de guerre éclair – forcer Canaan à se rendre immédiatement puis capturer la Capitale royale, et le plan plaçant la sécurité avant tout – capturer la région sud tout en assiégeant Canaan. Un grand nombre de ces hommes, encouragés par leurs victoires successives, souhaitaient avancer vers la Capitale Royale le plus rapidement possible.

« J’aimerai que vous vous souveniez tous de notre grande cause. Libérer la Capitale Royale des mains de son despote devrait être notre mission. Alors pourquoi devrions-nous réaliser un si grand détour, j’ai franchement du mal à comprendre. »

« Tout à fait. Pendant que nous nous tournons les pouces, le peuple souffre. Il est évident que l’ennemi est en train de céder. Après tout, l’Empire vient de déclarer la guerre. Ce détour impliquant la prise du sud du Royaume est inutile. »

Altura n’avait pas encore révélée son opinion. Avant d’avoir entendu l’avis de chacun, elle ne comptait pas émettre son jugement. Sa décision allait être extrêmement importante après tout.

Les vies de tous les soldats de l’Armée de Libération étaient en jeu.

Lorsqu’ Altura se tourna vers Diener, celui-ci toussota avant de prendre la parole.

« …Je pense que nous devrions contenir notre impatience. Le temps est de notre côté. Plus nous attendons, plus notre avantage grandit tandis que celui de l’Armée du Royaume s’effrite. Sans oublier qu’un rude hiver va bientôt arriver. Canaan n’est pas faible au point de tomber si rapidement. »

Plusieurs personnes révélèrent des sourires amers en entendant les paroles de Diener. Il s’agissait des personnes appartenant à la faction opposée, voyant d’un mauvais œil l’importance grandissante de Diener. Ces personnes étaient de vieux membres de la faction Salvador, accompagnant Altura depuis la création de son armée. Les renforts de l’Empire étaient eux aussi inclus au sein de cette faction.

L’autre faction était la faction Belta, constituée de soldats déserteurs soutenant ses idées et rassemblés sous une même bannière.

La faction Salvador était la faction la plus proche d’Altura. Mais en termes d’effectifs, ces derniers étaient largement inférieurs en nombre à la faction Belta, dont l’opinion ne pouvait être ignorée.

Altura conservait donc un délicat équilibre. Lorsqu’elle penchait d’un côté, un mécontentement apparaissait de l’autre. Ce mécontentement risquait de s’accumuler encore et encore, au point d’exploser, tout comme le Royaume actuel.

« Je vois, je vois, je ne m’attendais pas à de tels mots, venant de la part de l’ingénieux Sir Diener. Au cours du combat quelques jours plus tôt, n’était-ce pas vous qui aviez envoyé 5 000 troupes afin de poursuivre l’ennemi jusqu’à Canaan ? Car elles ont été repoussées sans rien accomplir. J’espère que vous n’avez pas oublié tout le sang que vous avez versé inutilement. »

Critiqua Ghamzeh, un officier du personnel de la faction Belta, avec le soutien d’autres membres.

« C’est ce qui arrive lorsque des soldats sont mobilisés sans réfléchir. Bien sûr, c’est vous, Sir Diener, qui avez réussi à faire tomber Belta. Cela est dû à vos compétences. Mais au final, il s’agit de l’œuvre des officiers et hommes de l’Armée de Libération, et surtout des miliciens ayant risqués leur vie. J’espère que vous n’oubliez pas que la situation actuelle est le résultat d’hommes aux idéaux similaires. »

« ……Dans ce cas, Officier du Personnel Ghamzeh possède-t-il un plan pour faire tomber Canaan ? »

« Bien sûr. J’ai déjà réalisé quelques arrangements pour sa capture. Je possède des liens avec les seigneurs de la région de la Capitale Royale. Nous avons échangé quelques messages, et ils sont prêts à se révolter aussitôt que l’Armée de Libération envahira la région. »

Ghamzeh sortit plusieurs messages secrets de sa poche de poitrine. Sur un grand nombre d’entre eux, les noms des seigneurs féodaux de la région proche de la Région de Canaan étaient inscrits. Il avait fait fonctionner ses connexions remontant au temps où il était affilié à l’Armée du Royaume, afin de mettre son plan à exécution.

Ce que cherchaient les seigneurs féodaux, c’était une garantie de sécurité. Cela avait donc été un jeu d’enfant pour Ghamzeh. Ainsi, il comptait monopoliser les exploits pour la faction Belta, afin d’ensuite s’assurer une place au sommet après avoir gagné le contrôle de la Capitale Royale. La menace actuelle était que l’Empire parvienne à installer un régime sous son contrôle. A ce rythme, l’Empire allait profiter de la guerre civile pour réaliser ses desseins.

Il s’agissait là de ce que craignait les anciens membres de l’Armée du Royaume.

Celui qui avait fait naitre cette peur, c’était le Tacticien Diener. Diener était un personnage suspect, au lieu de naissance inconnu et proche du Prince Alan envoyé par l’Empire. Il était une épine dans le pied de la faction Belta, et tous ses membres attendaient, comme une bête guettant sa proie, de pouvoir le faire tomber de son piédestal. Il n’avait auparavant pas fait beaucoup d’erreurs, mais l’échec de la précédente poursuite était l’occasion tant attendue.

« Sir Ghamzeh. Je parlais de la capture de Canaan. La prise de la Capitale Royale est une discussion pour plus tard. »

« Allons, un peu de patience Sir Diener, je compte bien vous offrir les détails de mon plan. Beaucoup de mes subordonnés connaissent en détail la géographie de la région….. Regardez donc. »

Ghamzeh commença ses explications, plaçant son doigt sur la carte présente dans la pièce.

« Pour lancer un assaut frontal, il est nécessaire de prendre le contrôle de la route principale nous connectant à la Capitale Royale. Cependant, cette route est entourée de hautes montagnes. En plus de ce château naturel, le Bastion Roshanak y est situé. Si l’ennemi se plaçait en formation de combat dans cette région montagneuse, il serait extrêmes difficile à combattre, n’est-ce pas ? »

« C’est vrai. Nos adversaires peuvent y combattre en profitant d’une position stratégique, tandis que nous serions forcés de combattre depuis le sol. »

Altura acquiesça. Diener écoutait silencieusement.

« Exactement. Si nous choisissons d’attaquer imprudemment, nous risquons de subir de terribles pertes….. Mais changeons un instant de sujet. Au-delà de la région montagneuse de Canaan existent trois forteresses. La première est notre cible, la Capitale royale Blanca. Au sud-est se trouve la Forteresse Sayeh, et au sud-ouest la Forteresse Cyrus. »

Ghamzeh pointa du doigt les lieux cités un par un. Depuis Belta, la forteresse la plus proche était la Forteresse Cyrus, au sud-est.

Une fois la route traversée, à l’ouest se tenait Cyrus, et à l’est Sayeh. Entre les deux, la Capitale royale Blanca était visible. Cette triple défense, en assumant qu’ils parviennent à traverser Canaan, constituait le bastion final du Royaume.

« C’est à la fin que notre ennemi sera le plus féroce, huh. »

Observa Behrouz en caressant sa barbe blanche. S’ils tentaient de capturer l’une des forteresses, ils allaient sans le moindre doute être attaqués par derrière. Pour remédier à ce problème, même si cela ne leur plaisait pas, ils allaient devoir diviser leurs forces.

« Cependant, l’endroit n’est pour le moment pas très dangereux. Puisque nous ne sommes pas encore arrivés dans la région de Canaan, les soldats n’ont pas encore été stationnés. Seuls les citoyens servant de main d’œuvre, les inspecteurs et quelques gardes sont présents… Et nous avons de la chance, car il semblerait que nous soyons guidés par les étoiles. »

Dévoilant les informations obtenues par ses espions, Ghamzeh tapotait fièrement sur la carte.

Diener le pressa de continuer.

« Et cette chance est ? »

« Dans les montagnes de Canaan, il existe une passe que seuls les locaux connaissent. Naturellement, cette passe n’est sur aucune carte, et personne d’autre n’est au courant. Derrière ce raccourci se tient l’arrière de la Forteresse Cyrus. »

En partant du site de capture prévu, Ghamzeh montra une région un peu plus à l’ouest. Il s’agissait d’une région montagneuse et escarpée appelée la Crête Golbahar. Ghamzeh souhaitait traverser cette crête, capturer Cyrus, et attaquer en épingle la Région de la Capitale Royale.

« Mais n’est-ce pas extrêmement dangereux ? Si nos troupes sont isolées, nous ne pourrons pas éviter d’être annihilés. Et cet endroit ne facilite pas l’envoi de renforts. »

Altura fit part de ses inquiétudes, mais Ghamzeh secoua la tête, assurant qu’il n’y avait aucune crainte à avoir.

« C’est justement pour cette raison que j’ai communiqué avec les seigneurs féodaux autour de Cyrus. Ceux qui ont encore de l’espoir coopéreront. Je souhaite donc emprunter 3 000 unités d’infanterie légère en tant qu’unité avancée, et 5 000 pour l’arrière. Avec cela, nous pourrons défendre jusqu’au bout. L’hiver arrive, et s’il neige, il deviendra impossible de mobiliser une grande armée. Pendant ce temps, nous pourrons faire pression sur Canaan depuis le front et l’arrière. »

« Diener, qu’en pensez-vous ? »

« ……..Si cela fonctionne, Canaan tombera sans effort. Nous pourrions couper leurs lignes d’approvisionnement, et puisque Canaan est infertile, toute tentative de production domestique s’avèrera extrêmement difficile.  Les convois du Royaume leurs sont indispensables. Mais, la probabilité est de 50%, dirais-je ? »

Diener ne semblait pas vouloir adhérer à ce plan, mais Ghamzeh l’ignora. Il avait réalisé toutes les préparations jusque là. De sa propre initiative, il avait préparé le terrain auprès des seigneurs féodaux, versant dans ce plan une quantité de fonds non négligeable. Il ne comptait pas reculer après tout ce qu’il avait fait. Il s’agenouilla donc, baissa la tête, faisant preuve de sa résolution. Il ne mentait pas lorsqu’il pensait faire cela pour la victoire de l’Armée de Libération.

« Princesse Altura. Des risques et dangers existent dans tous les plans. Mais l’Armée de Libération n’en serait jamais arrivée là si elle craignait le danger. Je vous en supplie, donnez-m-en l’ordre. Je vous apporterai la victoire avec certitude ! »

Après réflexion, Altura prit sa décision.

« …….Je comprends. Ghamzeh, je vous laisse le commandement de cette opération. Cependant, nous irons aussi capturer la région sud. Diener, vous vous chargerez d’accélérez les plans de captures du sud du Royaume. Behrouz, vous prendrez les soldats et partirez avec Diener. »

« Sir ! »

« Oui ! »

Ainsi, l’Armée de Libération décida de son plan d’action.

En tant que Première Division, 30 000 soldats allaient être déployés devant Canaan afin d’y établir un campement. Ils allaient ainsi bloquer les défenses ennemies, sans les attaquer, la simple confrontation étant leur but.

En tant que Seconde Division, 30 000 soldats allaient couper la ligne d’approvisionnement de Canaan, afin que l’Armée du Royaume périsse d’elle-même. Si l’ennemi décidait battre en retraite, ils captureraient Canaan.

Diener et Behrouz quant à eux furent envoyés dans le sud du Royaume. Il avait été décidé qu’Altura prendrait le commandement général des troupes depuis le Château Belta.

 

Cette nuit-là.

Diener envoya ses agents, porteurs d’ordres secrets, dans le Royaume. Si ses doutes étaient fondés, ils allaient lui servir d’assurance. Et s’il s’inquiétait pour rien, cela ne pouvait pas avoir de conséquences. Dans ce Royaume pourri jusqu’à l’os, certaines personnes allaient sûrement tenter d’utiliser les fausses informations semées par ses espions. Le Royaume était déjà devenu un terrain parfait pour la conduite d’activités secrètes après tout. Rapidement, un arbre honnête et droit allait se flétrir, ne laissant derrière lui que des mauvaises herbes. Les détruire allait ensuite être un jeu d’enfant.

 

Territoire Canaan, contrôlé par l’Armée du Royaume. Campement du Bastion Roshanak.

Entourant un feu de camp, tout le monde mangeait, buvait de l’alcool, soignait sa fatigue et discutait gaiement. Les soldats avaient accès à peu de plaisirs après tout. Dans ce genre d’endroit reculé, il s’agissait là des seules occupations possibles.

Ayant obtenu d’incroyables gains militaires, et ayant sauvé de nombreux soldats alliés, la Cavalerie de Schera avait été reçue en héros.

Les soldats de l’unité de Schera étaient tous très populaires, et tout le monde leur demandait, « Quel genre de personne est Schera ? », et « Est-ce que les rumeurs de ses prouesses sont fondées ? »

« Alors, c’est vrai ? A propos de vous, et d’Sir Schera ? Ce truc de Dieu de la Mort, c’est pas juste une fable ? Moi de c’que j’en vois, elle est pas vraiment différente des villageoises du coin. »

Le garde croisa les bras en grognant. Il ne remettait pas en cause leurs activités et exploits, mais doutait simplement du degré de ceux-ci. Ils avaient brisé l’encerclement de Belta, puis écrasé l’unité envoyée à leur poursuite. De quel genre de héros s’agissait-il !? Cela lui donnait envie de rire. Il ne s’agissait pas d’un conte de fée, mais de la vie réelle.

« Le Major Schera, enfin non, le Lieutenant Colonel ? Les rumeurs sont majoritairement exactes. Elle n’a que 18 ans, mais si vous la voyiez combattre ne serait-ce qu’une seule fois, vous ne remettriez plus jamais en question les rumeurs. »

S’exclama un membre de la Cavalerie de Schera tout en se versant un nouveau verre d’alcool. Dix hommes autour de lui, excités, se rapprochèrent pour mieux l’écouter.

« D’après les survivants, vous avez combattu vaillamment. Peut-être que c’est parce que vous êtes inspirés par Sir Schera ? Comme si c’était possible, hahaha ! »

« Et vous avez même été récompensés ! Je suis jaloux, parce que nous, on est plutôt inutile. »

« J’essayerai peut-être de faire une demande pour changer de commandant. Comme ça, j’aurais moi aussi quelques exploits et promotions ! »

Tout le monde semblait rigoler. Le membre de la Cavalerie de Schera, regardant le feu de camp, répondit,

« …….Comment le décrire… Quand je me tiens sous ce drapeau, et que je me bats aux côtés du Lieutenant Colonel, je n’ai plus peur. Je n’ai plus peur de mourir. Même moi je trouve ça bizarre. »

« C’est juste un effet de l’adrénaline. Tout le monde a peur de la mort. »

« Maintenant que tu le dis, je suppose que tu as raison. Moi le combat m’excite, mais j’ai peur de mourir. »

« La mort n’existe pas pour la Cavalerie de Schera. Nous… ne mourrons jamais. Même si nous perdons notre chair, si nous nous tenons sous le drapeau noir du corbeau, nous resterons éternellement aux côtés du Lieutenant Colonel. Ainsi, la Cavalerie de Schera ne sEra jAmais vaincue. NoUs ne sErons jAmais vaIncUs. »

Toutes les personnes présentes se tournèrent, bouche bée, en direction de l’homme qui continuait son monologue, le regard vide. Comme s’il récitait un texte saint, l’homme semblait convaincu de la justesse de sa foi. Dans ses yeux brillait une lueur de fanatisme.

« H-Hey. »

« Tu vas bien ? »

L’homme reprit tout à coup ses esprits, et regarda tout autour de lui. Il laissa échapper un petit rire, et engloutit sa boisson.

« …..Quoi ? C’est juste une façon de parler. Nous combattons avec ce genre d’enthousiasme. Le Lieutenant Colonel combat toujours au front, à nos côtés. La suivre est le moins que nous puissions faire. »

« Oh, d’accord. C’est bien. »

« Buvons. Si nous ne buvons pas tant que nous le pouvons, nous allons le regretter. »

« Ou-oui ! Allez, buvons, buvons ! »

« ………. »

Après ça, tout le monde continua à boire en silence, comme pour calmer leur peur de la mort. Comme pour essayer de ne pas directement regarder ça. Ça, étant le drapeau noir flottant au dessus du bastion. Son corbeau blanc– tous priaient pour qu’il ne fonde pas sur leurs arrières. S’il parvenait à les posséder, tous finiraient probablement comme cet homme.

– Le membre de la Cavalerie de Schera, quant à lui, admirait joyeusement ce drapeau.

 

Bastion Roshanak, Salle à Manger des Officiers.

Schera avait été invitée à manger par Yalder. Même si Belta était tombée, en termes de gains militaires individuelles, elle avait obtenue des mérites qu’aucun autre ne pouvait comparer. Yalder était d’extrêmement bonne humeur, et buvait de l’alcool en riant bruyamment.

« Major Schera. Non, Lieutenant Colonel ! Je ne regrette pas de vous avoir recommandée ! »

« Merci, Votre Excellence. »

« Ah–, laissez tomber les formalités. Ne vous retenez pas ; mangez, mangez. Sidamo m’a dit que vous aimiez manger plus que tout au monde. N’est-ce pas, Officier du Personnel Sidamo !? »

« Sir, tout à fait. »

Ayant réussi à fuir Belta, Sidamo acquiesça. Il avait reçu quelques blessures, mais rien ne l’empêchant de se mouvoir. Il avait donc repris sa place en tant qu’aide de Yalder, et travaillait en tant qu’Officier du Personnel.

Schera regarda Sidamo quelques secondes, avant de se remettre à manger. Elle avait devant elle une sorte de poisson grillée dont elle ne connaissait pas l’espèce, de la viande de lapins, des champignons, des plantes sauvages, des fruits. Tous pouvaient probablement être considérés comme des miracles de la nature. Même si le sol alentours était stérile, les montagnes offraient de tels mets.

« Mm, mm ! A l’aube de la résurrection de la Troisième Armée, je souhaite que le Lieutenant Colonel serve de pierre angulaire à notre armée. Nous récupèrerons ainsi la fierté de la Division d’Acier lors du prochain combat. N’est-ce pas, Sidamo !? »

« Sir, je ferais tout ce qui est en mon pouvoir. »

« Cela me fait plaisir de l’entendre ! Bien, profitez donc de ce repas. Mangez autant que vous le souhaitez ; peu m’importe. Je dois m’absenter en premier. S’il y a quoi que ce soit, n’hésitez pas à venir me voir. »

« Oui ! »

Schera salua tout en mangeant, et Yalder partit avec un rire étouffé. Sa précédente attitude hautaine semblait avoir disparue en partie.

Sidamo, pensant un tel changement préférable, acquiesça. Du moment qu’il n’était pas emporté par son arrogance, Yalder était un commandant sans égal. Mais sans cette arrogance, et sans connexion spéciale avec la noblesse, Yalder n’aurait jamais reçu le commandement de la Troisième Armée.

« Bien, Lieutenant Colonel, si vous voulez bien m’excuser. Vous avez bien fait de survivre et de revenir jusqu’à nous. Vos ordres n’ont pas changé. Si vous devez mourir, mourez dehors. Mourir dans un fort ne ferait que gâcher la cavalerie.

« Je comprends, Officier du Personnel Sidamo. »

« …….Ne vous inquiétez pas pour Valder. Un jour, nous le punirons pour sa trahison, mais ce ne sera pas de votre devoir. Même si vous le comprenez tout à fait sans avoir besoin que je vous le dise. »

« Je massacrerai l’armée rebelle. Au final, il périra de mes propres mains. »

« Une mise à mort de la part du Dieu de la Mort, huh ? Hmph, j’aimerai tellement qu’il puisse l’entendre. »

S’exclama Sidamo avant de partir.

Schera enfonça violemment sa fourchette dans un morceau de viande de lapin, et en arracha un bout de ses dents. Il avait un puissant goût de sang.

 

–Le jour suivant.

Le corps principal de la Première Armée, mené par le Maréchal Sharov, prit son nouveau poste à la Forteresse Roshanak. Sharov convoqua immédiatement les généraux et ouvrit un conseil de guerre. Il avait précédemment envoyé des éclaireurs qui étaient maintenant revenus, lui permettant d’avoir une vue générale de la situation. La perte de Belta était un sérieux coup, mais il ne comptait pas s’apitoyer sur son sort. Maintenant, il fallait défendre Canaan jusqu’au dernier homme, et empêcher une invasion de la Capitale Royale.

« ……Nous avons perdu la Région de Belta, mais nous ne pouvons pas permettre une invasion de la Capitale Royale. J’ai appris que la Cinquième Armée, au nord-ouest, combattait avec courage son adversaire, l’Empire. S’ils continuent sur cette lancée, ils réussiront à survivre jusqu’à l’hiver. Une fois l’hiver arrivé, l’Empire sera dans une position de faiblesse. »

L’Armée Impériale menait un combat difficile dans la région fortifiée au nord-ouest. Étonnamment, la discipline des soldats du Royaume était maintenue. Si la Cinquième Armée avait fait face seule à l’Armée de Libération, la région nord-ouest serait tombée en un instant. Cependant, aux yeux des habitants de cette région, l’Armée Impériale était un ennemi irréconciliable. Il existait entre eux une haine née de plusieurs siècles de tueries mutuelles. Après tout ce temps, tout compromis était inimaginable. Ainsi, le peuple avait pris l’initiative de combattre les soldats de l’Empire. A leurs yeux, même si le Royaume était pourri, ils préféraient combattre à ses côtés plutôt que de se rendre à l’Empire.  S’ils étaient placés sous le contrôle de l’Empire, une oppression sans pitié allait sûrement être maintenue. Les vieux, les jeunes, les hommes, les femmes– tous savaient que les heures étaient sombres, et tous prenaient les armes et se levaient.

Ils avaient ainsi rencontré la force principale de l’Empire aux forts, et perturbé les ravitaillements ennemis grâce à des unités commando dissimulées un peu partout. L’Armée Impériale, devant faire face à des unités commando du Royaume possédant l’avantage du terrain, n’avait pas pu réagir à temps. Répétant de telles attaques aux endroits les plus inattendus, aux heures les plus inattendues, les citoyens avaient ainsi apporté leur aide. Les membres de l’armée et les civils ne pouvaient plus être distingués. S’ils étaient vaincus, tout règne de la part de l’empire s’avérerait difficile.

De plus, l’hiver allait bientôt arriver. Les ravitaillements allaient devenir difficiles, et les marches périlleuses. Les tentatives de traverser la région fortifiée et de marcher sur la Capitale Royale étaient au beau fixe. Mais pour conserver leur honneur, ils ne comptaient pas battre en retraite. Les deux armées étaient ainsi bloquées dans une guerre d’attrition.

Le fait d’avoir commencé la guerre en automne était la source de tous les problèmes de l’Empire. Ils avaient sous-estimé la région, pensant qu’en dévoilant leur puissance militaire, la région allait immédiatement capituler.

« Nous avons reçu des informations selon lesquelles l’ennemi déplace ses troupes dans le but de capturer Canaan. Pour que nous puissions nous occuper d’eux à tout instant, des préparatifs sont nécessaires. »

« Non, au lieu de ça, pourquoi ne pas lancer l’assaut sur Belta ? Après tout, l’ennemi risque de se reposer sur sa récente victoire, et de nous montrer une ouverture. »

Proposa le Lieutenant Général Barbora, mais Sharov rejeta son idée.

« Gardez vos non-sens. Si nous souffrons d’une nouvelle défaite, le sort du Royaume risque d’être lui-même affecté. Nous devons déplacer l’armée avec la plus grande des prudences. Gardez vos discours et comportements imprudents. »

« S-Sir ! Veuillez me pardonner ! »

Après avoir confirmé du regard la bonne réception de son message, Sharov se tourna vers Yalder, afin de parler de la défense de Roshanak.

« Votre Excellence Maréchal, moi, Yalder, j’ai échoué à Antigua, et je n’ai plus la moindre réputation ou honneur. Cependant, j’aimerai avoir une chance de nettoyer cette disgrâce. Dans la prochaine bataille, placez-moi à l’avant de l’armée ! J’éliminerai l’armée rebelle sans le moindre doute, je peux vous l’assurer !! »

Supplia Yalder en rougissant. Être garde de Roshanak n’était pas une mince affaire. Il allait être à la tête de l’armée afin de défendre Canaan. Pour Yalder, il s’agissait d’un rôle qu’il devait remplir, peu importe le coût.

« Yalder. Jusqu’à notre arrivée, vous avez bien su protéger le Bastion Roshanak. Cela, nous ne pouvons pas vous le retirer. –Cependant, il semblerait que vous n’ayez pas écouté mes directives. »

« Qu-Quelles étaient-elles ? »

« ‘N’agissez pas dans la hâte, et éviter toute ardeur excessive.’ Tel était mon ordre. Yalder, vous avez été emprisonné par ce qui se tenait devant vos yeux. Comment assumeriez-vous la responsabilité si la forteresse venait à tomber ? Si l’ennemi avait envoyé un détachement, que serait devenu Roshanak !? Vous auriez répété la même erreur qu’avec Antigua !! »

Gronda Sharov, étonnamment indigné. Yalder tenta d’objecter en bégayant.

« Nos alliés, battant en retraite, étaient poursuivis par l’ennemi ! Qu’y avait-il de mal à les aider !? Je ne pouvais pas les abandonner !! »

« ……Yalder. Il semblerait que vous n’ayez pas appris de vos erreurs. Si vous restez ici, la défense de Canaan s’en verra affectée. Si Roshanak est encore debout aujourd’hui, c’est simplement parce que vous avez été chanceux. »

« Votre Excellence Sharov !! »

Voyant cela, Barbora sourit. Le fait que Yalder ait été réintégré et offert l’honneur de défendre Roshanak le troublait au plus haut point. Il ne pouvait donc s’empêcher de ricaner intérieurement, voyant celui-ci se faire ainsi réprimander. Il voulait même applaudir, mais un tel geste risquait de lui attirer des ennuis.

« Yalder, vous êtes démis de votre position de Lieutenant Général. Prenez les soldats de Belta avec vous, et retournez à la Capitale Royale. Votre punition sera décidée plus tard. Voici la preuve écrite de votre rétrogradation. Donnez-la à l’Officier du Personnel Sidamo. Ouvrez les yeux, et faites bien entrer cela dans votre crâne. »

Répondit froidement Sharov en montrant à Yalder une enveloppe. Le visage de ce dernier était devenu pâle comme un linge, et il regardait Sharov la mâchoire béante.

« V-Votre Excellence. P-Pitié, reconsidérez cela. Je vous en supplie, donnez-moi juste une nouvelle chance ! »

« Vous commencez à m’ennuyer. Mes ordres ont été donnés. Que quelqu’un escorte Yalder dehors. Il semblerait qu’il soit fatigué, et n’arrive plus à tenir sur ses jambes. »

Ordonna Sharov. Barbora s’approcha avec un large sourire.

« Général Yalder, ou plutôt devrais-je dire, Monsieur Yalder. Ce n’est pas un endroit pour vous. Vous devriez rapidement retourner à la Capitale Royale. »

« B-Barbara ! Pourriture ! »

« Gardes ! Accompagnez Sir Yalder jusqu’à sa chambre ! Le Lieutenant Général est fatigué ! »

Yalder tenta de se débattre, mais fut rapidement immobilisé par les gardes qui l’emmenèrent ensuite de force. Une fois Yalder parti, Sharov laissa échapper un léger soupir,

« ……Bien, reprenons le conseil de guerre. »

 

Bureau de Schera.

Ayant reçu un rapport de Katarina, Schera hochait la tête, l’air désintéressée. La Cavalerie de Schera, faisant partie de la Quatrième Armée, allait retourner à la Capitale Royale. Son Excellence le feu Général Yalder était dans un piteux état, et visiblement au bord du suicide. D’après Sidamo, ce dernier avait perdu toute énergie. Ayant ses hauts et ses bas, l’ancien Général semblait lui aussi avoir ses propre problèmes.

‘Préparez-vous au combat’, murmura doucement Schera. Celle-ci avait probablement quelque chose en tête.

Puisqu’il s’agissait de Schera, ses objectifs étaient toujours les mêmes, alors de tels ordres ne la dérangeaient pas particulièrement. Katarina semblait elle aussi penser à quelque chose, mais préféra ne pas en faire part.

« Second Lieutenant Katarina. Vous avez des bonbons ? »

« Sir, tenez. »

Katarina sortit un bonbon d’une bouteille et le présenta à Schera. Celle-ci le pinça, avant de le jeter dans sa bouche. Cependant, une expression de doute apparut sur son visage, car le bonbon avait un goût de sel.

« …….Second Lieutenant Katarina. Qu’est-ce que c’est ? »

« Un bonbon dur recouvert de sel. J’ai entendu dire que le mélange de sucré et de salé était étonnamment bon. C’est un excellent article permettant l’ingestion de sel et de sucre en même temps. »

« Oh. Alors, tu les as essayés ? »

« Non, bien sûr que non. Je les ai achetés pour vous, Lieutenant Colonel. Il s’agissait d’un article fort coûteux, vendu dans la ville de Canaan. »

« Je te les offre tous. Considère cela comme un cadeau. Assure-toi de tous les manger. »

« S-Sir, merci beaucoup. »

Katarina remonta les lunettes sur son nez.

Regardant cela, Schera écrasa le bonbon au goût compliqué. Les derniers fragments étaient extrêmement salés.

La Capitale Royale Blanca– Schera ne s’y était jamais rendue. Cela allait sûrement être un lieu extrêmement vivant. Elle avait entendu dire qu’il y avait là-bas de nombreux mets différents. Imaginant tout cela, Schera se mit petit à petit à somnoler.

Katarina la porta jusqu’au lit. Tout le monde était fatigué. Ils avaient toujours combattus ensemble, alors autant profiter d’un tel jour pour se reposer.

 

–Garnison Roshanak, une unité mélangeant la Troisième et la Quatrième Armée, sous le commandement du Lieutenant Général Yalder, reçut pour ordre de retourner à la Capitale Royale.

Cette unité allait à l’avenir être appelée la Légion Unie de Yalder. Ses membres étaient au nombre de 7 000.

 

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Une pensée sur “La Fille Qui a Mangé la Mort – Chapitre 18

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    28 mai 2019 à 23 h 16 min
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    Merci beaucoup d’avoir traduit la suite de se novel
    C’est actuellement mon novel préféré , j’ai été très triste quand ils a été abandonnée et le fait que tu remais un chapitre ma fait replonger dans cette histoire fascinant
    En espérant que tu continura a traduit de façon régulière.
    A très bientôt j’espère et encore merci pour le chapitre.

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