Kronik : Bring Me The Horizon – Post Human : Survival Horror


Bien le bonjour amis ! Il y a maintenant deux mois que nous nous sommes quittés sous de joyeux auspices, en vous souhaitant la bonne santé et un prompt retour des concerts. Alors, comment trouvez-vous ce rétablissement du monde ? Oui vous avez bien raison, la prochaine fois je ferais mieux de souhaiter qu’une météorite nous tombe dessus, ça augmenterait peut-être nos chances de partir en festival l’été prochain. Mais alors que la société s’écroule, que tout est chamboulé, que nous sommes une fois de plus assignés à résidence et que les Etats Unis sont définitivement en train de prouver à la Terre entière qu’ils sont un pays sous développé, certains choisissent de prendre le revers de cette médaille. La scène musicale actuelle foisonne comme jamais, les artistes étant bloqués à la maison sans possibilité de tourner, et les EP produits en quelques mois en réponse à l’actualité fusent. Je vous propose de découvrir l’un de ces enfants de l’épidémie, Mesdames et Messieurs, pour la dernière Kronik avant la fin du monde, Bring Me The Horizon nous emporte par-delà l’apocalypse avec une sortie tombant à point nommé, Post Human : Survival Horror.

 

Le moins qu’on puisse dire c’est que cet EP aura su se faire attendre. Il avait été tacitement annoncé par la sortie de son premier single Ludens il y a un an déjà puis suivi d’une période de noir total pendant plus de sept mois jusqu’à la sortie du génialissime Parasite Eve en juin dernier. Mais le voici enfin, avec pas moins de quatre singles déjà disponibles à une semaine de sa sortie (soit ni plus ni moins que la moitié de l’EP).

La sortie d’Amo en 2019 avait globalement été bien accueillie, BMTH continuant la paisible transformation entamée au début de sa carrière d’un groupe de Deathcore sale au possible en la formation plus pop que l’on connait aujourd’hui. Mais l’arrivée surprise d’un second album en 2019, le très mal compris Music to listen to […] GO TO (vous saurez me pardonner de ne pas avoir inséré le nom entier ici), avait décontenancé le public. Ce patchwork expérimental à mi-chemin entre à peu près tout et en même temps rien nous avait tous laissés avec un gigantesque « what the fuck » tatoué sur le front. Peut-être BMTH avait-il un brillant avenir dans la musique concrète, nous n’en saurons fort heureusement jamais rien car le groupe est bien vite rentré dans le rang avec la sortie de Ludens (mais réécoutez-le quand même, ça vaut le coup).

Mais même si ce premier single restait dans la veine d’Amo, on a bien vite découvert une nouvelle facette du groupe avec les suivan

ts. Mais alors, PH:SH, retour aux sources ? nouvelle étape dans la carrière du groupe ? compilation de hits ? Et bien, un peu tout ça à la fois, mais développons voulez-vous ?

Tracklist :

  1. Dear Diary,
  2. Parasite Eve
  3. Teardrops
  4. Obey
  5. Itch For The Cure (When Will We Be Free ?)
  6. Kingslayer
  7. 1×1
  8. Ludens
  9. One Day The Only Butterflies Left Will Be In Your Chest As You March Towards Your Death

 

Cet opus a été conçu comme une émeute sonore, afin de faire écho aux évènement récents liés à la pandémie et aux mouvements de contestation qui fleurissent un peu partout dans le monde depuis des mois. Il s’agit en fait du premier volet d’une future tétralogie intitulée Post Human ayant pour ambition de réfléchir sur les changements brutaux que traverse actuellement notre société et qui devrait voir le jour dans les temps à venir.

Cette sortie sonne presque comme une confidence, une des œuvres les plus authentiques de BMTH. Enregistré en grande partie à la maison pendant le confinement, c’est un cadeau fait aux fans, une nouvelle manière de produire la musique, et il ne faut pas creuser bien loin pour deviner que les membres du groupe se sont fait plaisir à écrire ces morceaux. J’en veux pour preuve l’impressionnante liste d’invités avec pas moins de quatre featurings. La moitié de la tracklist bénéficie donc de la présence d’une voix extérieure, et quelles voix ! Dans l’ordre nous avons donc le jeune mais néanmoins extrêmement talentueux Yungblud, MK-METAL de Babymetal, Amy Love des Nova Twins et, revenue d’entre les morts spécialement pour nous crever le cœur, Amy Lee d’Evanescence.

Musicalement l’ensemble se montre très riche et varié. On a droit à un retour bienvenu du scream d’Oli dès les premières mesures de Dear Diary,. A côté de cela des synthés pratiquement indus parfois viennent agrémenter à peu près toute la tracklist qui oscille entre hymnes metalcore assez classiques comme 1×1 et échantillons de groove teintés de sauvagerie à peine voilée. Dans cette catégorie on retrouve les singles Obey dont la simple section rythmique du refrain me donne envie de faire tout un tas de choses que la loi réprouve, et Parasite Eve.

Premier single de cet EP (en excluant Ludens sorti tout de même un an auparavant et qui a sûrement été mis là parce qu’on ne voulait pas laisser un morceau se perdre dans la nature comme ça), Parasite Eve est inspiré du jeu vidéo du même nom, mais difficile de ne pas voir dans son texte un parallèle avec la pandémie que nous traversons actuellement. Je n’ai pas réussi à déterminer si le morceau dénonçait avec cynisme la situation actuelle ou s’il soutenait ouvertement la thèse d’un complot gouvernemental, et en même temps je ne suis pas sûr de vouloir connaître la réponse à cette question, alors je me contenterai de vous parler de ses montées aux accents prédateurs, de ses explosions monumentales, le tout entrecoupé de moments groovy sortis de nulle part.

Les guests apportent aussi leur pierre à l’édifice, renforçant encore le côté hétéroclyte de l’œuvre. Le tant attendu Kingslayer ayant bénéficié de la participation de MK-METAL, l’influence du Japon s’y fait clairement ressentir. Je veux dire par là que le refrain est digne d’un morceau de J-Rock et donne envie soit de poser son cerveau pour aller sautiller joyeusement dans tous les sens comme un demeuré, soit de prendre un abonnement à ADN sur le champ.

De la même manière, Amy Lee vient conclure cet album avec un morceau totalement hors du canon qu’on avait cru suivre jusque-là. One Day The Only Butterflies Left Will Be In Your Chest As You March Towards Your Death (reprenez votre souffle) est une balade commençant par un très bel arrangement, puis devenant de plus en plus sombre à mesure que l’instru perd de son harmonie et que les voix se déchirent. Une conclusion bien loin de tout ce qui la précède, sauf sur son côté magistral qui vient apporter une touche de douceur pour finir cet enchaînement frénétique.

 

Vous l’aurez compris, PH:SH n’est ni plus ni moins qu’une compilation de tubes. Absolument rien n’est à jeter dans sa tracklist. J’ai parlé plus haut d’émeute auditive, et l’analogie est on ne peut mieux choisie. Dans toute la progression on ressent la colère, mais aussi la détresse, le dégoût, et par-dessus tout le cynisme, les paroles d’un survivant désabusé regardant le monde s’écrouler pièce par pièce autour de lui, attendant simplement la fin en maudissant ceux qui récoltent désormais le fruit de leur orgueil.

Bien loin de ce à quoi on pouvait s’attendre après des années passées à adoucir de plus en plus son son, BMTH revient à un Metalcore plus violent, n’hésitant pas à donner la part belle à des instrus rappelant les plus grandes heures de sa carrière. Les synthés utilisés se marient parfaitement avec le son des guitares, le tout porté par la basse afin de créer un mur sonore diaboliquement efficace et totalement jouissif.

Le groupe de Sheffield frappe fort avec cette sortie venant du cœur. Des morceaux exprimant l’état d’esprit des membres du groupe face à un monde qui se délite de plus en plus, un pamphlet politique parlant autant de présent et de passé que d’avenir. BMTH revient à un son plus brut, plus sauvage, mais toujours aussi travaillé et même parfois beau. Vous l’aurez compris, ce bijou est à considérer comme une des meilleures sorties de 2020, et même de la discographie de BMTH. Pour les plus curieux d’entre vous, deux petites séries de vidéos sobrement intitulées BMTH8 et BMTHS2.mp4 relatant la production si particulière de musique en plein confinement est disponible sur la chaîne youtube du groupe. Comme quoi, même un arrêt quasi-total du monde peut pousser à la créativité, je vous souhaite donc de survivre au votre et peut-être même de réussir à en tirer quelque chose ! Même si rester à glander en se reposant est une option tout à fait valide. Alors à très bientôt pour un nouvel épisode de l’apocalypse, et d’ici là portez-vous bien !

Crédit photo : site internet de Bring Me The Horizon

Kronik : Avatar – Hunter Gatherer


Ah, chers amis, quel plaisir de vous savoir en bonne santé ! Ainsi vous aussi avez survécu à l’épidémie qui ravage le monde depuis des mois. Enfin l’épidémie, ce n’est pas le pire… Tout le monde semble avoir perdu la tête ces derniers temps. Les théories les plus folles s’amoncellent sans aucune forme de cohérence ni même de plausibilité, mais qu’importe, il faut bien que les gens s’occupent n’est-ce pas ? N’ayez crainte, tôt ou tard tout sera revenu à la normale et nos vies reprendront leur cours immuable. Tout le monde n’aura pas cette chance, fort malheureusement. Et bien oui, vous n’avez pas entendu parler de la chute du Pays de l’Avatar ? Malgré la poigne d’acier de son roi, les émeutes n’ont pas tardé à tout emporter. Peu importe l’esprit original de la protestation aujourd’hui, la population s’est dispersée, et la terreur règne maintenant. Tout le territoire tremble désormais à la seule mention du clown et de son groupe de renégats, usant de technologies interdites pour s’en prendre à quiconque croise leur route. L’information vous a échappé ? Et bien laissez-moi donc vous expliquer toute cette affaire en détails…

 

Le 7 Août dernier paraissait le dernier opus du quintet suédois Avatar, Hunter-Gatherer. Faisant suite, après deux ans de tournées quasi ininterrompus et un long-métrage, à Avatar Country, ce nouvel album arrivait avec la lourde tâche de redresser le niveau après le passage mitigé de son prédécesseur. Celui-ci avait en effet quelque peu déçu, souffrant forcément de la comparaison avec son propre prédécesseur, le mastodonte qu’avait été Feathers & Flesh, lui aussi un album concept mais présentant un récit bien plus captivant et dense (en retirant les interludes et instrumentaux d’Avatar Country on descendait à seulement six morceaux narratifs, assez pour présenter un univers, trop peu pour y construire une intrigue intéressante). La carte de l’album concept n’était donc pas forcément gage de qualité chez Avatar, et ce nouvel album adopte donc une forme plus classique, un enchaînement de titres vaguement liés, mais nous y reviendrons.

      Tracklist :

  1. Silence in the Age of Apes
  2. Colossus
  3. A Secret Door
  4. God of Sick Dreams
  5. Scream Until You Wake
  6. Child
  7. Justice
  8. Gun
  9. When All But Force Has Failed
  10. Wormhole

A la première écoute cet album déroute. C’est une constante dans la carrière d’Avatar, dès que l’on pense avoir réussi à cerner leur style l’album suivant se charge d’un mélange d’influences complètement aléatoires et d’innovations personnelles et laisse l’auditeur un peu perdu dans un maelstrom en apparence incohérent. On avait vu ça sur Feathers & Flesh et la charge de cavalerie venue tout droit du far west de House of Eternal Hunt, la country de The King Welcomes You to Avatar Country, ou encore la musique circassienne dispersée de-ci de-là un peu partout depuis Black Waltz. Mais il est important de savoir dépasser les premières impressions, et cet album en particulier se bonifie grandement au fil des écoutes.

L’album débute sur un sound design futuriste que l’on retrouvera un peu partout en ouverture/clôture de morceaux dans une tentative peut-être un peu artificielle de lier l’ensemble. Puis vient le premier single, Silence in the Age of Apes. Le morceau n’est pas si mal, une rythmique effrénée interrompue seulement pour être dédoublée dans les refrains, un break/solo hautement accrocheur, mais je m’interroge tout de même sur sa place en introduction. L’ensemble manque un peu de substance pour parvenir à accrocher l’oreille instantanément. Difficile de dire précisément où est le problème, l’ensemble du morceau semble avoir un goût de pas assez. Peut-être que le refrain trop en rupture avec le reste du titre et bien moins catchy brise un peu l’entrain, ou peut-être est-ce le manque d’épaisseur du son de guitare sur ce même refrain qui manque de punch et fait retomber le soufflé. Quoiqu’il en soit, même si Silence in the Age of Apes reste tout à fait écoutable on l’aurait plutôt vu en milieu de tracklist qu’en introduction où il peine à créer l’intérêt à partir de rien.

Mais bien heureusement la tendance s’inverse bien vite avec le second titre et second single, Colossus. Le fameux sound design futuriste trouve bien plus sa place ici, dans cette espèce d’ersatz de metal indus, une marche régulière et ininterrompue croisée avec la patte distinctive d’Avatar et ornée d’un refrain plus lyrique menant à une retombée brutale. Ce titre s’agrémente de la présence de Corey Taylor, que je n’hésiterai pas à appeler COUrey Taylor désormais (nan mais sérieux, regardez-moi cette nuque ! On dirait un genre de Corpsegrinder en moins difforme) malheureusement relégué aux chœurs du refrain.

Une vie de headbang, ça forge une nuque

Difficile de dire ce que sa voix aurait pu faire d’autre ici, mais quand on voit ses dernières collaborations (comme l’excellent Drugs de Falling in Reverse, où l’entrée de son couplet compte bien pour 50% de l’intérêt du morceau à elle seule) on est tout de même en droit de regretter qu’il n’ait pas eu droit à sa place ailleurs dans l’album. Quoiqu’il en soit Colossus reste tout à fait efficace et relève sans problème le niveau du morceau d’introduction. Le son de guitare qui péchait sur Silence in the Age of Apes est toujours présent ici mais bien plus adapté au ton du morceau et même simplement aux riffs, globalement beaucoup plus dans les graves. L’alternance couplet/refrain, avec une montée puis une redescente toutes aussi brusques, s’avère parfaite dans l’aspect martial et mécanique de ce morceau, et le tout est encore sublimé par le solo. Les parties solistes sont en effet un gros point fort de cet opus, parvenant à donner un intérêt même aux titres les plus oubliables.

Et puis vient le troisième titre, A Secret Door, et la plaisante perplexité qui agite forcément à l’écoute d’un album d’Avatar. Débutant sur une partie sifflée pouvant rappeler le classique Wind of Change de Scorpions, la tranquillité apparente est vite brisée par l’entrée d’un riff death mélodique ultra efficace faisant penser à du Amon Amarth période Jomsviking. Le morceau tout entier est un patchwork de riffs sans trop de rapport apparent, cette partie sifflée et ce riff donc, des riffs en guitare clean devenus partie intégrante du style d’Avatar depuis Feathers & Flesh, une montée épico/dramatique en guise de refrain aboutissant à une version encore plus efficace du premier riff, le tout enveloppé par une mystique nappe de clavier assez inédite… A Secret Door est une preuve de plus qu’Avatar sait encore innover et s’aventurer dans des styles inconnus, le tout donnant un genre de power ballad revisitée, à la fois mélancolique et inquiétante, de l’Avatar pur jus parvenant tout de même à mêler de nouvelles influences à sa musique déjà assez hétéroclite.

Cette patte Death Melo/Amon Amarth continue d’avoir la part belle sur la plupart des morceaux suivants, jusqu’à presque devenir la quintessence du style de cet album. Dommage alors d’avoir débuté l’album sur deux titres qui, au-delà de leur qualité intrinsèque, sont finalement en rupture avec le ton général de l’album. God of Sick Dreams continue sans soucis de relever le niveau, une influence Feathers & Flesh très marquée, notamment sur le refrain entraînant mais agrémenté d’harmonies quasi dissonantes, juste assez pour créer un début de malaise sans jamais briser le plaisir de l’écoute.

Venant clore cette première moitié de tracklist, Scream Until You Wake est l’une des pépites de cet opus. Comme une version améliorée de Silence in the Age of Apes, une rythmique effrénée jamais interrompue, des riffs toujours plus efficaces s’enchaînant sans faille, même les riffs principaux semblent étrangement similaires (et très inspirés de choses entendues avant chez Avatar, come A Statue of the King). Le point culminant de toute cette frénésie est le refrain en chant clair montant en intensité pour finir dans un hurlement, l’ensemble appuyé par les coups de caisse claire marquant chaque temps. Le seul moment où le morceau s’autorise une pause est le solo, illustration parfaite de ce que je disais sur Colossus, rythmé par un riff donnant envie d’envoyer ses rangers à hauteur de mâchoire, avant de reprendre sur un ultime refrain sans jamais perdre d’énergie dans les transitions. Ce titre est un tube instantané, au-delà de sa place au sein de l’album ou même de la qualité générale de celui-ci, et frappe presque aussi fort que l’avait fait Paint Me Red à son époque, présageant des performances lives dantesques.

Le morceau suivant pourrait être l’hymne du groupe tant il est à la fois dérangeant et efficace. Le titre alterne entre plusieurs composantes toutes très différentes. Le couplet entraînant façon Disney est entrecoupé de moments dont la violence détonne totalement et finalement conclu par un refrain plus lent, majestueux. Celui-ci fait la part belle aux chœurs et réussit à donner l’illusion qu’un orchestre symphonique entier est en train de vous rouler dessus alors qu’il ne s’agit que des 5 membres du groupe accompagnés d’une discrète nappe de clavier en arrière-plan. La structure même du morceau est conçue pour surprendre (du moins au début) avec ces changements brutaux, mais rien de bien surprenant venant d’Avatar. Le texte n’est pas en reste avec une histoire sordide décrivant une mère enterrée vivante dont les appels à l’aide sont cachés par la liesse populaire due à ses funérailles, et l’enfant de cette mère laissé livré à lui-même, devenant progressivement fou connaissant le sort de sa mère. On peut supposer que la voix tentatrice du refrain est entièrement située dans sa tête, alors que la folie le gagne entièrement. Ce morceau est une grande réussite de l’album, passionnant de bout en bout, à la fois efficace dans ses riffs et prenant dans ses parties lyriques.

La suite de l’album reste globalement dans la même veine, revenant aux origines Death Melo du groupe avec un son plus gras qu’à l’ordinaire tout à fait délectable. Mention spéciale cependant au morceau de clôture, Wormhole, semblant très inspiré de l’album The Stage d’Avenged Sevenfold, tant dans son texte que dans son instrumental.

Surprise également une fois arrivé au titre Gun, tout à fait inédit dans la discographie du quintet. Un piano/voix sans artifice, à part une légère distorsion du chant, bien plus doux que ce qu’Avatar avait pu nous montrer jusqu’ici. Et ça marche, contre toute attente, la voix fragile de Johannes peine parfois à trouver sa justesse, mais cela ne fait qu’ajouter au côté déchirant de la chose.

 

Mais alors que dire de cet album ? Le résultat reste tout de même inégal. Certains morceaux sortent clairement du lot, Scream Until You Wake et Colossus sont des tubes instantanés, Gun accroche immédiatement l’auditeur malgré la surprise qu’il suscite. Et globalement même si tout l’album n’est pas immédiatement accrocheur, il se bonifie sans aucun problème au fil des écoutes, comme tous ses prédécesseurs. Avatar n’a jamais fait de musique immédiatement efficace mais plutôt des expérimentations. Et cet opus ne déroge pas à la règle, même on constate un certain retour en arrière dans son son très Death Melo, plutôt caractéristique des débuts du groupe.

Mais malgré ces qualités, le vrai problème de cet album, c’est que je n’ai pas eu l’impression d’écouter un album. Je l’ai signalé plus haut, la présence de Silence in the Age of Apes en introduction me laissait dubitatif, et même si Colossus vient relever le niveau juste après, il reste quand même à part dans la tracklist, avec un son très différent du reste. De même, Child se démarque totalement par son ampleur, pour notre plus grand plaisir, mais sa sortie en fade out au beau milieu de l’album casse totalement le rythme d’enchaînement des morceaux. La tendance est tout de même inversée avec Gun placé suffisamment tard, et Wormhole remplissant parfaitement sa fonction de morceau de clôture.

Hunter Gatherer est donc plus un enchaînement de titres qu’un véritable album. Peut-être cette impression est-elle due au fait que ce ne soit pas un album concept, contrairement à ses deux derniers prédécesseurs ? Probablement, mais pas que. Le fait que de nombreux morceaux définissent un style mais que les autres s’obstinent à en sortir laisse une impression étrange. On a réellement l’impression qu’en réarrangeant l’ordre des morceaux aléatoirement (à l’exception notable de Gun) on aurait toujours l’impression d’écouter le même album. Mais ce n’est pas pour autant qu’il faudrait bouder son plaisir, cet opus contient de véritables perles que j’ai citées plus haut, et même ses morceaux plus oubliables restent parfaitement au niveau que ce à quoi Avatar nous avait habitués au fil des sorties.

Hunter Gatherer est en fait probablement une manifestation d’une manière plus moderne de sortir de la musique, et nous pose une question : à l’heure où la plupart des gens écoutent leur musique en jouant un mix aléatoire sur spotify, est-il encore pertinent de voir les albums comme des œuvres plutôt que comme des collections de titres ? Oui, certainement, mais il est aussi bien possible de s’affranchir de cette notion sans problème. Peut-être l’industrie musicale moderne est-elle en train de paisiblement revenir à son fonctionnement de base de la même manière qu’Avatar revient à ses sonorités premières, préférant une multitude de singles à quelques albums. Avec le développement des home studios et de la diffusion par internet on voit beaucoup de petits artistes indépendants diffuser leurs titres un par un avant de les compiler dans des ersatz d’albums, il n’est donc pas inenvisageable que les gros labels s’emparent de ce mode de fonctionnement, laissant les albums aux artistes les plus ambitieux, portant un concept. Difficile de se projeter si loin évidemment, mais depuis l’avènement d’internet notre manière de consommer de la culture ne cesse d’évoluer, on est donc en droit de se demander à quoi ressemblera ce paysage d’ici quelques années.

Quoiqu’il en soit et malgré ce facteur Hunter Gatherer reste un album d’Avatar digne de ses prédécesseurs, sachant réinventer son style tout autant que puiser dans ses origines. L’ensemble des morceaux semble se bonifier au fil des écoutes, et nul doute que certains d’entre eux figureront bientôt parmi les résidents permanents des setlists des lives toujours aussi dantesques du groupe. Alors en attendant que lesdits lives ne reviennent, lavez-vous bien les mains, mettez des masques, prenez soin de vos proches, et rendez-vous très bientôt pour la reprise des concerts !

Crédit photos : chaîne youtube d’Avatar et Entertainment One Music

Silver Wolf, Blood, Bone : Là où le passé nous emporte


Le monde occidental connait depuis les années 80 une fascination grandissante pour la culture populaire japonaise, ce n’est pas une surprise, tout le monde sait ça. Mais ce qui est peut-être moins perceptible depuis par nos yeux européens c’est à quel point l’effet inverse est aussi vrai. Entre les figurines Star Wars en version Edo, le groupe de metal Versailles, les jeux vidéo, le cinéma… Le public nippon est aussi friand de culture américano-européenne que nous le sommes de mangas et anime. Aujourd’hui je vous propose donc de découvrir avec moi l’un des fruits de ces multiples et mutuelles influences. Un manga seinen dans la veine de ce qui a pu se faire avec des titres comme Akame Ga Kill par exemple, saupoudré de mythes de vampires d’Europe de l’Est et du légendaire Van Helsing. Je me suis plongé dans les quatre premiers tomes de Silver Wolf, Blood, Bone, une petite série sans prétention allant bien au-delà de toutes les attentes qu’on pouvait lui trouver.

 

Silver Wolf est un premier manga, autant pour son scénariste que son dessinateur. Sa parution ayant commencé en 2015 et étant encore en cours, aucun des deux artistes n’a encore travaillé sur une autre œuvre. Nous sommes donc face à un cas de figure assez rare ; en effet, on a souvent tendance à aller fouiller les premiers travaux d’un artiste pour tenter de comprendre un peu mieux sa carrière. Mais quand cette carrière se résume à ces premiers travaux, que faire ?

Et bien on peut simplement apprécier cette œuvre en gardant le recul nécessaire face à un rendu forcément imparfait. Mais pas ici. Car Silver Wolf est ce qu’on appelle un départ magistral. Adoubé par la légendaire auteure de Fullmetal Alchemist Arakawa Hiromu (ou Hiromi) elle-même, Silver Wolf, Blood, Bone montre dès ses premiers tomes qu’il a tout des grands.

Le soutien d’Arakawa n’est pas si surprenant quand on voit à quel point ce manga est empli d’inspiration et de similitudes avec l’histoire des frères Elric. Ce qui saute aux yeux dans un premier temps est évidemment le dessin, ces personnages aux traits arrondis, très lisses, ainsi que le design du pouvoir de l’antagoniste principal (vous aurez la nette impression d’avoir déjà vu ces dents quelques part). L’univers est également étrangement similaire. Nous sommes dans les deux cas sur une imitation de l’Europe en pleine ère industrielle, sûrement au tournant du XXe siècle, dans laquelle on introduit une touche de fantastique (l’alchimie dans un cas, les vampires dans l’autre). On a également affaire dès le tome 1 à un protagoniste venu d’un pays du lointain orient (clairement identifié comme le japon), redoutable guerrier obéissant à un code d’honneur n’étant pas sans rappeler les multiples habitants de Xing du manga d’Arakawa. Enfin, ici aussi l’armée semble avoir un rôle assez prépondérant dans la société et être globalement intouchable, tout en cachant de sombres secrets mettant en doute la moralité de ses actions.

Mais la comparaison s’arrête à ces quelques éléments de contextes, car là où FMA avait pour protagonistes deux enfants en quête de rédemption, tournés vers l’avenir, et finalement aptes à mener une vie saine et pleine d’aventures après la fin du manga, le personnage principal de Silver Wolf est bien différent.

On nous parle ici de la fin d’une époque. Hans Vahpet, célèbre chasseur de vampires, n’a plus de travail depuis que ces derniers ont été totalement exterminés et profite paisiblement de sa retraite à l’approche de son soixante-dixième anniversaire. On est bien loin des frères Elric en pleine tourmente dans leur prime jeunesse, défiant toute une société d’adultes pour arriver à la vérité. A l’inverse, Hans semble avoir été mis au placard par une armée plus jeune, plus innovative, qui n’a que faire de héros solitaires et compte désormais sur sa cohésion et sa technologie pour vaincre.

Bien évidemment, un élément déclencheur va venir perturber ce statu quo et pousser Hans à reprendre du service, déclenchant une série de révélations en chaîne catastrophiques. Et partant de l’ordre établi du début où les gentils humains ont gagné la guerre contre les monstrueux vampires et profitent calmement de la paix obtenue, tout va soudainement être remis en question par l’apparition du mystérieux Grim, principal antagoniste, et de vampires survivants cherchant à réhabiliter leur peuple.

Tout le repère moral instauré à l’origine est mis à mal. Personne n’est ce qu’il semble être, comme si une immense manipulation ourdie dans l’ombre avait poussé le monde à se déchirer trente-cinq ans plus tôt, au prix de millions de vies, sans aucune raison compréhensible. Même le personnage de Hans, pourtant adulé comme le héros de la guerre, libérateur de l’humanité, est rongé par le doute après avoir exterminé les vampires non pas par altruisme mais bien par vengeance personnelle.

Et après une dizaine de chapitres, plus rien n’est sûr. Les vampires ont effectivement attaqué les premiers pendant la guerre, mais était-ce pour libérer leurs frères victimes de l’armée qui se la jouait Mengele-style en secret ? Grim massacre des innocents à tour de bras mais semble enclin à les ressusciter, pouvoir qu’il possède, et cherche à faire éclater la vérité dans une sorte d’immense jeu, son action est-elle donc tout à fait répréhensible ? Et même certains des vampires survivants ne semblent plus vraiment hostiles, au point de jeûner pour ne pas avoir à tuer d’humains, faut-il donc continuer à les chasser ?

Le manga est plein de ce genre de dilemmes, de rencontres fratricides entre d’anciens compagnons d’armes, de fantômes surgissant du passé au rythme des révélations sur la Grande Guerre et des résurrections de Grim. Silver Wolf est l’histoire d’une guerre sale déguisée en guerre sainte, et de ses conséquences personnifiées par son charismatique antagoniste. Drôle de paradoxe, un premier manga aussi tourné vers le passé et les regrets, mais l’effet est saisissant, et le manga se dévore aussi vite que Grim dévore un être humain.

 

Silver Wolf, Blood, Bone est un départ en grande pompes pour ses auteurs. Bien évidemment tout n’est pas parfait, mais l’œuvre parvient à se bonifier au fil des tomes. Les combats notamment, tout à fait acceptables dans les premiers chapitres, deviennent de plus en plus dynamiques. Les personnages sont tout en nuances, chacun croyant défendre son intérêt personnel ou sa race en fonction des informations dont il dispose, allant parfois à l’exact opposé de ses intentions. Chacun suit sa propre route dans un entrelac dément de secrets et de vengeances, un chaos fluide où tout le monde est au même niveau, sans plus de légitimité qu’aucun autre. Point de héros ici, juste des meurtriers servant des intentions plus ou moins nobles avec des méthodes plus ou moins sales, tous enfermés dans une immense spirale de haine dont la seule issue semble être la mort, même si la plupart d’entre eux sont déjà morts une fois.

Silver Wolf est une réussite que je ne saurais trop vous conseiller et qui se dévore sans modération et d’une traite, et on comprend sans problème comment un grand nom comme Arakawa Hiromi a pu tomber sous son charme.

Kronik : Trivium – What the Dead Men Say


Aaaaaah, vous avez donc réussi à braver le confinement et vous voici arrivés dans mon humble demeure. Il y a bien longtemps que je ne vous avais pas conviés pour parler musique il est vrai, mais quelle plus belle occasion que cette immobilisation forcée pour découvrir ensemble ce que l’année 2020 a à nous offrir de bon au milieu de tout ce chaos ? Vous l’avez compris, le vieux Kärscheras relance la machine à Kronik. Et pour bien redémarrer, en avant-première, nous allons parler d’une des sorties les plus attendues de cette année : What The Dead Men Say de Trivium.

Le quatuor floridien a su, au fil des ans, se tailler une place de choix dans le cœur de la communauté metal internationale. Il y a presque exactement deux ans et demi sortait leur précédent opus, The Sin and the Sentence. Avec cet album, Trivium affirmait une fois de plus la tendance globale qui régissait sa musique depuis quelques années, le metalcore des débuts se muant de plus en plus en le thrash mélodique caractéristique du groupe depuis plusieurs années. Car c’est bien là l’un des points forts de Trivium, sa capacité à se renouveler sans jamais se trahir, comme une déclinaison cachant toujours une nouvelle facette. Trivium surprend rarement, et pourtant chaque album reste parfaitement singulier et identifiable.

Après 20 ans de carrière certains pourraient prétendre que Trivium n’a plus rien à dire, ou que l’esprit du début a disparu, ou d’autres lieux communs dérivés du sempiternel « c’était mieux avant ». Mais les procès d’intention n’ont jamais été ma tasse de thé, et j’ai eu la chance de pouvoir découvrir cette sortie en avant-première. Alors poussez le volume à 11 et installez-vous bien au fond de votre siège, car je vous emmène aujourd’hui parler aux morts, et l’autopsie ne sera pas de tout repos.

       Tracklist :

  1. IX
  2. What the Dead Men Say
  3. Catastrophist
  4. Amongst the Shadows and the Stones
  5. Bleed Into Me
  6. The Defiant
  7. Sickness Unto You
  8. Scattering the Ashes
  9. Bending the Arc to Fear
  10. The Ones We Leave Behind

L’album s’ouvre sur une intro quasi-acoustique assez sombre. Le titre IX est évidemment une référence au fameux XIX de Slipknot (non) (genre vraiment pas). Le morceau se découpe en trois parties : une première assez douce et reverbérée, la seconde reprenant le thème de la première en dégainant les guitares saturées, et enfin la dernière plus groovy, juste avant d’attaquer en trombe le morceau éponyme de cet opus.

What the Dead Men say est un exemple typique du style des albums récents de Trivium. Des riffs assez lourds entrecoupés de refrains à peine plus mélodiques, mais sans jamais devenir lyriques. Ce morceau reste globalement très thrash et ne surprend pas beaucoup, bien situé dans la lignée du précédent album. On y retrouve cependant quelques belles utilisations de tremolo picking, notamment l’intro émulant une sirène. Trivium place le premier morceau de cet album dans la continuité de l’évolution récente de son style. Et pourtant, on pourrait difficilement être plus éloigné de la réalité.

Le premier single de cet album, Catastrophist, est un bond dans le temps instantané. Presque tout dans ce morceau, dans sa structure, son esprit, rappelle l’album Shogun. Le parallèle n’est pas évident à la première écoute, mais après s’en être bien imprégné on retrouve bien vite une vibe semblant tout droit sortie de Down From the Sky avec ce refrain en escalade changeant de tempo à chaque nouvel échelon avant d’arriver à l’explosion lyrique du refrain. Le parallèle se retrouve même dans les textes, les deux morceaux faisant office de critique sociétale.

Mais il ne s’agit pas d’une copie conforme pour autant, loin de là. Catastrophist est innovant dans son écriture, surtout sur les couplets dont la dynamique est plus large que Down From the Sky qui restait violent de bout en bout. Le refrain est la partie la plus semblable, mais celui de Catastrophist, servi par une montée en puissance plus progressive, est bien plus efficace à l’oreille, bien plus groovy. Le morceau dans son intégralité dégage une énergie incroyable, semblant ne jamais s’arrêter dans une escalade continue.

Et à ce stade vous avez probablement déjà saisi la dynamique globale de la suite. Cet album est un véritable retour aux sources pour Trivium. On y retrouve de nombreux emprunts à Shogun, un certain nombre de morceaux étant complètement ou partiellement dans le style de cette période. On a déjà cité Catastrophist, mais le titre suivant Amongst the Shadows and the Stones est aussi très inspiré du plus japonais des albums de Trivium jusque dans son solo en shred effréné si typique de cette période, croisant son style avec celui de The Crusade, ainsi que Sickness Unto You plus tard sur l’album.

Mais même si l’ombre de Shogun est bien présente, le parallèle n’est pas forcément évident, et peut-être passerez-vous à côté sans le sentir. En revanche, même en le voulant, vous n’échapperez pas à Ascendancy. L’album regorge de moments de pur metalcore des origines, l’auditeur a sans cesse l’impression de se retrouver perdu en 2005, comme sur le tube instantané qu’est The Defiant.

Cet ovni, complètement impensable en 2020 et pourtant bien présent, aurait très bien pu être un bonus track d’Ascendancy tellement tout est là. Le riff gras en quasi palm mute entrecoupé de bouts de phrases mélodiques harmonisées, Matt Heafy qui revient se casser la voix dans des aigus abandonnées depuis plusieurs albums, et le refrain, mais quel refrain ! Une montée épique en chant clair à l’image de tout le morceau, appuyée par une marche mid-tempo portée par la batterie.

The Defiant incarne à lui seul toute la démarche de l’album, un retour aux sources inespéré et jouissif. Trivium allie à la perfection nostalgie et nouveauté avec des riffs thrash plus récents et des éléments metalcore totalement désuets mais remis au goût du jour par un style de jeu moderne. Le tout est appuyé par une production incroyable faisant la part belle à la basse, bien plus marquée que dans la plupart des albums du genre.

L’ensemble forme des murs de sons massifs et portés par des mélodies donnant une sonorité épique à l’ensemble. Ce sentiment est renforcé par le fait que l’album ne respire jamais. Les morceaux sont complexes et enchaînent des breaks toujours plus inattendus, What the Dead Men Say n’échoue jamais à surprendre son auditeur, chaque morceau se dépliant en plusieurs parties bien distinctes, en conservant toujours son rythme effréné.

Mais ne me faîtes pas dire ce que je n’ai pas dit, What the Dead Men Say n’est pas un album tourné vers le passé. Les morceaux, bien que fortement inspirés par les précédents opus du groupe, parviennent à innover, et certains titres échappent même presque totalement à cette démarche de retour aux sources, apportant des sonorités jamais entendues chez Trivium. Je pense notamment à Bending the Arc to Fear situé quelque part aux alentours du death mélodique, croisant les influences, ou encore à Bleed Into Me. Cette « valse » est ce qui se rapproche le plus d’une power ballad dans tout l’album, bien que la comparaison soit hasardeuse. Cette piste au rythme plus lent que la plupart des autres de l’album reste pourtant entraînante grâce à son rythme ternaire et sa batterie réglée au millimètre et la mélodie est ici encore plus prépondérante que sur le reste de l’album pourtant déjà très axé sur ses refrains quasi-lyriques.

 

Le groupe reste parfaitement fidèle à lui-même, revenant sur ce qui a fait son succès et s’en servant comme d’un tremplin pour s’élever plus haut. Cet album emprunte beaucoup à ses prédécesseurs, mais le mélange produit par tous ces croisements d’influences finit par produire quelque chose de neuf, de jamais entendu avant. Le mixage est d’une qualité époustouflante, formant des murs de son et laissant parfois beaucoup de place à la basse, parti pris peu courant mais toujours agréable. Et bien évidemment les autres membres du groupe de sont pas en reste, la batterie produisant une impressionnante démonstration technique tout le long des morceaux, et les guitaristes explorant des sonorités du Trivium old school comme les solos en shred de Corey Beaulieu, complètement dans le style de ceux de Shogun.

Trivium revient au top de sa forme avec ce nouvel opus. What the Dead Men Say est un enchaînement de tubes instantanés comme on en voit rarement et se hisse instantanément au sommet de la carrière de la formation. Cette sortie saura toucher même les plus nostalgiques d’entre vous, un album presque épique tant il semble inarrêtable, ne reprenant presque jamais son souffle au milieu de ses riffs effrénés et de ses refrains lyriques incroyablement efficaces. Le résultat dépasse de loin toutes les attentes qu’on pouvait avoir à propos de cet album, et nul doute qu’il s’agit là d’une des meilleures sorties de 2020. Reste à le laisser mûrir pour déterminer si, oui ou non, nous avons affaire à un nouveau Shogun, mais cet opus reste sans conteste uniformément excellent.

Et quant à moi je vous laisse pour aujourd’hui et vous retrouve bientôt. En attendant restez chez vous, prenez soin de vos proches, et écoutez Trivium les enfants, parce que profiter des bonnes choses c’est important.

Crédits Photographie : Trivium/ RoadRunner Records /// Illustration : Ashley Heafy & Micah Ulrich

 

[Akata WTF?!] Fullmetal Knights Chevalion : Le sentai relief


Alors que les semaines de confinement se suivent et se ressemblent, il devient de plus en plus difficile de trouver de quoi remplir ses journées. Certains se tournent vers la lecture, d’autres vers le sport, d’autres encore vers la violence domestique et on a même vu quelques forcenés en profiter pour prendre soin de leur potager. Mais alors que l’ennui s’installe pour quelques semaines encore, l’occasion reste rêvée pour enrichir sa culture à l’infini. Et c’est ainsi qu’Error 404 continue sa quête sans fin à travers le monde tentaculaire et insaisissable du manga, avec un nouvel article sur la collection WTF?! d’Akata Editions, avec aujourd’hui un nouvel ovni à mi-chemin entre le shônen le plus pur et le super sentai…

Fullmetal Knights Chevalion met en scène le groupe éponyme de cinq héros ayant sauvé, quelques mois auparavant, la Terre de l’invasion d’un peuple extraterrestre appelé Death Universe. Le but de cette assemblée au nom évocateur est d’envahir des planètes à répétition afin d’absorber l’énergie vitale des créatures s’y trouvant, utilisant cette énergie afin de se régénérer eux-mêmes et de faire fonctionner leur technologie. Bon jusqu’ici rien de bien folichon, les Death Universe se font plier en deux avant même le début du chapitre un, on est bons.

Après ça il est décidé de démanteler l’équipe des Chevalions, créé pour repousser l’invasion et donc devenu inutile après avoir accompli sa mission. Nos cinq héros rendent donc leurs armures et réintègrent tant bien que mal la vie normale. Enfin, presque. Le Chevalion leader du groupe, le rouge (imaginativement appelé Retto) semble, pour une raison inconnue, assez peu pressé de retirer son armure et la porte toujours après plusieurs mois de mise à la retraite.

Le manga part donc de cette situation de départ et commence centré autour du héros, Retto, alors qu’il rencontre par hasard son ancienne collègue Sakura, le Chevalion rose. Retto vit en marge de la société, dans un abri de fortune, prétendument incapable de retirer son armure qui, par chance, pourvoit à tous ses besoins. Ainsi pas besoin de manger ou boire, et Retto emploie tout son temps à remplir ses obligations de héros, avec grand peine. Car le héros de cette histoire est bien particulier.

On s’en aperçoit très vite, notamment dans ses interactions avec Sakura, mais Retto est mal dans sa « peau ». Il est un héros médiocre voire dangereux, est détesté par la police qu’il passe pourtant son temps à essayer d’aider. C’est un héros qui ne sait plus pourquoi il se bat. Et pourtant toute cette noirceur est sans arrêt désamorcée… par Retto lui-même.

Vous voyez maintenant où je veux en venir, Fullmetal Knights Chevalion n’est pas qu’un manga semi-parodique de super sentai, c’est bien plus audacieux que cela. Fullmetal Knights Chevalion est une histoire centrée sur son comic relief. Et cet état de fait va donner toute sa saveur si particulière au récit.

On nous présente les autres héros un par un au fil des tomes, chacun essayant de retrouver le cours de son existence et réunis par cette simple question : pourquoi Retto n’a-t-il toujours pas retiré son armure ? Et on s’aperçoit bien vite que, de manière contre-instinctive, Retto semble le plus heureux de tous (à part peut-être le Chevalion jaune, mais c’est une autre histoire). Le cas le plus flagrant est celui de Sôta, Chevalion bleu, connaissant une carrière rayonnante dans le mannequinat depuis la dissolution des Chevalions et pourtant mortellement jaloux de Retto pour avoir su garder son armure et sa condition de héros plutôt que de revenir à la vie normale. Et c’est ainsi que les Chevalions, en tentant de l’aider, finissent par tout faire pour saper le moral de Retto, mais que celui-ci, de par sa qualité de comic relief donc, n’en a cure et passe complètement au-dessus.

L’ensemble du manga n’est pas spécialement drôle bien qu’il s’avère parfois émouvant. Mais le récit qui nous est présenté vous touchera forcément. Il s’agit d’une histoire d’acharnement, d’un homme considéré comme un incapable irritant par ses pairs parvenant à s’élever et à accomplir son destin au prix d’efforts acharnés, un genre de Naruto en armure.

Dans la forme on n’a pas forcément affaire à une grande originalité, on retrouve ici les poncifs du shônen (héros un peu stupide, rival éternellement second lui vouant un mélange d’amour/haine, tsundere, deredere…) et du super sentai (héros colorés en armure, combat entre un Mécha et un Kaiju…). Et pourtant il se dégage une forme de fraîcheur de l’ensemble. Une dose très subtile d’humour meta fait que l’œuvre semble avoir beaucoup de recul sur sa condition d’empilement de clichés, et s’en amuse, n’utilisant ce cadre que pour développer une histoire qui, elle, est bien plus inédite.

Une série courte dont les quatre tomes ont été traduits en français, Fullmetal Knights Chevalion est une curiosité à dévorer le temps d’un après-midi d’été. Un manga léger plein de tendresse et d’héroïsme jouant avec les codes usés des genres auxquels il appartient, c’est à ne pas manquer !

 

Crédits Illustrations : © 2012 Sawako ARASHIDA / PUBLISHED BY KADOKAWA CORPORATION ENTERBRAIN

[Akata WTF?!] Samurai Comeback, Tome 1


Cette histoire prend place dans un pays lointain, perdu aux confins de l’Orient, lieu où le soleil se lève sur le monde. Nous sommes au Japon en l’an 1 de l’ère Genji, le shogunat Tukogawa, qui règne en maître sur l’île depuis plus de 250 ans connus sous le nom d’époque Edo, est actuellement en plein règne de son 14e Shogun : Tokugawa Iemochi. Le monde ne le sait pas encore, mais le régime du shogunat en place depuis le XIIe siècle est sur le point de s’effondrer pour laisser place à l’Empire du Soleil Levant, changeant radicalement le visage de ce pays aux valeurs traditionnalistes et renfermé sur lui-même. C’est dans ce contexte tourmenté que débute l’intrigue de Samouraï Comeback.

Ce manga, paru il y a presque 20 ans au Japon et arrivant seulement aujourd’hui en France, débute donc en l’an 1 de l’ère Genji (correspondant grossièrement à l’année 1864 du calendrier grégorien) pendant la fête de Gion alors que quatre samouraïs isolés s’apprêtent à déjouer une tentative d’attentat visant à incendier Kyôto fomentée par une vingtaine d’hommes originaires du fief de Chôshû. Le but de cet attentat est de détruire partiellement la ville (mais surtout de créer une gigantesque diversion) et permettre à l’empereur de s’échapper jusqu’au fief de Chôshû d’où il pourra fonder un nouveau régime qui mettrait fin à 700 ans de domination shogunale. Cet épisode est un évènement historique réel appelé Affaire Ikedaya, mais nous y reviendrons.

Au même moment en 2001 (?) un groupe de terroristes cherche lui aussi à incendier Kyôto et à renverser le régime en place afin de restaurer l’ordre et anéantir la décadence qui s’est emparée du pays au nom du Tout-Puissant (tout un programme). Après une lutte acharnée des deux côtés les samouraïs parviennent à massacrer leurs opposants et les terroristes prennent le contrôle d’une station de télévision. Mais, alors que tout semble aller pour le mieux à l’ère Genji, les samouraïs se retrouvent malencontreusement frappés par la foudre et transportés dans le Kyôto de 2001. Comment ça marche ? Aucune idée, mais ce n’est que le début du tome 1 mes lurons, gardons notre calme.

Pas décontenancés pour un sou, nos samouraïs échangent une bande de comploteurs incendiaires voulant changer la face du Japon de manière violente au nom d’une entité religieuse contre une bande de terroristes incendiaires voulant changer la face du Japon de manière violente au nom d’une entité religieuse. Le choc initial passe donc bien vite et les quatre compères s’en vont au combat, et triomphent. A partir de là l’intrigue est lancée et le manga se présente comme une course-poursuite entre les samouraïs coupable de meurtres légitimés par une autorité disparue depuis 150 ans et la police de Kyôto.

Le gimmick de l’étranger perdu dans un pays ou une époque lointain.e n’est pas neuf. Mais résumer Samouraï Comeback à cela serait un peu réducteur. Ce premier volume balaie d’un revers de la main toutes les situations vues et revues de ce type d’histoire par une prouesse scénaristique inattendue : les héros sont idiots. Car oui, si la description que j’ai fait d’eux les montre comme de fiers guerriers nobles prêts à tout pour leur shogun, en réalité on a plus l’impression de se retrouver face à une bande d’ados un peu attardés en armure avec des manières grandiloquentes et un code d’honneur strict. Et c’est ce qui fait toute la saveur de ce manga, la réaction des protagonistes est extrêmement sereine, les samouraïs se prennent grave au sérieux mais ne sont juste pas dans le bon environnement (ce qu’ils n’ont même pas l’air de réaliser), créant des situations absurdes pouvant devenir hilarantes.

Le dessin est par ailleurs assez original et très inspiré de l’art traditionnel japonais, notamment dans le design des personnages ne ressemblant pas vraiment à ce qu’on a l’habitude de voir dans du manga. Les scènes de combat et le mouvement de manière gérérale sont très dynamiques et efficaces, un sans faut à ce niveau-là.

Difficile de se faire une idée précise de l’œuvre avec seulement un volume sur les cinq japonais mais le style semble presque parodique, une affaire de voyageurs du temps bloqués dans le futur mais où rien ne semble grave, laissant place à l’humour situationnel créé par le décalage entre l’époque moderne et ces guerriers au code d’honneur strict appartenant à une caste supérieure.

Le seul bémol qu’on pourrait relever serait l’aspect culturel, le lecteur occidental étant un peu perdu face à l’anecdote historique qui nous est présentée et aux multiples noms qui la suivent. Mais même cela ne reste pas longtemps un problème puisque l’auteur a pris soin de laisser quelques pages à la fin du volume pour nous renseigner sur l’Affaire Ikedaya et le Shinsen-Gumi. On découvre donc l’anecdote de l’intérieur avant de se la faire expliquer en détail une fois la lecture terminée.

Intrigante curiosité de la collection WTF?! d’Akata, Samouraï Comeback est un manga d’apparence assez légère, laissant une belle part à l’humour là où le drame semblerait plus de rigueur. La barrière culturelle peut être un frein et c’est probablement à cause d’elle que l’œuvre n’avait jamais été importée en France malgré ses 19 ans d’âge, mais les quelques rappels historiques de l’auteur et un peu de bonne volonté suffisent à outrepasser cet aspect. Malgré cela il reste difficile d’établir un jugement précis après la lecture d’un seul tome, et on attend donc avec impatience la sortie des quatre autres en version française afin d’avoir le fin mot de cette histoire, prochain rendez-vous le 28 mai pour la sortie du tome 2 !

Crédits illustrations : SHIPPU JINRAI © 2001 Tsuru MORIYAMA / SHOGAKUKAN

[Akata WTF?!] Mitochon Armageddon : le Japon et l’Absurde


Nous avons tout perdu… Cette crise a frappé bien plus durement que tout ce que nous pouvions imaginer. Au début personne n’y croyait, tout le monde pensait que la vie allait continuer normalement. Personne ne voulait penser au confinement, ce n’était pas possible, les concerts continueraient d’avoir lieu, les bars resteraient ouverts et les familles iraient toujours pique-niquer dans les parcs. Même dans les dernières heures les gens continuaient de sortir, de boire, de faire la fête. Les idiots… Aujourd’hui il n’est plus une seule famille dans tout le pays qui n’ait perdu au moins un de ses membres. Les plus fragiles furent emportés les premiers, mais bien vite il n’y eut plus de discrimination. Les rares survivants vivent désormais cloîtrés chez eux, dans la peur du moindre contact, parfois sans eau, sans aucun moyen de contacter l’extérieur, et bien trop terrifiés pour tenter la moindre sortie. Depuis des semaines des familles entières attendent dans la peur de l’inévitable et… et…

Ah.

Un instant.

Oui on m’annonce qu’en fait ce n’est pas le bon confinement. Oui ça c’est l’édition « pays en guerre », nous on est sur la version où les gens peuvent sortir de chez eux s’ils s’y autorisent eux-mêmes et sont confinés avec une connexion internet et toute la nourriture dont ils ont besoin parce qu’ils peuvent aller normalement faire leurs courses. Ah bah ça va en fait du coup.

Mais alors que nous traversons ce moment historique et que tout ce qui nous vient à l’esprit c’est que quand même, on se fait chier, l’occasion est parfaite pour enrichir sa culture de manière intensive. Et c’est ainsi qu’un petit groupe de rédacteurs d’Error 404 s’est retrouvé plongé dans la magie plutôt atypique de la bien nommée collection WTF?! des éditions Akata. Et nous vous proposons aujourd’hui le premier article d’une petite série consacrée à cette collection, avec pour débuter en beauté l’œuvre absurde et bizarroïde qu’est Mitochon Armageddon.

 

Le premier tome s’ouvre sur un message d’insulte. Le mangaka explique, en bref, que ses fans ne sont qu’une bande d’abrutis illettrés, tellement qu’il a dû réorthographier son pseudonyme pour que les gens puissent le lire (une sombre affaire de caractères chinois… incompréhensible pour l’occidental profane que je suis). Ce message complètement boomisant sur un ton passif-agressif et intitulé Mea Culpa n’est fort heureusement, pas représentatif du reste de l’œuvre (quoique).

A ce petit préambule succède une introduction à l’univers et à l’histoire du royaume de Mito. Tout commence le 10 Juillet de l’an 310 du calendrier Mito alors qu’une invasion extraterrestre menée par le puissant Agornoa s’en vient ravager le royaume dans des scènes nous ramenant aux heures les plus sombres de Berserk (vous voyez parfaitement de quelles heures je veux parler) mais dans une version low cost. Oui car autant le dire maintenant : le dessin n’est pas le point fort de Gatarô○Man, ou du moins sa patte est minimaliste et très marquée.

Mais fort heureusement ce cataclysme planétaire se retrouve tué dans l’œuf par l’intervention de neufs héros valeureux et fiers, jusqu’ici rien de bien méchant, on connait l’histoire. Mais dès le premier chapitre (qui est une mise en abîme de l’auteur cherchant à vendre le manuscrit du manga que vous tenez entre les mains, mais dans la diégèse de ce même manga) tout part en couille, et je pèse mes mots.

Car c’est bien là le mot d’ordre de Mitochon Armageddon : c’est N’IMPORTE QUOI. Là où l’introduction laisse penser que l’on va avoir droit à un genre de light fantasy à la cool, assez légère, le chapitre un nous montre vite que l’on a affaire à bien plus que ça. Tout le manga est un enchaînement de situations cohérentes brisées par un moment d’absurdité complète qui redistribue complètement les cartes. Votre cerveau a à peine le temps de se rebooter en se demandant bien ce qu’il vient de voir que la chute suivante vient l’assommer à nouveau. Toutes les quatre ou cinq pages le lecteur pense avoir compris la logique de ce qu’il lit, et à ce moment précis Gatarô○Man démontre sa maîtrise inouïe de l’absurde en une simple case et laisse le lecteur hilare se demander si, finalement, ce n’est pas lui-même qui est fou.

Parmi ces retournements on retrouve aussi quelques running gags dont chaque itération est complètement hors-sujet en apparence mais tombe toujours à pic, ainsi que quelques personnages directement inspirés de la vie réelle (et de la maison d’édition de l’auteur) mis dans des situations improbables, ou encore des références méta posées sans aucune délicatesse un peu n’importe où.

Le seul moment où l’humour pèche est sur certains situationnels un peu lourdingue (voire carrément malsains) tournant globalement autour du champ lexical de la poitrine dont on se serait bien passé, Gatarô○Man laissant transparaître qu’il n’est pas qu’un boomer aigri mais aussi parfois un boomer tout bonnement dégueulasse. Mais cela ne représente qu’une minuscule partie de la fresque épico-absurde que nous offre Mitochon Armageddon.

 

Ce manga pour qui l’épithète « méconnu » serait encore un euphémisme est un véritable chef-d’œuvre d’humour absurde. Le lecteur a à peine le temps de se remettre d’un gag que le suivant vient le remettre à terre sans vergogne, en continu. A chaque nouvelle chute Gatarô○Man nous prend totalement à contrepied, livrant un scénario totalement absurde et décousu mais en permanence hilarant.

Les trois tomes parus pour l’instant chez Akata se dévorent en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, et on attend avec impatience la suite. En attendant n’hésitez pas à vous les procurer en ces temps d’isolement, en physique ou en e-book, Mitochon Armageddon est un ovni d’une qualité exceptionnelle sous ses dehors brouillons. Et pour les plus sceptiques d’entre vous, akata vous offre le premier chapitre, c’est pas beau ça ?

Quant à moi je vous dis à très bientôt pour un nouvel article sur cette prometteuse collection au doux nom de WTF?! (on dirait de la poésie, je vous jure), et en attendant restez chez vous, lisez des mangas, lavez-vous bien les mains et n’oubliez pas que le PQ N’EST PAS en pénurie !

Crédits illustrations : MITOKON PERESTROIKA © GATARO O MAN 2014 / Shinchosha

 

Live Report : Lordi @Machine du Moulin Rouge – 06/03/2020

Oui, oui je m’en souviens très bien, l’an 2020… La vie était paisible en ces temps, pas besoin de se battre pour survivre, pas besoin de chercher de la nourriture en permanence, tout était à portée de main, facilement, tout le temps. L’argent gouvernait le monde à cette époque, pas l’art, pas la culture, pas l’amour, l’argent. Et quand la première chose à s’effondrer fut la bourse, la plupart des gens n’y voyaient que justice. Personne n’aurait pu prévoir l’ampleur que cela prendrait ensuite.

De quasi inoffensive la maladie est vite devenue bien plus dangereuse, commençant après quelques mois à déclencher des crises de panique et d’agressivité chez les patients. Mais à ce stade là l’épidémie restait encore contrôlable. Les vrais ennuis ont commencé avec l’avènement du Culte Universel du Covid Kôhn, ou C.U.C.K., une bande de fanatiques convaincus que ce virus était un test de la part d’une quelconque divinité fantasmée et qu’il fallait donc l’inoculer à toute l’humanité afin de ne laisser vivre que les élus. Et ils étaient nombreux, et partout. Ils eurent vite fait d’infiltrer les gouvernements en profitant de la panique causée par les pénuries et l’effondrement total de l’économie, et tout était fini.

De nombreuses spéculations agitèrent les esprits quant à l’origine de cette pandémie à l’époque, quand la presse et internet existaient encore. Pangolins, chauves-souris, arme chinoise, tout le monde avait son hypothèse. Mais à la surprise générale, la meilleure théorie restait celle des Cucks. La maladie n’était pas le fait d’une quelconque punition divine, mais répandue par une confrérie obscure suivie de près par un terrifiant cortège. Ils s’appelaient Lordi, Almanac, Flesh Roxon, et tous portaient la mort comme étendard et la peste comme fléau.

Et je les ai vus, de mes yeux, ce 6 mars 2020. A l’époque personne n’imaginait que nous courrions un quelconque danger, et pourtant moins d’une semaine plus tard le pays tout entier se retrouvait totalement paralysé, avant de s’écrouler. Cela s’est passé à la Machine du Moulin Rouge, un sombre rituel visant à déchaîner les enfers sans aucun autre motif que le plaisir aveugle de la destruction.

J’étais là le jour où le monde s’est effondré, bien avant votre naissance, bien avant l’émergence et la chute de l’Empire, bien avant que l’humanité ne finisse par se noyer dans les cendres de son orgueil. J’y étais, et voici ce que j’y ai vu.

 

– FLESH ROXON –

Flesh Roxon @La Machine du Moulin Rouge – Juliet Faure

Le timing de ce début de concert était, comme le disaient nos ancêtres, « éclaté à la mort ». Ouverture des portes à l’heure inhabituelle de 18h pour un début de set à 18h30 (même si dans les faits les tous premiers spectateurs ont réussi à atteindre la scène à presque 18h25), comme si le show avait été avancé en compactant le plus tôt possible la première partie.

Ainsi nous arrivons devant la scène juste à temps pour le premier morceau de Flesh Roxon, groupe d’Horror Punk finlandais venu accompagner leurs compatriotes sur ce KillecTour. Au premier abord ces quatre compères arrivent avec un bon capital de départ : une identité visuelle marquée (à base de bretelles rouges, chemises noires et eye liner leur donnant un côté crooner démoniaque), une contrebasse remplaçant la basse habituelle dans ces formations, un chanteur jouant du punk énervé sans la protection d’un médiator… Même la musique est plutôt sympathique, quelque part entre Danzig et les groupes de pop-punk emblématiques des années 2000.

Mais dès la première seconde quelque chose cloche. Ce concert s’avère vite être une expérience très étrange. Déjà le groupe commence en trombe sans s’annoncer et de manière tellement sèche que j’ai d’abord cru qu’ils finalisaient leurs balances avant de comprendre que le set avait vraiment débuté, le tout devant une salle pratiquement vide à cause du manque de fluidité à l’entrée de la salle (et probablement du fait que les portes de la salle même étaient ouvertes depuis moins de 3 minutes).

Mais si ce n’était que ça, ce serait excusable. Sauf que le chanteur/guitariste, malgré ses harangues à la foule entre les morceaux, est probablement déjà mort à ce stade de la soirée. En effet il se tient campé sur ses pieds, le regard vide, et fixe le fond de la salle plutôt que la foule croissante à ses pieds. Et les autres musiciens n’aident pas vraiment à lancer la dynamique puisqu’à part le second guitariste ils ont simplement l’air de se faire chier. Et on ne les en blâme pas, j’imagine que débuter son set devant 15 personnes parce que les portes sont à peine ouvertes ne doit pas forcément être une partie de plaisir.

La fin du set se réchauffe un peu au fur et à mesure que la salle se remplit et finit par ressembler à une première partie méconnue et fauchée tout à fait honorable, ce que l’on attendait sur cette scène à cette heure-ci finalement. Mais l’impression générale est quand même celle d’un faux départ.

 

– ALMANAC –

Almanac @La Machine du Moulin Rouge – Juliet Faure

Faux départ bien vite rattrapé par Almanac dès son arrivée sur scène. Le groupe de Power Metal du guitariste Victor Smolski venait défendre la sortie de son nouvel album Rush of Death paru le jour même, en effectif réduit puisque la chanteuse Jeannette Marchewka n’était pas présente sur scène ce soir-là.

Et le moins qu’on puisse dire, c’est que la transition est nette. Après l’ambiance étrange qui avait habité la Machine pendant le set de Flesh Roxon, le power metal symphonique teinté d’influences thrash d’Almanac fait l’effet d’une bourrasque de vent en pleine face et redonne du cœur à toute l’audience.

Les musiciens livrent tous une performance impressionnante, notamment le chanteur Patrick Sühl dont les envolées lyriques impressionnent par leur justesse et leur précision. Mais la vraie star de ce plateau est évidemment le guitariste fondateur Victor Smolski. Et quand je dis « star », j’implique bien tout ce qui va avec, à commencer par l’égo.

En effet, non content d’avoir son nom sur la pochette de l’album (reproduite sur les décors de scène) dont l’entête indique « Victor Smolski’s Almanac », le guitariste coupe la parole au frontman dès sa première intervention pour commencer la promo de l’album, et ce alors même que son micro était coupé. Une intervention d’autant plus regrettable que le chanteur avait commencé à s’adresser au public en français, ce qui est toujours appréciable venant d’un groupe étranger. Mais ce cher Patrick se met poliment en retrait et ne prendra plus la parole pendant tout le set, laissant le leader du groupe chauffer le public.

Mais malgré cela l’énergie ne faiblit pas, et malgré une salle toujours assez vide à cette heure-ci, le groupe assure le show. Le bassiste et le batteur sont des monstres d’endurance et de technique à l’image des deux autres membres du groupe. Smolski a su très bien s’entourer pour la composition de ce line up, on a réellement l’impression (probablement justifiée) que chaque membre du quatuor est un virtuose dans son domaine, mais sans que le groupe ne se perde jamais dans une démonstration technique sans âme. La musique vit, les compositions sont variées, parfois ultra rapides, parfois groovy, et le public se laisse emporter par la fièvre générale, oubliant bien vite le doute qui l’habitait devant Flesh Roxon.

Le groupe quitte la scène avec les honneurs et laisse un public enthousiaste derrière lui, prêt à accueillir le headliner comme il se doit. Dommage que le headliner, lui, ne soit pas prêt.

 

– LORDI –

Lordi @La Machine du Moulin Rouge – Juliet Faure

Car oui, avant de monter sur scène Lordi prend son temps, et c’est peu de le dire. Presque une heure d’attente entre la fin d’Almanac et le début du set, on comprend mieux pourquoi la soirée débutait si tôt. Pendant ce temps interminable le public s’occupe comme il peut, pouvant compter sur la distraction offerte par une paire de roadies se lançant joyeusement dans une petite jam au gré des balances. L’impressionnant décor de scène est aussi offert à la vue de la foule, la pièce centrale étant une immense porte ornée des masques des différents musiciens du groupe et fermée par un drap marqué d’une impression gigantesque du visage de Mr. Lordi en personne (humilité quand tu nous tiens).

Et c’est donc après cette longue attente que nous avons droit à… encore plus d’attente. La bande d’intro, imitant une émission de radio comme souvent chez Lordi, semble elle aussi interminable, s’étalant sur plusieurs minutes avant que le show ne commence enfin. Et là, la magie arrive enfin sur scène.

Dès les premières mesures du premier morceau, Lordi envoie tout ce qu’il a, chaque musicien déjà totalement à fond. Lancé par l’ultra catchy Horror for Hire tiré du dernier opus Killection, ce set est efficace au possible de bout en bout. Les morceaux s’enchaînent, tous portés par le charisme propre à chaque musicien.ne, tous plus énergiques les uns que les autres et portant leurs iconiques costumes. Lordi maîtrise parfaitement sa performance live, et ne se fait pas prier pour le démontrer de la manière la plus spectaculaire qui soit.

Tout le long du show quelques saynètes sont jouées, par les membres du groupe et quelques figurants, parfois pendant les morceaux et parfois entre. Plusieurs solos agrémentent aussi le set, évidemment le classique solo de batterie mais également un duel entre la claviériste et le guitariste, et surtout un solo de basse incroyable. Déjà, le fait d’avoir laissé un solo au bassiste d’un groupe de rock est une rareté bienvenue, mais l’interprète engoncé dans son costume aux allures reptiliennes de Predator sublime totalement le concept par son jeu fluide trouvant un écho dans ses mouvements ondulant. Si je le voyais dans la jungle, je croirais à un serpent ! Cette incroyable performance s’achève sur un arrachage de cœur dont je n’ai toujours pas réussi à comprendre comment le trucage était possible (peut-être qu’ils sacrifient vraiment une figurante par soir, qui sait ?).

Le set continue au gré des hymnes caractéristiques du groupe finlandais, agrémenté d’interludes radiophoniques heureusement bien moins longs que celui de l’intro, et des habituels artifices de Mr. Lordi comme le micro-hache de Hard Rock Hallelujah ou bien les immenses ailes de chauve-souris (wink wink) sur Devil is a Loser. Une mise en scène digne des plus grands pour une scène parfaitement adaptée, à la fin du set le public en redemande et a bien vite oublié l’attente qu’il a dû subir en début de soirée.

Lordi maîtrise, Lordi envoie du lourd, de l’eau a coulé sous les ponts depuis l’Eurovision mais la réputation scénique de la formation n’est pas usurpée, loin de là. Chacun des membres du groupe y va de son grain de sel, la place n’est pas tout entière occupée par Mr. Lordi mais bien partagée équitablement par cette équipe bigarrée. Un Freakshow porté par des interprètes charismatiques, l’effet est là, le public est conquis.

Voilà qui conclut le dernier concert avant probablement un petit moment, mais quelle conclusion ! Et je finirais sur ces quelques mots entendus dans la salle ce jour-là, des mots de sagesse en ces temps de trouble, qui me portent encore au quotidien à ce jour :

« C’était 35 balles ? Bah ça les vaut. »

Setlist :

  • Radio SCG 10 (intro)
  • Horror for Hire
  • Midnite Lover / Granny’s Gone Crazy / Devil’s Lullaby
  • SCG10: The Last Hour / SCG10: Demonic Semitones (interlude)
  • Shake the Baby Silent
  • Blood Red Sandman
  • Drum Solo
  • Scare Force One
  • Like a Bee to the Honey
  • Naked in my Cellar
  • Bass Solo
  • I Dug a Hole in the Yard for You
  • Who’s Your Daddy
  • Guitar / Keyboard Solo
  • Hard Rock Hallelujah

Encore :

  • Devil is a Loser
  • Would you Love a Monsterman ?
  • Scream Demon (Outro)

Live Report : Monuments @Petit Bain – 01/03/2020


Quelle a été la première préoccupation qui a agité les neurones de l’Humanité ? Au-delà des évidents besoins vitaux comme manger, boire, tuer des trucs, se faire tuer par des trucs et copuler joyeusement entre ADULTES CONSENTANTS (des bisous les Césars), on peut supposer que ça ressemblait à un genre de « Mais qu’est-ce qui fait donc que le monde est tel qu’il est, et suit ces règles ? Comment ? Pourquoi ? Oh tiens un loup, allons le domestiquer » et après quelques milliers d’années on se retrouve avec des chihuahuas partout bref, une horreur.

Mais la réflexion était lancée. Alors privé de science, l’Humain avait commencé à chercher des réponses à ses questions partout autour de lui. Ainsi naquirent une longue lignée et prédicateurs et autres prophètes, amenant chacun leur tour une Vérité Universelle différente de la précédente, déclenchant parfois des guerres pour décider de qui avait la meilleure. Et certains, notamment en Asie, adoptèrent des manières de concevoir l’Existence complètement mystiques, cherchant à se connecter à leur divin de toutes les manières possibles, en y sacrifiant parfois leur connexion au monde matériel.

Mais qui étaient réellement ces hommes ? Illuminés ? Authentiques prophètes ? Proto-junkies camés à la mort ? Et bien laissez-moi vous dire que Monuments s’en contre-carre royalement et marche droit dans leurs pas à la recherche du Nirvana en laissant derrière lui un chemin ensanglanté.

Accompagné de leurs compatriotes britanniques Heart of a Coward et du méconnu groupe australien I Built the Sky, John Browne et ses compères sont venus rendre visite au Petit Bain le 1er Mars dernier afin de nous présenter leur nouvelle voix, le jeune mais néanmoins talentueux Andy Cizek. Une épopée de quelques heures quelque part entre le déchaînement de violence et la transe mystique, Monuments nous a offert un voyage aux portes de la folie que nous avons vécu pour vous. Alors accrochez-vous bien mais surtout n’ayez pas peur, car même si vous n’en réchappez pas, le Samsara vous rappellera tôt ou tard…

 

– I BUILT THE SKY –

I Built The Sky @Le Petit Bain – Juliet Faure

La soirée s’ouvre avec ce petit groupe australien au nom évoquant des immensités dignes du grand et sacré Post-Rock. Mais ici point de nappes de guitares, point de crescendo majestueux, I Built the Sky évolue plus dans un math rock teinté de djent, mais très léger et mélodieux. Le batteur commence par entrer sur scène dans l’indifférence totale tandis que la bande se lance, juste avant que les lumières ne s’éteignent, et le public curieux mais encore peu nombreux du Petit Bain se tourne mollement vers la scène tel une bande d’éléphants de mer aux aguets.

D’un point de vue purement musical le groupe est à un excellent niveau. Les trois musiciens sont largement au niveau pour ce style de musique parfois un peu retors, les mélodies sont efficaces, voire planantes sur certains passages, tout est carré et à sa place, la qualité de la composition et de l’interprétation sont très vite établies. Le groupe semble manquer d’un second guitariste, les leads les plus répétitifs étant joués par la bande, mais cela ne fait que souligner la rigueur à toute épreuve du groupe qui retombe toujours pile sur le temps malgré la complexité rythmique et technique des compositions.

Mais la mise en scène manque encore de finesse. Le travail sur la light est globalement pauvre, et le chanteur peine à remplir le vide entre chaque morceau par sa seule éloquence (vide accentué par le fait qu’il doive changer d’accordage presque un morceau sur deux).  Malgré cela, et comme souvent à cet horaire, le groupe semble s’éveiller petit à petit au fil du concert. Le chanteur finit même par vanner lui-même le manque de notoriété du groupe avec juste ce qu’il faut d’autodérision, tout en prenant ses aises sur scène.

Le concert finit en beauté avec un laborieux mais néanmoins choupidou « High Five Wall of Death » et un slam du chanteur en plein lead (de math rock, donc pas un enchaînement de powerchords a priori) assez impressionnant. Le public semble conquis par le groove de folie et les mélodies douces de I Built the Sky, ne manque qu’une attitude scénique plus détendue et dynamique que l’expérience saura sûrement apporter à la formation.

 

– HEART OF A COWARD –

Heart of a Coward @Le Petit Bain – Juliet Faure

Mais en introduction je vous parlais certes d’une expérience mystique mais aussi d’un « chemin ensanglanté » (toujours dans la mesure, vous me connaissez), or même si I Built the Sky possède un groove indéniable, on est bien loin de ça. Mais pas d’inquiétude, car l’arrivée de Heart of a Coward fit immédiatement trembler le Petit Bain sur ses fondations (ce qui, pour une péniche, reste un tour de force).

Dès son entrée sur scène le groupe britannique retourne la salle comme un vieux pancake. Le morceau d’introduction amène avec lui une bagarre sans nom dans le pit, le public lançant les hostilités à peine les premières notes entendues. La musique de ce groupe de djent à l’esprit plutôt hardcore trouve son public sans aucun problème.

On entame alors une épopée à base de breakdowns qui tâchent, de transitions entre chant clair et scream d’une fluidité impressionnante, et de beaucoup trop de wall of death successifs pour une fosse de la taille du Petit Bain. A aucun moment la musique ne fait mine de baisser en intensité, enchaînant claque sur claque avec une efficacité presque surnaturelle. Le chanteur s’arrête à peine pour souffler entre les morceaux, pas le temps de briser le rythme, le show est inarrêtable.

Et quand je vous disais que la salle tremblait sur ses fondations, non seulement le sol de toute la pièce faisait des mouvements de haut en bas peu rassurants au rythme des mouvements de la foule, mais c’est bien vite toute la péniche qui s’est mise à tanguer dangereusement. Mais il en fallait plus pour arrêter Heart of a Coward qui, s’ils ont seulement senti cette légère perturbation, s’en sont sûrement amusés.

Un show tout en puissance d’une efficacité millimétrée, chaque morceau semblant plus énervé que le précédent, Heart of a Coward est une excellente découverte et une perle de live pour qui aime la bagarre la plus pure et les guitares accordées bas.

Setlist :

  • Down in Ruin
  • Ritual
  • Collapse
  • Shade
  • Monstro
  • Mouth of Madness
  • Hollow
  • Deadweight

 

– MONUMENTS –

Monuments @Le Petit Bain – Juliet Faure

Ainsi furent assemblées les deux moitiés d’un grand tout, la beauté légère de I Built the Sky et la violence irrépressible de Heart of a Coward mêlées dans un infini tourbillon de sensations. Et du cœur de ce chaos émergea le sommet de la pyramide, l’omnisciente présence, l’entité aux aguets au commencement et à la mort de tout. L’heure était venue d’accueillir Monuments.

Le groupe débarque un peu en retard mais attaque d’entrée de jeu au sommet de sa forme, capitalisant sur l’excitation laissée par Heart of a Coward derrière lui. Pendant plus d’une heure et demie le groupe nous livre son djent mystique influencé autant par le metalcore de début de siècle duquel il descend que par la musique mystique venue du très lointain orient. Les musiciens sont tous d’une rigueur irréprochable (nécessaire au jeu de ce genre de style très technique), et servis par une technique quasi parfaite offrant un son clair comme de l’eau équilibré de main de maître, laissant chaque instrument ressortir parfaitement à sa place. Mais la plus grande surprise de cette soirée se trouve derrière le micro de chant.

De loin, Andy Cizek ressemble à un jeune homme en fin d’adolescence, un peu maigrelet, timide mais poli et bien élevé (et il l’est sûrement). Drôle de casting en apparence, mais l’habit ne fait pas le moine et la grosse inconnue de ce set se retrouve bien vite en être la pièce maîtresse. Le chanteur possède comme ses collègues une technique carrée et sans faute, évidemment, les plus pointilleux déploreront peut-être la perte du growl profond de Chris Barretto mais la voix de son remplaçant remplit parfaitement le créneau.

Et même si ce n’était pas le cas, qu’importe ? Parce qu’au-delà de sa simple technique vocale correspondant parfaitement à la musique de Monuments, Andy est un frontman possédé vivant les morceaux qu’il chante, comme en transe mystique quand il hurle ses textes. Et toute la salle ne tarde pas à l’imiter, on peut voir ça et là des gens en communion avec les mélodies envoûtantes venant de la scène, pris de tremblements, les yeux révulsés (enfin je ne suis pas sûr d’en avoir vu, mais je ne peux pas être le seul à avoir atteint cet état, si ?).

Mais la force de Monuments ce ne sont pas seulement ses mélodies mystiques, ni son groove catchy à l’extrême, et pas non plus ses passages plus violents typiques du metal moderne dont il est issu. La vraie force de Monuments, c’est que tout ça arrive en même temps. Il n’est pas ici question de passages mystiques entrecoupés d’ultraviolence, l’ultraviolence EST mystique tout le long du show, à l’image d’un Gojira polyrythmique.

Sur la fin du concert tout est débridé, le chanteur se retrouve à scander ses refrains debout sur la foule qui continue sa communion avec le groupe. Se set s’achève sur A.W.O.L. et I, the Creator, deux morceaux incarnant à eux seuls toute l’expérience cérébrale offert par le groupe en live.

Monuments en concert est une expérience à vivre. Situé quelque part entre la transe encensée des prêtres d’extrême orient et les mosh pits des concerts de hardcore New Yorkais, ce voyage introspectif amène son auditeur aux limites de la conscience. Peut-être avons-nous tous touché du doigt ce que l’on appelle « Dieu » ce soir-là, peut-être qu’il faudrait que je me calme et que j’arrête de mettre autant de merde dans mes reports ? La vérité restera obscure…

Quoiqu’il en soit Monuments est toujours en pleine forme et bénéficie pleinement non seulement de sa nouvelle voix mais également du retour du batteur historique Mike Malyan. Le nouveau morceau Animus sorti il y a quelques mois et placé dans la setlist présage probablement de la sortie d’un nouvel album dans un futur plus ou moins proche, le premier porté par la voix d’Andy. Malgré ses déjà 10 ans d’expérience Monuments a toujours la hargne et la fougue des débutants, offrant une expérience de concert rare, une transe guerrière héritée des plus anciennes spiritualités, ou juste du djent ultra efficace avec des gammes orientales, c’est vous qui voyez.

Setlist :

  • Blue Sky Thinking
  • Leviathan
  • Horcrux
  • Mirror Image
  • Animus
  • Vanta
  • 97% Static
  • Empty Vessels Make the Most Noise
  • Regenerate
  • Origin of Escape
  • Degenerate

Encore :

  • A.W.O.L.
  • I, the Creator

Live Report : Sabaton @Zénith de Paris – 07/02/2020


Chère Lucienne,

Cela fait maintenant 3 mois que je n’ai plus quitté la ligne de front. Les journées sont longues ici, et les distractions rares. Tout suinte la crasse, les rats ont envahi jusqu’au moindre recoin de tranchée et continuent de se multiplier. La nuit le froid nous glace jusqu’aux os tandis que nous sommes obligés de dormir à même la terre. Enfin, quand les préparations d’artillerie nous permettent de trouver le sommeil.

La guerre n’est pas telle qu’on nous l’avait décrite. Ici nulle gloire, que de la crasse et du sang en abondance, et des frères d’armes tombés vite oubliés dans la fureur des combats. La seule chose qui me raccroche encore à la raison est l’espoir de vous revoir un jour et de tenir ma promesse. Il me tarde de rentrer à Villemont-sur-Orge et de revoir votre sourire, loin de ces champs de mort dévastés que sont devenues les verdoyantes terres de l’Est de notre belle France.

Vendredi dernier nous avons tout de même eu droit à une journée de permission impromptue offerte par le commandement, à l’issue de laquelle une troupe de comédiens est venue nous présenter un spectacle de leur cru en trois actes dans une petite salle communale appelée « Zenith ». Ils étaient tous musiciens mais jouaient une musique que je n’avais jamais entendue avant, quelque chose de très rythmique, presque tribal. Les anglais de la tranchée 17 m’ont expliqué que cela venait de chez eux, ils appellent cela le « Rock n’Roll ». Peu de chances que cela ait le moindre succès avant un siècle au moins selon moi, mais c’était une distraction bienvenue.

Il me reste tant de choses à vous dire Lucienne, mais le temps me manque car il me faut repartir à l’assaut dans l’heure. Je pense à vous à chaque instant de ce calvaire et garde espoir que nous nous reverrons.

Tendrement,

Votre Edmond

Edmond perdit la vie dans l’assaut qui suivi l’écriture de cette lettre. Dévastée par le chagrin, Lucienne s’enferma dans un mutisme pendant des années. Quand elle revint à elle-même en 1924 elle ne parlait plus que le suédois (qu’elle n’avait pourtant jamais appris) et était convaincue d’être la réincarnation suédoise de son défunt fiancé. Elle partit donc vivre en scandinavie et se lança dans la musique sous le nom de Joakim Brodén, identité sous laquelle elle fonda le groupe Sabaton (vous voyez bien que j’allais quelque part avec cette intro) dans le but de reproduire la musique qu’Edmond avait entendue avant de mourir bien des années plus tôt. Voici son histoire (ou du moins la partie de son histoire s’étant déroulée le 7 décembre 2020 entre 19 et 23h).

 

– AMARANTHE –

Amaranthe Zenith de Paris 7 février 2020 @Kikevist_Thierry

La soirée commence doucement avec un groupe beaucoup trop énergique pour l’heure. Amaranthe met le paquet dès l’intro avec son power sympho / eurodance devant un Zénith déjà aux trois-quarts plein malgré la relative jeunesse de la nuit.

La prestation livrée par les suédois impressionne par sa qualité technique : le son est d’une clarté impressionnante (qu’on ne retrouvera malheureusement pas dans la suite de la soirée) et le lightshow est une véritable démonstration de maîtrise. Les patterns sont bien choisis, dynamiques, les changements fréquents et toujours précisément dans les temps. L’équipe technique d’Amaranthe est d’une précision chirurgicale, et le groupe a visiblement bien su s’entourer.

Dommage donc que la prestation ne soit pas forcément à la hauteur de ce cadre exceptionnel. Le groupe a la lourde tâche d’ouvrir pour les géants du live que sont Sabaton et peine malheureusement à rentrer dans ses bottes malgré la présence de trois (!!!) chanteurs lead sur six musiciens.

 

Belle allégorie de ceci, le décor de Sabaton étant déjà en place Amaranthe doit jouer sur une scène réduite entourée de sacs de sable, et malgré les efforts louables d’un des frontmen pour chauffer la foule l’ambiance peine à décoller.

Amaranthe Zenith de Paris 7 fevrier 2020 @Kikevist_Thierry

Il faut dire aussi que l’ambiance EDM de certaines compos du groupe peut rebuter la foule de metalleux présente ce soir-là, associant plutôt ces sons de claviers kitsch à une partie de la musique qui la rebute habituellement. Mais ne soyons pas mauvaise langue, Amaranthe nous présente un show tout à fait honnête et aussi plaisant à la vue qu’à l’écoute, et la réaction du public est tout à fait proportionnée pour une ouverture de soirée comme celle-ci. Un show technique parfaitement maîtrisé donc, pour un groupe qui mériterait peut-être d’arrêter d’ouvrir pour des groupes bien plus importants et qu’on aimerait voir en tête d’affiche pour une fois.

Setlist :

  • Maximalism Intro
  • Maximize
  • Digital World
  • Hunger
  • Amaranthine
  • GG6
  • Helix
  • That Song
  • Call Out My Name
  • The Nexus
  • Drop Dead Cynical

 

– APOCALYPTICA –

Apocalyptica Amaranthe Zenith de Paris 7 fevrier 2020 @Kikevist_Thierry

Le show d’Apocalyptica se révèle vite à l’opposé de celui d’Amaranthe. Le lightshow est ici tout en sobriété et en fonctionnalité, ne se permettant quelques fantaisies que sur certains breaks de batterie, l’idée est avant tout de montrer les musiciens et pas d’ajouter une plus-value à la musique par la lumière. Une démarche différente mais tout aussi louable qui laisse en plus la place à une gigantesque projection plutôt travaillée sur tout le fond de scène, alternant entre simple backdrop et animation plus poussée.

A l’opposé d’Amaranthe aussi, la qualité sonore se dégrade beaucoup, notamment dans les basses qui deviennent beaucoup trop agressives (notamment sur la reprise de Seemann où c’en était carrément douloureux). Mais à côté de cela, Apocalyptica maîtrise bien mieux son sujet, et sans artifices.

La première partie du concert est dédiée aux compositions originales du groupe et reçoit un accueil assez mitigé de la part du public, malgré la présence galvanisante de quelques fans disséminé ça et là. Puis le frontman revient aux premiers amours du groupe en lançant la reprise de Seek & Destroy, et tout le monde devient fou. Toute la fosse semble s’éveiller d’un seul coup et déborde soudain d’énergie sur ce classique. Mais le groupe ne s’arrête pas en si bon chemin et décide de remonter encore plus loin en interprétant une version modernisée et bien plus rock du Hall of the Mountain King d’Edvard Grieg, entrecoupée des intros de Thunderstruck (après tout pourquoi pas) et de la Marseillaise reprise en cœur par le public (un ardent patriotisme qui m’a toujours procuré un frisson de gêne mais bon, vu la tête d’affiche ça n’était guère surprenant).

Les trois violoncellistes mettent le feu le plus naturellement du monde, notamment Perttu Kivilaakso, véritable shredder du groupe dont on peine parfois à reconnaître l’instrument tant il en joue vite (et avec une pédale de distortion). Le set s’achève sur une autre classique de Metallica : Nothing Else Matters. Drôle de fin pour un concert si endiablé, la coupure dans le rythme est tout de même brutale, mais le public est réceptif et après s’être déchaîné, il fait silence. J’ai rarement eu l’occasion de voir une salle aussi grande aussi silencieuse, cela relève de l’exploit (enfin c’est ce que je pensais avant le set de Sabaton, mais nous y reviendrons).

Apocalyptica Amaranthe Zenith de Paris 7 fevrier 2020 @Kikevist_Thierry

Les techniciens d’Apocalyptica maîtrisent visiblement moins leur sujet que ceux d’Amaranthe, mais le gouffre qui sépare les musiciens en terme de chauffe de salle est bien plus impressionnant et le quatuor Finlandais n’usurpe pas sa réputation ce soir. Le groupe termine son set en nous promettant un concert en tête d’affiche à Paris dans les mois qui viennent, à surveiller.

 

Setlist :

  • Ashes of the Modern World
  • Path
  • En Route to Mayhem
  • Seemann (Rammstein Cover)
  • I Don’t Care
  • Grace
  • Seek & Destroy (Metallica Cover)
  • Hall of the Mountain King (Edvard Grieg Cover)
  • Nothing Else Matters (Metallica Cover)

 

– SABATON –

Sabaton Zenith de Paris 7 fevrier 2020 @Kikevist_Thierry

Telle une armée perdue dans le calme avant la tempête, la foule du Zénith retient désormais son souffle. Le moment tant attendu est arrivé… ou pas, car avant de commencer son set Sabaton prend le temps de se faire attendre. On a tout d’abord droit à une série de versions orchestrales de leurs morceaux en guise de musique d’attente pendant la préparation du plateau, puis la musique s’éteint alors que la scène est cachée par une immense toile aux couleurs du groupe et s’entame alors une LONGUE attente alors que le morceau In Flanders Fields est diffusé en intégralité devant la foule en délire plongée dans le noir.

 

Mais nous voici déjà arrivés au bout de ce préambule, et il est désormais temps pour Sabaton de nous interpréter leurs plus beaux textes tous basés sur ce thème qui leur est si cher et qui fait la fierté de notre chère humanité :

 

LA GUERRE.

Et le set commence fort avec le classique et explosif Ghost Division. Il ne faut pas plus de deux mesures à ce morceau pour me rappeler à quel point Sabaton est une véritable machine de live. La salle semble exploser littéralement sous les coups de boutoir de la batterie et les claviers/chœurs à eux seuls suffisent à faire entrer la fosse en transe. La mise en scène n’est pas en reste puisque la pyrotechnie donne tout ce qu’elle a dès ce premier titre avec feux d’artifice, explosions, lance-flammes sur le TANK servant de pratos à la batterie, on a vraiment la sensation que la 7e Panzerdivision est sur le point de raser le Zénith. En termes d’introduction de concert, on a rarement fait plus efficace.

Sabaton Zenith de Paris 7 fevrier 2020 @Kikevist_Thierry

Dès le troisième morceau joué (The Attack of the Dead Men) Sabaton nous montre que sa mise en scène a encore augmenté d’un niveau. Ce morceau, issu du dernier album, parle des soldats mutilés ayant survécu à une attaque au gaz de combat. On voit donc les membres du groupe monter sur scène noyés dans la fumée et affublés de masques à gaz, le chanteur étant même en tenue complète avec bonus gazeuse sous le bras et interprètera tout le morceau sans se défaire de son costume.

Et ce ne sera pas la seule audace de mise en scène, le point culminant étant pour moi une simulation de bombardement de tranchée à base de fusées de détresse et détonation complètement crédible. J’avais beau savoir que j’étais dans une salle de concert face à un décor de scène, ce court passage avait une portée presque cinématographique. C’est à cet instant précis que le groupe m’a fait comprendre qu’il ferait à l’avenir partie des grands.

Le début du concert est surtout consacré au dernier album. Il est en fait peu surprenant de le voir si représenté étant donné qu’il donne son nom à la tournée et que tout le décor de scène lui est dédié. Le groupe s’offre une petite excentricité sur Red Baron en apportant une reproduction à l’échelle ½ du fameux triplan du pilote éponyme dans laquelle est incrusté un orgue Hammond, faisant officiellement de cet objet l’orgue le plus metal du monde. Joakim se permet même une petite boutade en pianotant les notes de Swedish Pagans sur le clavier (en faisant passer cela pour un air traditionnel suédois dont les paroles seraient « Ikea » répété en boucle), trollant ainsi la foule qui passera tout le concert à entonner cette mélodie comme pour invoquer le morceau (mais qui ne viendra qu’en clôture de setlist, avec les tubes).

Sabaton Zenith de Paris 7 fevrier 2020 @Kikevist_Thierry

Mais il est déjà l’heure d’un nouveau rebondissement quand Apocalyptica remonte sur scène pour interpréter pas moins de six morceaux avec le headliner à commencer par la magnifique collaboration Angels Calling sortie conjointement par les deux groupes à l’automne dernier. Juste derrière suit le puissant Fields of Verdun que Joakim semble tout fier d’interpréter en France, et qui reste pour moi une des moments les plus intenses de ce concert (plus encore que l’intro).

Mais si intense que soit ce titre il n’est rien, mais alors RIEN du tout face à la monumentale claque qui suit : l’immense, le solennel, la majestueux The Price of a Mile. Ce morceau est à lui seul devenu une de mes meilleures expériences de live, une marche lente mais inarrêtable, appuyée par une débauche de chœurs, les hurlements de la foule et les violoncelles d’Apocalyptica. Un moment qui restera gravé dans ma mémoire pour longtemps.

Le groupe continue sur sa lancée, se permettant un petit clin d’œil au Hellfest/Knotfest de l’été dernier (bouffez ça les Kings of Metal), et enchaîne ses tubes jusqu’à arriver au rappel. Primo Victoria est suivi de près par Bismarck lui-même trainant dans son sillage le tant attendu Swedish Pagans que la foule n’en pouvait visiblement plus d’attendre. Et là se produit l’ultime prodige de ce concert : alors que tout le monde attend avec regret que le groupe dise au revoir à cette foule en adoration et quitte la scène pour un repose bien mérité, Joakim fait taire le Zénith D’UNE SEULE MAIN en se contentant de la baisser progressivement entraînant le volume sonore de 6000 personnes avec, puis pointe du doigt la sono à cette assemblée médusée. Et dans le silence de 6000 âmes retenant leur souffle, le petit sifflet de Hell & Back se fait entendre.

Sabaton Zenith de Paris 7 fevrier 2020 @Kikevist_Thierry

Puis vient l’explosion, foule et groupe donnent tout ce qu’ils ont sur ce dernier titre jusqu’à l’épuisement, et les artistes finissent par se retirer un grand sourire aux lèvres.

Ce concert était assez similaire à ceux donnés à Clisson l’été dernier, mais c’était comme si tout avait été monté d’un cran. La mise en scène n’a clairement rien à envier aux plus grands, chaque membre du groupe semble plus heureux d’être là que son voisin, les décors sont toujours aussi travaillés… J’ai personnellement du mal avec Sabaton en studio (que ce soit pour le message belliqueux délivré par leurs textes ou leur musique peut-être un peu trop épique à mon goût), mais il faut bien se rendre à l’évidence : ce concert est une expérience de live que je souhaite à tout le monde. Joakim est une bête de scène qui pourrait emmener tout le groupe à lui seul, mais tous les membres y vont de leur petite intervention sur tous les morceaux. Peu importe ce qu’on pense de Sabaton, il suffit de les voir en concert pour réaliser qu’ils ont leur place parmi les plus grands groupes de live de leur génération, à la manière d’un Maiden ou d’un AC/DC à leur époque (fight me).

Setlist :

  • In Flanders Fields (intro)
  • Sun Tzu Says
  • Ghost Division
  • Great War
  • The Attack of the Dead Men
  • Seven Pillars of Wisdom
  • Diary of an Unknown Soldier
  • The Lost Battalion
  • The Red Baron
  • The Last Stand
  • 82nd All the Way
  • Night Witches

Avec Apocalyptica :

  • Angels Caliing
  • Fields of Verdun
  • The Price of a Mile
  • Dominium Maris Baltici
  • The Lion From the North
  • Carolus Rex

Encore :

  • WWII Intro
  • Primo Victoria
  • Bismarck
  • Swedish Pagans
  • Hell & Back
  • Dead Soldier’s Waltz
  • Masters of the World

Live Report : Dropkick Murphy’s @Zénith de Paris – 09/02/2020


Aaaaah, le mois de février… Les jours qui se rallongent, le 29 une fois tous les 4 ans, la St Valentin, et bien évidemment les concerts annuels des Dropkick Murphy’s au Zénith de Paris. Depuis des années les compères de Boston répondent présents à l’invitation de la capitale tous les ans aux alentours de la même date pour une paire de concerts dans la fameuse salle de la Villette. Cette année ils venaient défendre leur dernier single Smash Shit Up paru quelques jours plus tôt en interprétant une savante sélection de leurs meilleurs titres.

Mais après toutes ces années à tourner, cela vaut-il encore la peine de se déplacer pour ce rendez-vous réglé comme une horloge ? C’est ce que nous nous sommes demandé en plongeant dans cette verte et houblonnée soirée.

 

– JESSE AHERN –

Cette soirée placée sous le signe de la joie de vivre et de la camaraderie commence par un artiste complètement à l’opposé de ces deux tendances. Seul sur scène avec sa guitare et son harmonica pour seuls compagnons, Jesse Ahern nous conte ses « récits de la vie moderne » sur un ton mélancolique, presque triste parfois.

Le chanteur semble un peu perdu tout seul sur cette grande scène mais cela n’empêchera pas l’oreille avertie d’apprécier son très beau grain de voix, renforcé par une égalisation dans les bas mediums faisant résonner ses textes à travers les poitrines. On sent une réelle intention de bien faire chez l’artiste, en plus d’une cohérence avec l’imagerie et les thèmes du headliner (je l’ai distinctement entendu chanter « Give me some alcohol » en jouant de la guitare avec un béret, tout y est), mais malheureusement les circonstances ne sont pas de son côté.

Pour un interprète visiblement plus habitué à jouer dans l’ambiance intimiste de pubs irlandais la scène du Zénith paraît beaucoup trop grande, et on sent dès le départ qu’il est intimidé par la foule. Une foule qui, rappelons-le, est ici pour un concert de punk et ne s’attendait donc pas vraiment à être accueillie par un simple guitare/voix. De plus la salle est alors à moitié vide et se remplit petit à petit de gens pas forcément très concentrés sur ce qui se passe sur la scène.

Le chanteur se décrispe petit à petit, notamment après que sa reprise de Redemption Song de Bob Marley ait rencontré un certain succès, et ose enfin s’adresser au public, mais très brièvement. Jesse Ahern semble être un artiste intéressant mais placé ici dans un décor démesuré lui faisant perdre ses moyens et sa prestance, et on espère avoir l’occasion de le revoir passer sur Paris dans une salle plus réduite, voire un bar, où il serait plus dans son élément.

 

– FRANK TURNER & THE SLEEPING SOULS –

Prenant le contrepied total de cette première prestation, le britannique Frank Turner et ses Sleeping Souls (ou SS en abrégé) révèle bien vite ses qualités de showman. D’entrée de jeu la performance est explosive et vient réchauffer la foule laissée sur sa faim après Jesse Ahern. La particularité de la formation est d’inclure un organiste utilisant des sons très typés années 50-60, et on note en effet une certaine influence du rock de cette époque dans les compositions du groupe.

Et ce n’est pas la seule influence que l’on décèle dans cette prestation. Sur une base de rock à tendance pop à la Feeder (dont nous avions couvert le concert en novembre dernier) Frank Turner et la SS rajoute des éléments de country, de folk, de punk… pour créer un mélange énergique à base d’hymnes entraînants enchaînés sans répit.

Le set est porté par un lightshow ne prenant pas trop de risques mais toutefois efficace. Mais ce n’est pas ce qui frappe le plus. Ce qui frappe le plus c’est que Frank Turner n’est en fait pas du tout venu pour faire un concert, mais bien un one man show. Fait notable, le chanteur parle dans un français imparfait mais parfaitement compréhensible (bien plus que celui de Bruce Dickinson en tout cas) tout le long du concert avec un enthousiasme sans faille.

Et tout le concert sera ponctué de petits moments humoristiques et totalement barrés comme la reprise d’un des morceaux de l’artiste traduit mot à mot en français, ou un autre morceau sur Ressuci Anne (si vous ne savez pas qui c’est, voici de la culture, c’est cadeau, me remerciez pas). Ce concert va à 100 à l’heure, alternant ses interludes humoristiques avec les hymnes du groupe, le toute dans une ambiance très pop avec quelques très beaux moments comme le slam chanté débordant de punkitude sur la fin du set. Frank Turner semble être un frontman à l’égo surdimensionné, mais force est de constater que son talent de showman est indéniable et que la durée du set (une heure, exceptionnel pour une première partie) n’est pas de trop tant on ne se lasse pas de l’énergie qui irradie depuis la scène.

Setlist :

  • Get Better
  • 1933
  • The Lioness
  • Try This at Home
  • If I Ever Stray
  • Photosynthesis
  • Polaroid Picture
  • Long Live the Queen
  • Rescue Annie
  • Eulogy (version française)
  • The Next Storm
  • Sons of Liberty
  • Out of Breath
  • Recovery
  • I Still Believe
  • Four Simple Words

 

– DROPKICK MURPHY’S –

C’est après cette première partie longue (près de deux heures) et éclectique que le public des Dropkick Murphy’s quelque peu sceptique face à cette introduction perçue comme interminable par certains finit par obtenir ce pour quoi il est venu.

La salle plongée dans l’ombre est bercée par une mélodie traditionnelle irlandaise faisant encore monter l’impatience générale suivie du titre The Lonesome Boatman, et le set démarre en trombe sur le classique The Boys Are Back. Entrée en scène impactante et rudement efficace, seulement entachée par sa lumière (les spots blancs à hauteur de visage qui m’empêchaient presque d’ouvrir les yeux, j’éviterai à l’avenir). Heureusement elle se calme bien vite, et ce début de set continue sur sa lancée jusqu’à un interprétation magistrale et jouissive de Blood.

Fun fact, de longs serpentins sont envoyés au-dessus de la foule sur le début de ce morceau selon un angle bien trop grand… et restent coincés dans la structure du plafond, hors de portée de main. Petite erreur de la part des techniciens du groupe, étrange quand on sait que l’effet avait sûrement déjà été utilisé deux fois la veille, et réinterviendra plus tard dans le set.

Mais le set suit son cours avec la même énergie. Le tout est enveloppé par les projections sur l’écran géant du fond de scène dont on apprécie la diversité. Paroles des chansons, clips, animations originales… le soin apporté à cet élément principal de la mise en scène fait plaisir à voir.

Le public semble enthousiasmé par cette prestation, et l’ambiance est à l’image de l’explosivité du show. Mais malgré tout quelque chose me dérange dans ce set : je l’ai déjà vu, plusieurs fois, et depuis des années.

Entendez-moi bien : Dropkick Murphy’s est toujours au top de sa forme, le lien avec le public est bien présent, les musiciens ont l’air de passer un aussi bon moment que le public. Mais le groupe semble avoir du mal à se renouveler dans sa mise en scène. La sortie de 11 Short Stories of Pain and Glory il y a quelques années avait renouvelé un peu tout ça, mais pas fondamentalement, et j’ai un peu l’impression que le groupe se repose sur ses acquis et stagne.

Malgré cela la performance est tout à fait appréciable, et certains morceaux fonctionnent parfaitement bien en live comme par exemple le nouveau single Smash Shit Up ou le quasi-final Until the Next Time tout en émotion alors que la moitié de la fosse se retrouve sur scène, et bien sûr le mythique Shipping Up to Boston.

Ce concert était bon. Mais il était bon comme l’avait sûrement été son jumeau de la veille, et comme l’ont été tous ceux ayant eu lieu au même endroit à la même époque depuis quelques années. Malgré cela les afficionados du groupe y trouvent toujours leur compte, et c’est bien là le plus important pour ce groupe qui peut compter sur une fanbase forte et inépuisable.

AHHHHH un photographe !

Setlist :

  • Foggy Dew
  • The Lonesome Boatman
  • The Boys Are Back
  • Famous for Nothing
  • Blood
  • The State of Massachusetts
  • The Bonny
  • The Walking Dead
  • The Fields of Athenry
  • Rocky Road to Dublin
  • Citizen C.I.A.
  • The Black Velvet Band
  • First Class Loser
  • Smash Shit Up
  • Cruel
  • The Warrior’s Code
  • Amazing Grace
  • Prisonner’s Song
  • Sunday Hardcore Matinee
  • Caught in a Jar
  • Johnny, I Hardly Knew Ya
  • Out of Our Heads
  • Worker’s Song
  • Rose Tattoo

Encore:

  • Going Out in Style
  • Until the Next Time
  • I’m Shipping Up to Boston
  • My Way (Frank Sinatra)
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