Chapitre 14 : Après l’Exercice, la Nourriture Mangée Avec Tout le Monde est Délicieuse

Grand Pont Sulawesi, Quartier Général de l’Unité de Diversion de David.

Pensant avoir réussi à bloquer la force principale ennemie, David était d’excellente humeur. Il était tranquillement assis dans sa chaise, regardant le temps passer en sirotant un verre de cidre. Il n’existait probablement aucun combat plus confortable que celui-ci. En adoptant simplement une formation de combat, la victoire était déjà gagnée.

« Hmph, cette Armée Rebelle n’est rien. Les rangs de ces insurgés sont-ils constitués de petites fillettes ? Idiot de Yalder, comment a-t-il pu échouer face à ça ? Il ne sera plus jamais considéré comme un brave général. »

« Certainement, Général Yalder était trop faible d’esprit. Mais il a eu ce qu’il méritait. »

« Cette fois-ci, nous n’aurons aucune pitié. Nous écraserons Antigua, puis la Forteresse Salvador tombera. Nous massacrerons tous les survivants. Nous allons aussi devoir éliminer ceux qui travaillaient avec eux. Pour qu’une telle situation ne se répète pas, nous les exterminerons jusqu’au dernier. »

David planta un couteau dans la carte, sur le quartier général de l’Armée Rebelle.

« ……Toutefois, ils ne montrent pas le moindre mouvement, alors que nous leur faisons face depuis trois jours.  Ils ne semblent même pas vouloir changer de trajectoire. Souhaitent-ils abandonner Antigua ? »

« Ils ont probablement peur que nous les poursuivions, et restent ainsi immobiles. Après tout, ils ne sont qu’un agglomérat d’incapables. Ils ne peuvent pas avancer, ils ne peuvent pas reculer, je ne peux m’empêcher de les prendre en pitié. Mais ils ne méritent pas la moindre sympathie. »

Répondit David, confiant, à son Chef Officier du Personnel.

« D’ailleurs, le corps principal de l’armée devrait être arrivé à Antigua à l’heure qu’il est. Le siège est probablement en cours. Ou peut-être que le château est déjà tombé. »

« Umu. Quelle bande d’idiots. Ils devraient maintenant savoir ce qui est arrivé à leur château. Pourquoi ne pas attacher une lettre à une flèche afin de leur expliquer la situation ? Ils prendront le message pour un faux, alors qu’il s’agira de la vérité. Et lorsqu’ils se seront rendu compte de la situation, il sera trop tard ! »

Lorsque David éclata bruyamment de rire, le servile Chef Officier du Personnel sourit. La victoire se trouvait juste devant leurs yeux. Ils s’attendaient à recevoir rapidement un message indiquant la reddition d’Antigua.  Si l’ennemi refusait de bouger, il allait être prit en tenaille par Antigua.

L’avancée ennemie allait être arrêtée, et si les troupes essayaient de battre en retraite en direction de la Forteresse Salvador, elles allaient être poursuivies. Après ça, le nettoyage allait commencer, et quelques exploits allaient pouvoir être récoltés.

La domination, le pillage puis le massacre. Ce que tout soldat souhaitait. Cela suffisait à emplir de joie les officiers militaires. La porte vers la gloire allait bientôt s’ouvrir.

—Interrompant les rêveries de David, des sons de cornes résonnèrent. Puis, ce fut au tour des tambours et des cloches.

« —Alors ils continuent aujourd’hui aussi. Laissons-les jouer, cela les occupera. »

« …….. ? Non, les troupes n’ont pas reçu l’ordre de feindre l’attaque aujourd’hui. »

Un officier du personnel fit part de ses doutes, mais fut rapidement ignoré. Puisque les troupes n’allaient pas avancer, les régulations militaires pouvaient être ignorées. Peu après, un messager arriva au quartier général de David.

« Excusez-moi, Votre Excellence ! »

Un officier du personnel demanda au messager de parler après que ce dernier ait respectueusement salué les personnes présentes.

« Qu’y a-t-il ? »

« Sir, l’Armée Rebelle montre des signes de mouvement. Une force ennemie composée principalement d’unités d’infanterie avance vers le Grand Pont Sulawesi ! »

« Hmph, ces idiots. S’agit-il d’une attaque désespérée ? Ils ne demandent qu’à être écrasés. »

David, surpris, termina son verre de cidre d’une gorgée.

« Votre Excellence, ce n’est rien. Attendons-les puis faisons pleuvoir les flèches. Je pense qu’ils ne font que tester les eaux. Si nous attaquons, ils battront directement en retraite. »

« Je vous laisse vous occuper de la situation, Chef Officier du Personnel. Je vous laisse les poursuivre, mais évitez de trop vous éloigner. Nous n’avons pas besoin de perdre des troupes pour un tel détail. »

« Sir, laissez-moi faire. Je vais immédiatement les repousser. »

Le Chef Officier du Personnel donna ses ordres au messager, qui retourna immédiatement au front.

Puis, un autre messager arriva. Mais celui-ci était différent. Il semblait clairement agité.

« V-Veuillez m’excuser ! »

Son visage était couvert de boue et de sueur, des blessures visibles sur l’ensemble de son corps, et sa respiration était saccadée. David grimaça instantanément et condamna le messager avant même qu’il ne puisse parler.

« Tu es un message de la glorieuse Armée du Royaume n’est-ce pas ? Avec une telle apparence, peux-tu vraiment mener à bien ton travail ? »

« V-Votre Excellence, m-mauvaises nouvelles ! »

« Calme-toi idiot. Tu es trop bruyant, que s’est-il passé au juste !? »

« La Première Division en direction d’An-Antigua a été détruite ! Le Général Major Alexei est mort au combat ! L’unité de cavalerie avancée a été annihilée ! »

Tout à coup, un silence de mort s’empara des lieux. Personne n’arrivait à parler. Mais le messager continua à transmettre les tristes nouvelles.

« La Seconde Division a traversé la rivière avant de se faire soudainement attaquer ! Ils ont été pris d’assaut, ont perdu la moitié de leurs effectifs, et se préparent à fuir !! »

« N-Ne te fiche pas de moi ! Comme si une situation aussi ridicule était possible !! Vérifie de nouveau la situation ! La force ennemie principale n’est-elle pas juste devant nous !? »

David jeta le verre dans sa main. Toutefois, le rapport du messager n’était pas encore terminé.

« L’ennemi a reconstruit les pontons flottants détruits et écrasé la Troisième Division. De plus, ils se dirigent par ici !! »

L’ennemi avait écrasé la Première Division, mis en déroute l’unité d’infanterie de la Seconde Division, puis réparé et reconstruit les pontons flottants. La Troisième Division, immobile avant la traversée de la rivière, avait rencontrée les forces adverses. Puisqu’il s’agissait d’une force constituée d’armes de sièges et de convois de ravitaillement, la Troisième Division avait été annihilée sans la moindre résistance.

Ayant traversé la rivière, les forces principales de l’Armée de Libération ne se dirigeaient pas vers Belta, mais vers le Grand Pont Sulawesi.

Ils n’avaient pas préparés les armes de siège nécessaires à l’assaut de Belta, car le Grand Pont Sulawesi était une position importante dont l’Armée de Libération voulait d’abord prendre le contrôle. S’ils parvenaient à occuper l’endroit, ils allaient pouvoir facilement menacer la région de Belta.

« —Mensonges. J-Je ne peux pas le croire. C’est de la désinformation. Non, sans doute un mensonge de l’ennemi ! »

David se leva de sa chaise en tremblant. Les visages des officiers du personnel étaient pâles. Si tout cela était vrai, rester ici risquait de devenir dangereux, puisque la force principale ennemie ayant traversé la rivière arrivait directement. Ils allaient être pris en tenaille.

« Votre Excellence, l’avant-garde a commencé l’assaut au Grand Pont, et de nombreux ennemis essayent de traverser la rivière en ferries ! »

« Abattez-les avec des flèches !! Ne les laissez surtout pas approcher ! »

« Oui Sir, compris ! »

« Votre Excellence, nous devons faire venir en urgence des troupes de Belta. A ce rythme, nous risquons d’être pris en tenaille. »

« Silence, continuez la stratégie ! Bientôt, un rapport affirmant la prise d’Antigua arrivera, j’en suis sûr ! Il ne faut pas tomber dans le piège de l’ennemi ! Je ne me ferais pas avoir ! »

David donna un puissant coup de pied dans son bureau qui tomba à la renverse. La force principale de la Quatrième Armée était encore en pleine santé, il ne pouvait pas en être autrement. L’ennemi n’était qu’un agglomérat d’insurgés ; une défaite était impossible. Sa défaite était impossible.

—Et le dernier morceau d’information parvint à David.

« Au rapport ! Un grand nombre de soldats ennemis a été repéré au sud ; leur drapeau est celui de l’Armée Rebelle ! Nous sommes attaqués par le flanc ! »

Le violent bruit de la guerre était maintenant audible. Au loin retentissait un bruit de sabots en approche.

Le temps s’arrêta pour David.

 

Grand Pont Sulawesi, campement de l’Armée de Libération sur la rive opposée.

Ayant à l’instant confirmé l’avancée de la bataille, un général aux cheveux argentés acquiesça à plusieurs reprises.

Il était le commandant de la force principale à laquelle pensait actuellement David.

« Ils n’ont même pas réussi à percer à jour notre stratagème, quelle tristesse. »

« Je détesterai être à leur place. Leurs officiers du personnel sont probablement fous, pour ne pas avoir repéré l’échec de leur tactique. J’ai des frissons rien que d’y penser. »

« En prenant tout cela en considération, ce sont probablement les officiers du personnel qui ont pensé cette stratégie. Qu’ils ne sachent pas l’état actuel de notre armée en est la preuve. Ils seront vaincus, tout comme ils le devraient être. »

Murmura doucement le Colonel, appuyé par un officier du personnel.

« Les mots du Colonel blessent mes oreilles. Même si notre moral est suffisant, ce n’est pas le cas de nos compétences, c’est pourquoi… »

L’unité de diversion était une force assemblée de 10 000 soldats réguliers, 5 000 miliciens, tandis que le reste était constitué de civils volontaires. Grâce à leurs drapeaux et soldats de paille, ils semblaient être 30 000 ou 40 000 aux yeux de l’ennemi.

« Mais il est impossible de gagner une bataille par la simple compétence. Au final, c’est le moral des troupes qui compte. Celles-ci doivent désirer la victoire ; sans ça, elles ne sont rien. Peu importe les plans, ou les qualités du commandant. »

« Certainement. Nous possédons un idéal à réaliser. Nous ne perdrons pas face à ce Royaume corrompu. »

« C’est ce que je veux entendre, même si mes vieux os commencent à fatiguer. »

Le Commandant frappa son dos en rigolant, et l’adjudant répondit avec un sourire amer.

« Nous vous ferons travailler jusqu’à la fin, Colonel. »

Le spectacle comique de singes que constituaient les deux leurres se faisant face allait bientôt prendre fin. L’Armée de Libération traversait actuellement la rivière à l’aide de pontons et de petits ferries. Quant à la force principale, elle allait attaquer l’ennemi depuis le flanc. La situation s’était complètement inversée, et le piétinement du campement ennemi n’était qu’une question de temps.

Les forces défensives et offensives au Grand Pont étaient égales, mais l’ennemi allait être aussi attaqué depuis le flanc par une unité. Un dernier effort était nécessaire pour que l’ennemi ayant sombré dans le chaos se fasse écraser, puis, l’Armée de Libération allait pouvoir prendre possession du Grand Pont Sulawesi. Ils avaient déjà infligé de lourds dégâts aux forces défensives ennemies, alors la chute du Château Belta n’était elle aussi qu’une question de temps.

Le vieux commandant se souvint du visage du jeune homme ayant réussi à se distinguer dans ce combat —Le visage du Héros portant sur ses épaules le futur du Royaume. Cet homme allait réaliser tous leurs rêves, et le commandant se demandait s’il allait un jour pouvoir constater cela de ses propres yeux.

« ……Vous savez, j’ai entendu dire que le Lieutenant Colonel Fynn avait de nouveau pris la tête du commandant ennemi. Quelle effrayante performance. Il semble que le Drapeau du Lion ne soit pas qu’une simple décoration. »

Ce dernier avait apparemment écrasé l’unité de cavalerie ennemie et récolté la tête du Général Major Alexei. Puis, il s’était chargé de poursuivre les restes de la Seconde Division ennemie.

« Il deviendra bientôt le Héros de cette bataille. De plus, sa célébrité ne fait qu’augmenter parmi les troupes. S’il est de nouveau promu, il arrivera enfin à votre niveau. »

« Princesse Altura, et maintenant le Lieutenant colonel Fynn, avec eux, la réputation de l’ancienne génération risque de s’effondrer. Hmph, nous ne pouvons pas perdre face à la jeunesse. Nous allons devoir leur montrer la différence entre nos années de service, qu’en pensez-vous ? »

Le commandant exhala bruyamment par le nez puis se leva. Même s’il était vieux, il pouvait toujours se mouvoir. Il prit sa hache de guerre, puis s’échauffa avec.

« Le Colonel a encore de nombreuses années de service devant lui…… N’est-il pas l’heure de lancer la charge ? »

« Si ! Placez l’infanterie d’arrière-garde au front. Dites aux civils coopérant avec nous de reculer. Le résultat de cette bataille a déjà été décidé. Tout ce qu’il nous reste à faire, c’est de les écraser. Nous prendrons la tête du commandant ennemi, prouvant de nouveau la dévotion que nous portons à notre Princesse Altura, qu’en pensez-vous ? »

« Sir, compris ! »

 

—L’unité de diversion de l‘Armée de Libération postée au Grand Pont Sulawesi commença l’assaut.

La bataille allait probablement se conclure après cette attaque.

Les 20 000 soldats constituant le front de l’armée de David furent pulvérisés, tombant dans un état de panique générale. Ils étaient inférieurs en nombre, manquaient de leadership, et les soldats n’avaient pas le désir de combattre. En raison du mélange de plusieurs unités différentes, la coopération était pitoyable.

Les troupes allaient bientôt s’effondrer, mises en déroute par l’Armée de Libération. Les généraux de l’Armée de Libération situés au Grand Pont Sulawesi attendaient une victoire écrasante. Cette bataille aurait dû se terminer ainsi.

Mais derrière les civils soufflant de soulagement, heureux de leur victoire, un oiseau blanc apparut. Il s’agissait d’une unité galopant à une vitesse terrifiante, en ligne parfaite et totalement inattendue. Les civils les regardèrent arriver en souriant. Il s’agissait probablement des renforts envoyés par la forteresse Salvador. Ils levèrent haut les bras pour les saluer. Quelqu’un cria même de joie. Tout le monde riait.

Ces hommes, libérés de l’oppression, souriaient sincèrement.

Ils avaient enfin été libérés, et étaient reconnaissants envers l’Armée de Libération du plus profond de leur cœur.

—Jusqu’à ce qu’un faux ensanglantée s’abatte sur eux.

 

Maintenant à une distance suffisamment audacieuse, la Cavalerie de Schera s’était dirigée vers le nord, en direction du Grand Pont Sulawesi. Ils avaient réussi à éliminer tous les éclaireurs de l’Armée de Libération, et arrivèrent enfin derrière le Grand Pont Sulawesi. Heureusement pour eux, aucune unité ennemie n’avait été rencontrée.

Pas un seul cavalier n’avait fui. L’unité comportait très exactement zéro déserteur. Pour une unité en pleine déroute, c’était incroyable. Les provisions disponibles étaient épuisées, et Schera était à la limite de son endurance. Elle était horriblement affamée. Pourquoi devait-elle subir une telle faim ?

« Major, c’est le dernier bonbon. N’hésitez pas. »

« …….. »

Lorsque Katarina offrit un sacrifice à la Mort, Schera le prit en silence et l’écrasa entre ses molaires.

Ce n’était pas assez. Son irritation due à la faim était sévère. La faux sur son épaule tremblait de rage. Vander demanda prudemment, afin de ne pas s’attirer les foudres de Schera,

« M-Major. Que faisons-nous maintenant ? Devant nous se tient une unité ennemie, et nous sommes arrivés jusqu’ici sans le moindre problème. Si nous nous dirigeons vers le nord, nous devrions pouvoir traverser la rivière— »

Tout à coup il s’arrêta de parler —car des yeux injectés de sang le regardaient. S’il continuait, la faux semblait prête à s’abattre instantanément sur lui. Schera était vraiment de très mauvaise humeur.

« Il y a un raccourci juste devant nous, pourquoi prendre un détour ? —Second Lieutenant Katarina, êtes-vous du même avis ? »

Émettant une profonde soif de sang, elle se tourna vers son autre adjudant.

« Nous n’avons en effet pas besoin de prendre de détour. Nous les attaquerons par derrière, et les écraserons aussi simplement. Nous pouvons certainement traverser leur armée. Je suis prête à offrir chaque vestige de ma faible puissance. »

« Vraiment ? Il n’y a pas de problème dans ce cas. Avançons. »

« Sir, il n’y a pas le moindre problème. »

Katarina poussa du doigt les lunettes sur son nez, et prit un petit bâton à sa hanche qu’elle allongea. Il s’agissait d’une cane magique portative. Vander la voyait pour la première fois. Il ne savait pas que sa collègue Seconde Lieutenant possédait des connaissances en sorcellerie.

« O-Oi, tu peux utiliser la sorcellerie ? Je n’en ai jamais entendu parler. »

« C’est juste que je n’en ai jamais parlé. Toutefois, je n’ai plus besoin de le cacher. Pour le Major Schera, je suis prête à dévouer toute ma puissance. C’est une décision prise depuis longtemps, et j’utiliserai avec joie ma magie païenne. La pomme ne tombe pas loin de l’arbre après tout. La fille d’un hérétique est et restera une hérétique. »

Expliqua rapidement Katarina. Ses yeux étaient similaires à ceux des autres membres de la cavalerie.

« …….Que veux-tu dire ? »

Demanda Vander qui ne parvenait pas à comprendre. Mais Katarina ne lui répondit pas.

2 500 cavaliers attendaient les ordres. Ils attendaient l’ordre de charger et de décimer l’ennemi. Les chevaux hennissaient, sentant la soif de sang environnante, et leurs corps tremblèrent.

Schera leva sa faux, et donna enfin l’ordre.

« Notre cible : le Grand Pont Sulawesi ! Chargez !! Tuez-les tous ! »

« « « « « « OU !!!! » » » » » »

Les cris des cavaliers résonnèrent, et Schera dévala la colline en tant qu’avant-garde. Les deux adjudants suivirent, les 2 500 cavaliers créant un large nuage de poussière sur leur passage, et tous se ruèrent vers l’ennemi telle une puissante vague. Le drapeau de l’Armée de Libération approchait de plus en plus. De nombreux soldats ennemis remarquèrent le groupe de Schera, mais éclatèrent immédiatement de joie. Ils accueillaient la Mort. Les civils désarmés souriaient.

Toutefois, l’expression sur le visage de Schera ne changea pas. Devant ses yeux se tenaient de simples ennemis.

De la nourriture attendant d’être mangée.

« A-Arrêtez-vous ! Cessez votre avan— »

La large faux découpa plusieurs civils en fuite, tandis que Schera avançait droit devant elle. La cavalerie derrière elle chargea, la lance pointée vers l’ennemi, écrasant et tuant de nombreuses personnes sur son passage.

« Tuez tout ennemi sur votre passage ! Ne demandez même pas leur identité ! Tuez l’Armée Rebelle ! »

La Mort donna son ordre, et la dévastation commença. Les civils désarmés couraient dans tous les sens, essayant de fuir. Quelques miliciens pauvrement équipés tentèrent de résister, mais furent transpercés par les lances des cavaliers.

Schera massacrait le camp ennemi comme si elle coupait de l’herbe. Sa faux s’abattait à gauche et à droite, tournoyant comme un moulin et coupant des membres au hasard. Son élan ne s’arrêta pas, et elle se dirigea droit vers le front du camp ennemi.

« É-Épargnez-nous. N-Nous ne sommes pas des soldats. »

« Vous êtes du Royaume n’est-ce pas ? A-alors pourquoi… ? »

« Laissez-nous partir— »

Silencieusement, la lame affutée d’une faux tua les hommes suppliant à genoux d’être épargnés.

Aux côtés de Schera, Katarina pointa sa cane en direction des cadavres et chanta un sort. Il s’agissait de nécromancie, permettant de manipuler les corps sans âme. Il s’agissait d’une magie détenue par les personnes ayant abandonné Dieu. Elle ne pouvait utiliser qu’un seul sort, et les cadavres ne pouvaient pas bouger aussi librement que le nécromancien. De plus, il était impossible de déplacer plusieurs centaines de cadavres en même temps. Sa limité était de deux cadavres simultanés. Ayant tout appris par ses propres moyens, ce sort était le seul qu’elle avait pu apprendre.

« ……..Avancez. »

« Très intéressant. Cette magie permettant de réutiliser les cadavres m’intrigue sincèrement. »

« Merci infiniment, Major Schera ! »

« Et que se passe-t-il ensuite ? »

« Ça…….. Explosez ! »

Les corps réanimés rampèrent profondément dans les rangs ennemis, puis explosèrent. Le souffle avala les soldats alentours, et la zone adopta une odeur de cadavre brûlé.

Schera observa la scène, visiblement satisfaite, puis reprit son massacre.

Vander de son côté ne combattait que les ennemis armés. Les hommes devant ses yeux n’étaient clairement pas des soldats, seulement des hommes qui travaillaient aux champs quelques jours plus tôt. Il n’était pas devenu soldat pour massacrer des civils, ni pour mener ce genre de massacre.

Il était différent. Différent d’eux.

« Meurs ! »

« —Ferme-la ! Prends ça !! »

Les lances se croisèrent, et un ennemi fut transpercé. Profitant de l’ouverture créée, une lance se dirigea vers le dos de Vander. Merde, pensa-t-il, mais le bras maniant la lance était immature, et la pointe de la lance entra en contact avec son armure avant d’être divertie de sa trajectoire. Vander sortit sa lance du cadavre ennemi, souhaitant contrattaquer, et fit tourner son cheval sur lui-même. Face à lui se tenait un soldat de l’Armée de Libération recouvert d’une armure simple. Il était de petite taille, probablement un jeune garçon. Il mesurait la même taille que Schera, et était peut-être même plus petit qu’elle. Son visage était encore celui d’un enfant.

Il tremblait, constatant l’échec de son attaque, et semblait profondément désespéré.

« Tsk, reste sage gamin !! Souhaites-tu mourir !? »

« —Hi, Ah, ah…. »

« Ne te surestimes pas ! »

Vander repoussa l’arme du garçon soldat avec sa lance. Il n’avait pas la moindre intention de tuer un enfant.

—Mais…

« J’ai ordonné de tuer tout le monde, Second Lieutenant Vander. »

De derrière le garçon désarmé, une lame s’abattit. Après un cri aigu similaire au cri d’un porc, l’enfant perdit la vie.

« ……..Ce n’était qu’un enfant, Major. »

Critiqua ouvertement Vander, mais Schera l’ignora et secoua sa lame afin de la nettoyer de son sang.

Elle se tourna, cherchant sa prochaine proie.

« Alors que faisait-il sur la champ de bataille ? Si vous souhaitez haïr quelqu’un, haïssez celui qui l’a amené ici. »

« Il ne pouvait plus se battre. »

« S’il peut ramasser une épée, il peut toujours se battre. Puis, il s’opposera de nouveau à vous. N’êtes vous pas un soldat ? Ou peut-être êtes-vous un Saint ? Vous vous croyez à l’église ? »

« — ! »

« Rassemblement !! Nous allons écraser les troupes ennemies sur le Grand Pont ! »

Sous les ordres de Schera, la cavalerie se rassembla, puis toutes les montures se tournèrent vers le Grand Pont.

 

« Colonel, l’ennemi nous attaque par derrière ! Une cavalerie avance en tuant les civils !! »

« Quoi ? D’où viennent-ils !? La cavalerie ennemie est censée être annihilée n’est-ce pas !? »

« M-Mais ils sont là ! L’ennemi brandit un drapeau noir avec un emblème d’oiseau blanc ! Leur avant-garde est un commandant armé d’une faux ! »

« Le Dieu de la Mort des rumeurs !? Bien, nous les arrêterons ici. Ne les laissez surtout pas traverser le pont ! Nous deviendrons la risée de tous si nous les laissons fuir !! »

La cavalerie ennemie était constituée de l’unité qui avait attaqué les convois de ravitaillement de l’Armée de Libération par le passé. La même unité associée à la Mort. Il avait beaucoup entendu parler de leur célèbre commandant.

« Oui Sir ! Infanterie !! En formation !! Nous allons bloquer la charge du Dieu de la Mort !! »

L’unité d’infanterie présente au milieu du pont construisit un mur de lances. Une cavalerie possédait l’avantage de la vitesse, mais était faible face aux lances. Ils allaient donc hésiter, craignant la mort. A cet instant, l’infanterie allait les encercler puis les éliminer.

« Lanciers, en avant !! Restez collés ! »

« Pépareeeeeeeeeeeez, lances !! »

Les lanciers, au moral sans faille, préparèrent leurs lances. Des rangs alliés giclaient de larges quantités de sang, et une étrange armée arriva à la charge. En formation de colonne, les cavaliers avançaient en ligne droite.

« Uoooooooooo !! »

« Lances ! En avaaaaaaaaant !! »

« Moureeeeeeez !! »

Les troupes brandissant le drapeau noir s’enfoncèrent dans le mur de lances sans la moindre hésitation. Ils avaient eux aussi préparés leurs lances, et avaient décidé d’écraser l’ennemi sous les sabots des chevaux. Ils ne ressentaient pas la moindre hésitation.

Des chevaux et cavaliers furent embrochés, mais cela ne les empêcha pas d’éliminer l’infanterie ennemie. Des soldats tombés de leurs montures sautèrent du Grand Pont, veillant à emporter l’ennemi avec eux. L’unité de Schera avait créé une ouverture dans les lignes ennemies en sacrifiant plusieurs dizaines de soldats.

Profitant de cette ouverture, Schera faisait danser sa faux depuis son cheval. Katarina, ayant épuisé sa puissance magique, se battait à l’épée. Les soldats de l’Armée de Libération étaient repoussés. Ils n’avaient pas réussi à arrêter l’avancée ennemie.

« Le commandant, tuez le commandant ! Cela affaiblira l’avancée ennemie ! Arrêtez-les ! »

« Colonel, vous avancez trop ! Reculez ! »

L’Adjudant tenta de l’arrêter, mais le Colonel le repoussa, hache en main. D’un coup puissant, il écrasa un cavalier en pleine charge. Mais malgré la blessure fatale, le cavalier essaya de se relever alors il lui coupa la tête. Le Colonel était choqué par une telle ardeur. L’ennemi était clairement différents des autres soldats du Royaume.

« Silence ! A ce rythme, ils vont traverser le pont !! Sales monstres… ! Quelle est donc cette puissance de charge… »

« —Colonel, c’est trop dangereux ! »

« Encerclez-les ; écrasez-les par la force du nombre !! Ne faites preuve d’aucune pitié ! »

Levant la voix, il encouragea ses soldats. Parmi la masse informe, un cavalier en armure noire sortait du lot. Ce cavalier était sans aucun doute le commandant ennemi. Lorsque le Colonel la regarda, leurs yeux se rencontrèrent.

Schera sourit comme une petite fille… le visage couvert de sang. A cet instant, le Colonel fut charmé par la Mort.

« —Ah. »

Une petite faux s’enfonça profondément dans le visage du Colonel abasourdi. L’arme avait été lancée sans mouvement visible. Ainsi, le commandant de l’unité de diversion de l’Armée de Libération mourut en un instant.

La gorge de l’Adjudant qui tenta de l’aider à se relever fut elle aussi la victime d’une faux.

 

Quartier Général de David, pris en tenaille.

Des rapports catastrophiques arrivaient les uns après les autres. Même le quartier général était devenu dangereux. David dégaina l’épée de sa famille, et se prépara au pire. Un noble devait mourir avec honneur.

« V-Votre Excellence. Vous devez fuir ! Nous allons vous ouvrir un passage en direction de Belta ! »

S’écria le Chef Officier du Personne, mais David secoua la tête.

« Je ne peux pas. Si je fuis maintenant, nous serons complètement mis en déroute. Si je dois mourir, autant mourir ici ! J’ai ma fierté en tant que noble… »

« M-Mais… ! Belta… ! »

Si David fuyait, l’armée allait être mise en déroute.

Mais dans une telle situation, le commandant vaincu avait le devoir de sauver le plus de soldats possibles et de se rapatrier à Belta. David avait peut-être sa fierté en tant que noble, mais il était le pire commandant possible. A David, qui se tenait à la tête de l’armée aux côtés de ses gardes d’élite, un énième rapport arriva.

« Votre Excellence David ! »

« Quoi encore !? Ont-ils enfin réussi à traverser le pont !? »

« D-Des renforts ! Des renforts de notre armée sont arrivés !! »

« Foutaises ! D’où viennent-ils !? Ne me dites pas qu’ils ont abandonné Belta !! »

David n’était pas assez idiot pour laisser le Château Belta vide. Il avait envoyé un messager, et strictement ordonné la défense de l’endroit. Il était donc impensable que des renforts alliés arrivent de Belta.

« Non ! Les renforts viennent du Grand Pont Sulawesi !! Ils ont pénétré le camp ennemi ! »

Pendant un instant, David douta de la santé mentale du messager. De même pour les officiers du personnel. Mais lorsqu’il tourna son attention vers le pont, la situation semblait effectivement étrange.

L’unité de David jusqu’alors repoussée faisait un retour en force. De plus, les unités ennemies essayant de traverser la rivière par voie maritime se retournaient sans même avoir atteint la terre ferme.

« Quoi !? Quelle unité est revenue !? S’agit-il de la cavalerie d’Alexei !?? »

Excité, David se pencha naturellement en avant. Sa voix se cassait à mesure qu’il parlait.

Qui ? Qui était venu ? Est-ce que la cavalerie d’Alexei avait survécu ? Peut-être s’agissait-il de renforts envoyés par la Capitale royale ? C’était difficile à croire, mais la possibilité qu’il s’agisse de soldats volontaires n’était pas impossible.

« Leur drapeau est un corbeau blanc sur fond noir !! Le commandant est inconnu, mais ils traversent le campement ennemi !! »

« V-Votre Excellence, tenez. »

Un officier du personnel lui présenta une longue-vue. Elle n’était pas aussi efficace que celles fabriquées par l‘Empire, mais restait suffisante pour observer le Grand Pont. Ainsi, David tenta d’en savoir plus. Un drapeau noir et l’emblème d’un corbeau blanc. Il n’avait jamais vu un tel drapeau avant, et ne se souvenait pas d’un moindre sceau familial semblable. Après tout, le noir était un présage de malchance.

Il observa les cavaliers brandissant ces drapeaux. Tous combattaient avec une vaillance terrifiante. Ils écrasaient l’ennemi sans même prêter attention aux lances dressées.

Puis, il observa le plus visible d’entre eux, un commandant armé d’une faux. La personne en question portait un casque, mais possédait aussi une petite carrure.

Un jeune visage couvert de sang pourpre. Il s’agissait d’une jeune commandante, souriant tout en éliminant ses proies unes par unes.

« C-C’est… M-Major Schera. »

Le nom s’échappa de ses lèvres. Il était abasourdi, figé devant une façon de combattre aussi terrifiante. Elle tranchait ses ennemis en deux tel un général vétéran. Lorsqu’elle parvint enfin à traverser le pont, elle ordonna à sa cavalerie de charger de nouveau jusqu’à la rive opposée. Les soldats ennemis, ne s’attendant pas à ce que l’effrayante cavalerie se retourne, furent écrasés. Ayant perdu leur leader, les membres de l’unité ressemblaient à des novices cherchant à sauver leurs vies en échappant à la faux de la Mort. Derrière eux, les cavaliers les chassaient. Le Grand Pont état couvert de sang frais.

 « V-Votre Excellence David ! Nous ne pouvons pas rester immobiles. Prenez nos forces sur le pont et envoyez-les sur notre flanc avant de prévoir la retraite ! Nous ne pouvons pas combattre la force principale ennemie ! »

« ………….. »

« —Votre Excellence ! Votre Excellence Général Major David ! Donnez-nous vos ordres ! »

« Ah, oui. Je… je vous laisse vous en occuper. V-Vite. »

« Sir ! »

Le Chef Officier du Personnel cria ses ordres aux officiers militaires. Ils devaient à tout prix éviter l’annihilation. Ils étaient désespérés.

« ………C-C’est un Dieu de la Mort. Certainement la Mort elle-même. E-Est-ce que Yalder avait raison ? »

Tremblant, David regardait Schera combattre ses ennemis comme si elle les dévorait. Il avait complètement oublié sa propre position de commandant.

 

Après cela, les troupes de l’unité de David assignées au banc de la rivière et au Grand Pont parvinrent à défendre les flancs.

L’Armée de Libération, ayant réussi à attaquer par le flanc, fut surprise par l’étonnante contrattaque. L’unité sur le point d’être mise en déroute semblait tout à coup renaitre et revenir en force.

L’Armée de Libération attaquant le flanc était appelée force principale, mais était principalement constituée d’unités rapides. Ils avaient pris l’ennemi en tenaille, et aurait normalement dû le mettre en déroute avec une attaque rapide et précise.

Mais après de nombreux combats, les soldats étaient épuisés et leur puissance d’attaque avait évidemment chutée. En raison de la différence d’endurance et d’une résolution en déclin, les pertes du côté de l’Armée de Libération commençaient à augmenter.

 Le commandant de l’Armée de Libération, Behrouz, décidant l’avancée suffisante, fit reculer temporairement ses soldats. Il avait appris la perte de nombreux civils et miliciens, et devait donc faire en sorte que les affaires se calment.

David parvint à s’échapper et à rentrer à Belta. Des soldats vaincus y affluaient sans cesse, et tous étaient complètement épuisés. L’Armée du Royaume avait bien trop perdu au cours de cette bataille.

—Survivants de la Quatrième Armée : 30 000.

Un tiers de l’armée était mort au combat, et le reste avait jeté les armes ou déserté.

Formant un coin dans la région de Belta, le Grand Pont Sulawesi avait été capturé, et même le site de traversée de la rivière avait été perdu. Après cet échec, l’Armée de Libération allait probablement s’approcher petit à petit, tel un nœud se resserrant autour de leur cou.

David était fou de rage et embarrassé. Il tomba même malade en raison de son anxiété.

La Bataille de la Traversée d’Alucia s’était soldée par une défaite écrasante de l’Armée du Royaume. Mais cet échec n’était pas une simple perte de troupes et du Grand Pont Sulawesi. Tandis que le soleil se couchait sur le Royaume, ce combat avait prouvé à la population que le Royaume n’était pas capable d’éliminer l’Armée Rebelle. L’Armée de Libération victorieuse avait ajouté à ses rangs les soldats défaits, et était plus puissante que jamais.

Schera quant à elle s’était rapatriée, accompagnée de sa cavalerie. Chaque membre de l’unité était couvert de sang, mais tous rentrèrent fièrement au château. La garnison du château qui se moquait d’eux jusque là ne pouvait que les contempler en retenant son souffle. L’oiseau blanc était maintenant rouge vif. Combien de vies avait-il absorbé ?

Portant toujours son armure ensanglantée, Schera se précipita dès son arrivée vers le réfectoire. Elle prit tout ce qu’elle pouvait prendre, puis se dirigea vers les campements où ses soldats l’attendaient. Tous les cavaliers ayant survécus souriaient, mangeant aux côtés de leur commandante. Pouvoir ainsi profiter d’un repas avec ses camarades emplissait Schera de joie.

Après avoir consommé assez de nourriture pour trois hommes, Schera s’endormit, un sourire satisfait sur le visage.

 

—Quant aux civils morts au combat, leur histoire allait être transmise sous le nom de ‘’Tragédie du Grand Pont Sulawesi’’. Ils avaient fièrement fait face à l’attaque surprise du Dieu de la Mort, puis combattu avant de mourir noblement ; ils étaient de véritables héros. En souvenir de leur générosité, un large monument aux esprits allait être érigé près du Grand Pont.

 

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2 pensées sur “La Fille Qui a Mangé la Mort – Chapitre 14

  • Avatar
    3 janvier 2018 à 21 h 07 min
    Permalink

    Merci pour le chapitre.

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  • Avatar
    3 janvier 2018 à 23 h 16 min
    Permalink

    Merci pour le chapitre.

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