Nous avons tout perdu… Cette crise a frappé bien plus durement que tout ce que nous pouvions imaginer. Au début personne n’y croyait, tout le monde pensait que la vie allait continuer normalement. Personne ne voulait penser au confinement, ce n’était pas possible, les concerts continueraient d’avoir lieu, les bars resteraient ouverts et les familles iraient toujours pique-niquer dans les parcs. Même dans les dernières heures les gens continuaient de sortir, de boire, de faire la fête. Les idiots… Aujourd’hui il n’est plus une seule famille dans tout le pays qui n’ait perdu au moins un de ses membres. Les plus fragiles furent emportés les premiers, mais bien vite il n’y eut plus de discrimination. Les rares survivants vivent désormais cloîtrés chez eux, dans la peur du moindre contact, parfois sans eau, sans aucun moyen de contacter l’extérieur, et bien trop terrifiés pour tenter la moindre sortie. Depuis des semaines des familles entières attendent dans la peur de l’inévitable et… et…

Ah.

Un instant.

Oui on m’annonce qu’en fait ce n’est pas le bon confinement. Oui ça c’est l’édition « pays en guerre », nous on est sur la version où les gens peuvent sortir de chez eux s’ils s’y autorisent eux-mêmes et sont confinés avec une connexion internet et toute la nourriture dont ils ont besoin parce qu’ils peuvent aller normalement faire leurs courses. Ah bah ça va en fait du coup.

Mais alors que nous traversons ce moment historique et que tout ce qui nous vient à l’esprit c’est que quand même, on se fait chier, l’occasion est parfaite pour enrichir sa culture de manière intensive. Et c’est ainsi qu’un petit groupe de rédacteurs d’Error 404 s’est retrouvé plongé dans la magie plutôt atypique de la bien nommée collection WTF?! des éditions Akata. Et nous vous proposons aujourd’hui le premier article d’une petite série consacrée à cette collection, avec pour débuter en beauté l’œuvre absurde et bizarroïde qu’est Mitochon Armageddon.

 

Le premier tome s’ouvre sur un message d’insulte. Le mangaka explique, en bref, que ses fans ne sont qu’une bande d’abrutis illettrés, tellement qu’il a dû réorthographier son pseudonyme pour que les gens puissent le lire (une sombre affaire de caractères chinois… incompréhensible pour l’occidental profane que je suis). Ce message complètement boomisant sur un ton passif-agressif et intitulé Mea Culpa n’est fort heureusement, pas représentatif du reste de l’œuvre (quoique).

A ce petit préambule succède une introduction à l’univers et à l’histoire du royaume de Mito. Tout commence le 10 Juillet de l’an 310 du calendrier Mito alors qu’une invasion extraterrestre menée par le puissant Agornoa s’en vient ravager le royaume dans des scènes nous ramenant aux heures les plus sombres de Berserk (vous voyez parfaitement de quelles heures je veux parler) mais dans une version low cost. Oui car autant le dire maintenant : le dessin n’est pas le point fort de Gatarô○Man, ou du moins sa patte est minimaliste et très marquée.

Mais fort heureusement ce cataclysme planétaire se retrouve tué dans l’œuf par l’intervention de neufs héros valeureux et fiers, jusqu’ici rien de bien méchant, on connait l’histoire. Mais dès le premier chapitre (qui est une mise en abîme de l’auteur cherchant à vendre le manuscrit du manga que vous tenez entre les mains, mais dans la diégèse de ce même manga) tout part en couille, et je pèse mes mots.

Car c’est bien là le mot d’ordre de Mitochon Armageddon : c’est N’IMPORTE QUOI. Là où l’introduction laisse penser que l’on va avoir droit à un genre de light fantasy à la cool, assez légère, le chapitre un nous montre vite que l’on a affaire à bien plus que ça. Tout le manga est un enchaînement de situations cohérentes brisées par un moment d’absurdité complète qui redistribue complètement les cartes. Votre cerveau a à peine le temps de se rebooter en se demandant bien ce qu’il vient de voir que la chute suivante vient l’assommer à nouveau. Toutes les quatre ou cinq pages le lecteur pense avoir compris la logique de ce qu’il lit, et à ce moment précis Gatarô○Man démontre sa maîtrise inouïe de l’absurde en une simple case et laisse le lecteur hilare se demander si, finalement, ce n’est pas lui-même qui est fou.

Parmi ces retournements on retrouve aussi quelques running gags dont chaque itération est complètement hors-sujet en apparence mais tombe toujours à pic, ainsi que quelques personnages directement inspirés de la vie réelle (et de la maison d’édition de l’auteur) mis dans des situations improbables, ou encore des références méta posées sans aucune délicatesse un peu n’importe où.

Le seul moment où l’humour pèche est sur certains situationnels un peu lourdingue (voire carrément malsains) tournant globalement autour du champ lexical de la poitrine dont on se serait bien passé, Gatarô○Man laissant transparaître qu’il n’est pas qu’un boomer aigri mais aussi parfois un boomer tout bonnement dégueulasse. Mais cela ne représente qu’une minuscule partie de la fresque épico-absurde que nous offre Mitochon Armageddon.

 

Ce manga pour qui l’épithète « méconnu » serait encore un euphémisme est un véritable chef-d’œuvre d’humour absurde. Le lecteur a à peine le temps de se remettre d’un gag que le suivant vient le remettre à terre sans vergogne, en continu. A chaque nouvelle chute Gatarô○Man nous prend totalement à contrepied, livrant un scénario totalement absurde et décousu mais en permanence hilarant.

Les trois tomes parus pour l’instant chez Akata se dévorent en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, et on attend avec impatience la suite. En attendant n’hésitez pas à vous les procurer en ces temps d’isolement, en physique ou en e-book, Mitochon Armageddon est un ovni d’une qualité exceptionnelle sous ses dehors brouillons. Et pour les plus sceptiques d’entre vous, akata vous offre le premier chapitre, c’est pas beau ça ?

Quant à moi je vous dis à très bientôt pour un nouvel article sur cette prometteuse collection au doux nom de WTF?! (on dirait de la poésie, je vous jure), et en attendant restez chez vous, lisez des mangas, lavez-vous bien les mains et n’oubliez pas que le PQ N’EST PAS en pénurie !

Crédits illustrations : MITOKON PERESTROIKA © GATARO O MAN 2014 / Shinchosha

 

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