Ah, chers amis, quel plaisir de vous savoir en bonne santé ! Ainsi vous aussi avez survécu à l’épidémie qui ravage le monde depuis des mois. Enfin l’épidémie, ce n’est pas le pire… Tout le monde semble avoir perdu la tête ces derniers temps. Les théories les plus folles s’amoncellent sans aucune forme de cohérence ni même de plausibilité, mais qu’importe, il faut bien que les gens s’occupent n’est-ce pas ? N’ayez crainte, tôt ou tard tout sera revenu à la normale et nos vies reprendront leur cours immuable. Tout le monde n’aura pas cette chance, fort malheureusement. Et bien oui, vous n’avez pas entendu parler de la chute du Pays de l’Avatar ? Malgré la poigne d’acier de son roi, les émeutes n’ont pas tardé à tout emporter. Peu importe l’esprit original de la protestation aujourd’hui, la population s’est dispersée, et la terreur règne maintenant. Tout le territoire tremble désormais à la seule mention du clown et de son groupe de renégats, usant de technologies interdites pour s’en prendre à quiconque croise leur route. L’information vous a échappé ? Et bien laissez-moi donc vous expliquer toute cette affaire en détails…

 

Le 7 Août dernier paraissait le dernier opus du quintet suédois Avatar, Hunter-Gatherer. Faisant suite, après deux ans de tournées quasi ininterrompus et un long-métrage, à Avatar Country, ce nouvel album arrivait avec la lourde tâche de redresser le niveau après le passage mitigé de son prédécesseur. Celui-ci avait en effet quelque peu déçu, souffrant forcément de la comparaison avec son propre prédécesseur, le mastodonte qu’avait été Feathers & Flesh, lui aussi un album concept mais présentant un récit bien plus captivant et dense (en retirant les interludes et instrumentaux d’Avatar Country on descendait à seulement six morceaux narratifs, assez pour présenter un univers, trop peu pour y construire une intrigue intéressante). La carte de l’album concept n’était donc pas forcément gage de qualité chez Avatar, et ce nouvel album adopte donc une forme plus classique, un enchaînement de titres vaguement liés, mais nous y reviendrons.

      Tracklist :

  1. Silence in the Age of Apes
  2. Colossus
  3. A Secret Door
  4. God of Sick Dreams
  5. Scream Until You Wake
  6. Child
  7. Justice
  8. Gun
  9. When All But Force Has Failed
  10. Wormhole

A la première écoute cet album déroute. C’est une constante dans la carrière d’Avatar, dès que l’on pense avoir réussi à cerner leur style l’album suivant se charge d’un mélange d’influences complètement aléatoires et d’innovations personnelles et laisse l’auditeur un peu perdu dans un maelstrom en apparence incohérent. On avait vu ça sur Feathers & Flesh et la charge de cavalerie venue tout droit du far west de House of Eternal Hunt, la country de The King Welcomes You to Avatar Country, ou encore la musique circassienne dispersée de-ci de-là un peu partout depuis Black Waltz. Mais il est important de savoir dépasser les premières impressions, et cet album en particulier se bonifie grandement au fil des écoutes.

L’album débute sur un sound design futuriste que l’on retrouvera un peu partout en ouverture/clôture de morceaux dans une tentative peut-être un peu artificielle de lier l’ensemble. Puis vient le premier single, Silence in the Age of Apes. Le morceau n’est pas si mal, une rythmique effrénée interrompue seulement pour être dédoublée dans les refrains, un break/solo hautement accrocheur, mais je m’interroge tout de même sur sa place en introduction. L’ensemble manque un peu de substance pour parvenir à accrocher l’oreille instantanément. Difficile de dire précisément où est le problème, l’ensemble du morceau semble avoir un goût de pas assez. Peut-être que le refrain trop en rupture avec le reste du titre et bien moins catchy brise un peu l’entrain, ou peut-être est-ce le manque d’épaisseur du son de guitare sur ce même refrain qui manque de punch et fait retomber le soufflé. Quoiqu’il en soit, même si Silence in the Age of Apes reste tout à fait écoutable on l’aurait plutôt vu en milieu de tracklist qu’en introduction où il peine à créer l’intérêt à partir de rien.

Mais bien heureusement la tendance s’inverse bien vite avec le second titre et second single, Colossus. Le fameux sound design futuriste trouve bien plus sa place ici, dans cette espèce d’ersatz de metal indus, une marche régulière et ininterrompue croisée avec la patte distinctive d’Avatar et ornée d’un refrain plus lyrique menant à une retombée brutale. Ce titre s’agrémente de la présence de Corey Taylor, que je n’hésiterai pas à appeler COUrey Taylor désormais (nan mais sérieux, regardez-moi cette nuque ! On dirait un genre de Corpsegrinder en moins difforme) malheureusement relégué aux chœurs du refrain.

Une vie de headbang, ça forge une nuque

Difficile de dire ce que sa voix aurait pu faire d’autre ici, mais quand on voit ses dernières collaborations (comme l’excellent Drugs de Falling in Reverse, où l’entrée de son couplet compte bien pour 50% de l’intérêt du morceau à elle seule) on est tout de même en droit de regretter qu’il n’ait pas eu droit à sa place ailleurs dans l’album. Quoiqu’il en soit Colossus reste tout à fait efficace et relève sans problème le niveau du morceau d’introduction. Le son de guitare qui péchait sur Silence in the Age of Apes est toujours présent ici mais bien plus adapté au ton du morceau et même simplement aux riffs, globalement beaucoup plus dans les graves. L’alternance couplet/refrain, avec une montée puis une redescente toutes aussi brusques, s’avère parfaite dans l’aspect martial et mécanique de ce morceau, et le tout est encore sublimé par le solo. Les parties solistes sont en effet un gros point fort de cet opus, parvenant à donner un intérêt même aux titres les plus oubliables.

Et puis vient le troisième titre, A Secret Door, et la plaisante perplexité qui agite forcément à l’écoute d’un album d’Avatar. Débutant sur une partie sifflée pouvant rappeler le classique Wind of Change de Scorpions, la tranquillité apparente est vite brisée par l’entrée d’un riff death mélodique ultra efficace faisant penser à du Amon Amarth période Jomsviking. Le morceau tout entier est un patchwork de riffs sans trop de rapport apparent, cette partie sifflée et ce riff donc, des riffs en guitare clean devenus partie intégrante du style d’Avatar depuis Feathers & Flesh, une montée épico/dramatique en guise de refrain aboutissant à une version encore plus efficace du premier riff, le tout enveloppé par une mystique nappe de clavier assez inédite… A Secret Door est une preuve de plus qu’Avatar sait encore innover et s’aventurer dans des styles inconnus, le tout donnant un genre de power ballad revisitée, à la fois mélancolique et inquiétante, de l’Avatar pur jus parvenant tout de même à mêler de nouvelles influences à sa musique déjà assez hétéroclite.

Cette patte Death Melo/Amon Amarth continue d’avoir la part belle sur la plupart des morceaux suivants, jusqu’à presque devenir la quintessence du style de cet album. Dommage alors d’avoir débuté l’album sur deux titres qui, au-delà de leur qualité intrinsèque, sont finalement en rupture avec le ton général de l’album. God of Sick Dreams continue sans soucis de relever le niveau, une influence Feathers & Flesh très marquée, notamment sur le refrain entraînant mais agrémenté d’harmonies quasi dissonantes, juste assez pour créer un début de malaise sans jamais briser le plaisir de l’écoute.

Venant clore cette première moitié de tracklist, Scream Until You Wake est l’une des pépites de cet opus. Comme une version améliorée de Silence in the Age of Apes, une rythmique effrénée jamais interrompue, des riffs toujours plus efficaces s’enchaînant sans faille, même les riffs principaux semblent étrangement similaires (et très inspirés de choses entendues avant chez Avatar, come A Statue of the King). Le point culminant de toute cette frénésie est le refrain en chant clair montant en intensité pour finir dans un hurlement, l’ensemble appuyé par les coups de caisse claire marquant chaque temps. Le seul moment où le morceau s’autorise une pause est le solo, illustration parfaite de ce que je disais sur Colossus, rythmé par un riff donnant envie d’envoyer ses rangers à hauteur de mâchoire, avant de reprendre sur un ultime refrain sans jamais perdre d’énergie dans les transitions. Ce titre est un tube instantané, au-delà de sa place au sein de l’album ou même de la qualité générale de celui-ci, et frappe presque aussi fort que l’avait fait Paint Me Red à son époque, présageant des performances lives dantesques.

Le morceau suivant pourrait être l’hymne du groupe tant il est à la fois dérangeant et efficace. Le titre alterne entre plusieurs composantes toutes très différentes. Le couplet entraînant façon Disney est entrecoupé de moments dont la violence détonne totalement et finalement conclu par un refrain plus lent, majestueux. Celui-ci fait la part belle aux chœurs et réussit à donner l’illusion qu’un orchestre symphonique entier est en train de vous rouler dessus alors qu’il ne s’agit que des 5 membres du groupe accompagnés d’une discrète nappe de clavier en arrière-plan. La structure même du morceau est conçue pour surprendre (du moins au début) avec ces changements brutaux, mais rien de bien surprenant venant d’Avatar. Le texte n’est pas en reste avec une histoire sordide décrivant une mère enterrée vivante dont les appels à l’aide sont cachés par la liesse populaire due à ses funérailles, et l’enfant de cette mère laissé livré à lui-même, devenant progressivement fou connaissant le sort de sa mère. On peut supposer que la voix tentatrice du refrain est entièrement située dans sa tête, alors que la folie le gagne entièrement. Ce morceau est une grande réussite de l’album, passionnant de bout en bout, à la fois efficace dans ses riffs et prenant dans ses parties lyriques.

La suite de l’album reste globalement dans la même veine, revenant aux origines Death Melo du groupe avec un son plus gras qu’à l’ordinaire tout à fait délectable. Mention spéciale cependant au morceau de clôture, Wormhole, semblant très inspiré de l’album The Stage d’Avenged Sevenfold, tant dans son texte que dans son instrumental.

Surprise également une fois arrivé au titre Gun, tout à fait inédit dans la discographie du quintet. Un piano/voix sans artifice, à part une légère distorsion du chant, bien plus doux que ce qu’Avatar avait pu nous montrer jusqu’ici. Et ça marche, contre toute attente, la voix fragile de Johannes peine parfois à trouver sa justesse, mais cela ne fait qu’ajouter au côté déchirant de la chose.

 

Mais alors que dire de cet album ? Le résultat reste tout de même inégal. Certains morceaux sortent clairement du lot, Scream Until You Wake et Colossus sont des tubes instantanés, Gun accroche immédiatement l’auditeur malgré la surprise qu’il suscite. Et globalement même si tout l’album n’est pas immédiatement accrocheur, il se bonifie sans aucun problème au fil des écoutes, comme tous ses prédécesseurs. Avatar n’a jamais fait de musique immédiatement efficace mais plutôt des expérimentations. Et cet opus ne déroge pas à la règle, même on constate un certain retour en arrière dans son son très Death Melo, plutôt caractéristique des débuts du groupe.

Mais malgré ces qualités, le vrai problème de cet album, c’est que je n’ai pas eu l’impression d’écouter un album. Je l’ai signalé plus haut, la présence de Silence in the Age of Apes en introduction me laissait dubitatif, et même si Colossus vient relever le niveau juste après, il reste quand même à part dans la tracklist, avec un son très différent du reste. De même, Child se démarque totalement par son ampleur, pour notre plus grand plaisir, mais sa sortie en fade out au beau milieu de l’album casse totalement le rythme d’enchaînement des morceaux. La tendance est tout de même inversée avec Gun placé suffisamment tard, et Wormhole remplissant parfaitement sa fonction de morceau de clôture.

Hunter Gatherer est donc plus un enchaînement de titres qu’un véritable album. Peut-être cette impression est-elle due au fait que ce ne soit pas un album concept, contrairement à ses deux derniers prédécesseurs ? Probablement, mais pas que. Le fait que de nombreux morceaux définissent un style mais que les autres s’obstinent à en sortir laisse une impression étrange. On a réellement l’impression qu’en réarrangeant l’ordre des morceaux aléatoirement (à l’exception notable de Gun) on aurait toujours l’impression d’écouter le même album. Mais ce n’est pas pour autant qu’il faudrait bouder son plaisir, cet opus contient de véritables perles que j’ai citées plus haut, et même ses morceaux plus oubliables restent parfaitement au niveau que ce à quoi Avatar nous avait habitués au fil des sorties.

Hunter Gatherer est en fait probablement une manifestation d’une manière plus moderne de sortir de la musique, et nous pose une question : à l’heure où la plupart des gens écoutent leur musique en jouant un mix aléatoire sur spotify, est-il encore pertinent de voir les albums comme des œuvres plutôt que comme des collections de titres ? Oui, certainement, mais il est aussi bien possible de s’affranchir de cette notion sans problème. Peut-être l’industrie musicale moderne est-elle en train de paisiblement revenir à son fonctionnement de base de la même manière qu’Avatar revient à ses sonorités premières, préférant une multitude de singles à quelques albums. Avec le développement des home studios et de la diffusion par internet on voit beaucoup de petits artistes indépendants diffuser leurs titres un par un avant de les compiler dans des ersatz d’albums, il n’est donc pas inenvisageable que les gros labels s’emparent de ce mode de fonctionnement, laissant les albums aux artistes les plus ambitieux, portant un concept. Difficile de se projeter si loin évidemment, mais depuis l’avènement d’internet notre manière de consommer de la culture ne cesse d’évoluer, on est donc en droit de se demander à quoi ressemblera ce paysage d’ici quelques années.

Quoiqu’il en soit et malgré ce facteur Hunter Gatherer reste un album d’Avatar digne de ses prédécesseurs, sachant réinventer son style tout autant que puiser dans ses origines. L’ensemble des morceaux semble se bonifier au fil des écoutes, et nul doute que certains d’entre eux figureront bientôt parmi les résidents permanents des setlists des lives toujours aussi dantesques du groupe. Alors en attendant que lesdits lives ne reviennent, lavez-vous bien les mains, mettez des masques, prenez soin de vos proches, et rendez-vous très bientôt pour la reprise des concerts !

Crédit photos : chaîne youtube d’Avatar et Entertainment One Music

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