Je vais vous parler d’Abyss Leviathan (une extension pour le jeu Abyss), mais un peu plus tard. Commençons par le début : parlons d’abord du jeu de base, un jeu pas tout à fait comme les autres.

 

Un écrin de velours

Alors voilà un jeu qui m’a marqué : Abyss.

Un jeu qui a fait couler pas mal d’encre, et surtout, parler les mauvaises langues. Bombyx, l’éditeur a commencé à être attaqué sur le jeu en octobre 2014 (de mémoire) car celui-ci buzzait avant même sa sortie. Premier jeu de l’histoire du jeu de société à se doter de cinq couvertures différentes (cinq boîtes identiques à l’intérieur) avec une qualité d’illustrations jamais atteinte. Cinq faciès distincts sont présentés et surtout, cinq regards d’une intensité folle. Un pour chaque peuple. Oui, ce jeu va nous faire découvrir les profondeurs des océans. Une invitation à acheter le jeu en cinq exemplaires pour tous les avoir (même s’il ne reste aujourd’hui plus qu’une seule couverture en boutique). Mais qui était cet illustrateur, alors peu connu ? Un certain Xavier Collette alias Coliandre. Il avait déjà officié dans le milieu du jeu, mais la direction artistique était alors sans commune mesure avec celle pratiquée sur Abyss. Ce dernier est aussi le premier jeu de société à avoir un artbook associé. Pour ma part, j’ai vu la qualité des illustrations des jeux de société devenir des œuvres à part entière. Je pense que Bombyx, et notamment Abyss, ont franchi un palier important sur le traitement artistique du jeu, et les autres éditeurs n’ont pas eu d’autre choix que d’améliorer leur production.

Mais au-delà de l’esthétique…  

Les auteurs d’Abyss sont : Charles Chevallier (Intrigo, Gentlemen Cambrioleurs, Sultania…) et un autre auteur qui, avant Abyss et Five Tribes (sortis en même temps), avait déjà sorti bon nombre de jeux de qualité (comme son co-auteur Charles Chevallier). Mais voilà, je pense que c’est un tournant dans sa carrière : il s’agit d’un des auteurs de jeu les plus respectés par ses pairs : Bruno Cathala. Je dois souvent rappeler, et Bruno aussi, qu’il travaille avec des co-auteurs, ceux-ci étant souvent oubliés, alors que cela déprécie leur travail. (Le star-system est-il en marche dans le milieu du jeu ? sûrement…) Donc merci de ne pas oublier les co-auteurs. (Poke à Charles et tous les autres co-auteurs de Bruno.)

 

Pour ma part, j’ai joué à Abyss pour la première fois 6 mois avant la sortie, le jeu n’ayant pas encore toutes les illustrations ni les quelques derniers ajustements. Et là… j’ai reçu une claque ludique. Il se passe un truc autour de la table et je voudrais rejouer directement après, mais c’est impossible : l’auteur doit faire jouer d’autres jeux. Trois mois passent et, à l’apparition des cinq couvertures sur le net, je n’en peux plus d’attendre. Le graal arrive en octobre 2014. Une fois l’objet en ma possession les parties vont s’enchaîner : au boulot (c’est l’avantage d’être ludothécaire) et à la maison entre amis.

Bruno Cathala
Charles Chevallier

 

Et les mécanismes ?

Je ne sais pas si je suis le seul, mais je vois dans la structure du jeu des mécanismes pyramidaux. J’y vois même une critique de la société (je ne sais pas si c’est voulu par les auteurs). Dans le jeu, il y a trois actions possibles et vous devez en choisir une à votre tour et une action automatique.

1- La Piste d’Exploration, c’est là que se trouve le bas peuple, les petites gens, monsieur tout-le-monde avec des valeurs de 1 à 5.

C’est un système de “stop ou encore” assez malin où tous vos adversaire pourrons récupérer une seule carte en en payant le prix : 1 perle pour le premier joueur, 2 perles pour le suivant et ainsi de suite. Il y’a plus de petites valeurs que de grandes. (Un peu comme si la masse était constituée de “petites gens”). Mais il y’a aussi des monstres qui nous permettent de gagner des bonus perle (argent), des points victoire, ou des clés. Gardez ce point à l’esprit car c’est sur la piste d’exploration que l’extension Léviathan interviendra (je vous en reparle après). Une fois que chaque joueur qui le souhaite et/ou le peut a pris une carte, l’action est terminée. Toutes les cartes n’ayant pas été achetées descendent au conseil (que j’assimile au sénat ou à l’assemblée nationale).

2- Le conseil

La deuxième action possible consiste à récupérer une pile de cartes du conseil (qui viennent de la Piste d’Exploration), rangées selon la couleur du peuple. Cela permet de se faire une main de cartes qui serviront ensuite à obtenir les seigneurs (pour moi : les leaders politiques, personnalités, personnes d’influence du GAFA et autres multinationales, chef religieux et chef militaire). Je n’ai jamais joué à l’extension Kraken mais je crois savoir qu’elle influe sur cette partie du jeu.

3- La cour

Pour obtenir des seigneurs à la cour. Regardez tous ces consommateurs, fidèles, et autre sujets : ils vous suivront dans la tombe sauf un, le plus faible ; vous le mettez de côté et il comptera dans les points en fin de partie. Dans le jeu, on se défausse des peuples et valeurs demandées par le seigneur en question. Ils font plus ou moins de points, ont des actions immédiates, utilisable à chaque tour ou vous donnent des clés qui serviront dans une action automatique (justement, la voici).

4-  L’action automatique : les lieux

Cette action automatique est liée aux clés. A la troisième clé engrangée, vous devrez choisir un lieu parmi ceux disponibles ou en repiocher jusqu’à quatre et choisir l’un d’eux. Vous devrez faire attention à ne pas trop offrir de possibilités à vos adversaires. Cette action, c’est un peu comme la création de grands projets. Ça vous permettra  de marquer des points en fin de partie.

 

illustration du plateau de jeu

 

Une fois qu’un joueur a posé un septième seigneur ou lorsqu’on ne peut plus ré-alimenter la Cour (point 3), la partie prend fin. Il ne reste plus qu’a compter les points.

 

Voilà un jeu que j’adore. Je le trouve extrêmement bien équilibré, d’une grande qualité d’édition, avec des règles claires et bien rédigées. Le seul reproche que je peux faire au jeu de base c’est qu’il est très bon à trois joueurs, exceptionnel à quatre, mais malheureusement perd de sa saveur à deux joueurs. De mon point de vue, il devient alors plus tactique. Je me suis toujours dit que je voudrais y jouer à cinq, pour voir.

 

Léviathan débarque avec la possibilité de jouer à 5…

 

On arrive enfin au coeur du sujet… Après-tout, la critique porte sur l’extension Léviathan, mais je ne voyais pas comment vous parler de l’extension sans aborder le jeu de base.

 

La première chose à laquelle pensé, quand j’ai vu la couverture de la boîte apparaître sur internet : “Mais ce n’est pas Xavier Collette qui a réalisé les illustrations !”. Et une fois la boîte en main, je peux confirmer que ce n’est pas son travail. Du coup, j’ai eu une petite appréhension : est-ce que les illustrations des cartes ne vont pas jurer ? Et bien non : la direction artistique a bien fait son taf (une habitude chez Bombyx). Les nouvelles cartes Seigneurs s’intègrent très bien au travail du précédent illustrateur (sûrement indisponible au moment de la création de l’extension). Mise à part la couv’ que je ne trouve pas à la hauteur du jeu de base (attention : Milan Nikolic a réalisé des illustrations d’une grande qualité, mais je n’ai pas retrouvé la patte qui m’avait tant plu chez Xavier Collette).

 

Le matériel de la discorde

Côté matériel : une superbe figurine, un plateau, des cartes, des jetons, une coupelle (transparente) pour jouer à 5 (mais, j’ai la première version, moi, et elles sont noires mes coupelles…Pas grave, le SAV d’ASMODEE doit bien s’en charger…) et deux dés.

 

J’entends déjà au loin certains crier à l’hérésie. Moi ça me fait toujours rire, ces joueurs qui ne supportent pas les dés.

Petite discussion avec un pote réfractaire au dés, quand je lui explique les règles…

Lui: “Non mais tu te rends compte, c’est absolument pas jouable. C’est que de la chance.” (et c’est parti pour le mode Caliméro .

J’aimerais faire remarquer que, dans Abyss (jeu de base), on pioche des cartes dans un gros paquet où il y’en a plus de 6, (et même bien  plus que 12, soit deux fois les faces d’un dé), et là, le hasard de la pioche semble moins gênant….

Je rappelle que tous les autres joueurs ont aussi les dés et que là, en plus, il faut se servir d’une carte. Donc si le joueur est malin, il peut facilement contre-balancer le côté aléatoire du lancer de dé.

Bref. Moi, j’aime le hasard. Il crée de l’incertitude et de l’espoir en même temps. Après la partie mon pote m’a finalement dit “oui bon, ok c’est contrôlable, c’est pas que de la chance sur ce jeu. On en refait une?”

 

Les nouvelles règles et les changements.

 

Quelques modifications d’installation en début de partie et surtout une nouvelle piste de menace des monstres.

 

1- Dans le jeu de base, il n’y a pas de limite au nombre cartes en main, mais avec l’extension, la loi martiale est déclarée : les joueurs ne peuvent plus avoir que 12 cartes maximum dans leur main en fin de tour, à moins de payer une perle pour chaque carte excédentaire.

 

2- Dans le jeu de base, là où les combats contre les monstres étaient gagnés automatiquement, quand on voulait arrêter l’exploration, en échange de bonus, l’extension, elle, nous laisse deux choix :

2.1 Continuer l’exploration (pour cela il va falloir lancer les 2 dés, additionner leur résultat et placer un monstre sur le plateau prévu à cet effet. En fonction du résultat soit le léviathan (le monstre) a une place disponible et vous pouvez continuer l’exploration, soit, malheureusement le plateau de menace étant déjà occupé… Et là c’est le drame : on subit des dégâts, des perte de cartes et autre joyeusetés indiqué par la carte monstre.

2.2 Autre choix possible : combattre. Pour ce faire, il faut se défausser d’une des cartes demandées par le monstre que vous souhaitez attaquer, puis lancer un dé (ou des fois les deux selon la carte). Vous infligerez des dégâts au  monstre en fonction de la valeur des dés. En échange, vous obtiendrez différents bonus et vous pourrez tenter plusieurs attaques jusqu’à réduire le monstre en boîte de thon géante. Un monstre tué,  c’est aussi la possibilité de récupérer la figurine qui rapporte 5 points en fin de partie. C’est le joueur qui a tué le plus grand nombre de monstres qui l’obtient (elle change donc de mains en cours de partie).

 

L’extension ajoute deux nouvelles conditions de fin de partie. Soit quand la pile de cartes monstres est épuisée, soit quand c’est la pile de jetons monstres. Il reste alors un tour de jeu, pour vos adversaires, puis vient le décompte de points habituel, le détenteur de la figurine gagne 5 points supplémentaires, et tous les joueurs retirent 1 point par jetons blessures.

 

Dans le jeu de base, j’aimais l’économie entre les joueurs : ces perles qui circulent. A deux joueurs, le jeu devient trop tactique à mon goût et me plaît moins (tout en restant exceptionnel). Je rêvais de pouvoir y jouer à plus de joueurs, pour voir comment l’économie pouvait évoluer. Bien évidemment, la partie et plus longue à 5 joueurs qu’à 4, 3 ou 2 joueurs, mais je trouve que cette économie, qui me plaisait tant à 4 joueurs, fonctionne encore mieux à 5 (peut-être est-ce dû au nombre impair de joueurs ?). Cette extension a permis de rajouter de la tension et des réactions de la part des joueurs qui combattent les léviathans et ça, c’est un vrai plus pour moi, en terme de sensations de jeu.

 

Qui dit 404, dit 4 points positifs et 4 points négatifs…

 

 

  • L’immersion renforcée par l’extension, sans alourdir le jeu

 

  • Jouable à 5 joueurs…

 

  • La figurine, parce qu’il y a un sacré boulot derrière

 

  • Les dés (j’aime ça, contrôler le hasard.)

 

 

  • Le changement d’illustrateur…

 

  • Pas forcément plus long à plus de joueurs

 

  • La coupelle transparente, même si Asmodée les change sur demande.

 

  • L’extension Kraken épuisée…

Conclusion :

Cette extension est indispensable si comme moi vous avez usé le jeu, et/ou que vous avez un 5ème joueur avec vous. L’extension ajoute un module très fluide qui s’intègre logiquement dans le jeu, en renforçant l’univers créé et l’immersion (se lever et hurler parce qu’un joueur se fait avoir par un monstre, c’est jouissif). Je recommande souvent le jeu de base pour faire découvrir le jeu dit “moderne”, et cela fonctionne très bien. C’est un jeu passerelle qui, avec l’extension devient un peu plus un jeu pour des joueurs “confirmés”. A mon avis, en ajoutant l’extension Kraken, en plus de Léviathan, on a de quoi faire un jeu exceptionnel (malheureusement je n’ai pas pu essayer Kraken, celui-ci semblant épuisé, je ne me suis basé que sur la lecture des règles de l’extension Kraken).

Bref, Abyss fait partie de mon top 10 de tous les temps du jeu de société, et l’extension Léviathan le fait grimper dans le top.

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