Alors que les semaines de confinement se suivent et se ressemblent, il devient de plus en plus difficile de trouver de quoi remplir ses journées. Certains se tournent vers la lecture, d’autres vers le sport, d’autres encore vers la violence domestique et on a même vu quelques forcenés en profiter pour prendre soin de leur potager. Mais alors que l’ennui s’installe pour quelques semaines encore, l’occasion reste rêvée pour enrichir sa culture à l’infini. Et c’est ainsi qu’Error 404 continue sa quête sans fin à travers le monde tentaculaire et insaisissable du manga, avec un nouvel article sur la collection WTF?! d’Akata Editions, avec aujourd’hui un nouvel ovni à mi-chemin entre le shônen le plus pur et le super sentai…

Fullmetal Knights Chevalion met en scène le groupe éponyme de cinq héros ayant sauvé, quelques mois auparavant, la Terre de l’invasion d’un peuple extraterrestre appelé Death Universe. Le but de cette assemblée au nom évocateur est d’envahir des planètes à répétition afin d’absorber l’énergie vitale des créatures s’y trouvant, utilisant cette énergie afin de se régénérer eux-mêmes et de faire fonctionner leur technologie. Bon jusqu’ici rien de bien folichon, les Death Universe se font plier en deux avant même le début du chapitre un, on est bons.

Après ça il est décidé de démanteler l’équipe des Chevalions, créé pour repousser l’invasion et donc devenu inutile après avoir accompli sa mission. Nos cinq héros rendent donc leurs armures et réintègrent tant bien que mal la vie normale. Enfin, presque. Le Chevalion leader du groupe, le rouge (imaginativement appelé Retto) semble, pour une raison inconnue, assez peu pressé de retirer son armure et la porte toujours après plusieurs mois de mise à la retraite.

Le manga part donc de cette situation de départ et commence centré autour du héros, Retto, alors qu’il rencontre par hasard son ancienne collègue Sakura, le Chevalion rose. Retto vit en marge de la société, dans un abri de fortune, prétendument incapable de retirer son armure qui, par chance, pourvoit à tous ses besoins. Ainsi pas besoin de manger ou boire, et Retto emploie tout son temps à remplir ses obligations de héros, avec grand peine. Car le héros de cette histoire est bien particulier.

On s’en aperçoit très vite, notamment dans ses interactions avec Sakura, mais Retto est mal dans sa « peau ». Il est un héros médiocre voire dangereux, est détesté par la police qu’il passe pourtant son temps à essayer d’aider. C’est un héros qui ne sait plus pourquoi il se bat. Et pourtant toute cette noirceur est sans arrêt désamorcée… par Retto lui-même.

Vous voyez maintenant où je veux en venir, Fullmetal Knights Chevalion n’est pas qu’un manga semi-parodique de super sentai, c’est bien plus audacieux que cela. Fullmetal Knights Chevalion est une histoire centrée sur son comic relief. Et cet état de fait va donner toute sa saveur si particulière au récit.

On nous présente les autres héros un par un au fil des tomes, chacun essayant de retrouver le cours de son existence et réunis par cette simple question : pourquoi Retto n’a-t-il toujours pas retiré son armure ? Et on s’aperçoit bien vite que, de manière contre-instinctive, Retto semble le plus heureux de tous (à part peut-être le Chevalion jaune, mais c’est une autre histoire). Le cas le plus flagrant est celui de Sôta, Chevalion bleu, connaissant une carrière rayonnante dans le mannequinat depuis la dissolution des Chevalions et pourtant mortellement jaloux de Retto pour avoir su garder son armure et sa condition de héros plutôt que de revenir à la vie normale. Et c’est ainsi que les Chevalions, en tentant de l’aider, finissent par tout faire pour saper le moral de Retto, mais que celui-ci, de par sa qualité de comic relief donc, n’en a cure et passe complètement au-dessus.

L’ensemble du manga n’est pas spécialement drôle bien qu’il s’avère parfois émouvant. Mais le récit qui nous est présenté vous touchera forcément. Il s’agit d’une histoire d’acharnement, d’un homme considéré comme un incapable irritant par ses pairs parvenant à s’élever et à accomplir son destin au prix d’efforts acharnés, un genre de Naruto en armure.

Dans la forme on n’a pas forcément affaire à une grande originalité, on retrouve ici les poncifs du shônen (héros un peu stupide, rival éternellement second lui vouant un mélange d’amour/haine, tsundere, deredere…) et du super sentai (héros colorés en armure, combat entre un Mécha et un Kaiju…). Et pourtant il se dégage une forme de fraîcheur de l’ensemble. Une dose très subtile d’humour meta fait que l’œuvre semble avoir beaucoup de recul sur sa condition d’empilement de clichés, et s’en amuse, n’utilisant ce cadre que pour développer une histoire qui, elle, est bien plus inédite.

Une série courte dont les quatre tomes ont été traduits en français, Fullmetal Knights Chevalion est une curiosité à dévorer le temps d’un après-midi d’été. Un manga léger plein de tendresse et d’héroïsme jouant avec les codes usés des genres auxquels il appartient, c’est à ne pas manquer !

 

Crédits Illustrations : © 2012 Sawako ARASHIDA / PUBLISHED BY KADOKAWA CORPORATION ENTERBRAIN

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