Chapitre 14 : Le Chef du Village

 

« Super Syril ! Tout s’est terminé sans problème ! »

Dès notre retour à la maison, Lucie, jusqu’alors calme, fut envahie d’émotion et m’enlaça en pleurant.

C’était toujours pareil, elle était toujours plus inquiète pour moi que je ne m’inquiétais pour moi-même.

« Lucie, tout n’est pas encore terminé. L’évènement principal sera la guerre contre l’Empire. Nous n’en sommes qu’au prélude. »

« Mais au moins, je sais maintenant que tu ne vas pas disparaitre tout à coup. »

Sa voix était emplie de sanglots.

En voyant une Lucie aussi adorable, je ne pus m’empêcher de lui caresser la tête.

« Si Syril disparait, je serais toute seule. »

« Ne t’inquiètes pas, tu ne seras pas seule… Ces derniers jours, la maison a retrouvé un peu de sa joie de vivre. »

Auparavant, la grand-mère de Lucie, qui était comme une mère pour nous, ainsi que sa petite sœur de 4 ans, nous avaient été enlevés.

La joyeuse famille de 4 ne consistait maintenant plus qu’en nous 2. Il était impossible de ne pas se sentir seuls, même si Lucie essayait de se montrer forte devant moi.

« Tu vas vraiment rester ? »

« Je te le promets. Et si c’est toi, de nombreux hommes te voudront pour épouse si je disparais. »

Lucie avait 14 ans. Il s’agissait de l’âge au mariage de ce village, et parmi les elfes relativement beaux, Lucie était d’une beauté exceptionnelle. Actuellement, probablement tous les elfes célibataires s’étaient proposés au moins une fois à Lucie.

« Je n’en ai pas envie. Je ne veux pas d’une telle relation avec une personne autre que Syril. »

« Moi ça me va. »

Parfois, les paroles étaient transmises autrement que par les mots.

« Tu es vraiment légère Lucie. Tu dois manger plus. Je vais devoir te chasser un peu de gibier. »

Plaçant mes mains sous ses bras et la soulevant en l’air, j’étais surpris par sa légèreté.

Surveiller de près sa santé était maintenant devenu une routine quotidienne.

Son manque de vitamines s’était considérablement amélioré. Toutefois, même si être mince était une bonne chose, elle l’était un peu trop. Ce n’était pas étonnant puisqu’en plus de manger de la nourriture simple, elle devait travailler aux champs.

Des sangliers sauvages vivaient dans la montagne. La viande de cerf était une bonne viande, mais dans le cas d’un besoin en nutriments, le gras du sanglier sauvage était bien meilleur.

« Et tu ne dois pas être la seule à en manger. Distribuons-en à tout le monde. Je vais devoir préparer de la viande séchée avant qu’il ne soit trop tard. »

Les plantations n’étaient pas cultivées en hiver, lorsque la neige s’amassait sur le sol, et la chasse ne se déroulait que lorsque le temps était bon. De plus, puisque nous étions obligés de retourner au village chaque fois que le temps changeait en montagne, du gros gibier était rarement chassé.

Ainsi, lorsque la récolte du blé se terminait et que les taxes étaient payées, les femmes et les enfants préparaient les champs pour l’année suivante, tandis que les hommes élargissaient les champs et chassaient en montagne le cerf, le sanglier sauvage, le lapin et même la grenouille.

Tous ces animaux chassés étaient ensuite transformés en précieuse nourriture pour l’hiver après avoir été séchés au soleil.

Mais, pendant cette période, le gibier n’était pas obtenu avec des arcs et couteaux primitifs. Des elfes en groupes de 4 ou 5 accompagnés de chiens de chasse partaient en montagne pendant 2 à 3 jours, et avec un peu de chance, ils pouvaient rentrer avec un cadavre de cerf. Malheureusement, nos plus puissants archers étaient morts lors du dernier combat contre l’Empire.

Dans mon cas, ignorant l’influence de l’écosystème, je pouvais en chasser 10 avant l’hiver.

« La portion de chaque habitant est prise en considération. Mais Lucie, j’ai envie que tu puisses manger en première les morceaux les plus délicieux. Ce pré-requis est acceptable non ? »

« Pourquoi en fais-tu autant pour moi Syril ? Tu vas même jusqu’à m’entrainer. »

« C’est parce que je t’aime. »

Une telle chose était évidente.

Je n’hésitais pas à dévoiler mes véritables sentiments à Lucie.

« C’est injuste. Moi je n’arrive pas à m’exprimer si directement. »

Lucie, toujours en l’air, gonfla ses joues.

Je la reposai doucement sur le sol.

« Quand tu seras prête, n’hésite pas. Nous pouvons en rester là pour le moment. Moi, j’ai décidé de ne pas retenir mes sentiments, et de toujours faire ce qui doit être fait. »

« Toujours faire ce qui doit être fait… c’est une bonne phrase. Je vais devoir la respecter moi aussi. »

« Et si tu commençais par essayer honnêtement de me faire part de tes sentiments pour moi ? »

« Après ce que tu viens de me dire, c’est impossible ! »

Apparemment je venais de toucher les nerfs sensibles de la princesses.

Je me retournai, lui montrant mon dos.

« J’attendrais patiemment. Pour le moment, j’ai plusieurs choses à terminer. »

« J’ai un mauvais pressentiment. Prépares-tu quelque chose ? »

« Oui, plusieurs choses. Si tout se passe bien, il deviendra plus facile de diriger le village. »

Rapidement, mais sans toutefois trop me presser, je préparais le terrain.

 

Deux jours s’étaient écoulés depuis la démonstration des arbalètes.

J’avais profité de ces deux jours pour creuser un puits en utilisant le [Rinne Kaiki] et me transformant en Kuīro.

« Partir chaque matin en forêt pour prendre de l’eau est absurde. »

En y repensant, porter une lourde jarre d’eau et entrer dans la montagne simplement pour obtenir de l’eau de source était extrêmement pénible.

En utilisant ma magie d’eau avec Syril pendant la journée, j’avais pu comprendre la disposition des sources souterraines et déterminer la qualité de l’eau. Après avoir confirmé qu’il s’agissait d’eau potable ne contenant aucun élément dangereux, j’avais creusé un trou avec le nain Kuīro et chauffé les parois afin de les solidifier et ainsi obtenir un puits.

J’avais aussi pensé à fabriquer une pompe, mais du moment que l’eau était visible, n’importe qui au village pouvait la récupérer telle quelle grâce à la magie d’eau.

Il s’agissait d’un simple projet, mais celui-ci avait rencontré une importante popularité.

J’avais aussi accéléré la préparation de flèches ‘’spéciales’’ tout en augmentant la production d’arbalètes pour le futur combat contre les humains.

Toutefois, le plan vital pour le village n’avait pas encore été décidé, car le chef du village n’avait pas encore accepté de combattre contre l’Empire.

Une profonde insatisfaction commençait à s’emparer des villageois. Certains pensaient même qu’il fallait changer de chef.

Quant à moi, j’agissais dans l’ombre pour faire grossir ces voix.

Pendant mes traitements matinaux,

« De plus en plus de personnes veulent un nouveau chef. » ou « D’après les rumeurs, l’hydromel dans la nourriture récupérée à l’Empire est réservé au chef et à lui seul. », de tels discussions apparaissaient.

« Apparemment, ce sont les personnes s’opposant au chef qui ont été livrées à l’Empire. » Rumeurs et faits réels se mélangeaient aux conversations.

En temps de paix, de telles paroles étaient ignorées.

Mais, dans la situation actuelle, ces paroles se diffusaient comme une trainée de poudre. De telles rumeurs permettaient de changer les pensées des elfes, et de piéger mentalement le chef du village.

Même s’il n’y avait aucune action directe, une animosité naissait de ces rumeurs. Maintenant, je ne pouvais qu’imaginer la suite des évènements si les villageois étaient stimulés davantage.

Le chef du village ne pouvait pas se dresser contre l’Empire. Actuellement, il profitait du meilleur traitement au sein du village elfe, et ne pouvait donc pas se séparer de cette vie où sa sécurité était garantie.

D’un autre côté, il ne pouvait pas non plus se soumettre à l’Empire, au risque de s’attirer la colère des villageois.

Et, pendant que rien n’était fait, la situation empirait petit à petit.

Il s’agissait d’un cul-de-sac pour le chef du village.

J’avais moi-même disséminé le poison. J’avais laissé au chef du village un troisième choix, le plus facile, mais aussi celui qui allait le mener à sa perte.

 

Tard, la nuit.

Lorsque je dormais, une partie de ma conscience restait éveillée et liée au mana de vent.

Il s’agissait d’une habitude née sur le champ de bataille. Dormir profondément était extrêmement dangereux après tout. De plus, j’avais actuellement un ennemi, alors autant rester sur mes gardes.

Ainsi, je surveillai mon piège et tout à coup, le mana de vent m’envoya une alarme, signalant la capture d’une proie.

« Je ne le pensais pas si impatient. »

Ouvrant les yeux, mon alignement avec le mana de vent me permettait d’améliorer ma vision et d’acquérir de nombreuses informations.

Grâce à ça, je pouvais voir un chariot tentant de quitter le village, malgré l’heure tardive.

J’avais installé à l’avance un système entourant le village. Il s’agissait de nombreuses boites en métal contenant des boules en fer et émettant un bruit assourdissant lorsque le vent soufflait dessus.

Je fis donc en sorte que le système sonne, grâce à ma magie de vent.

Lorsque le bruit résonna à travers le village, tous les elfes se levèrent et sortirent de leurs maisons.

Moi aussi je m’empressai de sortir et de courir à toute vitesse. Bien sûr, mes déplacements étaient aidés par le mana de vent.

Arrivant à l’entrée du village en un instant, je me plaçai devant le véhicule en mouvement, faisant ainsi paniquer le cheval.

« Que faites-vous à une heure si tardive, chef ? »

Demandai-je doucement, un sourire sur le visage.

« Qu… Syril !? Hors de mon chemin ! »

Bien sûr, le conducteur du véhicule était le chef du village. Derrière lui, à l’intérieur du chariot, se trouvaient sa femme, son fils et sa belle-fille.

« Hors du chemin ? Vous êtes pressé ? Vous n’avez pas répondu à ma question. »

« Ferme-la ! Ecarte-toi ou je t’écrase ! »

Ayant enfin calmé les chevaux avec son fouet, le chef du village les remit au galop.

Mais je n’allais pas perdre face à un simple cheval. Je fis tomber celui-ci avec ma magie de vent, et puisque la bête était innocente, je fis attention à ne pas blesser sa patte et à le faire tomber sur le ventre.

Et, comme prévu, le chariot tomba à la renverse, déversant son contenu sur le sol.

Du précieux hydromel, du poivre, du sel, de la viande séchée, du blé et un lourd sac en cuir étaient présents.

« Hey, que se passe-t-il ? »

Les villageois arrivèrent.

Maintenant, la situation était complète.

« J’ai repéré l’activation du piège, pensant que des soldats de l’Empire avaient envahi le village, mais il ne s’agissait que du chef du village, partant tard dans la nuit à bord d’un chariot. En essayant de le saluer, j’ai failli me faire écraser. J’ai donc instinctivement résisté. »

 « Ce n’est pas une mince affaire. »

Le nombre de spectateurs augmentait de minute en minute. Bien, et si j’appuyais sur le dernier bouton ?

« Alors, chef, que faites-vous ici à une telle heure ? »

Mais ma réponse ne reçut aucune réponse, seulement des sueurs froides de la part du chef.

Dans ce cas-là, fallait-il que je collecte les preuves ?

« Je vois que vous transportez de l’alcool, du poivre, mais aussi de la précieuse viande séchée et du blé. S’agit-il d’une portion pour 4 personnes pendant 2 semaines ? »

Les villageois possédant une bonne intuition commencèrent à comprendre le sens de mes mots.

« Et ne s’agit-il pas du sace en cuir contenant l’argent volé à la base de ravitaillement de l’Empire ? »

En plus de la nourriture et des armes, la base de ravitaillement possédait quelques pièces.

Puisque la priorité était basse, j’en avais seulement récupéré un minimum. Toutefois, il y avait quand même 200 pièces d’argent (= 240 000 yens) et 50 pièces d’or (= 3 millions de yens).

De plus, il y avait un autre sac inconnu à ma connaissance.

Il était rempli de pièces d’argent et de bronze.

Même si l’argent était rarement utilisé au village, le chef du village avait probablement préparé ses arrières.

« Alors, chef, pourquoi fuyez-vous le village avec votre famille à bord d’un véhicule en plein milieu de la nuit et en emportant avec vous de nombreux biens et de l‘argent ? »

 « Je..je…. J’allais acheter des vivres à Erin. Les réserves volées par Syril sont insuffisantes, alors je comptais récupérer des fonds en vendant l’alcool et le poivre. »

« Ah bon ? Parce qu’à mes yeux, une personne prenant avec lui une partie des vivres et biens du village juste avant une guerre pourrait probablement être considérée comme quelqu’un fuyant en direction d’Erin vous savez. »

Avant la domination de l’Empire, je m’étais déjà rendu à la grande ville d’Erin, appartenant au Royaume Korine, afin d’y vendre des récoltes, de la viande, de la peau animale et d’y acheter divers articles de première nécessité.

Quant au sel, il était obtenu auprès du village voisin des Hikitsune, en échange d’autres articles.

Le chef du village insistait sur le fait qu’il faisait cela.

« Je ne ferais jamais ça, je suis le chef du village. »

« Je vois. Que pensez-vous tous des mots du chef du village ? Personnellement, je ne peux m’empêcher d’être en colère à l’écoute d’une telle excuse. »

Je pouvais voir une profonde colère naitre dans les yeux des villageois.

Quel idiot amènerait sa femme, son fils et sa belle-fille faire des achats ?

Pourquoi partir aussi tard dans la nuit ?

De plus, il n’y avait pas besoin d’apporter de la nourriture pour 2 semaines, et le chef du village n’avait pas besoin de s’occuper personnellement des achats.

Son argumentation contenait de nombreuses faiblesses.

« Je…Je… »

« Abandonnez chef. Peu importe ce que vous pourrez dire, vous avez trahi le village malgré votre statut de chef. Vous avez volé les biens du village pour tenter de vous sauver. Avons-nous vraiment une raison de vous laisser partir ? »

M’exclamai-je en colère. Toutefois, je riais au plus profond de moi-même.

Cet homme avait simplement dansé dans la paume de ma main.

Il ne possédait pas la moindre compétence de chef. Il était simplement devenu le successeur après la mort de mon père, et était devenu un simple outil de l’Empire. Il ne savait que diriger par la peur, et grossir sans réfléchir, nourri par l’Empire.

Mais ce n’était pas tout.

Pouvoir décider de la vie ou de la mort de son peuple lui avait probablement paru conformable. Il pouvait simplement rester spectateur, en sécurité.

Une telle personne était incapable de combattre. Il ne possédait aucune animosité envers l’Empire contrairement aux autres villageois.

Il n’arrivait même pas réussi à rester patient, tandis que la colère des villageois grandissait ces derniers jours.

Il ne pouvait même pas accepter le mécontentement du village.

Dans un tel moment, une large somme d’argent était tout à coup disponible. Grâce à cet argent, il pouvait facilement fuir. Voilà le poison que j’avais semé.

Fuir à Erin n’était pas sa propre décision. Il s’agissait du résultat d’une manipulation d’information. Tout cela pour faire tomber ce mauvais chef et pouvoir facilement contrôler le village.

« C’est ça, je fuis ! Et alors !? Je suis le chef de ce village ! Les biens de ce village sont mes biens ! C’est grâce à moi que ce village a survécu jusqu’à maintenant ! N’ai-je donc pas le droit à un tel bénéfice ? Je ne veux pas mourir, je ne compte donc pas me battre contre l’Empire. »

 Chaque mot toucha les nerfs des villageois.

Pendant un instant je me demandai si ces paroles étaient délibérées, mais d’après ses yeux injectés de sang et son visage rouge vif, il était totalement sérieux.

« Je comprends ce désir d’éviter le combat. C’est normal. Fuir aussi est tout à fait normal. »

Je préparais lentement le conclusion à tout ça.

Le chef du village parut soulagé en entendant mes mots.

« Mais le chariot ne peut pas partir puisqu’il appartient au village. De même pour l’hydromel et le poivre. Quant à la viande et au blé, vous pouvez prendre votre portion puisqu’ils étaient censés être distribués à chaque foyer avant l’hiver de toute façon. Je vais préparer un sac pour tout porter. »

« Qu..Que racontes-tu !? De quel droit peux-tu dire ça !? »

« Après avoir essayé de fuir le village, vous avez le culot de continuer à agir comme notre chef ? Vous n’êtes plus un villageois. Je suis déjà assez généreux de vous laisser partir en emportant de quoi manger. »

Son visage était maintenant blanc comme un linge.

« Tout le monde est d’accord avec ça ? Même s’il ne fait plus partie du village, il reste difficile de le tuer. »

« Attendez, attendez ! N’est-ce pas une mise à mort ?! Comment puis-je aller à Erin sans cheval ? »

« Aucune idée. »

Déclarai-je froidement.

Actuellement, plus personne n’était prêt à protéger le chef du village. Il avait essayé de voler l’argent et les biens du village et de s’échapper. La personne capable de lui pardonner pouvait probablement être appelée un saint.

« Non, laissez-moi revenir ! Sans moi, ce village n’aura plus de dirigeant ! La situation ne serait-elle pas problématique sans dirigeant ? »

L’attitude hautaine du chef du village se transforma en attitude de négociation.

Erin était plus proche du village Elfe que l’Empire d’environ 150km. Toutefois, le village était relié à l’Empire par une route pavée, tandis que pour aller du village à Erin, il fallait traverser une dangereuse montagne.

Le voyage était donc considérablement difficile, même à cheval.

Il s’agissait de la raison pour laquelle le royaume Korine n’avait pas essayé de s’accaparer le village Elfe. Même si 1 véhicule pouvait traverser la montagne, une attaque surprise était impossible.

« Nous pouvons nous débrouiller sans vous. Avez-vous oublié ? Mon père m’a élevé pour que je devienne le prochain chef du village. J’assisterai donc le prochain chef. Et si cela est insuffisant, tout le monde aidera. »

Evidemment, il était inacceptable qu’un individu n’ayant même pas 14 ans annonce sa candidature au poste de chef du village, toutefois, je pouvais facilement faire obéir le prochain chef du village.

Je m’étais placé avec succès comme assistant du chef, en plus d’avoir engrangé de nombreux mérites.

Avec ça, le village allait agir selon mon désir.

« Mais dans ce cas, ne vaudrait-il mieux pas que Syril devienne le chef du village ? »

Toutefois, les mots de Roreu, le meilleur guerrier du village, retentirent.

« Tu as raison. Syril sait tout. »

« Oui, si quelqu’un doit devenir chef, c’est bien Syril. »

« Son père était un bon chef. »

Les unes après les autres, les voix me recommandèrent comme chef du village.

C’était inattendu. Je pensais qu’il était impossible de devenir directement chef du village.

Je ne pouvais m’empêcher de ressentir une sensation d’accomplissement. Lorsque j’étais jeune, je rêvais de devenir une excellent chef, tout comme mon père. Aujourd’hui, ce vieux rêve allait peut-être se réaliser.

« Attendez ! Vous êtes fous ! Avez-vous oublié le nombre de morts causées par les agissements de mon frère ?! Syril est le fil de cet homme ! »

Le chef du village se mit à crier en me pointant du doigt.

Il souffrait d’un profond complexe d’infériorité, après avoir été comparé à de multiples reprises à mon père.

Il réagissait toujours ainsi lorsqu’il était comparé.

« Mon père a été vaincu, mais pas moi. »

« Ce ne sont que de belles paroles. »

En effet. Mon père aussi se battait avec l’intention de gagner.

« J’ai fabriqué une arme. »

« Comme ton père, tu fais naitre une lueur d’espoir, tu rassembles tout le monde, puis tu te feras tuer, tout comme lui. Cette façon de parler et ces méthodes sont identiques à celles de mon frère. Tu répéteras les mêmes actions ! »

Je n’arrivais pas à trouver de bonne réponse. Mes pensées étaient troubles et sombres, probablement parce que je me sentais endetté envers mon père. Je n’arrivais pas à parler clairement.

En théorie, je pouvais facilement le contredire. Toutefois, mes émotions se dressaient contre mes paroles.

A cause de ça, ma confiance se dissipait. Il était impossible d’avancer sans se comprendre soi-même. Le simple courage était insuffisant.

Toutefois…

« Syril ne raconte pas que de belles paroles ! »

Le cri de Lucie résonna.

Ses mots éclaircirent instantanément la brume dans mon esprit.

« Syril a apporté des résultats. Il a obtenu de la nourriture, des armes. Il a soigné les blessés et malades et a rendu le travail aux champs plus facile. Ce même Syril affirme que nous pouvons gagner ! Et moi, je le crois. »

Comme d’habitude, Lucie était purement honnête. Ses paroles furent rapidement entendues par tous les spectateurs.

Elle venait de me donner la dernière impulsion qu’il me fallait.

Maintenant que j’y repensais, c’était toujours Lucie qui me poussait lorsque je rencontrais un obstacle. En essayant de protéger, j’étais constamment protégé.

Je ne pus m’empêcher de sourire. Plus rien ne me faisait peur maintenant.

« Je ne parle pas de choses qui me sont impossibles. Tout ce que je dis peut être fait. Et je l’annonce, nous gagnerons. »

Sans hausser le ton, comme s’il s’agissait d’un fait, de telles paroles sortirent doucement de ma bouche.

Au final, il était important d’avoir des sentiments. Grâce à Lucie, tous les spectateurs rejoignirent ma cause.

Des acclamations apparurent tout autour de moi. Tous décidèrent de croire en notre victoire.

Ainsi, ils pouvaient eux-mêmes dessiner un futur meilleur, tandis que la voix du chef n’était plus audible.

« Où ai-je fait une erreur ? »

S’exclama le chef du village en s’écroulant.

Je lui tournai le dos pour me diriger vers l’endroit où les elfes s’étaient rassemblés.

[Tu n’as pas fait d’erreur]

Le chef du village n’avait pas d’autre choix que d’en arriver là. N’importe qui aurait choisit la même solution. Pour simplifier la chose, une personne ordinaire avait été choisie pour mener le peuple, il s’agissait là du problème.

Ainsi, un sourire ambitieux était visible sur mon visage, et je pris la parole.

Maintenant, je devais déclarer mon désir.

« Peuple Elfe. Moi, Syril de l’esprit du vent, je jure sur le nom de notre grand créateur, l’Empereur Shurano. Je jure de mener notre peuple et de lui apporter la prospérité en devenant son dirigeant. »

Il s’agissait de la plus importante promesse au sein d’un clan elfe.

Tandis que les promesses interpersonnelles étaient réalisées au nom de l’Arbre Monde, une promesse officielle était réalisée au nom de Shurano, le père de tous les Hauts-elfes.

Une profonde résolution était nécessaire pour cela. Ce serment avait perduré au fil des âges depuis la naissance des Elfes, se répétant sans cesse, et ressemblait plus à un sort qu’à de simples mots. Lorsque ce serment n’était pas respecté, il risquait d’endommager profondément l’âme de la personne en question.

Je l’avais réalisé pour annoncer mon désir.

Les Elfes autour de moi mirent un genou au sol, et, après avoir serré le poing de leur main droite, placèrent celui-ci sur leur cœur.

Il s’agissait de la plus importante marque de salut pour un Elfe.

Cela signifiait qu’ils acceptaient mon arrivée au poste de chef du village.

Avec ça, j’étais devenu le chef du village de nom, et de fait.

Mes épaules allaient maintenant devoir supporter le poids des vies de 200 Elfes. Il s’agissait de la lourde responsabilité impliquée par une telle position.

Toutefois, ce poids était plaisant.

Ce village devait être protégé à tout prix, et j’allais le changer en un meilleur lieu.

« C’est pourquoi, apportez-moi votre aide, peuple Elfe ! »

« Oui, notre Roi !!! »

Les puissantes voix se superposèrent.

Ici, à cet instant, naquit le chef de village Syril.

La scène correspondait exactement à ce que j’imaginais dans mon rêve d’enfant.

 

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