VolenKahn’s Review #18 : Twin Peaks, Les 7 derniers jours de Laura Palmer

 

Bonjour, bonsoir et bonnes condoléances à toutes et à tous, ici VolenKahn et ceci est ma dix-huitième review cinéma. Et aujourd’hui, afin de fêter le retour de la série Twin Peaks sur les écrans, quoi de mieux que de parler de cette oeuvre mal-aimée mais néanmoins à la fois audacieuse et hypnotique qu’est Twin Peaks, Les 7 derniers jours de Laura Palmer ?

Le film donc se scinde en deux parties : la première se concentre sur l’agent spécial du FBI Chester Desmond (Chris Isaak), qui accompagné de l’agent Sam Stanley (Kiefer Sutherland) enquêtent sur le meurtre de Teresa Banks (Pamela Gidley). Suite à la prémonition de l’agent spécial Dale Cooper (Kyle MacLachlan) qu’un autre meurtre aura lieu, le récit avance d’une année, et suit donc les sept derniers jours de Laura Palmer (Sheryl Lee), étudiante à Twin Peaks charmante et innocente en apparence, mais tourmentée par un père tyrannique (Ray Wise) et une mère impuissante (Grace Zabriskie), cocaïnomane et assaillie par les terrifiantes apparitions de Bob (Frank Silva).

Autour d’elle gravite plusieurs individus : des jeunes hommes amoureux d’elle, des amies qui la soutiennent, des truands, des visions étranges, un jeune magicien, de la cocaïne…

Une des quelques visions étranges.

 

Ce film fut écrit afin de répondre à certaines questions non-élucidées posée par la série originale, mais aussi afin de calmer les cris frustrés des fans, suite à la fin hallucinante de la deuxième saison. Lors de sa sortie, Fire Walk With Me divisa le public, les fans étant mécontents du peu de réponses qu’apportait le film mais aussi de l’atmosphère radicalement différente du film par rapport à la série, l’autre partie du public fut peu réceptive, étant hermétique à l’univers du film ; et je les comprend.

Alors, que vaut ce film ? Selon moi, il s’agit d’un de ses meilleurs, à côté de Eraserhead et de Mulholland Drive. Comme dans la série, rien n’est laissé au hasard, tout a été réfléchi, ce qui donne forcément un incroyable résultat. Et ce résultat est rendu possible en premier lieu grâce au jeu des acteurs : tous sont très bons dans leurs registres, oscillant constamment entre sérieux et étrange. Mais de cette pléthore de personnages en ressortent trois : tout d’abord l’agent du FBI Philip Jeffries, incarné par David Bowie. Quand bien même il n’est même pas trois minutes à l’écran, sa performance est étonnante de tristesse, on peut sentir l’urgence de sa situation ; en plus il est super bien sapé.

La couleur du costume n’est pas innocente…

 

Ensuite, Bob, incarné par le terrifiant Frank Silva. Bob est un esprit tueur, responsable du meurtre de plusieurs personnages dans la série, et tourmentant Laura Palmer depuis ses 12 ans. Inquiétant, bestial, à la limite de l’humain, Frank Silva se meut dans les décors comme un serpent dans la jungle, tout à fait à l’aise. Source de la terreur qui habite quotidiennement Laura et in extenso de toute sa famille, Bob est un cauchemar ambulant, un monstre symbolisant la terreur qui peut se cacher dans les banlieues pavillonnaires. Bob est un de mes personnages préférés de la série ; il n’a pas besoin de se forcer pour être dérangeant. En même temps, il a un visage peu rassurant (il me fait vraiment penser à un loup-garou).

 

Sûrement pas le genre de gars que vous engagerez pour garder vos enfants.

 

Et enfin, Laura Palmer. Joyeuse, terrifiée, possédée, inquiétante, sensuelle, Sheryl Lee est incroyable dans le rôle de sa vie, Laura Palmer ange souillée, corrompue par la terrifiante banalité du quotidien dont n’importe quels échappatoires semble le bienvenu.

Sympathique et populaire lycéenne le jour…
…Femme fatale la nuit (clairement je dis pas non).

 

On peut aussi noter la prestation de Leland Palmer incarné par un Ray Wise schizophrène.

 

Leland en train d’effrayer sa fille, dans une scène plutôt dérangeante.

 

Si Twin Peaks est aussi culte, c’est surtout parce qu’elle est la première série à avoir intégré le cinéma dans le format télévisuel. Un univers étrange, angoissant mais surtout familier se construisait sous nos yeux, une ville unique en son genre, qui a depuis inspiré de nombreuses séries et autres créations cinématographiques (Desperates Housewives,). Mais alors, que se passe-t-il lorsque une série est transposée sur écran ? Cela donne un résultat quelque peu différent. Voire quasiment à l’opposé même des bases de la série. Là où TP se reposait sur un humour absurde et une certaine gaieté dans les relations humaines, le film se meut dans une ambiance sombre, inquiétante, paranoïaque, fleu     rtant constamment avec le rêve et l’illusion.

Ensuite, la musique : comme d’habitude dirigée par Angelo Badalamenti, compositeur fétiche de Lynch, elle ressort évidemment le score d’origine de la série (petits frissons lorsque le thème retentit lors de la première apparition de Laura Palmer…). Mais cela va plus loin : la musique, comme les personnages, semble possédée, tournant parfois à l’envers, emplis de cris torturés. Tour à tour sensuelle et infernale, la bande-son est à l’image du film : schizophrène.

Mais ce qui marque le plus le spectateur, ce qui s’inscrit le plus dans sa mémoire, ce sont les séquences où l’on « aperçoit » l’autre côté du miroir, la dimension parallèle si chère à Bob (par ailleurs, les scènes où il est présent sont tétanisantes). Des rideaux rouges, une statue d’une femme nue et un carrelage en zig zag : il ne suffit que de cela à Lynch pour créer un univers idyllique, où les rêves et les cauchemars se rejoignent, et où la tristesse trouve enfin un refuge. Mais évidemment, le film ne contient pas que cela : car le fantastique prend souvent racine dans la réalité, et les situations angoissantes ancrées dans le réel sont légions : il suffit de voir cette hallucinante dispute au feu d’un carrefour entre la famille Palmer et Mike, qui prend des proportions démesurées.

 

La délivrance pour l’unique Laura Palmer.

 

Mais si le film a déçu, c’est en raison du peu de réponses formelles qu’il apporte vis-à-vis de la série. Au contraire, Lynch n’hésite pas à rajouter des personnages et des éléments narratifs obscurs, rendant encore plus difficile à comprendre les énigmes de Twin Peaks. De plus, le film cultive le mystère autour de l’identité du tueur, ce qui est superflu, car cette dernière est révélée dès le début de la deuxième saison. Mais le film nous permet toutefois d’en apprendre plus sur les rapports difficiles qu’entretiennent Laura et Leland Palmer.

Au final, TW:FWWM est un film audacieux dans le traitement qu’il fait de sa propre mythologie, osant jouer avec ses propres codes. Parfois effrayant, souvent somptueux, des fois nostalgique, cette rêverie extraordinaire sur l’ordinaire mérite d’être (re)découverte, que ce soit pour les aficionados ou les néophytes.

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