C’est en une belle après-midi de mai, dans la cave du fameux Black Dog que j’ai rendez-vous avec l’homme derrière Zeal and Ardor, le talentueux et très sympathique Manuel Gagneux. S’en suivit une bonne discussion sur ce projet métal atypique et diablement efficace avec le musicien américain par sa mère et suisse par son père.

 

 

404 : Pour nos lecteurs qui ne seraient pas encore familiers avec ton projet Zeal and Ardor, peux-tu nous raconter l’origine un poil « trollesque » de ce projet ?

MANUEL G. : Alors ça a commencé sur 4chan où je jouais à un jeu avec les autres utilisateurs. Ils postaient des genres musicaux et j’en choisissais deux et j’en faisais une chanson en à peu près vingt minutes. Et un jour, un mec m’a dit « nigger music » et quelqu’un d’autre m’a dit « black metal ». Au lieu d’être offensé [parce que le terme « nigger » est une injure raciale et raciste aux Etats-Unis], j’ai fait la chanson. Elle était pas mal du tout et j’ai décidé de continuer dans cette voie-là.

404 : Donc ça a commencé sur une remarque désobligeante et ça a continué et pris de l’ampleur.

MANUEL G. : Exactement.

404 : Depuis combien de temps Z&A existe-t-il ?

MANUEL G. : Depuis 2015 il me semble.

404 : Et avant ça, depuis combien de temps fais-tu de la musique et quelle est ta formation ?

MANUEL G. : Je n’ai pas vraiment appris avec des gens. Bon, mes deux parents sont musiciens mais ils voulaient que je joue du saxophone et je détestais ça ! Donc j’ai commencé à faire de la musique pour moi-même vers mes quatorze ans.

404 : Avant d’aborder ton nouvel album, je pense qu’il serait opportun de revenir brièvement sur Devil Is Fine, ton premier opus. Comment as-tu travaillé sur l’union de tous ces genres musicaux différents sur un album de 25 minutes ?

MANUEL G. : Je recherchais des similarités entre les deux genres musicaux. Les deux sont des genres musicaux très émotionnels ; un est agressif et l’autre est plutôt axé sur l’expression de la joie et de la tristesse et on peut vraiment trouver des moments où les deux se combinent bien, un peu comme des Legos. C’est dans cette logique de construction et d’union que j’étais pour le premier album.

404 : Fort de cette expérience, dans quel état d’esprit as-tu abordé l’écriture et l’enregistrement de ton nouvel album, Stranger Fruit ? [A paraitre le 8 juin mais je vous confirme déjà que c’est une TUERIE !]

MANUEL G. : Je voulais qu’il soit plus long et aussi … je dois avouer que je ne suis pas le meilleur au mixage donc j’ai obtenu l’aide de Kurt Ballou [producteur entre autres de Code Orange, Converge et Kverletak] et j’ai aussi travaillé avec un producteur qui s’est occupé spécifiquement des guitares et tout ce qui va avec. Je voulais que l’album soit d’une meilleure qualité finale que le précédent.

 

 

 

404 : Donc tu as cherché de l’aide sur ce que tu considérais comme les points à améliorer de ton projet.

MANUEL G. : Tout à fait.

404 : Donc ce deuxième album sort le 8 juin prochain mais pour ceux qui ont déjà eu la chance de te voir en live ont déjà pu entendre certaines des chansons le composant. Est-ce que les jouer en concert t’a permis de les tester et de les modifier en fonction des réactions du public et de ton propre ressenti ou bien au contraire, tu ne les as jouées en live qu’à partir du moment où tu étais sûr de leur forme finale ?

MANUEL G. : *rires* Ah non, on a vraiment eu la chance de pouvoir expérimenter les chansons devant un public avant de les enregistrer. Certaines n’étaient pas terribles, d’autres fonctionnaient déjà bien alors je les ai ajustées au niveau de la longueur : j’ai essayé de rallonger celles qui fonctionnaient le mieux et de raccourcir celles qui étaient moins appréciées.

404 : J’aimerais aussi revenir avec toi sur l’esthétique des clips et des artworks de l’album. Quelle importance a pour toi un clip bien travaillé comme ceux de Devil Is Fine et Gravedigger’s Chant ?

MANUEL G. : C’est très important pour moi parce que je considère que si on a la chance de pouvoir tourner un clip, alors que ça n’est plus réellement essentiel pour promouvoir un projet musical, j’ai pas envie qu’il soit bâclé et fait avec le cul, je veux qu’il soit très attirant. On a regardé pas mal de films de Lynch [réalisateur de Twin Peaks] et on s’est pas mal inspiré de ça pour les couleurs et la conception graphique. Je fais tout avec l’aide d’un ami et nous voulons une sorte d’homogénéité entre les albums donc on a choisi deux couleurs, le vert et le violet, pour créer une continuité.

 

404 : C’était justement la question suivante. Pourquoi avoir choisi le vert et le violet pour tes artworks ? Ce sont des couleurs qu’on ne voit pas très souvent ; je n’ai en tout cas pas souvenir d’avoir récemment vu une pochette avec du vert, du violet ou les deux à la fois !

MANUEL G. : Justement, on a choisi ces couleurs parce qu’elles sont inhabituelles et qu’elles sont pourtant complémentaires. Elles reprennent les deux éléments dans ma musique qui ont l’air de s’affronter mais qui finalement, vont bien ensemble.

404 : Et pour continuer sur les pochettes d’album pourquoi choisir Robert Small pour illustrer la pochette de Devil Is Fine ?

MANUEL G. : Parce que c’était un homme formidable. Un esclave qui s’est libéré et en a libéré d’autres en volant un bateau qu’il a livré aux armées du Nord pendant la guerre civile américaine. Il a fait exactement ce qu’il voulait faire et c’est quelque chose auquel j’aspire dans ma vie et dans ma musique.

 

404 : Comment a germé l’idée du passager d’un projet solo à un groupe capable de jouer sur scène ?

MANUEL G. : En fait, ça s’est fait très rapidement et facilement. J’ai juste demandé à des amis s’ils avaient le temps de se lancer là-dedans et ce sont tous d’excellents musiciens. Donc finalement, le facteur principal a surtout été la chance. D’abord, je leur ai dit « Eh j’ai réussi à décrocher cinq concerts, venez jouer avec moi, ça va être tranquille et fun. » et maintenant on a genre près d’une vingtaines de concerts prévus sur toute l’année et ça commence à devenir sérieux !

404 : Qui sont les musiciens qui t’entourent sur scène ?

MANUEL G. : Ils viennent tous de ma ville natale en Suisse, Bâle. Certains faisaient partie d’un groupe de hardcore et on a tous des influences très diverses, sludge, stoner rock … Un de mes choristes est un acteur de théâtre mais il a une super voix !

 

 

 

404 : Donc tu as bâti une belle équipe autour de toi, qui sont intéressés par la musique que tu écris et d’autres qui sont étrangers à ce milieu.

MANUEL G. : Exactement et c’est parfait.

404 : Quelle liberté créative pour les musiciens qui t’entourent ?

MANUEL G. : J’écris toute la musique et je leur dis quoi faire mais ils ont bien sûr tous leur propre style et ça va donner de la saveur et améliorer l’expérience en live.

404 : Le moins qu’on puisse dire c’est que Zeal and Ardor est un peu à la croisée de différentes influences musicales. Comment s’est passé votre set au Printemps de Bourges, festival qu’il serait difficile de qualifier de métal ?

MANUEL G. : Ça s’est bien passé parce que c’est vraiment un festival qui attire des fans de musique. On a joué sur la même scène que pas mal de groupes de punk et on est pas si différents que ça … Certains sont partis, d’autres sont arrivés pendant qu’on jouait mais la salle était très bien remplie. C’était intéressant parce qu’il fallait vraiment qu’on soit bons pour les convaincre et les faire adhérer à notre musique.

404 : Par extension, est-ce que vous préparez différemment vos performances dans de gros festivals de métal comme le Download, Graspop, Hellfest … Des surprises prévues ?

MANUEL G. : On fait toujours la même chose, on ne s’adapte pas en fonction du public parce que ça voudrait dire qu’on est un groupe différent à chaque fois et ça n’est pas du tout l’idée qu’on veut renvoyer. Aussi, on est paresseux *rires*. Mais c’est toujours un set différent en soi parce qu’on ne veut pas non plus s’ennuyer et rentrer dans une routine mais notre base, c’est d’être bruyants et vénères !

404 : Donc il y a des bases et des petits ajustements pour chaque show.

MANUEL G. : Exactement !

404 : Vu que vous jouez au Download UK, Grasspop et Hellfest, est-ce que ça sera l’occasion pour toi et tes amis d’aller voir quelques groupes ?

MANUEL G. : Alors il faut absolument qu’on aille voir Ozzy Osbourne. Il y aura aussi Igorrr qui joue et je ne l’ai jamais vu. Il y a aussi Gojira qui joue avec nous et je vais aller les voir, hmm quoi d’autre ? Au ArcTanGent, il a Tesseract [En fait non mais ils seront au Hellfest !]. Je déteste glander en backstage alors qu’il y a plein de groupes à voir, gratuitement en plus donc pourquoi se priver ?

404 : Ca sera ta première fois au Hellfest ? Aussi bien en tant que musicien que simple fan de musique ?

MANUEL G. : Oui et j’ai vraiment hâte de voir !

 

404 : Et donc pour finir, comme chez Error 404, on est aussi très portés sur le jeu vidéo et la culture en générale, je vais te poser quelques questions sur tes goûts dans ce domaine ! Est-ce que tu es amateur de jeu vidéo ?

MANUEL G. : Oui, j’aime vraiment les jeux vidéo et je suis aussi très intéressé par la façon dont ils sont conçus et créés. C’est vraiment une grosse industrie et ça me fascine.

404 : Quels sont tes jeux favoris et à quoi joues-tu en ce moment ?

MANUEL G. : En ce moment je joue à Guacamelee et j’ai aussi essayé Bloodborne mais je suis trop mauvais et c’est super frustrant.

404 : C’est comme un Darks Souls en plus simple mais ça reste quand même assez tendu, c’est vrai …

MANUEL G. : J’aime aussi beaucoup The Witcher et aussi Life Is Strange. C’est vraiment une belle histoire.

404 : Est-ce que tu as joué au deuxième qui est sorti l’an dernier, Before The Storm ?

MANUEL G. : Uniquement au premier pour l’instant. Il faut que je télécharge le second. Je t’avoue avoir presque pleuré pendant le pre … bon ok, j’avoue avoir carrément pleuré !

404 : C’est pas grave, c’est super métal de pleurer et ça serait surtout de ne pas pleurer à la fin de Life Is Strange qui serait bizarre !

MANUEL G. : J’ai aussi vraiment envie d’essayer Firewatch.

404 : Il est aussi sur ma liste ! Comme jeu en ce moment, j’ai aussi vraiment envie d’essayer Frostpunk.

 

MANUEL G. : Oui, je connais ! Tu sais qu’ils m’ont contacté pour me demander s’ils pouvaient utiliser une de mes chansons pour leur trailer et finalement ça ne s’est pas fait, c’est super dommage. Ils m’ont demandé il y a un peu plus de six mois.

404 : Quel est ton plat préféré ?

MANUEL G. : Alors je viens juste de manger de supers bons ramens ce midi mais mon plat préféré, je ne sais pas trop, ça change souvent et j’aime beaucoup de choses.

404 : Une bonne série à nous conseiller que tu regardes sur Netflix par exemple ?

MANUEL G. : Netflix en Suisse est vraiment naze, il manque plein de trucs mais en ce moment, je re-regarde 30 Rock parce que c’est vraiment drôle. Je regarde aussi It’s Always Sunny In Philadelphia et sinon … rien d’autre ne me vient à l’esprit.

404 : Vu qu’une partie de nos lecteurs n’est sans doute pas très familière avec le black metal, aurais-tu quelques recommandations à nous faire pour découvrir ce genre qui te passionne ?

MANUEL G. : Ghostbath est un très bon groupe pour découvrir le genre et aussi les veterans comme Burzum et Darkthrone. Dans les choses plus récentes, il y a Oathbreaker mais ça n’est pas forcément le meilleur groupe pour découvrir le genre parce que c’est déjà très intense.

404 : Et dans d’autres genres musicaux, aurais-tu des recommandations pour nos lecteurs ?

MANUEL G. : Oui ! Il y a un groupe qui s’appelle Sugar Candy Mountain. C’est plutôt relaxant mais très divertissant !

404 : Et c’est sur ces belles recommandations musicales que s’achève notre interview. Merci beaucoup !

Pour ceux et celles qui comme moi sont déjà envoûtés par Zeal and Ardor, le groupe sera de passage en France en décembre ET PAS QU’A PARIS aux dates et lieux suivants :

09.12.2018 FR – LILLE, L’AÉRONEF
11.12.2018 FR – LE HAVRE, TETRIS
12.12.2018 FR – PARIS, LA CIGALE
13.12.2018 FR – STRASBOURG, LA LAITERIE

 

 

 

 

 

 

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