Chapitre 16 : Si de la Nourriture Venait à Tomber du Ciel, Elle Serait Sûrement Délicieuse

Ayant agrandi son potentiel de guerre, l’Armée de Libération de la Capitale Royale continuait à mener sa stratégie pour gagner le contrôle total de Belta. Mélangeant d’anciens soldats de l’Armée du Royaume aux forces, les soldats participants à cette stratégie étaient au nombre de 60 000. 20 000 gardes étaient stationnés à Antigua et Salvador. Le soutien des citoyens était large, et maintenant que les récoltes avaient prit fin, les biens étaient présents en abondance. Altura était devenue Commandante Suprême des Troupes, et menait actuellement l’encerclement du Château Belta. Elle était constamment aux côtés des soldats, montrant que ses idéaux n’étaient pas de simples mensonges.

Tout d’abord, elle demanda la reddition de David, le commandant sur la défensive. ‘’En échange de la survie de la garnison du château et des civils, quittez immédiatement le Château Belta’’, avait-elle annoncé. Mais bien sûr, à la condition que David, l’homme considéré responsable de l’Atrocité Tenang, soit jugé.

David refusa, et envoya une violente volée de flèche en réponse à l’Armée de Libération encerclant les lieux. Jugeant que toute négociation était inutile, Altura avança, et ordonna le début du siège. Depuis sa monture, elle dégaina son épée adorée et en tourna la lame vers le Château Belta.

« NOUS SOMMES JUSTES ! LE CHÂTEAU BELTA TOMBERA, ET LE MARTEAU DE LA JUSTICE S’ABATTRA SUR DAVID, L’HOMME RESPONSABLE DES MASSACRES ! ÂMES COURAGEUSES DE L’ARMÉE DE LIBÉRATION DE LA CAPITALE ROYALE ! POUR NOS RÊVES, OFFREZ-NOUS VOTRE FORCE ! »

« Victoire à l’Armée de Libération de la Capitale Royale ! »

« Justice Pour David ! »

« Longue Vie à la Princesse Altura ! Longue Vie à l’Armée de Libération ! »

Les soldats de l’Armée de Libération levèrent leurs armes et crièrent avec ferveur.

Leur voix était assez intense pour faire trembler les cieux, et propageait probablement la peur parmi les troupes défendant le château.

« ARMÉE, LANCEZ L’ATTAQUE ! VICTOIRE À L’ARMÉE DE LIBÉRATION DE LA CAPITALE !! »

« QUE TOUTES LES UNITÉS AVANCENT !! AVANCEEEEEEEEEEEEZ !! »

« CATAPULTES, EN AVANT ! »

Lorsqu’Altura sonna le début du siège, les commandants ordonnèrent tous d’avancer. Une infanterie armée de boucliers et de sacs de sable courut jusqu’aux douves. Puisque le pont-levis permettant d’accéder au château était levé, il fallait d’abord créer un chemin. Puis, les tours de siège allaient envoyer des soldats sur les remparts, et les béliers allaient frapper les portes closes. Il s’agissait de préliminaires afin de permettre l’accès des armes de sièges. Il fallait remplir les douves, et puisque ces dernières étaient à la fois larges et profondes, un volume approprié était nécessaire.

Pour empêcher cela, des archers étaient alignés sur les murs et tentaient d’abattre les soldats de l’Armée de Libération recouvrant le sol telle une large colonie de fourmis.

« DÉFENDEZ ! C’EST TERMINÉ S’ILS PARVIENNENT À COMBLER LES DOUVES ! ARRÊTEZ-LES À TOUT PRIX !! »

« M-MAIS ILS SONT TROP NOMBREUX ! »

« N’ESSAYEZ PAS DE VISER ! TIREZ ! TUEZ-LES ! »

« MERDE ! »

L’officier commandant à la tête des archers calmait les cris inquiets de ses soldats. Ces derniers tiraient et tiraient, mais les soldats de l’Armée de Libération étaient beaucoup trop nombreux. De plus, l’adversaire ne se laissait pas attaquer. Naturellement, des volées de flèches étaient renvoyées.

Puis tout à coup, la véritable menace arriva à portée : les catapultes. Elles appartenaient auparavant à l’Armée du Royaume, mais avaient été récupérées par l’Armée de Libération suite à la bataille de la rivière. Ces puissantes armes de sièges censées être pointées vers l’ennemi allaient faire pleuvoir l’enfer sur leurs têtes. Voyant les gigantesques rochers qui allaient bientôt arriver à une vitesse effroyable, l’officier commandant des archers ne pouvait que blâmer sa malchance.

« PRÉPAREZ LES CATAPULTES ! NOTRE CIBLE, LE REMPART OUEST !! »

« PRÉPARATION DES CATAPULTES TERMINÉE ! LA CIBLE, LE REMPART OUEST !! »

« DÉCLENCHEZ LES MÉCANISMES !! FEU !! »

De gigantesques pierres plus lourdes que des hommes entrèrent en contact avec le mur. De la pierre et des morceaux de mur éclatèrent, faisant chuter de nombreux archers.

« FRAPPE CONFIRMÉE, CHARGEZ LE PROCHAIN TIR, VITE ! »

Les catapultes avaient été placées en ligne droite devant les murs du château. Leur réserve de pierres était maintenue grâce à l’effort de 500 hommes, et les tirs étaient dirigés vers les murs et l’intérieur du château. De telles armes possédaient un faible taux de visée et de tir, mais ce n’était pas important. La longue portée et l’unilatéralité de l’attaque sans la moindre crainte d’une contrattaque étaient des avantages suffisants.

Les énormes pierres étaient fatales, et volaient partout, survolant parfois les murs du château. De plus, elles infligeaient à l’adversaire une crainte psychologique importante, capable de semer la panique dans l’organisation ennemie.

Mais les catapultes ne lançaient pas que des pierres. Elles lançaient aussi de l’huile, des déchets, des cadavres, des Mines de Sorcier, et tout ce qui pouvait être envoyé. Avec un peu de chance, l’Armée de Libération allait peut-être réussir à détruire le puits, la source d’eau du château. Les déchets et cadavres étaient quant à eux vecteurs de maladies. Les soldats assiégés ne pouvaient rien faire face à ça. Et si ces derniers tentaient une sortie afin de détruire les catapultes, l’Armée de Libération avait prévu un moyen d’y remédier.

 

Fynn regardait actuellement les assauts répétés des catapultes. Puisque son unité était une unité de cavalerie, les combats de siège ne nécessitaient pas son intervention. Il ne pouvait que poursuivre les ennemis en fuite, et défendre les catapultes. Son adjudante, Milla, prit la parole.

« Alors au final, nous utilisons la force. Ils auraient mieux fait d’ouvrir docilement les portes. Toute résistance est futile. Le devoir final d’un commandant n’est-il pas de sauver le plus de vies possible ? »

« Le Général David accorde probablement une grande importance à son honneur. Mais si j’avais été à sa place, je me serais directement rendu. Qu’on m’épargne la pluie de rochers. Je ne souhaite évidemment pas être écrasé à mort. »

Murmura-t-il en regardant un rocher s’envoler. Fynn, récompensé pour ses mérites, avait été promu Colonel. Puisqu’autrefois il n’était qu’un simple soldat, il était maintenant l’homme le plus récompensé de l’Armée de Libération.

Même si pour l’instant, il ne s’agissait que d’un rang honoraire, c’était aussi la promesse de promotions futures. Si Altura devenait la prochaine Reine, il était certain d’être reconnu comme l’un des héros du nouveau Royaume. Il était jeune, sage, et avait obtenu de nombreux exploits. Il était si célèbre parmi les troupes, qu’il pouvait être considéré juste après Altura en termes de popularité. Et Fynn se comportait tel que son rang l’exigeait, faisant de lui un guerrier et un héros.

« Colonel Fynn. Vous pensez qu’ils attaqueront ? »

« Je le pense. Plus leurs douves se remplissent, plus les chances d’une attaque sont élevées. Lorsqu’ils se jetteront sur nos armes de siège, un enfer se déchainera sur eux, et nos troupes stationnées en embuscades se glisseront derrière eux afin de leur couper tout échappatoire….. Je leur recommande sincèrement la capitulation. »

« Mais puisque Belta est une forteresse solide, nous subirons de lourdes pertes. Je pense que nous devrions nous servir de tactiques de famines. »

De telles tactiques prendraient du temps, mais en coupant les routes de ravitaillement, Belta tomberait sans combat. Toutefois, en raison des stocks présents dans Belta, les tactiques de famine nécessiteraient au minimum six mois avant que l’ennemi ne cède à la faim et ne se rende.

« Notre Tacticien, Sir Diener, ne considéraient pas de tels plans comme efficaces. A mon avis, il déteste ce genre de tactique. Ce qu’il souhaite, c’est dévoiler notre large potentiel de guerre afin de faire rapidement capituler l’ennemi…….. Bien sûr, je n’en suis pas complètement certain. Il est difficile de savoir à quoi pense cet homme. »

Les stratégies de l’Armée de Libération provenaient toutes de Diener. Altura les confirmait, puis ordonnait leur implémentation. Rien de plus.

De nombreuses rumeurs circulaient sur Diener, et Fynn ne lui faisait pas confiance. Il savait que Diener n’allait pas les trahir, mais il le savait tout à fait capable de jeter les vies de nombreux soldats sans la moindre hésitation.

Diener était fondamentalement différent de Fynn, qui avait rejoint Altura pour ses idéaux, et de l’ancien général du Royaume Behrouz, qui souhaitait mettre un terme au gouvernement corrompu.

« …….Ces rumeurs, sont-elles fondées ? Que la Rébellion— »

Il existait une rumeur plausible qui circulait entre les généraux —une rumeur d’après laquelle la Rébellion Tenang avait été préméditée.

Il n’existait aucune preuve. Mais tout le monde était certain que Diener en était capable. Après tout, les arrangements menés après la Rébellion Tenang et l’Atrocité Tenang avaient été bien trop rapides. Si la sphère d’influence de l’Armée de Libération s’était autant agrandie ces dernières semaines, c’était grâce à Diener. Les rumeurs étaient mêlées à de la jalousie et de l’envie, mais il n’existait pas de fumée sans feu.

Mais Fynn coupa court au discours de Milla, la sommant d’arrêter de parler d’un simple regard. Elle risquait de s’attirer des problèmes si quelqu’un d’autre l’entendait.

Les protégés de Diener, ses espions, étaient disséminés dans l’Armée de Libération. C’était une mesure de prévention contre les traitres susceptibles d’infiltrer les rangs. Les affiliations, dates de naissances et positions sociales de chacun étaient différentes. Et plusieurs d’entre eux étaient auparavant des soldats du Royaume. Fynn pouvait comprendre la vigilance de Diener……. Mais cette vigilance était aussi maintenue autour de Fynn. Diener ne faisait confiance à personne, à l’exception d’Altura. Qu’est-ce qui pouvait tant motiver Diener ? Fynn n’arrivait même pas à l’imaginer.

« —Milla. Les rumeurs restent de simples rumeurs. Pour lancer une accusation, il faut posséder de nombreuses preuves et faits. Évite de partager tes suspicions sur un camarade de l’Armée de Libération en plein milieu d’une bataille. Nous n’avons pas à nous inquiéter de cela. Notre seul travail consiste à réaliser nos idéaux. »

« S-Sir, veuillez m’excuser. Je me suis emportée. »

Milla se raidit en voyant le sourire forcé sur le visage de Fynn. Ses yeux ne semblaient pas rire, et étaient entièrement tournés vers ses aspirations. Fynn, telle une pièce, possédait deux faces. L’une était celle d’un innocent militaire, et l’autre d’un homme de grande ambition.

Son adjudante, Milla, était chargée de le servir, mais ne put s’empêcher de trembler face à sa résolution.

« ……..Ce n’est qu’un simple monologue, mais je pense que nous n’avons rien à faire. Il n’existe qu’un destin pour ceux qui ont vendu leur âme au diable. Il n’échappera probablement pas aux conséquences de ses actes. La Mort dévorera son âme, et il sera tourmenté pour l’éternité dans un purgatoire infini. »

Tout à coup, Fynn se souvint du visage du Dieu de la Mort —cette commandante qu’il avait auparavant réussi à repousser. Au Grand Pont Sulawesi, son unité de cavalerie avait tué un général vétéran de l’armée, l’une de ses connaissances, avant de se déchainer. Elle était probablement encore en vie. Cette Chose ne pouvait pas mourir aussi simplement. Elle affutait sa faux dans le Château Belta, attendant de pouvoir partir en chasse.

Fynn pria qu’elle meure rapidement, et surtout, avant que sa faux n’atteigne son cou.

 

—Château Belta, Mur Sud.

Des pierres tombaient du ciel, et, sous une intense pluie de flèches, Schera commandait une unité d’archers. La cavalerie ne pouvait rien faire dans un château, alors tout le monde avait laissé sa monture et pris un arc.

Katarina dévoilait ses compétences en archerie issues de son entrainement. Vander de son côté était enfin retourné à la normale et commandait les soldats.

Quant à Schera, elle n’avait jamais utilisé d’arc, et avait donc aligné devant elle plusieurs petites faux achetées à l’avance dans la ville du château. Ces petites faux étaient au nombre de 100. Elle avait acheté toutes celles disponibles. Pour l’argent, celui-ci avait été emprunté à Katarina, étant donné que Schera avait dépensé tout le sien en vivres.

« ……..Major ? Que comptez-vous faire avec ces faux ? »

Demanda Vander, surpris, et Schera lui répondit avec un profond désir de meurtre.

« Vous voulez savoir ? Ça ! »

Tout à coup, Schera lança une faux avec une force absurde. La faux s’enfonça entre les sourcils d’un joyeux soldat opérant une catapulte. Voyant leur camarade s’écrouler, les soldats autour de lui paniquèrent. Puis, Schera commença à rapidement lancer les petites faux.

Voyant les armes frapper les points vitaux des soldats ennemis avec une précision déconcertante, Vander sentit son souffle se bloquer dans sa gorge.

« ……….Monstrueux, comme toujours. D’où vient cette puissance brute ? »

« Mais il ne m’en reste pas beaucoup. Une fois ces faux épuisées, je vais devoir lancer des cailloux. »

Comme pour confirmer ces mots, Schera lança un caillou de la taille d’un poing en direction d’un soldat armé d’un bouclier se tenant sous les remparts. Au même instant, une flèche égratigna Schera, mais celle-ci n’y prêta pas la moindre attention. La pierre frappa de plein fouet le casque du soldat qui s’évanouit aussitôt. Schera trouvait malheureux qu’elle ne puisse pas confirmer ou non sa mort.

« Combien de temps ce château pourra-t-il tenir ? Les douves devraient être complètement remplies dans trois jours. A votre avis, que deviendrons-nous ? »

Murmura Vander, observant l’Armée de Libération autour du Château Belta. Jusqu’à ce que les douves soient comblées à l’aide de sacs de sable, ils allaient probablement continuer à retarder l’inévitable. Puis, une fois les douves comblées, la situation allait devenir extrêmement dangereuse. Les tours de sièges allaient avancer et libérer des soldats sur les murs. Puis, une fois les portes forcées, une mêlée allait éclater à l’intérieur du château. Une telle situation signifierait la chute du château. Les soldats ennemis entreraient sans fin.

Schera se tourna vers Vander qui soupirait.

« Ne réfléchissez pas trop ; pensez seulement à tuer un maximum de ces déchets de l’Armée de Libération. Second Lieutenant Vander, vos mains n’ont pas l’air de beaucoup bouger. Êtes-vous encore en mauvaise santé ? Ou peut-être réfléchissez-vous à autre chose ? Vous n’avez pas à vous retenir. Vous pouvez m’en parler. »

Comme si elle pouvait fouiller dans ses pensées les plus intimes, Schera regarda Vander droit dans les yeux.

Vander sentit un frisson parcourir son échine, face à l’intuition acérée de la Mort. Il devait immédiatement s’innocenter. Sinon, il allait être tué.

« Veuillez me pardonner ! Il n’y a aucun problème avec ma santé ! »

« Alors dépêchez-vous de tuer. Les ennemis sont nombreux. Tuez tous vos ennemis ! »

Tout en parlant, Schera continuait à lancer des cailloux. Une grande partie atterrissait dans le visage des soldats ennemis. Parfois, un bouclier était repoussé, avec le corps qui l’accompagnait.

Témoins des efforts de leur commandant, les cavaliers maintenant armés d’arcs étaient tous motivés.

« Ne décevez pas le Major Schera ! Préparez vos arcs !! »

Un cavalier expérimenté à l’arc avait prit le commandement à la place de Schera. Cette dernière était trop occupée à lancer des cailloux.

« Ou ! »

« —Archers, Tirez !! »

Toutes les flèches furent tirées en même temps. Elles s’enfoncèrent telle une pluie mortelle dans les soldats de l’Armée de Libération, déclenchant cris et giclées de sang.

Quelques instants plus tard, Vander tira sa flèche.

A côté de lui, Katarina l’observait. Elle avait une certaine suspicion, mais n’en avait pas parlé. Après tout, il n’avait encore rien fait. Toutefois, des précautions étaient nécessaires.

 

Lorsque le soleil commença à se coucher, des cornes retentirent et l’Armée de Libération recula. Apparemment, le siège était terminé pour aujourd’hui. Les catapultes furent elles aussi reculées hors d’atteinte.

Mais la vigilance était de mise chez les défenseurs. Il était possible qu’à leur réveil, les douves aient été comblées. Il était aussi possible qu’une unité de construction installe des cordes afin d’escalader les murs. Ils ne pouvaient donc pas quitter l’Armée de Libération du regard. Un combat de siège était un duel d’endurance et de volonté. Ils n’avaient pas d’autre choix que de se reposer, tout en continuant à surveiller la nuit.

Les flammes des torches illuminaient le campement de l’Armée de Libération ainsi que le périmètre autour du Château Belta. Ces lueurs permettaient d’empêcher toute attaque de nuit, mais aussi de montrer la détermination de l’Armée de Libération.

Ces lumières étaient organisées de façon à paraitre entourer un cercueil ; un cercueil petit à petit rempli.

L’Armée de Libération semblait les enterrer, pensait Schera. Cet endroit était sa troisième maison. La première était son village pauvre, sa deuxième était Antigua, et enfin, la troisième était Belta. Allait-elle être de nouveau chassée par ces pourritures de l’Armée de Libération ?

Ou allait-elle mourir ici ? Non, elle ne pouvait pas mourir, pas encore. Ce n’était pas assez. Schera retira son casque, s’adossa au mur puis avala une large bouffée d’air. Puis, elle glissa ses cheveux bruns trempés de sueur derrière ses oreilles, et retira ses gantelets afin de se reposer.

—Elle avait faim.

Elle aurait souhaité qu’à la place des rochers, de la nourriture tombe du ciel. Ainsi, tout le monde serait heureux.

 

Château Belta, Bureau de David.

David avait rassemblé tous les officiers du personnel et ouvert un conseil de guerre. Ils avaient maintenant perdu le compte de tous les conseils de guerres inutiles organisés jusqu’à présent. David, le visage épuisé, était assis dans sa chaise.

A côté de lui se tenait un ancien officier militaire, maintenant Officier du Personnel, supportant le corps affaibli de David.

« ………..Renforts ? Les renforts ne sont toujours pas arrivés ? Qu’ils se dépêchent. Sinon, Belta risque de tomber. »

« Votre Excellence. Nous ne pouvons plus envoyer de messagers. Même une souris ne pourrait pas échapper à l’encerclement ennemi. »

Le Chef Officier du Personnel offrit la triste vérité. Pas un seul messager n’avait réussi à revenir en vie. Plus aucun ne pouvait revenir.

« Pourquoi n’envoient-ils pas de renforts !? Si Belta tomba, la Capitale Royale cédera au chaos ! Je suis sûr que ce déchet de Farzam dissimule les rapports ! Ce parvenu incompétent seulement capable de courber l’échine !! »

Agité, David se mit à crier de colère avant de tousser violemment.

« Votre Excellence David. Ne vous excitez pas, pour risquez de vous affaiblir davantage. »

« En effet. Sans Son Excellence David, ce château ne tiendra pas un seul jour de plus. Veuillez prendre soin de vous. »

« Dans une telle situation, nous n’avons pas d‘autre choix que d’entrer en contact avec la Capitale Royale. Si nous parvenons à créer une ouverture, nous devrions pouvoir faire quelque chose. Aucun doute là-dessus. »

« Umu. L’ennemi n’est qu’un mélange de troupes, et le moral de la garnison est en hausse. Si nous arrivons à les prendre en tenailles depuis l’intérieur et l’extérieur, nous pouvons gagner. »

Les officiers du personnel parlaient à contrecœur. Plus aucune confirmation n’était nécessaire —Belta avait été abandonné. Aucun renfort de la Capitale Royale n’allait venir. Même si tous semblaient s’inquiéter pour David, ils allaient chacun réfléchir à leur propre avenir une fois le conseil de guerre terminé. Ils étaient encerclés par une large armée de 60 000 hommes, des rochers leurs pleuvaient sur la tête, et les douves étaient petit à petit remplies.

Le château allait sans le moindre doute tomber. S’ils restaient là, ils allaient partager le même destin que David, en tant que complices de l’Atrocité.

—Il restait du temps. S’ils faisaient défection maintenant, ils pouvaient peut-être s’attirer les faveurs de l’ennemi. S’ils arrivaient à obtenir une garantie de leur statut social et de leur rang, rejoindre l’Armée de Libération ne les dérangeait absolument pas. Et plusieurs actions pouvaient servir d’atouts de négociations avec l’Armée de Libération : l’ouverture des portes, la destruction des vivres, et enfin, l’offre de la tête de David.

Mais pour cela, il leur fallait des troupes. Ils allaient donc devoir convaincre les généraux. Il allait s’agir d’une course contre la montre, car tout risquait de tomber à l’eau si un autre officier du personnel était plus rapide qu’eux.

A l’exception du Chef Officier du Personnel et de l’ancien officier militaire maintenant Officier du Personnel, personne n’était prêt à mourir aux côtés de David.

« ……Ainsi se conclut ce conseil de guerre. Messieurs, vous pouvez partir. Bon travail. »

« Sir, veuillez nous excuser. »

David était lui aussi un noble ayant participé à une dispute de factions, avant d’arriver à sa position actuelle. Comprendre les véritables intentions et projets de ces hommes était comme voler une sucrerie à un bébé. Il ne comptait laisser personne s’échapper. Il allait tous les entrainer en enfer avec lui. Lorsque les officiers du personnel quittèrent la pièce, il s’adressa à l’ancien officier militaire maintenant Officier du Personnel, Konrad.

« …….Konrad. A partir d’aujourd’hui, tu es libéré de tes fonctions d’Officier du Personnel, et redeviens un Officier Militaire. Je te dirai quoi faire en temps voulu. Jusque là, prends le commandement de la police militaire et patrouille chaque porte et entrepôt de nourriture. N’aie aucune pitié pour les individus suspects. Peu importe de qui il s’agit, exécute-les. »

« Sir, compris. »

Le Major Konrad salua David. En tant que militaire pur, il n’arrivait pas à comprendre les situations difficiles. Il comptait simplement suivre les ordres de son supérieur. Il n’avait pas la moindre intention de ramper aux pieds de l’ennemi pour survivre.

« ………Chef Officier du Personnel. Vos fardeaux vont augmenter, et j’en suis désolé. »

« Compris. Votre Excellence et moi, nous partageons le même destin. Je vous suivrai jusqu’à la fin. »

Il avait tout misé sur David. S’ils devaient être tous deux vaincus ici et maintenant, il s’était résolu à accepter. Après tout ce qu’il avait traversé, il ne souhaitait pas se ranger du côté des vainqueurs.

« ……Désolé, mais laissez-moi me reposer, juste un instant. Hmph, je ne pensais pas tomber si bas. Peu importe la taille d’une tour, sa chute ne prend qu’un instant. Dans une telle situation, il m’est impossible de me moquer de Sidamo. »

Aidé par Konrad, David retourna dans ses quartiers. Sa gloire s’était effondrée de ses mains. En échange, il avait obtenu une notoriété qui allait marquer les générations à venir. Une notoriété de noble hérétique massacrant les civils. Comment allait-il faire face à sa fin ?

Il ne pouvait s’empêcher de rire. S’il tombait, il allait entrainer tous les traitres dans sa chute. Il avait entendu dire que les morts essayaient d’entrainer les vivants dans la tombe. Dans ce cas-là, ne devait-il pas faire de même ? Heureusement pour lui, il existait une personne parfaite pour ce rôle.

« ……….Le Dieu de la Mort, huh ? »

« Votre Excellence David ? »

« ………..Non, ce n’est rien. »

La faux caressait son cou. Il sentait le monstre, attendant avec impatience de pouvoir récolter son âme. La figure de ce monstre était celle de Schera Zade.

 

 

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3 pensées sur “La Fille Qui a Mangé la Mort – Chapitre 16

  • Avatar
    5 janvier 2018 à 17 h 41 min
    Permalink

    Merci pour le chapitre

    Répondre
  • Avatar
    5 janvier 2018 à 21 h 18 min
    Permalink

    Merci pour le chapitre.

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  • Avatar
    6 janvier 2018 à 0 h 21 min
    Permalink

    Merci pour le chapitre 🙂

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