Aujourd’hui, le 16 avril 2021, sort « The End Of All Things », le nouvel album du groupe de rock français CROWN, et pour l’occasion, on est allés à leur rencontre !

Max : Vous êtes partis sur quelque chose de bien plus chanté que vos précédents albums. Comment avez-vous bosser sur ce renouveau ?

Stéphane Azam : Les morceaux étaient plus calmes et progressifs, il y avait une autre atmosphère, donc j’ai pas vraiment travaillé ma voix sur les démos… Mais ça m’a valu quelques soucis sur l’enregistrement ensuite *rires*. Sur le chant clair, on a tout de suite l’émotion et l’intention qui se dégage, beaucoup plus que sur le scream… Donc au final les démos n’étaient pas à la hauteur de ce que donnait la musique et il a fallu beaucoup le travailler ensuite pour atteindre le niveau que l’on souhaitait.

David Husser : On est toujours présenté comme un duo, mais CROWN c’est surtout Stéphane. Moi j’étais surtout le producteur de l’album au départ, et je l’aidais pour la programmation et le mix de l’album. Je trouvais la voix claire et la qualité des mélodies vraiment intéressante et je l’avais poussé dès l’album précédent d’essayer de chanter tout sur le disque suivant, et c’est ce qu’il a fait. Au final sur ce nouvel album, c’est lui qui a encore tout écrit et presque tout fait, mais je suis intervenu ensuite dans le process.

Max : Du coup, le chant clair, c’est quand même quelque chose que tu voulais faire depuis longtemps Stéphane ?

Stéphane : Sur « Nightrun » (3eme album) et même avant, j’avais tendance à « sous-mixer » mes albums, car j’étais pas super confiant en moi-même et je me limitais un petit peu, surtout sur le chant. Il y avait beaucoup de boulot à faire pour que ce soit convaincant pour moi. C’est là que David m’a vraiment aidé à déployer tout le potentiel que j’avais gardé jusque là, et notamment au niveau de la voix claire. Il m’a bien aidé et m’a fait gagné en assurance à ce niveau là.

 

Max : Au début, on se croirait presque sur un album un petit peu « darkwave ». Est-ce que ces sonorités electroniques sont des choses que vous avez voulu bosser encore plus ?

Stéphane : Oui, on a vraiment fait attention à la partie electronique et aux guitares. C’est là qu’intervient le génie de David : moi je ne me rendais pas forcément compte que la texture n’était pas bonne ou que ça pouvait être « mieux » ou desservir le morceau, et David a réussi à pousser le mixage et les identités des morceaux encore plus loin.

David : Au début il n’y avait aucune basse sur les deux premiers albums, et j’en ai rajouté très discrètement sur « Nighrun » pour stabiliser un peu les notes qui existaient… J’étais sûr que le monde un peu « suburbain » pouvait amener quelque chose. Cette fois-ci, dès les premières maquettes, Stéphane avait intégré des séquences de basse façon 80s, donc on est reparti de ça et on y est allé à fond !

Maximilien : Tu parlais de fréquence tout à l’heure, vous êtes tous les deux ingénieurs sons à la base c’est ça ? En quoi cela influence votre processus créatif ?

Stéphane : Je suis surtout ingénieur son en live, mais je n’ai pas du tout le niveau de David en mixage studio. C’est vrai qu’on sait que certaines fréquences rentrent en collision les unes avec les autres, et on arrive parfois mieux à trouver des solutions rapidement. David le fait bien mieux que moi mais il saura directement quel son de clavier choisir, comment l’adapter…

David : Je suis surtout producteur, je ne me considère plus vraiment comme ingénieur du son. J’ai produit 450 albums, et j’avoue que je fais ça depuis tellement longtemps que je n’y réfléchis même plus, j’ai plein d’automatismes sur des arrangements à force. Dès que tu sens qu’un truc sonne « fat » ou « large » ou « flippant », on trouve très rapidement comment corriger le tir et réguler tout ça.

Max : Avec tous les groupes avec lesquels vous avez pu bossés par le passé, vous avez été bien inspirés par certains ?

David : Je joue de la guitare depuis super longtemps, mais il m’arrive de ne pas en jouer pendant des mois et je continue quand même d’évoluer. Même si j’en rejoue plus tard, je joue mieux car j’apprend de ce que je vois. Je vois un gars qui joue de telle ou telle façon et je me dis « wow, mais c’est génial ce que fait ce type là ! ». Oui ça prend du temps ensuite de le retranscrire mais notre cerveau est une putain de machine, on apprend tout plein de choses tout le temps !

Stéphane : On se construit un peu professionnellement chaque jour, et chaque fois que je fais des lives, je découvre de nouvelles choses pour toujours m’améliorer !

Max : En parlant de live… Vous savez déjà un peu comment va se dérouler un live de CROWN quand on pourra de nouveau venir fouler les salles ?

Stéphane : On espère pouvoir repartir en tournée en 2022. On devait partir avec Enslaved, mais ça a été bien évidemment repoussé.  On a enregistré récemment une session pour le Roadburn Festival. On avait pas répété des masses avant et pourtant…

NDLR : La session sera diffusée ce week-end juste après l’interview, et en même temps que la sortie de l’album ! Ne la ratez pas sur le site du Roadburn Festival ! 🙂

David : En fait, c’est plutôt simple à jouer ce qu’on fait, il faut juste réussir à utiliser tous les éléments de la musique car on utilise beaucoup de pédales, de choses à contrepied de leur utilisation standard, donc enchainer tout ça en live c’est super dur. On voulait éviter de séquencer tout pour nos lives, donc on a forcément les parties synthé, mais tout le reste, on tenait à le jouer en live.

 

Max : Vous avez apprécié faire un livestream alors ? Vous avez pu partager ce que vous souhaitiez ?

Stéphane : Oui, je pense. Ce n’est pas évident car on joue sans public, mais j’arrive à rentrer assez facilement dans la musique donc j’étais vraiment à fond tout de suite. Ne pas jouer devant un public, c’est un peu particulier, mais l’avantage du livestream, c’est qu’on peut bosser sur l’esthétique à fond. On s’est filmés avec des caméras de cinéma façon clip. On était en cercle dans une salle, c’est des configurations qu’on ne peut pas vraiment réaliser en live, donc c’est une façon originale de faire autre chose.

David : C’est aussi une façon nouvelle de découvrir les morceaux. C’est proche de l’album, mais c’est joué live, donc c’est plus « simple »… Disons qu’on écoute les morceaux dans son plus simple appareil. Je trouve qu’on a parfaitement réussi à retranscrire les morceaux, et je pense qu’on intègrerai même des choses qu’on a tenté pendant le live sur l’album !

Max : De ce que je comprend, c’est que vous aimez bien essayer de nouvelles choses à chaque fois

Stéphane : Oui, on essaye toujours diverses petites choses…

David : Mais pour être franc, je pense qu’on a trouvé une réelle « base » sur laquelle on va pouvoir avancer aujourd’hui. On bossera toujours pour présenter de nouvelles choses, mais j’ai l’impression qu’on s’est vraiment trouvé avec cet album.

Stéphane : Ce qui est plutôt étonnant, et auquel je ne m’attendais pas vraiment, c’est que j’avais peur de perdre des fans, et au final on se rend compte que c’est tout l’inverse. On a des personnes pas forcément issues du « metal » qui s’intéressent maintenant à ce qu’on fait.

Max : Cela me fait penser un peu au changement radical de style de Bring Me The Horizon il y a quelques temps.

David : C’est marrant que tu cites ça, car personnellement, j’adore l’album « Amo ». C’est fantastiquement composé en terme de mélodie, Jordan Fish est un grand arrangeur. Ca me rappelle aussi l’album disco-rock de ZZ Top, « Eliminator ». A l’époque, on était encore moins ouvert d’esprit donc ça a du être difficile, et pourtant c’est probablement leur plus gros succès aujourd’hui, même s’il n’y a pas de vraie basse ni de vraie batterie sur cet album. Quand je vois ces gens faire ça, c’est super inspirant.

Max : En parlant de choses inspirantes, l’album clôture par un morceau un peu plus hypnotisant, plus aérien, et notamment la présence d’une voix féminine en plus. Cela me faisait penser à des génériques de films un peu épiques tu vois,

Stéphane : C’était un peu l’idée en effet. C’est Karin d’Årabrot qui nous a prêté sa voix. Je faisais le son pour leurs groupes et pendant les balances, j’ai vraiment été séduit par sa voix. Elle me faisait penser un peu à Mike Patton ou à Björk. On avait ce morceau sur lequel on bloquait un peu, et donc on lui a proposé de poser sa voix sur le morceau pour essayer de faire avancer le morceau… Puis juste après la tournée, elle nous a envoyé sa voix !

David : C’est l’un des rares moments où on a un peu lutté entre nous. On a reçu ce passage chanté très pop, Stéph voulait le « noircir » un peu, moi je voulais vraiment le garder tel quel car je le trouvais formidable. J’étais sûr qu’on pouvait trouver quelque chose qui colle à l’univers tout en l’utilisant… Du coup j’ai fait une première version que Stéphane a detesté, puis il m’a fait une version que j’ai detesté, et on a fini par retravailler une troisième version ensemble qui est celle que l’on entend sur le disque aujourd’hui.

Max : Maintenant, si vous deviez choisir un morceau pour faire découvrir CROWN à quelqu’un, lequel est-ce que vous choisiriez ?

Stéphane : J’hésite entre Violence et Illumination

David : Tu fais chier Stéphane, j’espérais que tu dises Violence pour pouvoir dire Illuminations… *rire*

Max : Alors, on va finir par nos petites questions 404 habituelles pour mieux vous connaître!  Vous auriez un groupe à recommander en ce moment ?

David : Je vais rester sur Bring Me The Horizon. J’adore « Amo » et même leur dernier EP. D’ailleurs, Yungblud est incroyable, j’ai presque cru qu’il leur volait la vedette… C’est vraiment le mauvais garçon anglais typique, mais il excelle dans ce qu’il fait !

Stéphane : Moi c’est plus un groupe des années 90 qui s’appelle Swans. Sinon, j’écoute pas mal de Genghis Tron en ce moment, c’est vraiment cool ce qu’ils font !

David : Ca file le vertige de voir le nombre de bons disques et de gens qui se bougent le cul aujourd’hui pour faire des choses. C’est génial qu’il y ait autant de créativité aujourd’hui et internet ça aide beaucoup dans tout ça mine de rien. C’est un peu plus « formaté » mais il y a un vivier d’artistes incroyables de nos jours.

Max : Un film ou une série préférée ?

Stéphane : Je suis en train de me refaire tous les Six Feet Under, c’est l’une des meilleures séries de tous les temps pour moi.

David : Je vais rester sur un truc plus léger, mais j’adore ce film… Pineapple Express ! C’est un film « de joint » vraiment fun, mais il faut ABSOLUMENT le regarder en VO. En VF c’est vraiment débile et pas drôle, mais en VO c’est vraiment super cool.

Allez, on finit par Illumination, puisque vous l’avez tous les deux mentionnés précédemment aussi 🙂

Max : Est-ce qu’on pourrait finir par un jeu vidéo ?

David : Je joue plus du tout aux jeux vidéo pour le coup…

Stéphane : Je joue pas énormément, c’est surtout ma compagne qui joue. J’ai joué un peu à Red Dead Redemption, mais en fait je préfère voir ma nana y jouer. Le jeu est impressionnant, je connaissais pas cette facette du jeu vidéo. Il y a tellement de contenu et de choses à découvrir, c’est hallucinant.

 

 

 

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